EXTRAITS DES SERMONS DE CALVIN
Notre condition.
Apprenons de nous contenter de nostre condition. Car celuyqui n’a point de reigle certaine, qui sera tousjours agité de convoitise, ses affections le transporteront de costé et d’autre, tellement que jamais il n’aura de repos pour dire : Ilfautque je me tienne ici entremes bornes... Contente-toy, si tu ne le fais, non seulement tu troubles tout ordre humain, mais tu despites ton Dieu, comme si tu luy faisois la guerre... Il faut que nous apprenions de nous contenter de nostre condition. Et pourquoy? Sachans que telle est la volonté de Dieu, et qu’il veut esprouver nostre obéissance. (Opera xXxXVI, p. 351, 352.)
Notre maison.
La maison d’un fidèle doit estre comme une petite église. (Opera, Lis, page 279.)
a laterre.. Encores que je n’aye qu’un petit trou, si est-ce | Air que nostre Seigneur me loge ici, et faut que je le recognoisse. Et combien que j’aye acheté ma maison, ou que je l’aye par héritage, ou que je la loe à quelque tiltre ‘à que ce soit : si est-ce que je suis tousjours loager de mon Dieu. (Opera, xxvI1, p. 608.)
Le travail.
Quand un homme s’appliquera à quelque labeur, qu'il n’y aille point avec présomption. Mais qu’il invoque Dieu, qu'il luy présente ses mains en offerte, pour dire : Seigneur, il te plaist que je travaille gi bien Je m'y en vay. Mais je ! que je ne pros Ÿ
oisifs. Car nous n'avons point esté créez cl 4 | troncs de bois. Il faut, di-je, que les hommes s'er =.
ployent quand Dieu leur promet sa bénédiction. Ce re
deux choses sont conjointes : le Seigneur te bénira, et néantmoins il veut que tu travailles.
Il est vray que Dieu nous pourroit bien substanter quand nous aurions les bras croisez; nous pourrions vivre sans avoir nul soin, sans avoir esgard à entretenir nostre mesnage. Dieu, di-je, pourroit bien envoyer pasture sans qu’il nous coustast rien; mais il luy plaist de nous exercer, que nous ayons solicitude, que nous travaillions, qu’un chacun selon son estat auquel il est appellé, s'applique pour faire ce qu'il voit estre propre.
Nous sommes, di-je, exercez à cela, que Dieu conjoint ses grâces avec nostre labeur, pour monstrer qu'il ne veut pas qu'on se repose, qu’un chacun croupisse là... Il faut prendre ici le frein aux dents, et cependant faire cest honneur à Dieu, de dire : Seigneur, encores que nous ayons tout fait, cela ne seroit rien, sinon que ta pure grâce dominast par dessus. (Opera, XXVIN, p. 379, 380.
Rondeur de cœur.
Ne nous amusons point à tous ces menus bagages-là : car Dieu veut estre servi en vérité, en droicture et en rondeur de cœur. (Opera, XxvI1, p- 69.)
Nos mains.
C’est une façon de parler assez commune, de dire que nous avons les mains pures; car par les mains nous traitons et manions les affaires que nous avons avec nos prochains. Et aussi celuy qui desrobe, ou qui fait quelque violence à son prochain, ou quelque nuisance, celuy-là a les mains souillées. (Opera, XXxIn1, p. 249.)
Notamment donc il est icy parlé des mains : car voilà le vray examen si nous aimons Dieu comme il appartient : c’est quand on cognoist qu’il y a droiture et équité en nous; bref, qu’il y a humanité, que nous conversons tellement avec nos prochains, qu’un chascun selon son estat et faculté s’'employe pour subvenir à ceux qui ont faute, que par ce moyen la conjonction que Dieu a mise et dédiée entre nous s’observe. Voilà donc ce que nous avons à noter, quand il est parlé de jetter loin de nos mains toute iniquité.
Un homme sera-il d’art mécanique? Et bien, qu'il fasse loyaument sa besongne, et qu’il se contente de gain honneste de l’ouvrage de ses mains,
Celuy qui achete, qu'il advise : il faut que j'aye la peine d’autruy; quand mon frère travaille pour moy, et qu'il employe sa peine, ce n’est pas raison qu'il perde son temps ; autrement c'est autant comme si je luy venois arracher le pain de la bouche, car Dieu a
mis sa substance en l’œuvre de ses mains, (/bid.) p. 593, 554.
Prière avant et après le repas.
Tous auront-ils cest advis quand ils se mettront à table d'’invoquer le nom de Dieu? Quand ils ont prins leurs repas, de monstrer qu’ils tiennent deluy leur vie, et tout ce qui est requis pour la soustenir? Mais beaucoup se mettent à table comme des porceaux, et s’en lèvent comme des chiens ; qu’il ne sera nulle nouvelle ne mémoire du nom de Dieu. et semble quasi que ce soit une espèce de moynerie, quand on remerciera Dieu. Voilà jusques où le monde s’est desbordé. (Opera,
a xxvI, p. 611.)
