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138 LA PISCICUI/rUKK DANS MIS KALX DOUCKS.
la profondeur. Le 19 aoùl 1S93, à 5 heures du soir, la température de l'eau, élant h la surface de 22", était, à 10 mètres de profondeur, de Ift"; à 20 mètres, 6°; à !\i) mètres de profondeur, 5"". J'ai eu occasion de constater bien des fois des faits semblables à celui que je rapporte ici.
Je suis convaincu que le lac pourrait être repeuplé, si une surveillance sérieuse était établie sur ses rives et si on installait sur les bords du Fier, par exemple, un établissement de pisciculture, quelque simple qu'il put être.
Lac d'Aiguebelette.
Le lac d'Aiguebelette est situé à 370 mètres d'altitude. 11 se trouve à une vingtaine de kilomètres de Chambéry, sur la ligne du chemin de fer allant de cette ville à Lyon par Saint- André-le-Gaz. Il a 5 kilomètres carrés, et sa profondeur maxima est de 71", 10. D'après M. Delebecque, il renferme six bassins, deux monticules et deux îles qui seraient d'origine erratique. Les eaux de ce lac sont relativement froides. Le 13 septembre 1892, à 8 heures du matin, la température de l'eau prise à la surface était de i8'' G.
Ce lac est bien peuplé en poissons de diverses espèces. On y pêche le Brochet, la Brème, le Gardon (dit Véron), la Perche et le Lavaret.
D'après les pêcheurs du lac, le Lavaret aurait été introduit dans ces eaux, il y a trente-cinq ans, à l'aide de reproducteurs péchés dans le lac du Bourget. Depuis une dizaine d'années, le propriétaire de ce lac y a fait également placer une certaine quantité d'alevins. AJais il semble bien que ce Gorégone a vécu de tout temps dans le lac d'Aiguebelette, car Rondelet le signale dans ces eaux.
Gomme je l'ai dit, ce lac est une propriété particulière, et il semble être exploité d'une manière très intelligente. La pêche est surveillée avec soin. Dans toutes les auberges, nombreuses
IMSCICULTURK NATURELLE. 139
sur les rives du lac, sont dq)osés des tickets douucant le droit de pécher pendant une joui'née. Le prix de ces tickets varie d'ailleurs avec le genre de pèche. On paye 1 franc pour pécher il la ligne simple, .'^ francs j)oui' la pêche à la cuiller, etc. Pendant la belle saison, le nombre des pêcheurs venus principalement de Lyon est assez considérable.
Lac de Tignes.
Ce lac, placé à 2,088 mètres d'allitude, est, à tous égards, un des plus intéressants de la Savoie. Il est situé dans le haut de la vallée de IMsère et a près de 5 hectares de suj)erricie. Ce lac est alimenté par les eaux de fusion du glacier de la Motte au pied duquel il est placé. Les eaux sortant du glacier disparaissent d'abord sous terre, puis reparaissent formant des sources d'eau limpide et glacée. Sur les bords de ces sources et sur ceux du lac croissent de nombreuses fleurs alpestres, parmi lesquelles on i-emarquc l'edelweiss. A Tépoque où j'ai visité ce lac (aoiit) la leinpératiu'e de l'eau à la surface ne dépassait pas 12" C. J'ai trouvé une profondeur maxinia de 31 mètres. L'oxygène dosé sur |)lace était de 7'"", 68 par lilre, chilIVe assez considérable, étant données les conditions ])hysiques de ce lac. Le lac de Tignes est peuplé d'excellentes Truites qui vont frayer dans les sources nombreuses et (jui ne gèlent pas. [.e fermier de la pèche s'y livre à (juehjues pi'atiques de pisciculture. Ces ])oissons sont ca})turés à l'aide de filets.
Lac de la Girotte.
Ce lac est également très intéressant. Il se ti'ouve h i,75G mètres d'altitude, près de llautelucc, dans la vallée de Beaufort, une des plus pittoresques de la Savoie. Sa profondeur maxima est d'environ 100 mètres. Au mois de septembre JSî)o,
la tempcralure de l'eau à la surface était de 13" C, de 0" à une profondeur de 10 inèlres. Le dosage de l'oxygène a dorme 10"'^,l^ par litre.
Ce lac est peuplé de Truites fortement saumonées. Elles se nourrissent principalement d'un petit crustacé fgenre /Jiapiomus) de couleur rougeâtre qui est très abondant dans ces eaux et paraît appartenir à la même espèce que ceux trouvés par M. Blanchard dans certains lacs des Alpes.
