CHAPITRE IV
Gabrielle avait bien compris qu’on avait défendu à Louise d’avoir aucune liaison avec elle; aussi pendant tout le temps que Bastien passa à Ormoy, elle ne chercha point à la voir; mais silôt qu’il fut parti, elle épia l’occasion de la rencontrer. Cette occasion ne tärda pas à se présenter,
Un jour que Leuise était allée chercher de l’eau dans un pelit bois, Gabrielle l’aperçut, et l'ayant suivie elle lui sauta au cou en lui disant : « Ma chère amie, ah! qu'il y a de temps que nous ne nous sommes vues ! » Louise étonnée regardait de tous côlés. « Je vois bien, lui dit Gabrielle, qu’on vous a défendu de me parler, et que vous craignez d’être aperçue; mais sovez tranquille, personne ne vous voit. » Louise, qui n’avait pas ri depuis longtemps, lui répondit que depuis qu’elle ne l'avait pas vue, elle avait passé des jours bien tristes. « Et moi aussi, machère,luidit Gabrielle, les jours passéssans vous voir ie paraissaient des années. Vous savez
que c’est demain la fête patronale de Boissy, nous y irons ensemble, et nous nous amuserons bien, »
Louise savait combien en allant à Boissy elle ferait de peine à son père et à sa mère. Eile n'avait point oublié aussi ce aui s'était passé à la fôle patronale de Saint-Martin. C’est pourquoi eile refusa d'accepter la proposition de Gabrielle, et s’en excusa le plus honnêtement qu’elle put. Gabrielle insista et se mit à pleurer. « Gabrielle, lui dit Louise en lembrossant, j'irai avec vous à nu puisque mon refus vous fait tant de peine. »
Quand Louise eut pris le Un de réfléchir sur la promesse qu'elle venait de faire, elle s’en repenlil; maiselle ne voulut pas manquer à sa parole, et la crainte de déplaire à son amie étouffa ses remords. Comme elle prévoyait que sa mère ne lui en donnerait pas la permission, elle partit de grand malin sans lui rien dire; elle alla chercher Gabriclle, et Étienne les accompagna.
Beaucoup de monde s'était rassemblé à Boissy pour la fête. Philippe, ce jeune homme dont nous avons parlé plus haut, qui avait gagé qu'Étienne ne danserait pas avec Louise, vint les aborder ; c’é-. tait un étourdi, un brutal; il avait une grande force de corps et en tirait beaucoup de vanité. Philippe, après avoir fait quelques compliments à Louise, lui proposa de Ganser : elle s'en excusa, en disant qu’elle était fatiguée de la route qu’elle avait faite, ei que d'ailleurs elle avait une répugnance invincible pour la danse. « Vous me faites un affront, lui dit Phiippe, de ne point vouloir danser avec moi. — Non, répondit Louise, car je ne veux danser avec personne; ainsi vous n'avez pas à vous plandre. — Vous m'en donnez votre parole, répliqua Phi-
lippe. — Oui, très-certainement, » dit Louise. Philippe fut très-content de s’êire assuré qu’il ne perdrait pas sa gageure, La conversation dura encore quelque temps, et ensuite il s’en alla au cabaret avec quelques-uns de ses amis. Quand il se fut éloigcé, Étichne commenca de son côté à solliciter Louise pour la danse; Gabrielle joignit ses instances à celles de son frère. Louise résista longtemps; beaucoup d'autres jeunes filles se rassembièrent autour d’elle et se moquèrent de ce qu’elle ne voulait pas danser; enfin on lui en dit tant, qu’elle se décida à faire comme les autres. Étienne Ja prit par la main, et ils commencèrent à danser ensemble.
