‹ La pisciculture dans les eaux doucesChapitre 70 sur 106 · La Pisciculture dans la Grande-Bretagne, p · texte numérisé non relu

La Pisciculture dans la Grande-Bretagne, p

SOINS A DOiNMMl Al X ALEVINS. 223

On a essaye à Iluningue de nourrir les jeunes poissons avec des spratts salés et hacliés. Celte nourriture avait le grand avantage de coûter 0 fr. 06 la livre. iMais elle a été abandonnée, paraît-il, les résultats obtenus n'étant pas satisfaisants.

Actuellement, on se sert souvent de rate de bœuf crue et écrasée en pulpe sanguinolente. Elle se divise dans l'eau en parcelles très petites, et les alevins, même les plus jeunes, saisissent facilement cet aliment. A défaut de rate, M. Uaveret- Waltel conseille « le sang cuit conservé en boîtes de la maison Yoilellier » ; ce produit lui a donné de bons résultats.

Dès que les alevins sont un peu plus grands, on peut leur donner de la viande hachée très mince. Pour hacher la viande de cheval employée, on fait usage de machines américaines qui sont d'un emploi commode. La viande de cheval, surtout pendant l'été, doit être salée et mise en tonneaux. On dessale avant de s'en servir.

JMais il est bien évident que tous ces procédés d'alimentation ne valent pas l'emploi de la nourriture que les alevins absorbent quand ils naissent et vivent en liberté. Cette nouniture naturelle, pour ainsi dire, consiste principalement en crustacés microscopiques. Daphnies, Cyclops, Grammarus de petite taille. Certains ruisseaux nourrissent une quantité de ces êtres qui se reproduisent d'ailleurs avec une abondance extrême, et quand on possède dans un établissement de semblables ruisseaux ou qu'il en existe dans le voisinage, on ne saurait trop préférer cette alimentation pour les alevins que l'on se propose d'élever. Dans le même ordre d'idées, les Nais, sortes de petits vers (Annélidcs) vivant dans la vase, constituent une excellente alimentation. Pour les donner aux alevins, on peut agir comme le fait M. Lefebvre à Amiens. On place ces vers dans un vase de zinc dont le fond est perforé, les petits animaux passent les uns après les autres par les ouvertures du vase et sont happés au passage par les alevins.

Mais, même dans le cas favorable où l'on peut se pro-

224 1- A l'ISCIGULÏlJUK DANS LK S KAL'X DOUCKS.

curer facilement les petits animaux dont il vient d'être question, on se trouve en présence d'une difficulté.

Cette faune microscopique ne pullule dans les eaux qu'au moment où la température extérieure se fait plus clémente, c'està-dire vers le printemps. Or, les Truites, les Saumons arrivent à éclosion à une époque de l'année où le froid se fait encore sentir. Dans ce cas, on peut retarder l'éclosion des œufs en les plaçant dans une des armoires-glacières dont j'ai donné la description en parlant du transport des œufs^ Nous avons vu que cette pratique ne pouvait en rien être nuisible aux alevins.

On a essayé souvent d'obtenir en petits bassins une multiplication considérable des petits crustacés et surtout des Daphnies, nourriture préférée des Truitelles.

M. Rivoiron, le premier, je crois, a attiré l'attention sur un procédé permettant d'obtenir une énorme quantité de ces petits êtres. Voici comment on procède. On creuse dans un pré, sur le bord d'un ruisseau, plusieurs bassins ayant JO à 12 mètres de longueur sur 2 mètres de largeur et i'",50 de profondeur. Ces réservoirs sont dirigés du nord au sud. Dans la partie nord, on place, dans les premiers jours de mars, un mètre cube de fumier frais. On agite l'eau chaque jour, jusqu'au moment où elle prend une teinte bistrée. En avril, on place quelques Daphnies dans les bassins et on les voit se multiplier avec une extrême rapidité. On avait craint que ces crustacés, vivant dans cette eau à odeur légèrement ammoniacale, ne fussent pas absorbés sans danger par les jeunes poissons. M. Rivoiron, cependant, m'a affirmé n'avoir pas eu d'accidents.

D'autre part, M. Lefebvre, qui emploie un procédé analogue, assure qu'il n'a jamais vu de mortalité parmi les alevins nourris avec ces Daphnies. Voici comment procède cet habile pisciculteur. Il fait une sorte de bouillon avec de la bouse de vache, de la colombine et de l'eau. Ce bouillon est tamisé, puis placé

' 1. Voir p. 195. '■

dans des tonneaux qui se trouvent dans une serre cbauflee. On a ainsi, des le mois d'avril, une grande quantité de Daphnies et de Cyclops^

Un autre pisciculteur, M. Lugrin, de Gremaz (Ain), a annoncé l'invention d'un procédé qui lui permet de faire naître une quantité de crustacés microscopiques dans les bassins mômes où vivent ses Truites. Il est incontestable, comme nous avons pu l'observer à diverses reprises, M, Raverct-Wattcl et moi, que dans les bassins de l'établissement de Gremaz on voit pulluler de petits crustacés et notamment des Gamarus ; les Naïs sont également en grande abondance.

Je dois ajouter cependant que quelques pisciculteurs auxquels M. Lugrin avait communicfué le secret de son procédé n'ont pas obtenu les mômes résultats.

.M. Lugrin n'a pas, en effet, publié sa manière d'opérer. Tout récemment, le Ministère de l'Agriculture avait créé à Gremaz; une sorte d'École pratique de pisciculture, où l'on devait enseigner les procédés en question. Par suite de circonstances inutiles à rappeler ici, cette création n'a pu être maintenue.

En résumé, il est incontestable qu'en plaçant dans de l'eau stagnante et dont la température est légèrement élevée du fumier, ou, je le pense, toute autre matière organique, très divisée et pouvant servir à l'alimentation des petits crustacés, on voit ces derniers se développer en énorme quantité, grâce à leur mode spécial de reproduction. On peut d'ailleurs avancer l'époque de cette multiplication en chauffant légèrement l'eau des bassins, comme l'a proposé M. le docteur Le Play, à l'aide d'un thermo-siphon".

1. Brocchi, Bnpporl sur la pisciculture dans le département de la Somme. {Bull, du Min. de l'Ayr., 1895.)

2. D"- Le Play, Primeurs de Daphnies. {Bull. S. C. dWquic, t. I, p. 20.)

Page 1