PAR SA BELLE-FILLE
Sous la dynastie des Tang, vivait dans un bourg de Sze-Tchuen, une famille de laboureurs, dont le chef, nommé Lang, avait acquis, par son travail et sa fortune, une grande considération dans le pays. Il avait épousé une jeune fille charmante, nommée Tsoui-Chan-Nan, qui lui donna, en trois ans, deux garçons, et fut un modèle d'épouse et de mère. Elle entourait des soins les plus affectueux et les plus tendres sa belle-mère, qui avait dépassé quatre-vingts ans, sans autre infirmité
que celle de n'avoir plus de dents.
Un jour, la pauvre vieille tomba malade, et le médecin qu'on envoya chercher à la ville la plus proche, prescrivit de lui donner pour aliment une certaine quantité de lait. Rien ne fut plus facile dans les premiers temps; mais, une affreuse sécheresse étant survenue, ce fut avec les plus grandes difficultés qu'on pût se procurer la quantité de lait qui avait été ordonnée. Tsoui-Chan-Nan, qui était accouchée depuis peu et qui allaitait son enfant, proposa alors à son mari de mettre son nouveau-né en nourrice et de donner son propre lait à sa vieille mère. Son mari ayant consenti, elle nourrit ainsi sa belle-mère pendant plusieurs mois. Cette dernière mourut Tannée suivante. Lorsqu'elle sentit sa fin approcher, elle fit venir auprès de son lit tous ses enfants et
petits-enfants, et leur dit : Mes chers enfants, je vais bientôt vous quitter.
Aimez- vous bien entre vous. La concorde est le lien des familles.
N'oubliez jamais que la piété filiale est la première des vertus. Tsoui- Chan-Nan a été pour moi la meilleure des filles. J'espère que le ciel l'en récompensera. En attendant, je vous le demande, comme une dernière grâce, entourez-la de tous les soins, de tous les égards et de tous les respects qu'elle mérite. Je te remercie et te bénis, ma chère Tsoui- Chan-Nan. Puisses-tu être heureuse.
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