‹ La pisciculture dans les eaux doucesChapitre 38 sur 106 · iOO · texte numérisé non relu

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Donc 54i''\0 ont donné 66,552 Carpes pesant chacune 2''%2, soit en poids J/i6,Hl kilogrammes ou 269 kilogrammes à l'iiectare (538 livres).

Ce résultat est très beau, bien que, d'après certains pisciculteurs, il pourrait encore être dépassé avec des races de Carpes spéciales, ainsi que nous le verrons tout à l'heure.

Comme je l'ai déjii dit, le système Dubisch ne peut être appli([ué partout. En ellet il arrive très souvent, et c'était le cas pour hi majeure partie de nos étangs, que les fonds ne peuvent être mis en eau à volonté. Ils sont en elTet alimentés par les eaux pluviales seules, et on ne peut donc appliquer le système (jue je viens d'exposer et (jui, comme on l'a vu. repose essentiellement sur la mise en eau des étangs au moment choisi par le pisciculteur.

iMais je montrerai plus loin (|ue la mise à sec et la cul-

112 LA i>is(:i(;uLTLi;i<: dans lks eacx douces.

turc temporaire des étangs a été appliquée de tout temps dans certaines régions de notre pays.

J'ai dit (fue certains pisciculteurs prétendaient obtenir des résultats supérieurs à ceux que j'ai eus à relater plus haut.

Voici, en elTet, M. Yander Snickt, très habile pisciculteur belge, qui annonce des résultats véritablement merveilleux, tellement merveilleux même qu'il est permis de se demander s'il n'y a pas là quelque erreur d'observation ou d'appréciation.

L'enthousiasme est tel que l'on n'a qu'une seule préoccupation : Pourrait-on arriver à vendre les quantités énormes de poissons qu'on arrive à produire?... Voilà une préoccupation bien nouvelle pour les pisciculteurs!

Si j'ai bien compris les écrits de M. Vander Snickt, les causes de sa réussite extraordinaire proviendraient surtout des races particulières qu'il élève. En ce qui concerne les Carpes, c'est la variété dite miroir, provenant de Hongrie, qui réussit d'une merveilleuse façon. M. Vander Snickt s'étant procuré de ces Carpes en 1890, trois de ces poissons furent mis dans l'étang de la Hulpe et se reproduisirent : « A la fin du premier été, dit M. Vander Snickt, les alevins pesaient 250 grammes (les plus gros) ; à la fin du deuxième été, ils pesaient 2 kilogrammes, et en ce moment, décembre 1893, nous en exposons à l'Exposition de l'Alimentation, organisée par l'Union syndicale de Bruxelles, des exemplaires de trois étés pesant k kilogrammes^. »

M. Vander Snickt pense pouvoir affirmer qu'un étang convenablement aménagé peut donner, par hectare, jusqu'à 500 kilogrammes de chair de Carpe et peut-être autant de demilivres de truites (soit 125 kilogrammes de chair de truite). Citant le produit d'un étang, dans une année plutôt mauvaise, le pisciculteur belge annonce avoir obtenu 628 kilogrammes de chair de poisson par hectare. La Carpe est, paraît-il, un poisson fort estimé et se vendant fort cher en Belgique ; mais si

1. Vander Snickt, Revue se. nat. appl. et Étangs et Rivières, avril, 1894, p. 104.

nous prenons le prix de ce poisson sur le marché de Lyon, 0 fr. 50 la livre, nous arrivons déjà à un produit brut de; 628 francs l'hectare, ce qui est déjà bien. Ce cliillre semble, cependant, bien inférieur à la vérité, car voici ce que M. Vander Snickt dit à ce sujet :

« Ici le minimum de location est déjà de .100 francs pour un étang d'un hectare. A cette somme, il faut ajouter pour le moins une somme égale pour l'empoissonnage, 2»5 francs de faucardage, 25 francs de frais de pêche et de transport des poissons. A ces 250 francs, il faut ajouter le bénéfice dont doit vivre le poissonnier avec sa famille, et ils dépensent largement, ne fûtce que pour se faire bien voir par les gardes et les riverains *. »

En défalquant les 250 francs de frais des 028 francs produits par la vente des poissons, le fermier aurait encore devanl lui un bénéfice de 378 francs par hectare !

Par quels moyens sont obtenus de pareils résultats?

M, Vander Snickt les résume de la façon suivante :

1° Rendre annuellement et sans frais (par l'assèchement sans doute) au plafond de chaque étang de nouveaux éléments de fertilité;

2" Ne pas chercher à retirer d'un hectare d'étang un plus grand nombre de kilogrammes de chair de poisson qu'il ne peut en produire naturellement;

3° Y déverser chaque année le plus petit nombre de poissons possible, mais les choisir de croissance assez rapide pour (ju'à la fin de la saison ils puissent donner une récolte entière. Nous estimons cette récolte à une moyenne de 500 kilogrammes par hectare;

/l° Donnera la culture de tous les étangs fermes du pays une direction et une administration centrales émanant des intéressés mêmes;

5" Diminuer les frais de peuplement, d'entretien et de

1. Vander Snickt, Élangs et Uivièrcs, V décembre 1894, p. 360.

pcclie, en confiant ces opérations à dos [jomnacs entendus ; en possédant en commun les ustensiles, emballages, dépots, etc.;

6° Augmenter la valeur du produit de la récolte en organisant un service d'approvisionnement régulier des marchés S etc. »

Ce sont certainement là d'excellents conseils, et il est évident que, lorsque la chose est possible, l'exploitation en commun des étangs par un syndicat est une fort bonne chose. Nous verrons d'ailleurs qu'elle est pratiquée dans le département de la Somme, mais il est bien rare que les propriétaires puissent s'entendre à ce sujet.

En résumé : assèchement annuel des étangs et élevage de races spéciales, telles paraissent être les bases principales du système de M. Vander Snickt.

Je ne puis juger de ce que peuvent donner en Belgique ces procédés excellents d'ailleurs, mais je doute fort que, par ces moyens, on puisse arriver, en France, à obtenir des chiffres aussi merveilleux que ceux que j'ai eu à citer plus haut.

Un mot encore, M. Yander Snickt ne nourrit pas artificiellement ses poissons. 11 compte sur les animalcules qui se développent dans la vase des flaques d'eau sous l'influence du soleil. Je persiste à penser qu'il y a autant d'intérêt à nourrir les poissons à l'élevage que tout autre animal que l'on veut voir engraisser rapidement.

Puisque j'ai été amené à m 'occuper ici de l'élevage de la GarpCj je crois devoir attirer l'attention sur la possibilité d'élever ce poisson pour ainsi dire dans toutes les fermes, de manière à pouvoir fournir non seulement une quantité assez considérable de poisson aux fermiers eux-mêmes, mais encore d'en tirer un petit bénéfice.

Cette petite culture a été signalée, il y a déjà bien des années, par M. Lamy qui la décrivait ainsi :

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