‹ La pilocarpineChapitre 30 sur 32 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

(Communiquée par M. le ,D‘' Augier, professeur d'anatomie pathologique).

Hoquet d'une durée de 8 semaines chez une hystérique à manifestations viscérales. — Guérison, éruptions furonculeuses .

Mane X..., âgée de 43 ans, présente surtout les manifestations viscérales de l’hystérie : nous avons successivement observé chez elle du péritonisme, de l’anurie, des vomissements incoercibles pendant plusieurs semaines, et du hoquet de durée prèsque indéfinie.

Dans la maison de santé où elle est placée à cause de la fréquence de ces divers accidents, elle n’a jamais eu de véritables attaques d’hystérie ; enfin , on constate chez elle le caractère ordinaire des femmes hystériques, c’est-à-dire les variations les plus bizarres et les moins justifiées de son humeur.

Nous désirons surtout appeler l’attention sur le hoquet tenace et incessant auquel elle fut sujette pendant 7 à 8 semaines, et sur le moyen qui parut mettre un terme à ce phénomène nerveux, si fatigant pour la malade et pour tout son entourage.

C’est après des accidents graves de péritonisme avec vomissements, état nauséeux , ballonnement et douleurs excessivement vives, diffuses, de l’abdomen, avec maximum au niveau de la région lombaire gauche, enfin, anurie puis rétention d’urine, que le hoquet apparut.

Les autres manifestations abdominales avaient disparu, et avec une grande rapidité, lorsque le hoquet commença à se manifester; au début, il se produisait seulement pendant la veille, mais il ne tarda pas à continuer pendant la nuit, et le sommeil de la malade était interrompu à des intervalles variables (toutes les 5 minutes ou tous les quarts d’heure) par une série de spasmes diaphragmatiques avec éructations bruyantes.

La plupart des agents antispasmodiques, locaux et généraux, furent employés sans aucun succès (injections hypodermiques de morphine , pulvérisations d’éther au creux épigastrique et le long de la colonne vertébrale, applications locales d’extrait de belladone, dejusquiame, vésicatoires, chloral, bromure de potassium à haute dose à l’intérieur, glace, compression énergique au creux épigastrique), tous ces moyens, employés, isolément ou associés, échouèrent, et ce fut à bout de ressources thérapeutiques et après avoir imerrompu quelques jours tout traitement, que, me rappelant l’emploi suivi de succès, dans un cas analogue, d’injections hypodermiques de chlorh. de pilocarpine, par le D^'-Ortille (de Lille), je fis l’essai de ces injections. Je fis moi-même, ou je fis faire par la garde-malade, des injections de 2 centig. 3 fois par jour. Un mieux sensible se fait bientôt sentir.

Je dois noter dès à présent que les effets physiologiques ordinaires furent à peu près nuis, et cependant je ne pouvais, douter de la valeur de la substance employée dont la provenance m’était connue ; la malade eut à peine un peu de salivation et une légère moiteur de la peau ; mais quelques jours après les injections survint une éruption furonculeuse, d'abord sous l'aisselle gauche, puis sous l’aisselle droite, enfin sur le reste du corps et sur tout le thorax : 25 à 30 furoncles se développèrent ainsi.

Quoiqu’il en soit et sans attribuer exclusivement à cette intervention le bénéfice réel et rapide qui s’ensuivit, je dois dire que le hoquet diminua dès le premier jour, qu’il avait disparu le 2® et que la guérison s’était maintenue le 3® ; on ne fit plus, à dater de ce jour, que 3 à 4 injections, éloignées les unes des autres, afin de maintenir la guérison,

“ Tel est le fait qu’il nous a paru utile de signaler afin " de fournir, à l’occasion, comme notre confrère M. le » D’’ Ortille, un nouveau moyen d’intervention utile dans le traitement de cette manifestation si rebelle de l’hystérie ou contre le hoquet accidentel. »

Page 1