LA TMSCICTILTIIIK DANS MIS MAUX DOUCES
de façon à communiquer au besoin entre eux, mais pouvant aussi rester complètement indépendants ou ayant chacun une prise d'eau distincte. Le plus grand soin doit être apporté à l'installation des grilles qu'on place aux vannes faisant communiquer les étangs entre eux, afin que les jeunes poissons qui passent par les plus petites ouvertures ne puissent se rendre d'un bassin dans un autre.
(( La différence de niveau d'un étang avec le suivant doit être d'au moins 0"\50, pour obtenir un écoulement satisfaisant. Mais cette différence peut, avec avantage, être beaucoup plus considérable.
(( Une profondeur d*eau de 0™,60 à 0'",70 est convenable pour la Truite ; mais à la rigueur, et surtout pour les jeunes sujets, 0'",30 à 0°\40 pourront suffire.
Pour les jeunes alevins à qui un bassin de 30 mètres carrés suffit amplement, il y a grand avantage à ce que le fond de ce bassin soit bétoné ou dallé, afin qu'on puisse l'entretenir dans un état de propreté parfait et enlever notamment tous les restes de nourriture. Cette opération se fait avec une ratissoire formée de toile métallique qui laisse passer l'eau tout en enlevant les matières solides. Comme bonde de fond, pour vider le bassin, un tuyau en T qui s'ouvre et se ferme aisément est ce qu'il y a de plus commode. Pour les poissons d'un an, on dispose deux bassins de 50 mètres carrés, et pour les sujets de deux ans et au-dessus deux autres bassins plus grands, de 200 mètres par exemple, sont nécessaires. »
Enfin, je ne puis terminer ces renseignements sur les étangs à Truites sans parler d'expériences faites dans les Dombes et qui avaient fait espérer un moment que ce poisson pourrait arriver à vivre et à progresser dans des étangs alimentés seulement par les eaux de pluie, et par conséquent dans lesquels l'eau arrive en été à une température relativement très élevée.
L'auteur de ces expériences est M. Lugriii, pisciculteur à Gremaz (Ain).
M. Lugrin m'ayant parlé de son désir de prouver la possibilité de faire vivre des Truites dans les conditions quo je viens d'indic(uer, je le mis en relation avec M. de Monicault, qui voulut ])ien, surtout dans l'intéi-èt général, mettre un de ses étangs à la disposition de M. Lugrin.
Mais avant de faire cet essai sur une aussi grande échelle, on fit mm première expérience dans un réservoir ayant 20 ares de superficie.
Cette expérience réussit assez bien et j'en donnerai ici le compte rendu d'après M. de Monicault, qui était tout naturellement moins porté à l'entliousiasme (jue M. Lugrin. M. Lugrin basait ses espérances de réussite sur l'abondante nourriture (ju'il se proposait de donner aux poissons, en employant un procédé dont il est l'inventeur et dont j'aurai à m'occuper.
Dans le bassin de 20 ares dont il a été question, IM. Lugrin avait donc placé une certaine quantité d'insectes et crustacés qui s'y étaient fort bien développés. Yoici maintenant en (|uels termes M. de Monicault rendait compte de l'expérience :
<( ... L'ensemencement des insectes et des Daphnies, Cyclops, Crevettes, eut lieu le dix juin. On laissa les insectes se développer pendant un mois. Le 1.0 juillet ils avaient pullulé; on mit dans le réservoir l'alevin de Truites, cent quarante têtes pesant de 8 à 10 grammes (et non 5 grammes, comme l'a dit M. Lugrin). La température, constatée avec soin, s'est maintenue entre 18" et 2i" C. jusqu'au 8 septembre... Le !2î2 septembre, le réservoir a été mis a sec ; on a retiré 90 Truites. La présence de trois Brochets de 300 grammes expliquait la disparition d'une partie des alevins. Les Truites pesaient en moyenne quarante grammes (et non 80 grammes). L'une d'elles, une seule, arrivait à 130 grammes. Le poids avait quadruplé en soixantedouze jours, cela me parut sufllsant... En résumé, dans les conditions ci-dessus mentionnées, dans un réservoir de !20 arcs en eau stagnante, avec une profondeur d'eau allant de 0 mètre à l^'jôO, avec une température moyenne de vingt degrés, des
alevins de Truites ont pu vivre et prospérer ^râce à une alimentation riche et al)ondante, résultat de rensenaencennent et de la multiplication des insectes fournis par M. Lugrin^ »
A la suite de ce premier essai, M. de Monicault mit j 0,000 alevins de Truites dans un étang de 50 hectares, qui avait reçu en sus l'empoissonnement ordinaire en Carpes. Mais il avait quelques doutes sur le résultat final, et malheureusement ses appréhensions semblent bien avoir été justifiées. 11 est certain que l'essai tenté dans l'étang de M. de Monicault n'a pas réussi. M. Lugrin a attribué cet échec à la présence des Brochets...
Ce pisciculteur a d'ailleurs renouvelé ses tentatives chez un autre propriétaire des Dombes.
Ce nouvel essai aurait donné quelques bons résultats : sur 2,200 truitelles placées, on en aurait retrouvé 1,000 ayant bien prospéré \
En résumé et à l'heure actuelle, les essais ne paraissent nullement concluants, et la seule chose qu'il soit utile de retenir est que les Truites peuvent supporter au besoin pendant quelques jours une température de 20 à 22"" G. \
Étangs à Carpes.
Les étangs à Carpes ont en général une valeur plus considérable que ceux dont nous venons de parler. Un des grands avantages de l'élevage de la Carpe est que ce poisson s'accommode à peu près de toutes les eaux. Si on peut dire, il est vrai, que son séjour de prédilection est celui où il trouve des eaux s'échauffant facilement, avec des fonds plus ou moins vaseux, il n'est pas moins vrai que la Carpe vit parfaitement dans les eaux froides et même, comme j'ai déjà eu l'occasion de le rappeler,
J. Bull. Soc. cent?', d'aquic, t. IV, p. 125.