Ceux qui se jettent à table, et puis, après avoir farci leurs ventres, se lèvent sans monstrer aucun signe de crainte, ne de révérence de Dieu, ils sont dignes que ne les petits enfans leur crachent au visage, ou qu’on leur À jette la boue, comme ils despitent nature. Car les asnes et les bœufs retiendront leur naturel en leur pasture. ù Ceux-ci despitent Dieu en intempérance et excès, et pe puis ils voudroyent avoir anéanti son nom, comme ils le monstrent assez. Voilà donc des monstres qu’on doit tenir pour exécrables. (Jbid, p, 617, 618.)
duit; mais c’est autant comme si nous les recevions : J Le .luy. Quand un père donne à chacun de ses enfan
Le boire et le manger.
fussions admonnestez qu’il nous est donné de Dieu, et . que c’est par sa licence que nous le mangeons. Et voilà | pourquoy sainct Paul requiert la foy, quand il parle du :
est péché. Et de quoy traitte-il là? De manger ou de la chair, ou des herbages, du pain, du poisson, toute pitance. Or il dit qu’il faut que cela se face en foy. Et 4 comment ? On diroit que la foy est une chose beaucoup 36 plus précieuse que de la mesler parmi les viandes qui de sont corruptibles. Voire, mais en toute nostre vie il. | | faut que nous ayons certitude que nous n’attentons 4
en ce passage-là, par ce mot de foy, entend le tesmoi.
Le
gnage que nous avons quant au boire et au manger,
donne la nourriture qui est requise pour nos Corps; et que ce n'est point comme en desrobant, ni p
pe
pillages que nous usurpons les biens que la terre pro 4
re
portion : Tenez, mangez ; ce n’est pas plus que Di
(ge
LA PIÉIÉ RÉFORMÉE 33
certifiez par sa parolle qu'il a donné ceste vertu à la terre de produire du blé et du vin pour nostre usage ; que les bestes nous sont données afin que nous puissions manger, et tout le reste. Que nous sachions que cela n’est point par cas fortuit que les viandes croissent au monde ; mais que c’est Dieu qui les a destinées afin que nous soyons nourris par sa bonté. Or, j'ay dit que ceste doctrine est bien nécessaire ; car que sera-ce que nous ne puissions manger un morceau de pain sans offenser Dieu? Et S. Paul le prononce ainsi. Et pourquoi ? Car si je ne cognoy qu’en tout et par tout, quant au boire et au manger, je tien de Dieu le bien qu’il m’ordonne, c’est comme si je le desroboye; je vien piller là comme un chien ou un chat qui prendra ce qui ne luy est point ordonné. Voilà donc desjà une offense. Et puis Dieu est enseveli, quand on ne cognoist pas que c’est luy qui donne le pain pour la. nourriture ; si nous avons cela bien persuadé, Dieu est frustré de l’honneur qui luy appartient, que nous ne le cognoissons plus comme nostre père nourricier ; nous sommes tellement abrutis, qu’il ne nous souvient plus de la vie qui nous est apprestée au royaume des cieux. Or, quand il a un soin paternel de nous en ce monde, c’est afin que cela nous conduise plus haut. (Opera, xxv11, p.193, 194.)
Nous sommes admonnestez par ce moyen-là qu’il est prochain de nous, et qu'il estend sa providence, jusques aux plus petites choses. Car il semble bien que le boire et le manger ne soit pas une chose digne où Dieu
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regarde; mais il veut là présider, afin que nous cognoissions la solicitude paternelle qu'il a de nous, et non seulement quant à nos âmes, mais aussi quant à nos corps, combien qu'ils soyent caduques et corruptibles. (Ibid, p. 203.)
Le pain.
Quand il nous est ici parlé de la manne, que ce nous soit un enseignement perpétuel que Dieu a le soin de ses créatures, que c’est de sa main que nous tirons substance, et que nous sommes conservez; et combien qu’il face luire le soleil, que ce n’est pas pourtant que la clarté ne nous vienne de luy; combien qu’il donne substance à la terre, que nous tirions de sa graisse et de ses entrailles pour estre nourris, si est-ce que c’est luy qui besongne en telle sorte. Et tousjours retenons cela, que nostre vie avec tous ses accessoires, ne despend que de la main de Dieu; et qu’il faut que nous ayons pleinement nostre recours à luy. Voilà l’intention de Moyse.….. Il déclaire que le pain de soy n'a nulle vertu. Et qu’ainsi soit, le pain est une chose morte. Une créature insensible nous pourra-elle donner mouvement? Nenni. Une créature morte nous pourraelle donner vigueur? Il est bien certain que non. Comment donc est-ce que le pain et le vin, qui n'ont
point de vie, la pourront-ils donner aux hommes ? Comment feront-ils que nous vivions? Il semble bien que nous tirions la vertu du pain; car si un homme est lassé, et abbattu d’avoir trop jusné, s’il a faim, et qu’il prenne son repas, le voilà comme renouvelé ; il est comme restauré, au lieu qu'auparavant il estoit comme demi-mort. Il est vray que le pain sera bien moyen de réfectionner l’homme, et Dieu s’en veut ainsi servir; mais cependant nous faut-il attacher nostre vie au pain, et au vin? Nenni; mais il faut regarder que Dieu a constitué cest ordre en nature ; toutefois, ce n’est point pour déroguer à sa louange, ne pour le despouiller de son droict. Mais plustost s'il veut desployer sa vertu par les créatures, c’est pour monstrer qu’il les atoutes en sa main, et qu'il peut en disposer selon sa bonne volonté... Car il n’est point astraint à quelque nécessité. Le pain donc deffaut-il par tout le monde ? Y a-il une telle sécheresse que la terre ne peut avoir nulle substance? Dieu ne laisse point pourtant d’estre tousjours puissant, et d'avoir de quoy nourrir les siens... Mesmes quant à ceste vie caduque il ne faut point que nous soyons si bestes de jetter le museau sur le pain, et sur la viande, comme si c’estoit là que nostre vie fust cachée. Mais quand nous aurons de quoy estre nourris, que nous eslevions nos yeux en haut, pour cognoistre que c’est Dieu qui a ordonné cest ordre en nature. (Opera, XXVI, p. 595- 597.)
Les Vêtements.
