RECOMPENSE DE LA PIETE FILIALE DE DEUX ÉPOUX
Sous la dynastie des Han, vivait, dans le village de Ting-ling,une pauvre famille de laboureurs, composée du chef de la famille, nommé Ko-Kin, de sa vieille mère, âgée de soixantedouze ans, de sa jeune femme et d'un charmant petit garçon de trois ans, que ses parents adoraient. Pendant un certain temps, grâce au travail de Ko-Kin et à l'intelligence de sa charmante compagne, tout ce petit monde fut assez heureux, et l'on put procurer à la pauvre septuagénaire une foule de douceurs si appréciées par la vieil-
lesse. Mais, un beau jour, le ciel inclément n'envoya pas aux champs l'eau dont ils ont besoin, et deux récoltes successives vinrent à manquer.
Ko-Kin redoubla d'efforts; il travaillait une partie de la nuit à faire des paniers, pendant que sa femme, une fois l'enfant couché, tissait ou brodait. Hélas! cela ne suffît pas pour ramener l'aisance, et, peu à peu, il fallut se contenter du strict nécessaire. Ko-Kin perdit sa gaieté naturelle et devint sombre et morose. Plusieurs mois s'écoulèrent ainsi, lorsque tout à coup sa vieille mère tomba malade. Désespéré, il dit alors à sa femme : « Le ciel nous abandonne pour le moment. C'est que, sans doute, nous avons commis de grandes fautes; mais ma mère ne devrait pas en être victime. Maintenant qu'elle est alitée, comment allons-nous faire pour la
soigner? Si tu veux, ma chère femme,
seulement je crains de le faire de la peine, nous vendrons notre enfant, et quand notre mère sera morte, nous le rachèterons. » « Que ta volonté soit faite, lui répondit sa femme, en versant d'abondantes larmes. »
Ce même jour Ko-Kin, creusant un trou dans son jardin, heurta avec sa bêche un corps résistant qu'il déterra et reconnut, à son poids, pour un lingot d'or d'une grande valeur. Il s'empressa d'en informer le magistrat du district qui l'exonéra des droits revenant à l'Etat, et lui reconnut la possession légale de son trésor. Inutile de dire la joie de toute la famille qui se rendit de suite au temple pour remercier le ciel de sa bonté, et ce même jour fit distribuer d'abondantes aumônes aux indigents du pays.