MALADIES OCULAIRES
La pilocarpine s’emploie, comme nous l’avons vu, lorsque nous nous sommes occupé des effets physiologiques, en injections sous-cutanées et en instillations, et les résultats thérapeutiques sont bien différents.
On a fait, dans ces dernières années, un grand usage de la pilocarpine en ophtalmologie, avec un succès marqué, nous n’oserions le prétendre. Pourtant, dans certaines affections où les transpirations sont recommandées, on pourra utilement recourir aux injections de
pilocarpine, comme à un moyeu sûr et facile de produire la diaphorèse.
A ) Passons rapidement en vue les différentes maladies oculaires coutre lesquelles on a essayé les injections de pilocarpine.
1® Dans le Décollement de la rétine, on a prétendu que les injections de pilocarpine étaient d’une puissante eflScacité. Le D’’ Dianoux (de Nantes) s’est fait le champion de cette nouvelle méthode qui lui a valu plusieurs succès, sans doute une série heureuse, car après lui, dans d’autres mains, la pilocarpine n’a donné que des résultats médiocres. M. le D*‘ Dujardin, professeur d’ophtalmologie à la Faculté Libre de médecine de Lille, sur environ trente cas de décollement de la rétine traités depuis deux ans et demi par les injections de pilocarpine, en forçant même les doses du médicament, a eu la malechance de n’observer dans aucun cas la guérison; plusieurs fois, il est vrai, une amélioration assez sensible, comme après les anciennes médications : iodure de potassium, vésicatoires, purgatifs etc. •
2° Dans les affections rhumatismales aiguës, les injections de pilocarpine sont très eflScaces, qu’il s’agisse, soit d’une iritis, soit d’une kérato-iritis ou d’une choroïdite séreuse survenue brusquement , on retirera généralement de bons effets de cette médication. En voici quelques exemples que nous a communiqués M. le D*" Dujardin.
OBSERVATION XI
H.. . B., 24 ans, employé aux contributions; antécédents rhumatismaux très nets ; attaque d’iritis séreuse en 1880, traitée par l'atropine, les sangsucvs à la tempe et les dérivatifs. Guérison
au bout de quelques semaines. — L’année suivante, rechute, nouvelle attaque d’iritis double avec douleurs très violentes. On emploie cette fois les injections de pilocarpine ; au bout de quatre ou cinq, la maladie est en pleine guérison. Pour terminer, on fait prendre quelques doses de salicjlate de soude. En moins de dix jours, 1 affection oculaire qui s’annonçait comme devant être très longue et très douloureuse était complètement guérie.
OBSERVATION XII
Madame C..., 32 ans, vue en consultation, au mois de janvier 1881 , pour une kérato-iritis de l’œil gauche, datant de huit jours et accompagnée de douleur ciliaires très violentes, sans aucune rémission, ni jour, ni nuit. Antécédents rhumatismaux qui ne permettent pas de douter de la nature diathésique de l'affection oculaire.
Instillations d’atropine (0,10/10) et série d’injections de pilocarpine. Effet sudorifique et sialagogue très prononcé; l’amélioration suit immédiatement la première injection. Au bout de huit jours la maladie est en pleine voie de guérison.
La cornée a retourné sa transparence, la dilatation pupillaire devient bonne, quelques synéchies très fines ont cédé à l’action du mydriatique.