PERE
Sous la dynastie des Tcheou, un disciple de Confucius, nommé Ming- Sun et surnommé Tsee-Kien, était encore très-jeune quand il eut le malheur de perdre sa mère. Son père s'étant remarié, de cette nouvelle union naquirent deux autres enfants qui, en grandissant, furent choyés, caressés pendant que le pauvre Min- Sun était traité comme s'il n'avait pas appartenu à la famille. Aussi, dans la saison d'hiver, qui est si rude dans le nord de la Chine, il n'avait, pour se garantir du froid, que des vêtements
en lou-hoa (espèce de roseau sauvage), tandis que ses frères portaient des habits de coton doublés de fourrure. Un jour que Min-Sun conduisait la voiture de son père, et que la neige tombait à flocons, ses mains glacées par le froid laissèrent échapper les rênes; les chevaux, s'emportèrent, la voiture versa et son père furieux lui administra une bonne correction. Min-Sun ne se plaignit pas, et demanda pardon à son père pour le fâcheux accident dont il avait été la cause involontaire. Quelques jours après, la vérité se fit jour. Son père se repentant alors d'avoir manqué à ses devoirs, dont le plus important est d'avoir soin de tous ses enfants sans distinction, se disposait à divorcer avec sa femme qui s'était conduite en vraie marâtre vis-à-vis de Min-Sun, lorsque ce der-
nier se jetant à ses genoux lui dit en pleurant : <• Mon père, grâce, grâce pour ma seconde mère. Si vous la renvoyez, vos trois enfants souffriront
du froid, tandis que si elle reste je serai seul à en supporter les atteintes, et je ferai en sorte que vous ne vous en aperceviez plus.
Son père touché jusqu'aux larmes, l'embrassa tendrement et pardonna à sa femme, qui, à partir de ce jour, traita Min-Sun comme ses propres enfants.