Le lac de la Girotte semble nourrir deux variétés de Truites, Tune semblable aux Truites ordinaires, l'autre se distinguant par des bandes verticales noires, disposées sur les flancs de l'animal. Le pêcheur du lac fait un peu de fécondation artificielle ; les o}ufs fécondés sont simplement placés dans les sources et ruisseaux alimentant le lac.
Le lac de la Girotte, propriété communale, avait été loué à un habitant moyennant trois francs par an et à long bail. A la mort du fermier, le bail a été racheté aux héritiers moyennant 1,000 francs. Mais le bail n'a plus qu'une durée de peu d'années et ne sera sans doute pas renouvelé. Ce fait montre combien la valeur du poisson augmente chaque jour en Savoie. Pendant la belle saison les Truites de la Girotte sont expédiées à Bridesles-Bains ou à Albertville, et la vente se fait dans d'excellentes conditions.
Je crois inutile de multiplier ces exemples, me contentant de citer seulement : le lac de Montriond, placé à 1,050 mètres d'altitude dans un site fort pittoresque delà vallée de la Dranse de Morzine. On y prend de très belles Truites. Le lac de Gers (1,948 mètres) est situé près de Sixt et pourrait donner de bons produits, etc.
Lacs de l'Isère.
Parmi les lacs les plus importants du département de l'Isère, on peut citer le lac de Paladru, qui se trouve dans
PISCIGLLTLRE NATURKI.LE. Ht
l'arrondissement de la Tour-du-Pin, au milieu du plateau des Terres-Froides à une altitude de 500 mèlies. Sa surface est de 590"", oO, son cube d'eau est de 97,197,000 mètres cubes'. Plusieurs villages sont situés sur ses bords; les principaux sont ; Charavines, place à rextrcmité sud, et Paladi-u, à l'extrémité nord.
Le déversoir du lac se trouve près de Charavines et donne naissance à la Fure, petite rivière qui fournit la force motrice à de nombreuses usines. Ce lac est très poissonneux, et les poissons qu'il nourrit sont très estimés dans le département. Les poissons les plus estimés sont ; la Carpe, le Brochet, et surtout l'Omble-Chevalier. Je n'ai pu voir ce dernier poisson et je ne saurais aOirmer si on a allaire à /'Om^/e-Chevalier (Salvelinus i(inbla), ou à l Ombre {T/it/niallus vexillifer). J'ai quelques raisons de croire qu'en réalité c'est bien de l'Ombre qu'il s'agit. En ellct, dans une liste des poissons du lac, |)ul)liée autrefois par M. Charvet, ancien professeur à la Faculté des sciences de Grenoble, on trouve ce poisson désigné sous le nom de Salmo Thtjmallus ; on pêche aussi dans le lac de Paladru la Perche, la Vandoise, le Gardon, etc. Les procédés de pisciculture sont d'ailleurs ici tout à fait négligés.
Lacs de La/J'rej/. — Les trois lacs de LalTrey se trouvent entre La xMure et Yizille, aux environs du village de Lallrey. Ils sont situés sur un plateau où le froid est très violent pendant les mois d'hiver. Aussi les lacs sont gelés chaque année, et le dicton suivant est bien connu dans le pays :
Tant que le lac n'a pas i^elé L'iiiver ici n'est pas passé.
Les lacs de Laiïrey sont : le Grand-Lac, le lac de Pierre- Chatel et le lac du Petit-Chat; on peut y joindre le lac Mort
1. Ces cliilïrcs sont empruntes à la carte publiée par M. l'ingénieur Delcbecque {Atlas des lacs français).
LA l'isciciH/ri;!;!-: da.ns fj-:s kacx dolcks.
(fi^. 70), situé un [xui plus liaul. Le lac du lY'liL-Chat se déverse dans le Grand-Lac qui s'écoule, vers Laiïrey, dans la Romanche, tandis que le lac de Pierre-Chalel se déver'se du côb; de la Mure, dans un ruisseau qui ton^ibe dans la Jonche, affluent du Drac. D'après M. Delebecque, le Grand-Lac de Laiïi'ey a 1!2()''%90 de superficie, et il contient 28,200,000 mètres
Fig. 70, — Laffrey : lacs Mort et Grand-Lac.
cubes d'eau. Sa profondeur maxima est de 39'", 3. Le Petit-Chat a 86 hectares de superficie et contient 8,700,000 mètres cubes d'eau ; sa profondeur maxima est de 19™, 2. Ce lac se trouve à 930 mètres (niveau des eaux) et s'écoule dans le Grand-Lac qui se trouve à 911 mètres seulement.
Ces lacs de Laffrey ont toujours nourri des Perches, des Tanches et des Yérons. Il y a environ douze ans, le Grand-Lac a été peuplé de Truites qui semblent s'être multipliées.
