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tiscs,' car, tout compagnon du devoir que tu puisse être, tu es jeune et dans un âge où Ton oublie volontiers de consulter sa pierre de touche ! »
André rougit encore plus fort^ et pour échapper aux observations de Jacques, qui portaient coup, il prit le parti de retournera riîiiprioieric.
— H C'est pourtant bien dur, » se disait-il quelquefois, u de travailler comme je fais, à présent que j'ai devant moi de l'argent ei des espérances! Faut-il donc ne jouir jamais de rien et passer sa vie enfermé dans lui atelier! »
Le lendemain de ces belles réflexions, André, velu tonl-à-fail en monsieitr, parlait incognito avec quelques jeunes gens dont il avait fait connaissance à l'imprimerie;;, et s'en allait pour la joiuuéc à Versailles,
li ne se passa rien d'extraordinaire ni de positivement blamable^dans cette partie arrangée depuis long-temps ; on fit bien des folies, on dépensa beaucoup d'argent, et Ton ne revint à Paris que vers le milieu de la nuit.
Marguerite avait deviné cependant qu'André n'était pas allé à l'imprimerie, en trouvant sa chambre fermée à clef.
Quand Jacques fut endormi, elle se releva doucement, décidée à veiller jusqu'au jour, s'il le fallait, afni de voir André rentrer.
Les sourcils du jeune homme se froncèrent à l'aspect de sa sœur, encore debout à cette heure avancée.
— «M. Landjert ta envoyé chercher deux fois, » dit- elle paisiblement ; n et ce soir on est encore venu de sa part. Si tu n'es pas trop fatigué, je t'engage à y aller de suite.
— « J'irai demain, » répondit André avec humeur,
— (( Coînme il le plaira. » Et Marguerite rentra chez elle. ^
Après hien des hésitations, André se décida, tout en maudissant son sort, à se rendre chez M. Lambert.
— <( Vous auriez dû m'a ver tir , » dit M. Lamberr, qui travaillait à sonbureau, « que vous ne viendriez pas de toute la journée ni cette nuit. Me voici dans l'embarras. Jamais celle brochure ne pourra être livrée demain soir; et il fluu qu'elle le soit; j'ai donné ma parole. André! André! prenez garde de perdre en quelques jours le fruit de plusieurs aimées de bonne conduite et de travaux assidus! Tout vous prospère, je le sais et j'en suis charmé, car j'estime votre famille; mais dans
la prospérité, plus encore peut-être que dans l'adversité, il faut veiller sur soi-même!... Retournez chez vous: j'ai du confier hier soir à un autre ce que j'aidais voulu ne confier qu'à vous.
— « Monsieur, dit André, vous savez avec quelle promptitude je travaille. En quelques heures j'aurai rattrapé le temps perdu.
— « Le temps perdu ne se retrouve jamais, » répondit M. Lambert.
André pria, supplia, et enfin M. Lambert consentit à ce qu'il allât aider l'ouvrier qui travaillait seul dans un atelier séparé. Chez les imprimeurs, il est des ouvrages dont l'exécution exige autant de discrétion que de célérité.
Le travail d'André se resssentit de l'aç^itation où il était, plus encore que de la fatigue de la
journée j et certainement personne, en voyant les fautes nombreuses de l'épreuve qu il porta à M. Lambert vers le matin, n'aurait reconnu le compositeur exercé, et renommé même pour l'exactitude de sa composition.
Cependant il fut possible d? livrer la ])vochurc le soir du jour suivant, mais fort tard; et alors seulement André revint au lo^is.
Vainement, pendant une heure ou deux, il chercha le sommeil, dont les fatigues de la journée et de la niiit précédentes, lui faisaient un si pressant besoin: sa conscience cxcilait des pensées tellement pénibles, que son agitation augmentait. Les souvenirs venaient en foule, et loin d'apporter des consolations, chacun au coniraire pénétrait de pins en plus André de la croyance que la prospéiiténe lui
valait rien. Bien malgré lui, il était obligé de
reconnaître qu'en beaucoup de circonstances il avait mis de la nonchalance à l'accomplissement de ses devoirs ; qu'il se laissait aller à se pardonner bien des choses qu'autrefois il ne se Mt point pardonnées, et, honteux de luimême, il regrettait presque de voir fmir cette lutte dans laquelle du moins il s'était toujours trouvé homme. L'ambition l'aijitait de nonveau. Riche maintenant, comparativement au passé, il se sentait beaucoup moins porté à l'obligeance , à la bienfaisance , et beaucoup plus disposé à dépenser sans compter, qu'à économiser ; seul moyen cependant d'augmenter ce trésor auquel, au milieu de tant d'alternatives de joie de le posséder et d'envie de le consacrer à satisfaire ses fantaisies , il tenait au fond bien plus vivement qu'il ne voulait se l'avouer.
Vers le jour, il s'endormit enfin, mais en se répétant ces mots de M. Lambert :
Dans in prospérité , pius encore peutêtre que dans V adversité, il faut veiller sur soi-même!