UN BON FILS
Sous la dynastie des Han, un enfant, nommé Sie-Pao, ayant eu le malheur de perdre sa mère, son père se remaria avec une autre femme, qui, lui ayant donné un second fils, obtint le renvoi du pauvre Sie-Pao, que Ton confia à un maître d'école d'une ville voisine avec lequel il fut convenu que si l'enfant lui plaisait, après un certain temps, il pourrait l'adopter. Le malheureux Sie-Pao, après avoir versé toutes les larmes de son corps, se sauva un beau matin de sa nouvelle demeure, et revint frapper à la porte de son père. Les domestiques, qui
l'aimaient beaucoup à cause de son excellent caractère, s'empressèrent de lui ouvrir. Donnez-moi un balai, ditil à Tun d'eux, et prévenez mon père de mon retour. Son père accourut furieux et le trouva occupé à balayer la cour. Que signifie tout cela demanda-t-il d'un ton brusque? Qui t'a permis de revenir ici ? Mon père, lui répondit avec calme Sie-Pao, j'étais si malheureux de ne plus vous voir, que j'ai préféré affronter votre colère. Maintenant, je vous demande une grâce; c'est que si vous ne voulez plus me considérer comme votre fils, veuillez au moins me prendre pour un de vos serviteurs; je balayerai votre maison et ferai tous les travaux que mes forces me permettront d'exécuter.
Le père de Sie-Pao fut très-touché de cette marque d'affection; mais, par crainte de sa femme, le fit reconduire
chc/ le maître d'école. Vu mois s'était à peine écoule que Sie-Pao, qui ne dormait plus, tomba gravement malade. Les médecins déclarèrent que le cœur de l'enfant avait été profondément affecté par l'abandon de son père, et que ce dernier seul pourrait lui rendre la santé, en le rappelant auprès de lui. Quelques jours après, Sic-Pao put rentrer au domicile paternel, où il finit, à force de soumission, de soins et d'égards, par se faire aimer même de sa belle-mère. Quand son père mourut, il donna la meilleure part de l'héritage à son demifrère, qui l'ayant mangée en très-peu de temps, se trouva ensuite sans ressources. Sie-Pao le recueillit, ainsi que sa femme et ses enfants, et tous ne formèrent qu'une seule et même famille dont Sie-Pao fut le chef estimé et aimé.
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