Moyse adjouste quant et quant que les vestemens n'ont point esté usez, et que les pieds du peuple n’ont point esté deschaussez au désert par l’espace de quarante ans. Et là-dessus il conclut : Cognoy, dit-il, avec ton cœur (car il y a ainsi de mot à mot); mais c’est autant comme s’il disoit : Cognoy en ton cœur que tout ainsi qu’un homme instruit son enfant, Dieu t'a instruit. Tout ainsi donc que le peuple a esté repeu de ceste viande céleste, ainsi Dieu l’a vestu miraculeusement; car autrement en bien peu de temps, leurs vestemens se fussent usez. Mais Dieu y a proveu, et a fait que par l'espace de quarante ans ils ont esté chaussez et vestus de leurs robes et de leurs souliers, qu’ils avoyent apporté d'Egypte. Et c’est un tesmoignage que nous devons estre asseurez, combien que nous soyons vestus de la laine des brebis et des moutons, que nous ayons le linge pour nostre usage, et les toilles, que néantmoins c’est Dieu qui tousjours nous donne de quoy estre nourris et de quoy estre vestus; et cependant qu'il fera valoir les moyens qu’il nous donne, qu’il les bénira tellement qu’une robe nous sera plus que trois, et une douzaine ne fera pas tant qu'une seule, quand il plaira à Dieu de nous maudire. Tout ainsi qu’une once de pain fera plus qu'une livre, quand il aura inspiré sa bénédiction et sa grâce dessus ; et quand il voudra rompre le baston du pain, une livre ne servira point
LA PIÉTÉ PRÉFORMÉE
d'une demie once. Voylà l'intention de Moyse en ce passage. Et pourtant notons que si Dieu nous veut faire prospérer, qu'il nous faut prendre ce contentement-là, de n’avoir point une soylicitude trop grandeniexcessive. Comme nous voyons qu’il semble que terre nous doive faillir, si nous n’avons bonne provision, et les moyens tout appareillez. Et que sera-ce? Il est vray qu'il nous faut soucier de nos nécessitez. Mais à quelle fin ? C’est en premier lieu pour invoquer Dieu : « Hélas! Seigneur, nous voici plus povres créatures et plus misérables que toutes les bestes de ce monde; les chiens, les asnes et les autres bestes sont vestues de leurs peaux et s’en contentent. Si l’homme est nud, le voilà incontinent trespassé. Ainsi, Seigneur, nous sommes plus povres et misérables que toutes autres créatures. Les bestes trouveront leur pasture aux champs; mais quoy? Si nous ne sommes nourris, nous défaillions incontinent ».
Dieu donc veut bien que nous ayons le soin de regarder à toutes nos nécessitez. Mais c’est afin que nous recourions à luy, nous remettans à sa bonté paternelle. Et puis, quenoustravaillions selon l'industrie qu’il nous donne,que nul ne s’espargne; que nous procurions les moyens qu’il nous donne; que nous ne soyons point lasches, comme il ne veut point que nous soyons oysifs, et troncs de bois. Mais cependant si faut-il que ceste solicitude soit tenue en bride, afin qu’elle ne nous tormente point par trop, et que nous ayons tousjours le courage d’invoquer Dieu, en nous
remettant à luy, sachans qu’il ne nous deffaudra jamais. (Opera. XxVI, p. 603-604.)
Simplicité.
Dieu a regardé à mettre une bride à tant d’inventions
que les hommes se forgent, pour desguiser la droite.
simplicité que nous devons tenir, et que nature aussi nous enseigne.
Dieu défend que les Juifs ne se vestent point de robes tissues de laine et de fil.
.. Nous devons garder quelque ordre et nous contenter de la simplicité que Dieu approuve ; tellement que nous ne prenions point trop grande licence de confondre les choses: mais que nous regardions à quelle fin le tout est ordonné. Voilà le lin, le chanvre et toutes choses semblables ; et bien, on s’en doitservir à tel usage. Après, la laine est pour faire du drap, et ceci et cela. Quand les hommes suyvront une telle sobriété, et bien, ils sont tousjours admonnestez en se vestant de la provoyance de Dieu, de ce qu’il a eu un soin plus que paternel de nous. Car avons-nous besoin d’estre vestus ? Nous avons la chemise, nous avons une robe, nous ayons la chaussure. Nous voyons: voilà le cuir qui nous sert pour nous chausser ; voilà le drap qui est pour nous couvrir ; voilà la chemise qui est encores
de superabondant. Et Seigneur, comme tu as bien provu à tout ! Nous sommes admonnestez de cela. Or sion mesle les choses, voilà les hommes qui s’abrutissent, et Satan ne tasche sinon de nous esblouir les yeux, afin que nous ne regardions point à ceste distinction si belle que Dieu a mise en toutes les parties du monde...
Que toutes choses s'appliquent à leur usage, et qu’on regarde : Pourquoy est-ce que Dieu nous a mis ceci entre mains ? À quoy nous doit-il servir? Et qu’on se soit point mené de curiosité excessive; mais qu'on se contente d’avoir l’usage naïf tel que nostre Seigneur l'offre.
Or nous avons desjà dit que la servitude n’est pas telle aujourd’huy, comme elle a esté sous la loy car nous avons liberté plus grande que ce peuple-là, que Dieu a tenu comme des petis enfans, ainsi que sainct- Paul en parle. Or nous savons que les petis enfans auront régime plus estroict et comme servile….
