MALADIES DES POISSONS
Les maladies des poissons ont presque toutes pour cause la présence de parasites végétaux ou animaux.
Parmi ces maladies, il en est un certain nombre qui ont une réelle importance; il convient donc d'en donner ici la description.
La mousse des poissons.
Les pisciculteurs désignent sous ce nom une aiïection particulière causée par une algue inférieure, la Saprolegnia ferox ou Achilia proliféra. Cette algue envahit fréquemment le corps des poissons vivants dans de mauvaises .conditions, surtout quand ces poissons présentent des blessures, des endroits où les écailles sont tombées.
La maladie débute par l'apparition de taches qui, examinées au microscope, se montrent formées par un lacis de filaments végétaux. C'est un mycélium sur lequel se développent rapidement les organes de fructification [sporanges) présentant deux types distincts : l*" les uns, de forme allongée, tubulaire, renferment des organes reproducteurs qui, arrivés Fig. 104. -Développement ^^ maturité, s'écliappcnt. Ces zoospores des saproicguiées. pcuvcnt sc mouvoir daus l'eau à l'aide
de cils vibraliles ; ils vont se fixer dès qu'ils trouvent un milieu favorable, et ne tardent pas à germer; les autres organes de fructification (Oospores) sont de forme
Œlufs attaqués par le Byssus.
LA PISGICULTURK DANS LKS KAUX DOUCES.
globulaire et ils sont dépourvus de tout mouvement propre. J'ai dit que cette maladie se développait surtout chez les sujets portant des blessures. Mais cela n'est pas indispensable, €omme le montre l'expérience suivante, due à M. Armistead. Une Truite parfaitement saine est mise en contact avec un sujet atteint de la maladie. Immédiatement isolée ensuite dans un bassin, elle se montre atteinte au bout de quelques Il jours. Les deux Truites malades sont introduites
dans un bassin où se trouvent douze sujets bien portants, qui peu à peu sont atteints de la mousse^ etc.
Le mal est surtout d'une extrême gravité quand il se développe sur les branchies ^
Le meilleur traitement consiste à placer les poissons atteints dans une eau légèrement salée.
M. Jeunet- préfère employer Teau boriquée. 11 sort les poissons de l'eau et badigeonne légèrement la partie malade. J'ajoute que ce pisciculteur soutient, contre l'opinion générale, que cette maladie n'est pas contagieuse.
Fig. 105. — Développement des Saprolegniées.
Maladie des Barbeaux.
Les Barbeaux sont parfois atteints d'une maladie présentant les symptômes suivants. On voit se développer à la surface du corps de ces poissons des tumeurs hémisphériques, des sortes de
1. M. Mégnin a vu la mousse végéter sur les yeux de quelques Carpes, provoquer le développement d'ulcérations et amener la perte de l'organe. Le poisson devenu aveugle mourait d'inanition, ne pouvant plus subvenir à sa subsistance.
2. Jeunet, la Mousse du poisson. {Bull, de la Soc. d'Aquic, t. llî, p. 41 .)
SOINS A DONNKR AUX ALEVINS. 231
gros furoncles ayant de un demi à deux, centimètres de diamètre ; les écailles finissent par se détacher sur ces points, et la tumeur s'ulcère. On observe souvent cinq ou six de ces tumeurs sur le corps d'un seul poisson. M. Mégnin, qui, dès 1885, étudiait cette maladie sur les Barbeaux de la Meurthe, ayant examiné la nature de ces tumeurs, trouva qu'elle était constituée par une substance fibrineuse englobant des myriades de psorospermies tout à fait semblables à celles que Cli. Robin d'abord, et M. Balbiani ensuite, avaient déjà rencontrées sur la Carpe et laTanche.
Ces psorospermies sont lenticulaires, ovales, constituées par deux valves contenant du protoplasma, et vers une extrémité deux corps réfringents en forme de pépins à pointes convergeant vers une petite ouverture située à l'extrémité du grand diamètre de la psorospermie, et par laquelle chacun de ces deux corps pépiniformcs émet un long cil qui était enroulé comme un ressort à boudin dans son intérieur, quand on traite la psorospermie par la potasse ^ )>
Les psorospermies qui s'échappent des ulcères sont ingérées avec l'eau que les poissons ingurgitent ou respirent. Elles pénètrent dans le torrent circulatoire, puis arrivent dans le tissu cellulaire sous-cutané. En 1890, cette épidémie a décimé les Barbillons de la IMarne.
M. Mégnin a observé une maladie à peu près semblable sur les Épinocfies; cette maladie, moins grave que la précédente, est causée par une psorospermie spéciale.