Philippe, regardant par la fenêtre du cabaret, vit que Louise dansait avec Étienne; alors il entra dans une grande colère, et sortant comme un furieux, il court à elle et lui donne un soufllet pendant qu’elle dansait. Louise ne put retenir ses larmes de se voir ainsi trailée publiquement; mais Étienne, voyant qu'on outrageait la personne avec laquelle il dansait, crut son honneur intéressé à la venger, et il rendit à Philippe un si fort soufflet, qu'il manqua le renverser. Philippe, qui était plus fort qu'Étienne, se jette sur lui, le saisit par les cheveux, et après lui avoir fait faire cinq ou six pirouettes, le jette à terre dans un endroit plein de boue. Ceux qui étaient présents riaient beaucoup aux dépens d'Étienne. Pour lui, ne pouvant supporter sa honte, il se retira dans une maison voisine pour changer d’habits, et s’étant armé de deux pistolets, il sortit pour chercher Philippe afin de tirer vengeance de Paffront qu’il avait reçu. Louise et Gabrielle n’oublièrent rien pour l'empêcher de
poursuivre celte querelle; enfin elles firent tant d’efforts auprès de lui, qu’elles parvinrent à le retenir; et, pour empêcher qu’il ne se trouvât avec Philippe, elles le déterminèrent à revenir à Ormoy.
Il y avait déjà cinq minutes qu’ils marchaient ensemble du côté d'Ormoy, lorsque Philippe, que quelques affaires avaient appelé de ce cûté-là, les aperçut : il S’approcha fièrement; et quand il ne fut qu’à quelques pas, il insulta Louise, en lui demandant si elle n’était point fatiguée de la danse, Alors il ne fut plus possible de retenir Étienne ; il s’élance vers Philippe, et lui tirant successivement ses deux coups de pistolets, l’étend par terre baigné dans son sang. Après avoir fait ce coup il s’enfuit promptement. Gabrielle, les larmes aux yeux, se retira le plus vite quelie put. Pour Louise, il ne lui fut pas possible d'en faire autant ; elle fut obligée de se jeter par terre, et elle s’assit appuyée contre un arbre, n'ayant plus la force de se tenir sur ses jambes; elle ne savait où elle en était, à la vue de ce funcste accident. Cependant plusieurs personnes qui avaient été témoins de ce meurtre accoururent vers Philippe; on trouva qu’il n'avait plus qu'un souffle de vie; il maudissait Étienne son meurtrier, et Louise, qui était cause de toute cette querelle, et il expira sans qu’on eût le temps d'appeler un prêtre.
Beaucoup de personnes s’attroupèrent autour du corps de Philippe; chacun s’entretenait de sa mort; on montrait du doigt Louise, en disant que c'était elle qui avait causé ce malheur. Elle aurait bien eu envie de quitter ce funeste lieu; mais elle n’avait pas la force de faire un pas. Ce fut alors que Geneviève, qui avait appris cet accident, vint en grande
hâte chercher Louise : elle la trouva toujours à terre, assise contre un arbre, et ne pouvant pas même pleurer. Geneviève la prit sous le braset la reconduïisit dans sa maison. À quelque distance d'Ormoy, Louise trouva son père et sa mère, qui venaient aussi au-devant d’elle, et qui n'avaient pu marcher aussi vite que Geneviève, Dans l'état où elle était, elle ne pouvait même pas prononcer une seule parole. Dès qu’elle fut arrivée chez elle, on la mit au lit, et elle eut un accès de fièvre trèsviolent. Enfin, quand la fièvre fut passée, elle se trouva un peu plus tranquille. Ses parents voulurent lui parler de ce qui lui était arrivé; mais elle ne répondit que par un torrent de larmes, et on vit bien qu'il fallait éviter désormais de parler devant elle de ce triste événement. Elle tomba dans une profonce mélancolie, n’osant pas même sortir de la maison, parce que chacun la regardait d’un air qui semblait lui reprocher tous les maux dont elle avait été la cause. Tout cela néanmoins ne suffit pas pour convertir Louise : tant il est vrai que, quand on s’est une fois écarté des sentiers de la vertu, ïl est bien difficile d'y rentrer! Ces afllictions, qui auraient dû la ramener à Dieu, ne firent que rendre son caractère plus chagrin, plus difficile, plus irascible; elle se mettait en coïère pour la moindre chose ; du reste sa vanité et son goût pour à parure étaient toujours les mêmes.