Il veut que nous usions des biens qu’il nous eslargit en sobriété, que nous ne vaguions point en nos délices, et qu’il n’y ait point de superfluitez entre nous. Et aussi qu'on ne s'occupe point tant à cercher des inventions nouvelles, que cela soit pour oster toute loyauté entre nous, et qu’on neregardequ’àfaire des attrappes-deniers, comme toutes ces subtilitez tendent là : ce sont autant de filets pour attraper du gain. O voilà une belle invention ; les fols courent après, et on leur vuidera leur
bource cependant. Si on se contentoit de simplicité,
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chacun dépendroit moins, et on se contenteroit aussi de ; plus peu.
hi A Mais quand les hommes veulent ainsi s'esgayer, ” il n’y a point de fin. Celuy qui dispute des nou- Ya veautez en ceci et en cela, il faut qu’il se corrompe aussi | bien ailleurs. Et cela fait que le prix des marchandises Le hausse ; et puis les marchandises ne sont plusloyales, : 1 comme elles devroyent estre, si chacun y alloit en ron- Qu deur et intégrité... £ Notons donc que nous prophanons l’usage pur et … naturel des bénéfices de Dieu, quand nous faisons des mixtions trop grandes par nos cupiditez... Regardons un peu les tables, qu’il y aura telle variété que
c’est comme un labyrinthe ; qu’on voiten celacomme les | hommessont adonnez à ce vice, qu’ils ne cerchent qu'à LA tout desguiser, qu’il semble qu’on ait conspiré dechan- …
ger tout ce quiest en nature... Si on demande: et voire mais tous les meslinges sont-ce autant de péchez? Je parleray pas si rudement. Mais tant y a que le princip est venu d’une convoitise mauvaise. Ceux qui O RIRE ainsi tant ie varietez, afin ne reraplirs le
nier: Ô voilà un bon maistre & hostel ; qu'ils nn. |
gloire quand ils ont inventé beaucoup de friandises, | qu’ils ont meslé les choses pour faire des saupiq ts | nouveaux, et je ne say quoy pour complaire à ceux q demandoyent d’estre traittez trop délicatement. Il fa
détester tout cela, et seroit à souhaiter que telles gens fussent avortez au ventre de leurs mères.
… Il est certain que nature n’enseigne point [tout cela]... Notons que toutes les variétez qu'on appettera sont autant de tesmoignages que nous ne pouvons nous retenir en vray contentement de nature.
Il est vray que de tenir ceste rigueur et austérité si extrême qu'ont eu des phantastiques, qu’il nous faut contenter de nature, qu’il ne nous est point licite d’avoir ne verre ne gobelet, qu'il faut boire à la main, ce sont des sottises. Mais quand nostre Dieu se monstre libéral envers nous, regardons-là. Il est dit au Pseaume 104, que non seulement Dieu a donné aux hommes du pain et de l’eau pour la nécessité de leur vie, mais qu’il adjouste aussi bien le vin pour conforter, et pour resjouir. Quand nous voyons que Dieu desuperabondant nous donne outre la nécessité précise plus qu'il ne nous faut ; et bien, jouyssons de sa bonté, et cognoissons qu'il nous permet d'en user en bonne conscience avec action de grâces. Il feroit bien venir le bled pour nostre nourriture, sans que la fleur précédast ; il feroit bien aussi croistre le fruict sur les arbres sans fueille ne fleur. Et nous voyons que nostre Seigneur nous veut resjouir en tous nos sens, et nous a voulu présenter ses bénédictious en toutes sortes, et en toutes les créatures qu’il nous offre pour en jouir. Ainsi il n’est point question d’avoir une rigueur barbare, tellement que les hommes soyent privez de ce que Dieu leur donne: mais seulement réprimons nos convoitises.. [sans quoi] nous
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monstrons bien que nous n’avons guère de soin de nos âmes quand les corps nous occupent ainsi, et que nous laissons nos âmes rouillées, quand nous cerchons par nos folles convoitises tant de belles parures, et tant d’inventions pour nous monstrer selon le monde. (Opera, xxvVIu, p. 29-37.)
Les Ornements du fidèle.
Nostre ornement est intérieur. Si nous pensions à nous orner devant Dieu et devant ses anges, nous n’aurions pas si grand loisir de chercher des paremens pour les corps... Dieu veut que nous soyons parez devant luy. Et de quoy? D’humilité, de sobriété, de modestie, de patience et toutes choses semblables. (Opera, Lir1, p. 206).
Quand il est ici parlé de fronteaux, et de bracelets, quand il est parlé de peindre la loy de Dieu aux posteaux, ou de l’entailler, c’est pour exprimer, qu’au lieu que les hommes, quand ils voudront avoir des paremens, ils s’adonneront à ambition, et cela les destourne de Dieu ; qu’il faut qu’ils facent tous leurs paremens de la Loy de Dieu, que ce soyent là leurs joyaux. Comme quand un homme aura une belle bague, et bien précieuse au doigt, ou bien une femme, il y prendra plaisir. Mais qu’au lieu de cela, il ait toujours
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la Loy de Dieu devant leurs yeux, que toutes fois et quantes que l’homme se regardera, voire jusques à un ongle, qu’il luy souvienne : Tu as ton Créateur, lequel ayant formé, a voulu que tu le servisses, te le devant du tout à son obéissance. (Opera, XXVI, p. 44). Pourquoy est-ce que Dieu nous met ici sa loy comme un bandeau devant les yeux ? Pourquoy est-ce qu’il veut que nous l’ayons comme des bagues, des anneaux et des bracelets, sinon pour dire que là où nous avons accoustumé de regarder principalement, et de nous monstrer, que la loy de Dieu y soit? Et la plusexcellente partie de l’homme est du visage et des yeux. Or nostre Seigneur veut que sa loy soit là. Et puisil veut qu’elle soit devant nos mains, et nous ne pouvons rien faire que nos mains n’aillient tousjours devant. Or, nostre Seigneur veut que nous ne puissions remuer un doigt, que tousjours sa loy ne nous vienne en mémoire, Cependant notons aussi que nostre Seigneur n’eust peu mieux arguer les vanitez auxquelles les hommes et les femmes sont adonnés, en tous leurs affiquets, et menus fastras, en leurs paremens, bords, bordures et choses semblables ; que Dieu n’eust peu mieux se mocquer de telles vanitez, sinon en nous monstrant que nous oublions ce pendant ce qui estoit le principal, qui est la méditation de la loy de Dieu, laquelle nous oublions facilement pour nous occuper à des choses vaines et inutiles. Et principalement ceci est dit aux femmes, d'autant qu’elles s’adonnent trop curieusement à ces paremens et affiquets. Que si elles
considèrent qu’il faut qu’elles s'appliquent à méditer la loy de Dieu, elles ne seront plus tant occupées à se parer, ou plustost à se déguiser ; mais elles regarderont, quel est le vray parement des femmes fidelles, c’est assavoir de craindre Dieu, de cheminer en toute honnesteté, modestie, chasteté et sobriété, de bien gouverner leur mesnage, et s'appliquer à l’instruction de leurs enfants.