Maladie du gros ventre.
Les poissons des étangs de la Bresse ont beaucoup souffert à diverses reprises d'une maladie sévissant surtout sur les Tanches qui périssaient par milliers. Cette maladie, désignée sous le nom de maladie du gros ventre, parce que cette partie
1. Mégnin, Note sur quelques maladies des poissons. (Bull, de la Soc. d'Aquic, t. II, p. 177.)
du corps est parfois démesurcmcnt développée chez les poissons malades, est duc h un ver parasite connu depuis longtemps par les marchands de poissons, qui le nomment le ver blanc des Tanches.
Pour les naturalistes, ce parasite est un ver, une ligule désignée sous le nom de Ligula simplicissima (Rudolphi). Cette espèce, ou plutôt cette forme, arrivée à l'état parfait, constitue la Ligula monogramma (Greplin).
En 1876, M. Duchamp, qui avait eu occasion d'examiner un certain nombre de poissons atteints, publia sur ce sujet un intéressant travail ^
La Ligule avait déjà été signalée par divers auteurs comme habitant l'intestin des poissons. On l'avait trouvée dans les espèces suivantes : Percoïdes : Perche, Sandre; Cyprinides : Goujon, Carpe, Tanche, Ablette, Brème, Loche de rivière, Gibèle, Rotangle, Chevaine, Chondrostome ; Salmonidés : Lavaret, Omble; £'50c/c?e5 ; Brochet ; Silurides : S. glanis; Pétromyzonides : Lamproie de Planer. Comme on le voit, ce sont les Cyprinides qui sont surtout attaqués. M. Duchamp a observé le plus souvent quatre à cinq vers chez les Tanches malades ; parfois on rencontre jusqu'à quinze de ces parasites chez le même poisson.
La Ligule se montre sous la forme d'un ver aplati, rubanné, d'un blanc jaunâtre, un peu effilé à l'une de ses extrémités. Sur chaque face et sur toute la longueur du corps se distingue un profond sillon. Les Ligules se montrent repliées plusieurs fois sur elles-mêmes, enroulées autour de l'intestin et des viscères abdominaux. Leur présence détermine un gonflement de l'abdomen, cornme je l'ai déjà signalé. La Ligule, telle qu'on l'observe chez les poissons, ne possède pas d'organes génitaux. Pour acquérir ces organes, elle doit changer d'habitat et gagner l'intestin des oiseaux aquatiques.
i. G. Duchamp, Recherches anatomiques et physiologiques sw les Ligules. Paris, 1876.
D'après M. G. Duchamp, ce changement d'hôte se produit de la manière suivante : u On voit souvent, chez les poissons atteints, se former dans la région anale une saillie arrondie, qui augmente rapidement de volume jusqu'à atteindre la grosseur d'une petite noix. Elle présente alors tous les caractères d'un kyste limité par une membrane plus ou moins transparente et dépourvue d'écaillés, sur la surface de laquelle se ramifient les vaisseaux sanguins. Au bout de quelques jours, le kyste crève et les liquides s'échappent par cette ouverture. Les vers ainsi mis en liberté peuvent alors être absorbés par un oiseau, un canard, par exemple, et, une fois parvenus chez ce nouvel hôte, ils achèveront leur développement; les organes génitaux se formeront, il y aura production et fécondation des œufs qui seront rejetés au dehors avec les déjections de l'oiseau et pourront être absorbés par les poissons. Il peut arriver aussi que le poisson infecté .de Ligules soit avalé tout vivant par l'oiseau et les Ligules seront mises en liberté dans l'estomac même de ce dernier. On a môme observé que les Ligules pouvaient continuer à vivre dans le corps d'un poisson mort et môme en partie décomposé. C'est encore là une forme sous laquelle elles peuvent ôtre absorbées par l'oiseau \ »
Diessing a donné la liste des oiseaux chez lesquels la Ligule a pu être observée. Ce sont : Falco chrysœlos, Falco albicella, Ciconia alba, Totanus glottis^ Sterna hirundo, Sterna alba, Colymbris septenlrionalis , Colymbris arcticus, Podiceps crislatuSy Podiceps rubicollis, A?ias bosc/ias, Meryus mer ganser.
En résumé, les Ligules se développent d'abord dans le tube intestinal des poissons ; avalées par un oiseau, elles achèvent leur développement et donnent des œufs qui, rejetés au dehors, sont absorbés par les poissons, etc. On a cherché les moyens de combattre ce fléau. Théoriquement, il sulTn-ait d'éloigner les oiseaux aquatiques, mais il est facile de comprendre que c'est