PONTE ET FECONDATION
Dans l'immense majorité des cas, les œufs des ])oissons sont expulsés au dehors avant d'avoir été fécondés. Parfois les poissons creusent dans le sol une petite cavité pour déposer leurs œufs, d'autres font de véritables nids (épinoches). 11 faut noter que beaucoup de poissons de mer ont des œufs flottants à la surface de l'eau. Tantôt les œufs sont distincts, séparés les uns des autres (ex. : Salmonidés, Truites, Saunions, etc.), tantôt ils sont adhérents, formant des sortes de chapelets (ex. : Perche, Carpes, etc.)
(flg. 12). Kig. 12. - Œufs adhérents.
Chez quelques poissons osseux et chez tous les Plagiostonies, les œufs sont fécondés à l'intérieur du corps de la mère. Le plus souvent il y a simplement juxtaposition des orifices mâles et femelles. Chez certains de nos poissons d'eau douce, les mâles ont, à l'époque du frai surtout, les nageoires pectorales et ventrales beaucoup plus développées que chez les femelles. Chez les raies, le mâle possède une papille érectile et des organes préhenseurs d'une grande complication et formant des sortes de tenailles à l'aide descjuelles le mâle maintient la femelle.
L'cpo(/ue de la reproduction varie beaucoup, non seulement suivant les espèces, mais aussi suivant l'âge des individus et la température extérieure. Les saumons et la truite ])ondent dans l'eau ayant une température de /l" à 8** C. Le brochet dans l'eau à li\ 6° C. Les carpes ont besoin d'une température supérieure
24 LA IMSCICULÏURE DANS LKS KAUX DOUCES.
à 20" (1, les perches frayent dans l'eau à J5% 18" (]., etc. Dans les lacs de montagnes, les truites commencent à frayer bien plus tôt que celles qui habitent les cours d'eau de la plaine. Aussi, daDs les Pyrénées, les truites commencent à frayer dès le mois de septembre dans les environs de Luchon,
Fi"-. 14. ^^^^^SB^^^^^^^^H^^^^^^^^^^^HH^^H '^'°'
Fig. 13. — OEuf de Saumon après la fécondation.
— 14. — Le même, grossi.
— 15. — OEuf dont l'embryon est distinct à travers la coque.
— 16. — Saumon venant d'éclore (grossi); au-dessus, ligne mon-
trant sa grandeur vraie.
en octobre près de Saint-Béat, et enfin en décembre dans les environs de Toulouse.
A l'époque du frai, beaucoup de poissons quittent les profondeurs des rivières, des lacs, ou de la mer, pour se rapprocher des bords de leurs habitations.
Quelques poissons, tels que les Aloses, quittent la mer pour venir frayer dans les eaux douces ; d'autres, au contraire, telles les Anguilles, quittent les eaux douces pour aller frayer dans la mer.
Développement des œufs (fig. 13, 14, 15, 16). — Au moment de la ponte, l'œuf comprend la sphère viteHine ou jaune, la vésicule germinative, quelques gouttes d'huile et la coque munie d'une petite ouverture dite micropyle. Peu d'heures après
NOTIONS SUR L'ORGAMSMK DKS POISSOxNS. 25
la fécondation, la mcMTibrane vitelline s'isole de la coque, et bientôt les globules vitellins se portent sur un point de la surface, le germe apparaît. On aperçoit d'abord une ligne courbe, représentant environ un quart de cercle, se dessinant sur le globe de l'œuf. Cette ligne dite primitive représente la colonne vertébrale du futur poisson. Peu à peu, une des extrémités de cette ligne grossit pour former la tête, l'autre s'amincit pour former la queue. Bientôt on distingue sur la tête deux points noirâtres; ce sont les yeux, et nous verrons que ce phénomène est utilisé par les pisciculteurs ^
Quand le jeune poisson sort de Tœuf, il est muni d'une vésicule dite ombilicale j, qui n'est autre chose ({u'un reste du vitellus. Celte vésicule contient des gouttes d'huile assez grosses et est parcourue par un grand nombre de vaisseaux.
Le contenu de cette vésicule constitue le premier aliment des poissons. Ce n'est qu'api es sa disparition que l'alevin a besoin de prendre une nourriture empruntée à l'extérieur.
L'évolution des œufs marche plus ou moins vite. Huit à dix jours suffisent pour le développement de certains œufs (ex. : œufs de perche) ; au contraire, les œufs de salmonidés n'éclosent qu'au bout de deux mois environ.
1. Je ne puis entrer ici dans les détails du développement. Les personnes qui voudraient être complètement renseignées consulteront avec fruit un beau mémoire publié par M. le D"" llenneguy sur VEmbryoyénie de la Truite, Paris, 1888.
CTIAPITRE II
Description des espèces intéressant particulièrement
AGANTHOPTÉRYGIENS
FAMILLE DES PERCOIDES
Les poissons appartenant à cette famille ont en général le corps oblong et couvert d'écaillés cténoïdes, c'est-à-dire barbelées sur leur bord libre (fig. il). Les mâchoires et le vomer sont armés de dents (fig. 18). Il n'y a pas de barbillons; les ouïes sont largement fendues; l'opercule est épineux; il y a une ou deux nageoires dorsales, et la nageoire anale porte un aiguillon.
