Brocchi, loc. cit., p. 19 et suiv
rivières de Normandie et de Bretagne, et aussi dans la Canche;
2° La montée de ces poissons a lieu pendant presque toute Tannée, mais avec périodes actives en hiver et au printemps;
S"* La descente semble également avoir lieu pendant toute l'année ;
h"" La frai des Saumons a sa période active (['octobre à janvier ; cependant, dans les parties basses des bassins, le frai peut se prolonger jusque vers la fin de janvier.
L'Omble-Chevalier
{S. Umbla)'.
in
L'Omble - Chevalier (fig. /jo) [Cliarr des Anglais) est souvent confondu et bien à tort avec ÏOmbre (G, Tijmallus). Ici le corps est allongé, comprimé sur les côtés et couvert de très petites écailles, de telle sorte que, suivant une expression de M. E. Blanchard, la peau semble simplement gaufrée. La tcte est légèrement convexe. La mâchoire
1. On considère parfois rOmble-Chevalier comme formant un sous-genre {Umbla) parce qu'il n'y a ici de dents que sur le chevron du vomer.
supérieure ne dépasse pas beaucoup l'inférieure. La coloration est variable; les parties supérieures sont d'un gris verdâtre; les parties inférieures sont jaune orangé assez clair, teinté de blanc. Des taches jaunâtres, ayant quelquefois à leur centre un point rougeâtre, se voient sur le dos et les flancs des jeunes sujets. L'anale et les nageoires paires sont jaune orangé pâle.
Ce poisson se pèche dans la Meurthe. Il n'est pas rare dans les lacs des Voges; on le pêche dans le lac Léman et le lac du Bourget. Enfin, il est assez rare dans l'Ain et le Rhône, et on le prend quelquefois dans le Doubs.
En résumé, les grands lacs semblent être le séjour préféré de ce poisson, qui fraye en octobre, novembre, et atteint une longueur variant de O^^SO à O^'^SO \
Genre Truite {Trutta).
Le genre Truite est bien voisin du précédent. On peut constater, il est vrai, que la forme de l'opercule est différente. Chez le Saumon, l'opercule est strié et son bord postérieur régulièrement arrondi ^ Chez la Truite ordinaire, l'opercule est lisse et a son bord postérieur oblique de haut en bas et d'avant en arrière. Enfin, il y a ici des dents sur le corps et le chevron du vomer. Mais il n'en est pas moins vrai que les deux genres sont très voisins. C'est une remarque bien ancienne d'ailleurs.
Il y a plus de trois siècles que Rondelet écrivait : « Qui fera comparaison des truites et des saumons, qui regardera aussi leurs parties tant du dehors que du dedans, leurs mœurs et façons de vivre, il verra clairement que truites sont saumons de rivières et de lacs. )>
1. On obtient des métis de Truite et d'Omble-Chevalier. Ces métis acquerraient rapidement une taille assez élevée, mais seraient stériles.
2, Nous verrons que la Truite de mer a les mêmes caractères.
La Truite commune (T. fario).
La Truite (fig. l\i\) a la tclc forte et large en dessus et le museau gros, obtus; la nageoire caudale est simplement échancrée chez les adultes, tandis quV^lle est fourchue chez les jeunes ; elle est même presque carrée chez les sujets de grande taille; les ventrales sont moins longues que les pectorales. Le
Fis. 46. — La Truit(^ communo.
corps, généralement un peu ovale, a une coloration fort variable. Le plus ordinairement le dos est vert avec le ventre jaunâtre. Des taches foncées et arrondies se voient sur la tôte, le dos, les flancs. Au-dessus et au-dessous de la ligne latérale se montrent des taches rougeâtres, ocellées (/r{(27fl^e). La nageoire dorsale a des taches noires et des taclies rouges. Quelques truites sont presque bleues, d'autres noires, etc. Ces variétés tiennent aux dilîérenccs de la nature des eaux.
La coloration de la chair est également variable. Tantôt cette chair est blanche, tantôt elle est orangée comme celle du saumon, saumonée en un mot.
