CE QUI-; PEUT FAIRE LA PIETE FILIALE
Sous la dynastie des Song, un jeune homme, nommé Tche-Tao, fils d'un mandarin militaire, ayant eu le malheur de perdre son père, resta seul avec sa mère infirme et toujours malade. Comme il l'aimait par-dessus tout, il lui consacra entièrement ses soins, cherchant toutes les occasions pour lui être utile ou agréable. Lorsque ses douleurs lui permettaient quelquefois de quitter sa chambre, la pauvre malade s'appuyait sur le bras de son enfant chéri, qui, toujours gai, toujours souriant, s'efforçait de lui faire oublier ses
maux. Sur une table, près de son lit, étaient continuellement les plus belles fleurs; dans un coin de la chambre, un hoa-mey (sorte de rossignol), ne cessait de faire retentir l'air de ses sons mélodieux, et, chaque fois qu'elle manifestait un désir, il était satisfait. Un jour, pendant l'hiver, ignorant que les rivières étaient gelées, elle dit àTche-Tao, lorsqu'il vint l'embrasser le matin et lui demanda ce qu'elle préférerait pour son déjeûner, qu'elle mangerait volontiers un peu de poisson frais. — Tche-Tao sortit aussitôt, cassa la glace avec un marteau, plongea dans l'eau et en retira deux petites carpes dont sa mère se régala.
Quelque temps après, désespéré de voir que les médecins étaient impuissants pour guérir la chère malade, il écrivit avec son sang une prière qu'il adressa au ciel, et qu'il déposa dans
un temple devant la statue de Bouddha, Le ciel eut pitié de lui, et sa mère recouvra la santé. Use mit alors résolument à L'étude, passa ses examens littéraires et, parla suite, devint un grand mandarin. Il était si bon et si charitable que, dans un temps de disette, il donna aux pauvres presque tout ce qu'il possédait. Sa plus grande joie était de pouvoir assister avec sa mère à la distribution des vivres que les indigents recevaient devant son prétoire. Un jour, un génie lui apparut et lui dit : Tche-Tao, le terme de ta vie était fixé à cinquante-neuf ans, mais, en raison de tes vertus, le ciel t'a accordé cinq années de plus. Il mourut effectivement à l'âge de soixante-quatre ans, laissant les plus profonds regrets parmi tous ceux qui l'avaient connu.