Voilà un beau parement, et qui est précieux devant Dieu, comme sainct Pierre le nomme.
Ainsi donc notons qu’au lieu que les mondains se parent, et se contrefont, et qu'ils ont tant de moyens pour se plaire, et se flatter entr’eux, que nous advisions de prendre le vray parement qui nous rendra agréables devant Dieu, c'est assavoir que sa loy nous soit en mémoire, et que nous puissions nous glorifier d’avoir un Dieu qui nous conduit et gouverne, selon qu'il luy a pleu nous recevoir pour son peuple, et nous donner sa parolle pour la règle de notre vie. (Zbid., p. 445, 444.)
Le superflu.
Quant est de la nécessité de nature, que nous faudroit-il, sinon du pain et de l’eau ? Or, Dieu adjouste le vin pour conforter et resjouyr le cœur de l’homme,
comme il est dit au Pseaume. Et puis on voit qu'il nous veut resjouyr en toutes sortes, quand il envoyera tant de choses en ce monde qui sont pour délecter les hommes : ce sont autant de tesmoignages de la libéralité de Dieu, quand non seulement il provoit à ce dont nous ne pouvons nous passer, mais qu'il y adjouste de superabondant beaucoup de biens qui nous servent de plaisir. (Opera, xxvu1, p. 108.)
La joie.
Cela est naturel, si un homme est povre, qu’il soit contristé, et si un homme est riche qu'il s’esjouisse.
Et ceste joye-là de soy n’est point mauvaise, car il est dit : Tu t’esjouiras devant le Seigneur, ton Dieu, beuvant et mangeant. Si donc nostre Seigneur nous eslargit des biens et que nous ayons de quoy nous substanter, c'est pour nous resjouir ; et tant s’en faut que ceste esjouissance-là desplaise à Dieu, ne quelle soit condamnée de soy, que c’est plustost un signe de foy, et de la crainte que nous avons de luy, veu que nous apprenons de louer sa bonté, et de lui rendre grâces selon les bien qu'il nous distribue. (Opera, XXXIV, p. 679, 680.)
Les maladies.
Apprenons, qu’autant de maladies que nous souffrons en nos corps, ce sont messages de Dieu, pour nous faire sentir son ire, d'autant que nous l’avons offensé. (Opera, xxvII1, p. 403.)
La mort.
Les fidelles doivent estre tousjours disposez à marcher là où Dieu les appelle... Aussi quand Dieu les retire de ce monde, il faut qu’ils ayent tousjours un pied levé pour dire : Me voici, Seigneur, je suis prest de venir à toy. (Opera, xx1x, p. 96, 97.)
Ce message de mort n’estoit point pour effrayer. Moyse. Et de fait, si nous ne sommes tousjours appareillez de partir du monde quand il plaira à Dieu de nous en retirer, qu'est-ce que nous aurons profité en toute la doctrine qui nous est preschée ?..…. Et maintenant que Jésus-Christ est apparu pour nostre vie, nous savons qu’il est monté au ciel, nous savons qu’il a esté aux abymes devant, c’est-à-dire qu'ii a satisfait à l’ire de Dieu, afin de nous racheter de la mort éternelle. Puisque nous avons un tel avantage,
quelle excuse y aura-il si nous sommes effrayez quand on nous parle de la mort, et qu’il nous semble que tout soit perdu pour nous? Ainsi donc, notons que pour estre bien enseignez en l'Evangile, il faut que nous sachions que c’est de mourir aussi bien que de vivre. Et comment? Que nous ne soyons point attachez en ce monde, quenous ne facions point nostre conte de tousjours demeurer ici-bas ; mais que nous ayons comme un pied levé, ainsi qu’on dit, et pour ce faire que nous contemplions la vie céleste qui nous est promise, et de laquelle nous avons un si bon gage en nostre Seigneur Jésus-Christ.(Opera, XxXVtI11, p. 629, 630.)
L'Amour de Dieu.