Elle eut bientôt de nouvelles peines à éprouver; car Étienne, ayant été arrêté du côté d'Orléans, fut conduit à Étampes pour y être jugé. On y fit venir tous ceux qui avaient été témoins de l’assassipat qu’il avait commis, et Louise n'obtint qu'avec beaucoup de peine de ne pas être obligée d’y aller
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comme les autres. Au fait, le crime était si public, qu'Étienne ne pouvait le dissimuler; aussi fut-il obligé de l'avouer, et ses juges le condamnèrent à mort. On peut penser combien, pendant tout le temps de l'instruciion du procès, Louise passa de mauvaises nuits; mais ce fut bien pis quand elle apprit qu'Étienne allait expirer par la main du bourreau, Getle nouvelle fut apportée à Ormoy un jour de dimanche : le curé était sur le point de dire la grand’messe, quand il apprit qu'Étienne était condamné à mort, et qu'il n'avait jamais voulu consentir à se confesser. C’est pourquoi ce vénérable pasteur, pénétré jusqu’au fond du cœur du malheureux élat d'Élienne, qui était son paroissien, le recommanda au prône aux prières de toute la paroisse, et aussitôt après la messe il monta à cheval pour aller à Étampes.
À peine y fut-il arrivé, qu’il se rendit à la prison; mais le concierge lui dit qu’il était impossible de voir Étienne; qu'au moment où on lui avait lu l'arrêt qui le condamnait à mort, il était entré dans une telle fureur, qu’il avait rompu ses fers, et qu'ayant dépavé la chambre des criminels où il était détenu, il avait obligé ceux qui étaient venus lui lire son arrêt de se sauver au plus vite, pour ne pas être assommés par les pierres qu’il voulait leur lancer. Il poussait des cris qui retentissaient dans toute la prison, et menaçait de tuer à coups de pierres le premier homme qui s’approcherait de lui. Personne donc n’osait entrer dans sa chambre; il devait être conduit à la mort le lendemain, qui était un lundi, à neuf heures du matin; et les archers craignaient beaucoup d’être assommés quand ils viendraient se saisir de lui pour
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le conduire au supplice. Ainsi, quelques instances que fit le curé d'Ormoy, il ne put obtenir de voir Étienne, « Vous seriez tué, lui dit le concierge, et on me rendrait responsable de votre mort : je ne vous y laisserai donc entrer que quand vous aurez ua ordre du président du tribunal, pour me meltre à couvert de lout reproche. »
Le curé d'Ormoy courut chez le président, qui résista longtemps à ses sollicitations, et qui n'y consentit enfin qu'à condition qu’il serait accompagni de quatre soldats pour le défendre. Cela déplaisait beaucoup au curé d’Ormoy; il sentait bien
#que cet appareil militaire n’élait pas le moyen de gagner la confiance d’Étienne; mais enfin il fallut y consentir, parce que le président exigeait absolument cette condition. Il restait un autre embarras, c’élait de trouver quatre soldats qui voulussent l'accompagner dans la chambre d’Étienne. Le curé d'Ormoy s’adressa inutilement à plusieurs; ils lui répondirent qu'ils n'étaient point obligés à s’exposer avec lui; que ce furieux pourrait leur casser la Lête, et que c'était bien assez de risquer leur vie ns on irait le chercher pour le mener à la mort. Le curé d’Ormoy employa en vain toutes sortes de sollicitations. Il leur offrit de l'argent; mais loul fut inutile; il passa ainsi la journée à faire des démarches qui ne réussirent point, et se retira le soir pénétré de la plus vive douleur. Il ne put fermer l’œil de toute la nuit, tant il était affecté! Le lendemain il se leva de bon matin, et alla offrir le saint sacrifice de la messe pour Étienne; il conjura le Seigneur, avec une grande abondance de larmes, d'avoir pitié de ce malheureux ; il resta longtemps en prières après la messe, et sortit de
Péglise avec la résolution de faire un nouvel effort, Il retourna donc chez le président, qu’il trouva mieux disposé en sa faveur; car ce magistrat s'était informé si ce curé, qui avait tant de zèle pour Étienne, était un de ses parents ou de ses amis. I apprit qu'au contraire Étienne lui avait toujours fait beancoup de mal; que plusieurs fois il avait répandu sur son compte les calomnies les plus atroces, et qu'en un mot c’élait un ennemi déclaré du curé. On ne saurait dire combien le président fut touché de voir tant de charité dans Île curé d'Ormoy: il signa donc l’ordre de l’introduire dans la chambre d’Étienne.