Il est ditTicile d'indiquer d'une manière précise la cause de cette dilTérence dans la coloration de la chair. On avait pensé que la nature de l'eau avait une influence, mais cependant nous connaissons beaucoup de localités où les truites, vivant dans les
mômes eaux, ont les unes la chair blanche, les autres la chair saumonée.
On a prétendu que les truites à chair saumonée sont celles qui se nourrissent de crustacés. Mais, dans ce cas également, toutes les truites habitant les mômes eaux devraient être également colorées. En tout cas, il faut bien noter que la coloration de la chair de la truite n'est ni un caractère générique ni un caractère spécifique.
Les truites se nourrissent de vers, d'insectes, de crustacés, de petits poissons, etc. Elles commencent à frayer dès le mois d'octobre dans les régions très élevées et beaucoup plus tard dans la plaine. J'ai déjà eu occasion d'insister sur ce fait K A l'époque du frai, les truites recherchent les endroits peu profonds, les ruisseaux à fond de gravier. La durée de l'incubation varie entre quarante et soixante jours, suivant la température de l'eau. La longueur du poisson varie entre O^'jSO et 0'",60. On a vu des truites ordinaires atteindre la taille de i mètre.
On a signalé une autre espèce de truite habitant les eaux françaises. C'est la Truite de Bâillon^, poisson excessivement rare et qui vivrait dans la Somme.
La Truite de mer {T. marina). — Noms vulgaires : Truite de mer. Truite de Dieppe, Truite saumonée.
Cette espèce a le museau arrondi, mais la tête plus allongée, plus effilée que celle de la truite ordinaire; la bouche est grande; la mâchoire, les palatins, le vomer et la langue sont dentés; le bord postérieur de l'opercule décrit une courbe allongée, et cet opercule est strié; les parties supérieures sont verdâtres, les flancs sont gris et le ventre argenté; la longueur est de 0^,60 à 0^,80.
i . Voir page 24.
Ce poisson a les mêmes mœurs que le Saumon ^ On le pèche dans la Meuse, la Seine, la Loire. Il fraye de septembre à novembre. La chair de cette espèce est toujours saumonée.
Genre Ombre [T/iy malins).
Les Ombres ont le corps allongé, couvert d'ccailles assez grandes; la tète est relativement petite ; les mâchoires sont garnies de dents petites et pointues; la nageoire dorsale est longue et la caudale fourchue.
L'Ombre commun {T. vexillifer).
L'Ombre (fig. 47) a des écailles assez grandes, sauf cependant sous la gorge et entre les pectorales; là les écailles sont très petites et peuvent même manquer.
Ce poisson a les parties supérieures d'un bleu métallique chez les jeunes individus; plus tard cette teinte devient grisâtre.
Fig. 47. — L'Ombre commun.
Les flancs et le ventre sont d'un blanc argenté. On distingue souvent sur le corps des bandes longitudinales grisâtres.
Ce poisson se pèche dans laMeurthe, la Moselle, la lieuse,
1. On vend parfois des Saumons {Grilse) sous le nom de Truites de mer.
le Chicrs, le Doubs et l'Ain. On le prend égalennerit dans le
lac du liourget, dans le Ill)ône, le Gardon, l'Hérault, la Loire. Il semble être assez abondant dans les cours d'eau du département de la Haute-Loire. On cite ordinairement le lac d'Annecy comme renfermant l'Ombre. Si tant est qu'il y existe, il doit y être bien rare ; j'ai passé plusieurs étés sur les bords de ce lac sans voir prendre ce poisson.
L'Ombre a une longueur variant entre 0",20 et 0'",30, rarement davantage. Un fait remarquable est que ce poisson est le seul de nos Salmonidés qui fraye en mars et en avril.
Genre Corkgone
[Coregonus] .
Les Gorégones se distinguent des autres Salmonidés par l'absence de dents aux mâchoires^ ou tout au moins par des dents fort petites et disparaissant facilement.
Le Lavaret [C. lavaretas).
Le Lavaret (fig. /|8) a le corps allonge, comprimé; les écailles sont petites, minces, très adhérentes. La tète est petite, le museau est épais, arrondi, non proéminent; il y a 9 ou 10 rayons brachiostèges; l'opercule est trapézoïde et coupé transversalement par une Jigne légèrement courbe ; il semble formé de deux pièces. La première dorsale est plus haute que longue.