Dieu vient comme si un père flattoit son enfant, et qu’ilusastde propos humbles et gracieux.(Opera, XXvVII, p. 70.) — Dieu veut estre honoré d’une affection cordiale. (1bid., p. 37.) — Je vous demande l’amourcomme la chose principale et qui m'est le plus à gré. ...Je veux avoir ceste authorité paternelle sur vous, et que vous me serviez ainsi d’'uneamourfiliale,etque vous soyez du tout dediez à moy. (Zbid., p. 79.) — Nostre Seigneur déclare qu'il n’acceptera nul service qui luy soit rendu,
sinon qu'il procède du cœur, et que nous l’aimions aussi
comme nostre père. (1bid., p. 106.) — Le commencement de bien servir Dieu et de l'aimer, c’est de cognoistre sa grâce pour nous reposer en luy, attendant qu'il nous soit propice et favorable. Aussi est-il traité de l’obéissance après l'amour. (Jbid., p. 107.)
Puissance de Dieu et foi.
La foi ne doit donc point estre enclose en ce que nous appercevons, d'autant qu'elle est fondée sur la vertu de Dieu.
Or ceste vertu-là est infinie, et ne la faut point compasser ne régler aux moyens de ce monde, à ce qui se peut voir.
Dieu peut besongrer en une façon qui nous est incognue.
Puisqu’ainsi est, il faut que nostre foi s’eslargisse aussi bien.
Et ainsi pour bien comprendre ceste doctrine, com mençcons par le second que nous avons touché, c’est assayoir que la puissance de Dieu par laquelle il veut besongner pour nostre salut n’est point limitée à ces choses basses; qu’il ne nous faut point dire Dieu fera ainsi pource que l’ordre de nature est
tel, pource que nous en voyons quelque apparence, pource qu’il y a tel moyen et aide.
Car ce seroit lui faire trop grand’injure : pour ce que ce qui est en lui est infini. Il ne faut point donc enclorre sa puissance en nos phantasies ni appréhensions. Comme la bonté de Dieu est infinie, et c’est un abyme, aussi est sa sagesse, aussi est sa justice ; il faut que nous disions le semblable de sa vertu. Or, quand nous voudrons comprendre ceste puissance et ceste vertu-là, je vous prie, le pourrons-nous enclorre à nostre cerveau ?
Il est impossible.
Ainsi donc notons bien que quand Dieu nous veut sauver, ce n’est point d’une façon commune ; mais il besongne par miracles envers nous, tellement qu’il nous ressuscitera de la mort.
Voilà donc comme il nous faut estre fondez en la vertu inestimable de nostre Dieu : à savoir que quand il est question de nous fier en luy, nous ne venions point disputer : Dieu a-t-il quelque moyen ? Les choses sont-elles vraysemblables ? Avons-nous quelque chose en nous pour y aider ? Nenni, non. Mais Dieu cognoist comme il le fera; ainsi attendons-nous à luy. Or, maintenant, comme j'ay dit, il faut que nostre foy s’estende sur la puissance de Dieu; et puisque Dieu n’a point une puissance par certaine mesure, et que soit enclose, ni sujette à moyens humains, ne naturels, il faut aussi que nostre foy s’estende et haut et bas, qu’elle soit infinie. (Opera, XXXIV, pp. 603, 604.)
Les bras de Dieu sont ici-bas.
Et pourquoy les met-il bas, veu que desjà il a prononcé que Dieu chevauche les cieux ? et il semble que | ceci soit répugnant. Car si Dieu a son siège là-haut, comment aura-il ses bras tant bas? Or, c'est pour. ce qu’il remplit toutes choses; que non seulement son à essence est infinie, mais aussi sa vertu ; et notamment c'est pour ce qu’il nous la veut faire sentir par expé-. rience. S'il estoit dit que les bras de Dieu sont au ciel, et bien cela seroit pour maintenir les anges ; mais nous ne laisserions point de trembler et d’estre effarouchez quand nous serions menacez de quelque mal; nous regarderions çà et là et demeurerions espouvantez sans aucun remède. pe desc le Sainct Esprit AE remédie.
ES à faille estre ravis en toute révérence pour l’adorer e humilité, veu que nous ne sommes rien, et qu ‘ile par-dessus tout ; combien pins qu'il nous faille 45
. . . sv n’empesche pointquenous ne cognoissions que sa nous est prochaine, que ses bras ne soyent estendus
Ce ET» © jusques à nous, qu'il veut ici faire sentir sa force, 5
veut monstrer les enseignes. Et pourquoy ? Car il
leur recours. Voici donc une doctrine notable... Si nous regardons à notre vie, il est vray qu'il n’y a que fragilité ; après, nous sommes assiégez de tant d’ennemis, que c’est un horreur ; et puis, il y a des morts infinies qui nous menacent. Mais quoy? les bras de Dieu sont tout à l’environ; nous en sommes armez ; et ce n’est point seulement pour un jour; car tout ainsi que Dieu est immuable, tout ainsi qu’il a son siège permanent, aussi ses bras demeurent ici à jamais, qu’il ne sera jamais lassé de nous secourir. (Opera, XXIX, p. 198, 199.)
La Crainle.
Quand nous appercevrons quelque danger, il nous en faut bien avoir l’appréhension; car autrement nous serions stupides, et ce n’est pas une vertu de ne rien craindre. Un yvrongne s’ira jetter à travers des espées ; il sejettera par une fenestre, il ne craint rien. Mais pourquoy? D'autant qu’il est insensé... Ainsi nous voyons que stupidité n’est pas vertu.
Mais quand nous appréhendons les dangers, il faut là dessus que nous venions à ce remède que Dieu nous donne.
Ilest vray que nostre vie est comme pendente d’un
filet, et qu’il ne faudroit rien pour nous perdre; mais
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quelque foiblesse qu'il y ait en nous, si est ce que nostre Seigneur nous a promis de nous tenir comme cachez sous ses ailes. Recourons-donc à lui. (Opera, XXVI, p. 562.)
La Prière.