Le curé se rend aussitôt à la prison; il présente son ordre au concierge, qui, tout étonné, voulut lui faire encore quelques représentations sur le péril auquel il s’exposait; mais, voyant que tout ce qu’il pouvait dire était inutile, il se détermina, quoique avec peine, à le conduire dans la chambre où était Étienne. À mesure qu’ils approchaient de cette chambre, ils entendaient plus distinctement les cris ou plutôt les hurlements de ce malbeu-. reux ; mais au moment où, arrivés à la porté de la chambre, ils voulurent ouvrir les verrous , Étienne leur cria d’une voix terrible : « Je casserai la tête au premier qui entrera. » Le concierge ouvrit la porte, ayant bien soin de laisser entrer le curé tout seul. Aussitôt qu'Étienne l’aperçoit dans sa chambre, il Jui lance, d’un bras vigoureux, une pierre qu’il tenait à la main. fleureusement le curé esquiva le coup, et la pierre donna dans le sommet de son chapeau, qu’elle abattit, Étienne se baisse à l'instant pour ramasser une autre pierre; le curé se met à genoux, et prie Dieu à haute voix d’avoir pitié de
cet infortuné. Étienne, qui reconnaît la voix de son curé, et qui l'entend prier pour lui, demeure un moment immobile, ne sachant à quoi se décider. Le curé profite de cet instant, il court à lui, l'embrasse tendrement, le serre contre son cœur, sans pouvoir cependant Jui dire une seule parole; car il était tellement ému de compassion, qu’il ne pouvait que pleurer sur Le sort malheureux où il le voyait réduit; mais ses larmes, qui coulaient sur les joues d’Étienne, en disaient plus que n’en auraient dit toutes les paroles. Alors Étienne se mit aussi à pleurer, et ensuite, avec une voix entrecoupée de sanglots, il le pria de lui pardonner le mal qu'il avait voulu lui faire. « Ne parlons pas de cela, lui répondit le curé; il s’agit en ce moment du salut de votre âme. — Ah! lui dit Étienne, pourrai-je encore espérer que Dieu me fera miséricorde? — Oui, sans doute, lui répondit le curé, pourvu que vous ayez un véritable repentir de vos péchés. — Mais, dit Élienne , il ne me reste pas le temps de me confesser et de me préparer à la mort, — Soyez tranquille, dit le curé, je vous obliendrai un délai. »
Le concierge, qui entra dans ce moment, fut surpris de trouver Élienne bien tranquille; il fat encure plus étonné quand Étienne, se jetant à ses pieds, lui demanda pardon du scandale qu’il avait donné, ct le conjura. de lui obtenir le temps nécessaire pour faire une bonne confession. Le concierge sortit dans ce but, et rentra peu de lemps après, apportant un ordre qui différait de deux jours la mort d'Étienne.
Cependant les habitants d’Ormoy avaient beaucoup d’inquiétudes sur leur curé, Un voyageur qu
revenait d'Étampes leur raconta dans quelle fureur se trouvait Élienne lorsque le curé avait voulu l'aller voir, le refus qu’on avait fait au curé de l'introduire dans la prison, et qu'il avait enfin obtenu la permission d'entrer dans la chambre d'Étienne. C’était lout ce qu’on en savait à Élampes dans le moment où le voyageur avait quitté celle ville. Cette nouvelle se répandit bientôt dans tout le village d’Ormoy : tout le monde en fut alarmé; chacun faisait ses conjectures. Quelques -uns disaient qu'Étienne avait tué le curé, d’autres qu'il lavait mortellement blessé. Louise, plus inquiète que toutes les autres, se relira seule dans sa. chambre. Là elle se livra à toute l’ameriume de sa douleur : plongée dans la plus noire mélancolie, elle ne faisait que pleurer, lorsque tout d'un coup elle entend ouvrir sa porte; c'était le curé qui lui apportait une lettre d'Étienne. On peut penser combien elle fut émue alors. Le récit qu'on lui avait fait du généreux courage que le curé avait montré dans l'affaire d'Étienne, avait joint un sentiment de vénéralion à l'estime qu’elle n'avait jamais cessé d’avoir pour ses vertus : le bonheur#de le trouver encore plein de vie dans un moment où elle craignait avec tant de raison pour ses jours, l’empressement de savoir s’il avait réussi dans ses efforts auprès d’Élienne , tous ces sentiments partageaient son cœur, au point qu’elle demeura surprise, interdite, immobile, sans pouvoir dire un seul mot.
