‹ La Piété filiale en ChineChapitre 12 sur 25 · UNE JEUNE FILLE VENGE LA MORT DE SON PÉRI · texte numérisé non relu

UNE JEUNE FILLE VENGE LA MORT DE SON PÉRI

Sous la dynastie des Ouey, vivait honorablement dans un bourg du Chan- Tong la famille d'un petit employé nommé Tchao-Ngan, composée du père, de la mère et de cinq filles, dont l'aînée, âgée de dix-sept ans.

plus belle que le jour, était appelée Tchao-Ouo. Un jour, Tchao-Ngan eut une altercation assez vive avec un notable du bourg, nommé Ly-Cheou.

et quelques jours après, on trouvait son cadavre sur la grande route. Tchao- Ouo résolut de venger son père.

Convaincue que Ly-Cheou était levé-

ritable assassin, elle commença par réunir toutes les preuves qu'elle put trouver contre lui, puis l'accusa devant le magistrat du district. Mais celui-ci, gagné par l'or de Ly-Cheou la débouta de sa plainte. Ses démarches auprès du préfet, du grand juge, et du gouverneur de la province n'eurent pas plus de succès. — Désespérée, elle quitta un beau matin sa famille, et, se déguisant en homme, s'engagea dans une troupe d'acteurs. Elle parcourut pendant deux ans, avec cette troupe, les principales villes de l'empire, et, après ce laps de temps, comme elle avait pris un certain ascendant sur le directeur, elle l'engagea à revenir dans le bourg habité par Ly-Cheou. Dès que la troupe fut arrivée dans le bourg, Ly- Cheou traita avec le directeur pour un certain nombre de représentations

à donner dans sa propre maison.

On monta un théâtre, et on joua les pièces que désirait Ly-Cheou. Un soir qu'il avait bu plus que d'habitude, il invita, à la fin du spectacle, un des acteurs, dont il avait remarqué la voix, à lui chanter quelques chansons pendant qu'il souperait. — L'acteur accepta avec empressement, et chanta jusqu'à ce que Ly-Cheou complètement ivre, tomba comme une masse inerte dans son fauteuil en rotin. L'acteur renvoyant alors les domestiques, leur dit qu'il aurait soin de leur maître; puis, quand il se trouva seul avec lui, il tira un couteau de dessous ses vêtements et l'enfonça jusqu'à la garde dans le cœur de Ly-Cheou. Ceci fait, Tchao- Ouo, car c'était elle, se dirigea vers le prétoire du même magistrat qui avait refusé de lui rendre justice, et lui ra-

conta [comment elle avait tiré vengeance du meurtrier de son père. Le magistrat, après l'avoir jugée et condamnée à mort, s'empressa de rendre compte de la sentence à l'empereur, qui décida que, d'après la loi, Tchao- Ouo était effectivement coupable, mais qu'usant de son droit de souverain, il lui faisait grâce à cause des sentiments de piété filiale qui l'avaient poussée à violer la loi.

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