Il est dit auPsezaume 145: « Le Seigneur faitla volonté de ceux qui le craignent». Voilà un motquinousdevroit percer le cœur, quand il est dit: Que Dieu fait la volonté des hommes.
Et qui est-il?
Qui sommes-nous ?
Nous sommes povres créatures ; nous devrions avoir honte en nous présentant devant luy.. Or il est vray que Dieu veut que nous le requerions en obéissance, comme dit sainct Jean en sa Canonique; qu’il ne faut point que nous le prions à la vollée, que nous apportions là nos fantasies pour vouloir astraindre Dieu à nos appélis; il ne faut point user d’une telle audace. Mais quand nous aurons rangé nos cœurs à l’obéissance de nostre Dieu, alors si nous le prions de ce qui est propre pour nostre salut, cela luy est agréable, et se veut accorder à nous; il nous veut complaire, comme s’il y avoit une fonction et une alliance qui ne se peust rompre entre luy et nous... Or, ceci n’est point récité
seulement de Moyse. Mais nostre Seigneur déclaire quelle vertu auront nos prières et oraisons, quand elles seront bien reiglées, et que nous viendrons à luy avec un tel zèle qu’il appartient, avec telle foy, et telle humilité aussi qu’il demande. Et nous faut revenir à ce que dit sainct Jaques quand il pärle d'Hélie, lequel a fait pleuvoir, et lequel a envoyé la sécheresse seulement par son oraison,; il a fermé les cieux. Voilà une chose incroyable, que le prophète, quand il ouvre la bouche pour prier, ait ce privillège de fermerles cieux, d'amener la famine partout, afin de punir et le roy idolâtre, et tous ceux qui avoyent adhéré à son impiété ; et puis quand il retourne à Dieu, et qu’il demande la pluye, il ouvre les cieux, et tous ses canaux, et la terre alors est arrousée. Or, sainct Jacques ne veut point que nous cognoissions cela, comme pour magnifier la vertu d'Hélie, et pour dire que c’est un privilège spécial qui luy a esté donné; mais il nous en baille une reigle, qu’en cela nous voyons combien l’oraison du juste profite, et nous donne courage de prier Dieu. Puisqu'’ainsi est que le prophète Hélie a peu clorre les cieux, et ies ouvrir par sa prière, ne doutons point qu’en invoquant le nom de Dieu, nous ne soyons exaucez ; et quand les abysmes seront ouverts, nous les pourrons clorre; quand il semblera que tout soit gagné par les meschans, Dieu les exterminera à nostre requeste. Prions donc hardiment, estans appuyez sur les promesses que Dieu nous donne ; et nos oraisons auront telle vertu qu’elles changeront l’ordre de nature si besoin est.
Comme nous voyons qu'au mot de Josué le soleil s'est retardé, et qu’il a continué le second jour sans qu’il y eust nuict entre deux. Quand nous voyons ces choses, ne disons point: cela a esté pour un coup, ou : voilà un tel sainct qui a eu telle vertu; mais cognoissons que nostre Seigneur nous a voulu déclairer, que quand le ciel et la terre revoyent meslez ensemble, que les choses seroyent les plus confuses du monde, si nous recourons à luy, et que nous y ayons nostre attente, il pourra bien remédier à ce qui nous semble estre confus, et nous verrons alors le fruit qu’apportent nos oraisons. (Opera, XXVI, p. 681, 682.)
Que tout le monde ne nous soit rien, encores qu'il semble que tout doyve estre renversé; que tous les troubles et scandales que nous verrons en ce monde ne nous empeschent point depoursuyvrejusques en la fin, Mais que nous concluyons: Qui est-ce qui nous à prins en garde?
N'est-ce pas nostre Dieu?
N'est-ce pas luy qui nous a promis l’héritage du royaume des cieux?
C’est donc son office de nous tenir la main forte. Il est yray que nous sommes debiles de nostre costé, mais sa vertu seule suffira pour nous fortifier. Il est vray que nous sommes environnez de beaucoup d’ennemis ; mais nostre Dien sera un bon bouclier, il neus sera une for-
teresse invincible, moyennant que nous mettions nostre …
fiance en luy. Nous avons la promesse que jamais il ne nous défaudra. (1bid., p. 483).
Assurance.
Ce n’est point sans cause que Dieu déclare ici à son peuple : Fay, non point en considérant ton pouvoir ne ta faculté, mais en considérant ma vertu, et en Ia cognoissant, car elle est invincible. Quand tu m’auras de ton costé, ne crain point que je ne te face toujours venir au-dessus de tous tes combats, et de toutes les mauvaises rencontres que tu auras. Il ne faut point esplucher qui nous sommes,... mais il nous faut estre armez de ceste promesse: Voici Dieu qui me commande de faire ainsi : or, il voit bien les dangers et les diffi- Cultez qui y sont; mais il adjouste qu’il m'assistera, qu'il me tiendra la main forte. Il faut que je m’appuye là-dessus, que je concoive une ferme constance. (Opera, xxVI, p. 554, 555.)
Constance.
Regardons à ceste vie que Dieu tient cachée en soy, et qu'il a manifestée quand il l’a révélée par son sainct Esprit,et qu’il en a rendu bon tesmoignage en son Evangile. Quand donc le monde aura conspiré nostre mort cent mille fois, que nous serons tenus pour condamnez,
que nous serons en opprobre, passons outre, car nostre
vie ne consiste point ici-bas, elle ne dépend point des hommes, ni de leur réputation, ni de leur crédit; à | n'estimons point cela, mais surmontons toutes 10 ; PUY, fascheries que le diable nous met au devant pour nous 14 amortir le courage, cognoissans que c’est Dieu qui
| vivifie toutes choses; il tient nostre vie en sa main, il . Eu: en fera bonne garde et seure, et il veut aussi que nous - Be tendions à luy. Que cela nous suffise, sçachans qu'il
ne nous frustrera point de ce qu'il nous a promis... …
Et puis, sommes-nous tenuz ici comme arrestez? Passons néantmoins par dessus telles barres; combien qu’il semble qu’il y ait de grosses montagnes, si
faut-il que nous ayons comme des ailes pour voler PA quand nous ne pourrons marcher, et la foy et l’espérance que nous avons en Dieu, nous serviront de cela. (Opera, Lrr, 606, 607.)