La pêche est actuellement exploitée par une Société de
PISCICULTURE xN AT LUE LL K.
Grenoblois. Les membres de cette Société s'occupent non seulement de faire éclore les œufs de Truites et de placer les alevins dans leurs eaiLX, mais encore de la sui'veillance sérieuse de la pèche. Il y a donc lieu d'espérer voir ces essais de repeuplement couronnés de succès.
Lacs des Sept-Laux, — Ces lacs, dits Sept-Lau.v, sont en
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Lacs de LatTrev
réalité au nombre de onze. Mais sept surtout sont bien visibles dans la haute vallée alpestre située au-dessus d'AlIevard, à une altitude variant de 2,100 à !2,(S()0 mètres. Ou les désigne sous les noms suivants : lac Noir (2,1/jl. mètres), lac de la iMotte, lac Cotepen i!2,ir)l mètres, lac Blanc (î2,!277 mètres), lac de Gos ou du Col (2,1812 mètres), lac de la Corne, lac de la Sa^ne. On prend dans ces lacs des Truites saumonées justement renommées et aussi des Truites à chair blanche.
Des Vérons, des Chabots vivent également dans ces eaux et servent à "'alimentation des Truites. Récenmient on a fait
LA PISCIClJLTUIli: DANS LKS KAUX DOUCES.
(|uel(iucs essais de r(3j)(;upl(3moiil avec des alevins nés dans la plaine. Ces tentatives ont échoué, parce qu'elles ont été faites dans des conditions défavorables, naais elles doivent être reprises et tout fait présager un succès conaplet.
Le lac de Lovitel (0^.7^3) est situé dans l'Oisans. Avant 1770, il ne nourrissait aucun poisson. Vers cette époque, le curé du
Fig. 72. — Lacs des Sept-Laux (Isère).
pays, M. Garden, y plaça des Truites qui se sont bien multipliées.
Je crois inutile de continuer cette énumération des lacs de l'Isère, mais je dois cependant signaler les beaux succès obtenus par M. Rivoiron, qui a introduit la Truite dans le lac de Brouffier, situé à 2,400 mètres d'altitude (massif du Tciillefer) et dans celui de Glaret.
Lac de Saint-Front.
Le lac de Saint-Front est situé à Tj kilomètres de la ville du Puy (Haute-Loire). 11 aurait, d'après la tradition, été empoissonné par les religieux de la Chartreuse de Bonnefoi. 11
Fig. 73. — Lac de Lovitel.
a une superficie de 31 hectares, et la profondeur maxima serait de 10 à 11 mètres* ; le lac est alimenté par des sources et les eaux de pluie. Enlin il est situé à une altitude de 1 ,î200 mètres environ.
Ce lac appartient actuellement à .M. de Causans, qui y élève une certaine quantité de Truites.
Si je me proposais de donner ici une description complète
1. Comarmond, do la Pisciculture de la Truite et en particulier de celle du lac de Saint-Front. Lyon, 18.')3.
des lacs français, ma tâche serait bien loin d'être lenaplie. Je devrais, par exemple, parler des lacs d'Auvergne dont quelquesuns ont même acquis une sorte de célébrité au point de vue piscicole. Tel est, par exemple, le lac Pavin qui, paraît-il, resta stérile jusqu'en 1859, époque à laquelle M. Rico y fit de remarquables essais de repeuplements Ce lac, situé dans la commune de Besse (Puy-de-Dôme), a une superficie de /l2 hectares, une profondeur de 00 mètres. M. Rico y introduisit avec succès la Truite, peut-être même l'Omble-Ghevalier. Au lac Ghauvet, M. Bertlioule aurait réussi l'acclimatation de la Truite et même de la Fera (?) . Enfin dans la même région, d'autres lacs semblent avoir été empoissonnés avec succès ; tels sont ceux de Lalandy, de Guery, de la Servière, d'Aydat, de Tazana, etc.
Les lacs des Pyrénées mériteraient également une étude spéciale. Ges lacs malgré les intéressants travaux de M. E. Bell oc, sont encore imparfaitement connus S Plusieurs de ces lacs sont placés à une altitude dépassant 2,000 mètres (lacs de Lostallat, d'Aubert, d'Aumar, etc.). M. Belloc a montré que les eaux de ces lacs renfermaient une certaine quantité de mollusques et de crustacés pouvant servir à l'alimentation des poissons.
Si je ne m'arrête pas à la description de ces divers lacs, c'est qu'il me semble en avoir assez dit pour montrer la possibihté de tirer bon parti de ces eaux, et aussi parce que, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, je m'efforce de ne parler ici, tout au moins dans la limite du possible, que des faits que j'ai pu observer moi-même.