Les parties supérieures sont d'un gris bleuâtre, les flancs et les parties inférieures sont blanc argenté.
Le Lavaret se pèche dans le lac du Bourget et dans le lac d'Aiguebelette, où il est maintenant assez abondant, comme j'ai pu m'en assurer. 11 existait dans ce petit lac du temps de Rondelet, mais il avait disparu. Il a été introduit de nouveau dans ces dernières années. On pêche aussi le Lavaret dans le Guier, quelquefois, mais rarement, dans l'Ain.
Longueur du poisson, de 0'",!20 à C'^iO.
Le Gorégone Fera ^^C. fera).
Envisagée dans son ensemble, la Fera (fi g. 49) est plus courte, plus ramassée que le Lavaret. Le museau est plus proé-
Fig. 49. — Tête do Fera.
Fig. 50. — Écaille de Fera.
minent. La première dorsale est trapézoïdale, très haute; on y compte environ 15 rayons.
Les parties supérieures sont d'un brun verdâtre : sur les flancs, les écailles (fig. 50) portent des points noirâtres formant
quelquefois une sorte de bande; les parties inférieures sont blanchâtres. A l'époque du frai, les nageoires sont rosées, pointillées de noir.
La Fera ne sennble pas se rapprocher du rivage pour frayer connme le fait le Lavaret. Les œufs sont déposés, en décembre, sur les herbes des parties profondes.
Ce poisson est très commun encore dans le lac de Genève. On avait très bien réussi à l'acclimater en France dans l'étang du Settons (Nièvre), mais cet élevage a été abandonné. On a prétendu qu'il avait été acclimaté dans le lac Gharvet, en Auvergne, mais j'ai des doutes à cet égard.
La chair de la Fera, comme celle de tous les Corégones, s'altère avec une déplorable facilité; aussi, malgré le bon goût de sa chair, ce poisson n'est pas amené sur le marché de Paris, où il ne saurait arriver en bon état.
Longueur, 0^,25 à 0"\50.
On voit parfois, à Paris, le Corégone Houting (fig. 51) vendu sous le nom d'Outil. Ge poisson est facilement recon-
naissable à son museau extrêmement prolongé. C'est un poisson de mer qui remonte dans les eaux douces. Ceux que nous voyons à Paris viennent de la Hollande.
D'après le frère Ogérien, on le prendrait quelquefois dans le Doubs (?).
Longueur, 0"',i25 à0"',/|5.
FAMILLE DES GADIDES
Les poissons appartenant à cette famille ont un corps allongé couvert d'écaillés lisses ; il y a itîie, deux ou trois dorsales ; une ou deux anales. Les poissons les plus importants de cette famille sont des poissons essentiellement marins, comme la Morue. Nous n'avons à nous occuper ici que d'un gadide qui vit dans nos eaux douces.
Genre Lote [Loto).
Les Lotes ont deux nageoires dorsales et une anale ; la mâchoire inférieure porte un barbillon. Le corps est allongé, arrondi en avant, comprimé en arrière, et couvert de très petites écailles. La deuxième dorsale et l'anale sont très longues. Les mâchoires sont dentées.
La Lote commune [L. vidgaris]. — Noms vuli?airi\s : Mustèlr, Barbote, Borhule, tic'/i(lar?ne, Loup, C/iatoilte, Dorniille fine, Azr (Gard].
Le corps arrondi en avant est très comprimé en arrière; les très petites écailles sont cachées sous une épaisse couche de mucus; les yeux sont arrondis, saillants (fig. 52). La première dorsale est assez courte, la deuxième, au contraire, est fort longue ; la caudale est arrondie.
La coloration est ordinairement jaunâtre avec des mar-
brurcs foncées. On trouve quelques individus alleints d'albinisme.
La Lote est très comnriune dans le lac de Genève, ainsi que dans le lac d'Annecy et celui du Bourget. Ce poisson fraye en hiver (décembre et janvier) , sa longueur ordinaire varie entre
Fig. 52. — La Lote commune.