Le curé l'ayant fait asseoir, l’invita à témoigner au bon Dieu sa reconnaissance pour les grâces qu’il venait de faire à Étienne. 11 lui fit le récit de sa conversion, et insista d’une manière parlicu-
lière sur la douleur qu'il avait d’avoir contribué à détourner Louise de la piété. Il lui fit ensuite une touchante exhortation pour l’engager à revenir à Dieu comme avait fait Élienne, et la quitta en lui remettant la lettre qu'il avait apportée ; il iui recommanda de la lire avec soin, et lui dit qu’il viendrait le lendemain à la pointe du jour en savoir la réponse. En sortant de la chambre de Louise, le curé alla raconter à Mathurin et à Catherine ce qui s'élait passé; il leur recommanda de ne point troubler les réflexions de leur fille, et de la laisser seule jusqu’au lendemain, à moins qu’elle ne sortit elle-même de sa chambre,
Le curé alla ensuite chez Gabrielle; mais il ne trouva pas les mêmes dispositions qu’il avait frouvées dans Louise. Gabrieile lui ft beaucoup de compliments, le remercia plusieurs fois des soins qu'il prenait pour son frère; mais elle ne reçut qu'avec indifférence les exhortations que lui fit le curé, et lut sans être touchée les bons avis que son frère lui donnait dans sa lettre.
Il n’en fat pas de même de Louise ; les exhortations de son vénérable pasteur Pavaient vivement frappée. Ce fut dans ces sentiments qu’elle lut la lettre d'Étienne, pleine de repentir et de bons conscils. Louise passa la nuit agitée de différents sentiments, qui se succédaient dans son âme. Quelquefois elle se promenait à grands pas dans sa chambre; et en repassant toute sa conduite depuis qu’elle avait eu le malheur de suivre de mauvais conseils, elle s’écriait en gémissant : « Mes péchés. ont surpassé le nombre des cheveux de ma lêle. » Réfléchissant avec crainte sur tout ce qu'elie savait des rigueurs de la justice de Dieu, elle se livreit à
la plus vive inquiétude; il lui semblait qu'après tant de péchés il n’y avait plus de miséricorde à attendre pour elle.
Dès que le jour commença à paraître, elle sortit pour aller se jeter aux genoux de ses père et mère et leur demander pardon des chagrins qu’elle leur avait causés; elle croyait les trouver encore couchés; mais ni Catherine ni Mathurin n'avaient pris de repos. Geneviève était venue les joindre, et tous trois avaient passé la nuit à prier pour Louise, Dès que Louise, au sortir de sa chambre, les eut aperçus, elle se jeta à leurs pieds en leur demandant pardon; elle fit la même chose à l'égard de Geneviève. Tous les trois l’embrassèrent et s’efforcèrent de la relever ; maïs elle voulut rester à geroux, disant que c'était la seule place qui convint à une pécheresse comme elle. Le curé entra dans ce moment, et à la vue d’un spectacle si altendrissant, il ne put retenir ses larmes. Louise le pria aussi de vouloir bien lui pardonner le mépris qu’elle avait fait si souvent de ses leçons, et le scandale qu’elle avait donné dans là paroisse; de l’aider de ses charitables conseils, lui promettant d'en faire la règle de sa conduite, et de se préparer à une confession générale. Le euré invita alors Catherine, son mari et Geneviève à se mettre tous à genoux pour remercier Dieu avec lui de la conversion de Louise; et après lui avoir donné quelques avis paterneis, il monta à cheval pour retourner à Étampes,
La joie d'Étienne fut grande quand il apprit la conversion de Louise. Après avoir satisfait sa conscience sur cet article, il fit plus aisément sa confession générale, Le curé resta auprès de lui, non-
seulement toute la journée, mais encore toute la puit. Le lendemain il l'accompagna jusqu’à léchafaud, Étienne, sur le point de mourir, après avoir reçu la bénédiction du curé, se tourna vers le peuple, et prononça quelques paroles édifiantes. Le curé ne se retira qu'après l'avoir assisté jusqu'au dernier moment; il revint promptement à Ormoy, où il célébra un service solennel pour Pâme d'Étienne. H fit sur ce sujet une instruction pathétique qui toucha vivement les ‘habitants de sa paroisse, Les danses cessèrent presque entièrement; et il n’y eut que quelques filles opiniâtres dans leur légèreté qui continuèrent à se permettre ce dangereux divertissement,