‹ La Piété filiale en ChineChapitre 2 sur 25 · RIEN NE REMPLACE L'AMOUR D'UNE MERE · texte numérisé non relu

RIEN NE REMPLACE L'AMOUR D'UNE MERE

Un disciple de Confucius, nommé Tchong-Yeou et surnommé Tseu- Lou, appartenait à une famille de pauvres laboureurs, qui, dans une année de disette, fut obligée pour se nourrir, de manger des plantes sauvages. Tseu-Lou, afin de procurer à sa mère très-âgée un aliment plus réconfortant, partait chaque matin, rapportant un sac sur le dos, et revenait le soir, après avoir fait plus de dix lieues avec quelques légumes et un peu de riz qu'il allait acheter au marché le plus proche. La nuit était consacrée presque entièrement à ses chères

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études, et souvent le jour le surprit le pinceau à la main, en face de sa petite lampe. A vingt ans, il en savait plus qu'un académicien de nos jours. Le ciel bénit ses efforts et sa piété filiale; il parvint aux plus hauts emplois, et acquit une fortune considérable. Malheureusement, il perdit de bonne heure son père et sa mère, et en éprouva un chagrin inconsolable. Un jour, il fut amené par ses fonctions à traverser le village qui l'avait vu naître et où il avait passé sa jeunesse. Après s'être prosterné devant les tombes de ses parents, il dit aux nombreux serviteurs qui l'accompagnaient:

Vous voyez cette montagne couverte d'herbes et de plantes sauvages, eh bien, elle me rappelle un de mes meilleurs souvenirs, alors que j'allais au marché voisin, et que j'en rapportais pour ma mère un peu de riz qu'elle

mangeait avec tant de bonheur pendant que nous nous nourrissions avec

ces herbes et ces plantes. Oh! combien je serais heureux de pouvoir remplacer les provisions contenues dans les cent voitures qui m'accompagnent par quelques-unes de ces plantes sauvages et me retrouver à l'époque où mon père et ma mère me comblaient de leur affection et de leurs caresses! Maintenant que je suis puissant et riche, je puis me procurer tout ce que je désire, tout, excepté l'amour d'une mère que rien ne peut remplacer. Tant que je vivrai, cet amour me manquera; n'enviez donc pas ce que le ciel m'a donné; ceux d'entre vous qui ont le bonheur d'avoir conservé leur mère sont plus riches et plus heureux que moi.

LAO-LAY-TSEE

UN BON FILS DOIT S'INGÉNIER POUR PLAIRE \ SES PAREN rs.

Sous la dynastie des Tcheou, vivait, dans le royaume de Tsou, une honorable famille dont le chef, nommé Lao-Lay-Tsee, était célèbre par sa science extraordinaire et par un ouvrage remarquable qu'il avait composé sur la piété filiale. Parvenu à Tàge de soixante-dix ans, il voulut un jour montrer à ses élèves jusqu'où pouvait aller l'affection d'un fils pour ses parents. Quittant ses habits de professeur, il prit des vêtements d'enfant, et, étendu sur une natte, aux pieds de

son père et de sa mère, leur donna un véritable spectacle, tantôt en jouant avec un cerceau, tantôt en remplissant et vidant de petits seaux, ou bien encore en lançant des volants avec le pied(i). Il était heureux de penser que ces jeux, tout en égayant ses vieux parents, leur feraient oublier leur grand âge, et qu'ils se croiraient revenus à l'époque où ses ébats enfantins leur causaient tant de plaisir. Un de ses disciples, ayant cru devoir lui faire des observations à ce sujet, il lui dit : Ce que j'ai fait peut vous paraître ridicule de la part d'un maître dont les paroles et les actes ont toujours été si sérieux. Cependant, il n'en est rien. Un père qui joue avec ses enfants, de même qu'un fils qui cherche à récréer ses parents ne sont jamais ridicules, tant que ces récréations, et ces divertissements sont

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conformes aux principes de la morale. Les joies honnêtes de la famille doivent être au-dessus des railleries du monde ; autrement, les. liens qui unissent intimement les parents a leurs enfants seraient promptement rompus, et la famille ne serait plus qu'un vain mot.

Le père et la mère de Lao-Lay-Tsee vécurent jusqu'à cent-dix ans,et le ciel lui accorda la grâce de ne leur survivre que quelques jours.

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