Si nous craignons nostre Dieu, nous serons asseurez | de toutes choses. La crainte de Dieu est la meilleure ni À forteresse que nous puissions avoir. É É Ne | J'appelle crainte de Dieu, une telle révérence, que AVE nous le tenons cependant comme nostre Père. (Ope XXVII, p. 507.)
Quelquefois Dieu est appellé nostre rampart, que fois nostre Date tour, Mer Lu fois nostre me
nous, ne doutons point qu’il ne soit le plus fort pour abysmer tous nos ennemis. ({bid., p. 600.)
Nostre Seigneur vouloit avoir des soidats qui allassent d'un franc courage. Car si un homme tremble, c’est signe qu’il n’a plus de fiance en Dieu : car la foy a cette vertu là, de dompter et amortir toutes craintes. (Jbid., p. 609.)
Il est vray que nous ne sommes rien au prix de nos ennemis.
Mais quoy? Quel est Dieu? Quand il dit qu’il sera nostre capitaine, et que nous serons sous sa protection, que pourront faire tous les homrnes de la terre et toutes les créatures? Y a-il rien qui puisse résister à la puissance de Dieu ? Et puis quelle est sa majesté ? Quand il la voudra monstrer, ceux qui sont aujourd’huy comme enyvrez en leur orgueil, il faudra qu'ils demeurent incontinent confus. Car si Dieu fait fondre les montagnes et les rochers, si la terre découle en sa présence, que sera-ce des hommes avec leur fragilité ?
.. Ilest puissant et terrible. Et ainsi ne craignons point! Car toutes les tureurs que jettent nos ennemis, et qu’ils escument, ne sont que fumées... Nostre Dieu est puissant. Et pourquoy ?.. Il pourroit bien desployer sa puissance pour nous confondre et abysmer; mais il est patient, il est doux et débonnaire; il ne veut pas que nous sentions sa vertu à nostre dommage; plus tost il nous veut faire expérimenter une douceur plus que paternelle; il ne demande sinon de nous
recueillir sous ses ailes, comme une poulle assemble ses petits.
Et ce nous est une consolation singulière, quand nous congnoissons qu'il nous veut estre ainsi amiable et propice, combien qu'il vueille estre cogneu puissant et terrible pour deffaire nos ennemis, et pour surmonter tout ce qui nous est contraire. Confionsnous donc en cela. (Opera, XXVI, p. 967.)
Il n’y a ni forteresse, ni munition telle que d'avoir nostre recours à Dieu; moyennant qu'il ait le soin de nostre salut, confions-nous hardiment que nous serons asseurez, voire combien que les meschans conspirent contre nous, et que nous soyons veillez et guettez, nous serons, dis-je, en une forteresse invincible. (Opera, XXVII, p. 374.)
Ayans donc une telle asseurance, nous devons bien retenir nos esprits. Quand nous cognoissons la réconciliation qui a esté faite en nostre Seigneur Jésus- Christ, nous avons bien occasion maintenant de nous reposer en nostre Dieu, d’estre coys et paisibles, voire moyennant que nous n'oublions point un tel bénéfice... Voilà comme nous pourrons estre asseurez de nostre vie. Combien que nous n’apercevions qu’une guerre continuelle, si est-ce qu’il nous faut efforcer à batailler, et persister jusques à ce que nous soyons venus à la victoire. Et s’il nous retire à soy, lors il sera gardien de nos âmes. Il nous conduira en ceste vie présente, que et jour et nuict nous sentirons sa grâce. Quand ce viendra au soir, combien que la nuict em-
porte beaucoup de frayeurs, nous serons en seurté. Pourquoy? Dieu cependant sera nostre forteresse, et nous ne serons point abandonnez de Iuy. Attendons donc jusques au matin. Voilà comme nous luy remettrons tousjours nostre vie. Et encores que nous ne soyons point insensibles, si est-ce que nous aurons tousjours sur quoy nous appuyer, voyant nostre infirmité. Comme un homme quand il voit qu'il ne se peut soustenir, que les jambes luy tremblent et luy crolent, il prendra quelque appuy, il se serra en une chaire,ou bien il s'appuyerasur un baston; ainsien sommes-nous. Car nous n'avons point une vertu de géans; nous ne sommes point si robustes que nous puissions deffier nos ennemis, Car nous voyons bien que nous sommes trop foibles. Mais cependant nous ne laissons pas de nous appuyer en Dieu, et voilà nostre recours. Et non seulement nous avons ceste confiance pour la vie présente, mais nous l’avons aussi pour l’avenir : qu’encores que nostre Seigneur nous permetteentre les mains de nos ennemis, qu'il ne laissera pas d’estre nostre sauveur au milieu de la mort. Que nous ne doutions point qu'il ne nous amène non seulement depuis le matin jusques au vespre,et depuis le vespre jusques au matin, mais qu'au milieu des ténèbres de la mort tousjours nous serons esclairez de sa bonté, et qu’il nous monstrera que la vie qu’ila promise aux siens ne deffaut jamais. (/bid., p. 481, 482.)