O'^jâS et 0"\70, mais on a pris des sujets bien plus grands. C'est un poisson essentiellement Carnivore. En 1889, une circulaire du Ministre des Travaux publics avait prescrit, sur l'époque du frai de ce poisson, une enquête de laquelle il résulte que la Lote fraye de décembre à février.
FAMILLE DES ANGUILLIDES
Les poissons appartenant à cette famille ont le corps allongé, serpentiforme, les écailles manquent ou sont très petites et cachées dans l'épaisseur de la peau. Il n'y a pas de côtes ;
les mâchoires sont dentées. Il n'y a pas de ventrales et les nageoires impaires sont réunies.
Genre Anguille (Anguilla),
Les Anguilles ont de très petites écailles cachées sous la peau; la mâchoire supérieure est plus courte que l'inférieure. La dorsale commence très en arrière des pectorales.
L'Anguille vulgaire (.1. vulgaris).
L'Anguille ordinaire (fig. oo) a la peau épaisse très résistante. La tête est arrondie en dessus, les yeux sont petits, le
Fig. 53. — L'Anguille commune.
museau est plus ou moins allongé. La coloration est en dessus d'un brun plus ou moins foncé. Les parties inférieures sont blanchâtres.
On distingue plusieurs formes chez cette Anguille : i'' le Pimperneau ou Anguille à museau large, aplati, arrondi en
76 LA PISCIGULTUnE DANS LES EAUX DOUCES.
avant. Cotte varicto est commune dans les retenues de port, les étangs saumâtres. 2** Le Grirj a la tête aplatie et large en arrière des yeux, le museau est plat.
On a beaucoup discuté sur le mode de reproduction de l'Anguille. M. Emile Blanchard est porté à considérer l'Anguille comme étant un simple état larvaire ; la forme adulte nous serait inconnue. Ce n'est là, semble-t-il, qu'une simple vue de l'esprit. Quelques auteurs avaient bien prétendu que l'Anguille n'était que la larve du Congre ou Anguille de mer, mais depuis on a démontré (M. le docteur Moreau) que la larve du Congre n'est autre que le Leptocephalus,
M. Ercolani considérait les Anguilles comme hermaphrodites. II est cependant facile de distinguer les mâles des femelles. M. Ch. Robin, se basant sur des recherches anatomiques, a montré qu'à fort peu d'exceptions près, toutes les Anguilles à large bec, les Pimperneaux, sont des mâles. Leur longueur maxima est de 0'",45. Ces Pimperneaux, qui, comme nous l'avons vu, vivent, ordinairement dans les eaux saumâtres, quittent le rivage à l'époque du frai et gagnent les grands fonds de la mer. A la même époque, les femelles quittent les eaux douces, se laissant parfois emporter par le courant, roulées en boule formées de plusieurs individus. Elles aussi quittent les eaux douces pour rejoindre les mâles.
Chez les femelles, on distingue sans peine un ovaire (fig. 5i)
Fig. 54. — Organes femelles de TAnguille.
qui a la forme d'un ruban continu, demi -transparent, jaunâtre et
plissé en collerette. On peut très bien y reconnaître des ovules.
Chez les mâles, le testicule a la forme d'un ruban mince,
étroit, rosé ou grisâtre. Il est formé par une série de lobes
aplatis, flottants, larges de 2 millimètres (fig. 55). Jusqu'à présent, il est vrai, on n'a pu reconnaître la présence de Spermatozoïdes, qui très probablement se développent lorscjucle poisson s'est rendu dans les eaux salées. Ce qui est certain, c'est que
Fig. 55. — Organes màlcs de l'Anguille.
les femelles descendent à la mer, vers novembre ou décembre, ainsi que les mfdes.
On les voit revenir dans les eaux douces, puis au printemps une grande quantité de petites anguilles, venant de la mer, pénètrent dans les cours d'eau douce. C'est le phénomène de la montée. Ces très petites anguilles transparentes, filiformes, sont désignées sous le nom de Monlinelles (Picardie), de Civelles (Seine, Loire), de Piballes (Charentes), de Bouivons (Uliône).