Genre Peuche (Perça). Fig. n. -Écaiiie
^ ^ de la Perche vers le milieu
du corps.
Les Perches ont une épine à l'opercule; il y a deux nageoires dorsales rapprochées et la tête (fig. 19) est dépourvue d'écaillés.
MAt'hoirt» supiTicnn'
La Perche de rivière [Perça (luviatllis). — Nofiis vulgaires : PercJiaude Perdrix de rivière, Ilarlin (Vosges^, otc
Ce poisson a le corps ol)loiig légèrement comprimé; le dos est arqué ; le museau est arrondi, l'œil bien développé et Firis teinté de jaune; l'opercule snbtriangulaire porte une épine aplatie dirigée en arrière. La ligne latérale est rapprochée du dos et en suit la courbure.
La Perche est ordinairement d'un vert doré sur le dos et les cotés; les parties inférieures sont grisâtres. Sur les flancs se distinguent cinq à sept bandes verticales d'un brun plus ou moins foncé. La preniière dorsale est d'un gris brunâtre ; l'anale, la caudale et les ventrales sont quelquefois rouges.
MàtliuirL' iiilV'rieure.
Fig. 18. — Appareil dentaire de la Perche.
La longueur de la Perche varie entre 0"\18 et 0'",38. Klle fraye depuis le mois de mars juscpi'à la fm de mai; cliacpie fc^melle donne de :2()(),000 à p. ,o rj,., , .. ,. . ^ oO(),000 œufs ayant
rig. 1'.). — Totc et portion antérieure du corps .
de la Perche de rivière. !2 millimèlrCS à 2'""', 5
de diamètre. Ce sont des œufs adhérents, c'est-à-dire qu'ils sont, au n)oment de la
ponte, agglutinés, formant des sortes de chapelets d'un blanc verdâtre; ces chapelets sont enroulés sur les plantes aquatiques,
les pierres du rivage, etc.
La Perche est commune dans la plupart de nos cours d'eau et de nos lacs.
Cependant elle n'existait pas autrefois dans le département de l'Hérault, où elle s'est introduite par le Canal du Midi. Elle semble se plaire surtout dans les eaux limpides, et les perchettes se montrent souvent en troupes nombreuses au milieu des roseaux et des joncs, en se groupant de préférence à l'embouchure des ruisseaux.
La chair de la Perche est justement estimée, surtout quand le poisson est pris dans les eaux froides et limpides.
Mais cette espèce est redoutée par les pisciculteurs, car, étant très vorace, elle détruit d'autres poissons ayant une valeur commerciale plus grande.
Si
Genre Bar [Lahrax),
Les Bars sont des poissons au corps oblong, comprimé et couvert d'écailles pcctinécs. Les mâchoires, le vomer, les palatins et la langue portent des dents; l'opercule est armé de deux épines; il y a deux nageoires dorsales rapprochées.
Le Bar commun L. lupus). — Noms vulgaires : Bar, Loup, Loubuic, Pique, Barreau, Beitjne, etc.
Le Bar a la tête couverte d'écailles; la bouche est très grande, les lèvres charnues; les épines de l'opercule sont aplaties et dirigées en arrière. Les parties supérieures sont d'un gris plombé; les flancs et les parties inférieures sont d'un blanc d'argent. La longueur de ce poisson peut atteindre 0"',80.
Le Bar est un poisson de mer, mais il remonte dans les eaux douces; ainsi on peut le pêcher dans le Var, le Rhône, la Charente, etc. Toutefois, il ne s'éloigne jamais beaucoup de l'embouchure des fleuves où il dépose ses œufs au commencement de l'automne.
La chair de ce poisson a toujours été très appréciée ; il peut assez facilement s'élever dans les viviers.
Genre Gremille [Acerina),
Le genre .4a'r//?a se dislingue facilement des précédents par la présence d'une seule nageoire dorsale.
La Gremille (.1. cernua). — Noms vulgaires : Perche goujonnière. Goujon perchât. Perche à goujons, Chagr'ui, Grimou, etc.
La Gremille (fig. 21) est un poisson au corps oblong ; l'opercule porte une épine acérée; la dorsale est très longue.
LA PISCICULTURK DANS LKS EAUX DOUCES.
Ce poisson est commun dans les départements du Nord- Est, assez commun dans le Nord et le bassin de la Seine; sa longueur ne dépasse guère 0"',18.
Les pécheurs sont convaincus que la Gremille est le résultat du croisement de la Perche et du Goujon. 11 est sans doute inutile d'ajouter que cette opinion n'a rien de sérieux. La Gremille
Fig. 21. — La Gremille commune.
fraye en avril, mai; les œufs adhérents, en forme de chapelets, ont 0"^"',4 à 1 millimètre de diamètre.
Ce poisson a les parties supérieures d'un brun verdâtre et les parties inférieures d'un bîanc argenté; la tête, le dos et les flancs sont parsemés de petites taches noires.
FAMILLE DES MUGILIDES
Les Mugilides ont le corps allongé couvert d'écaillés, la tête est également écailleuse; ces écailles se détachent avec une très grande facilité. La mâchoire inférieure présente un tubercule médian, plus ou moins saillant et qui est reçu dans une entaille pratiquée à la mâchoire supérieure. Il y a deux nageoires dorsales éloignées l'une de l'autre.
DESCRIPTION DKS ESPÈCES. 31
Genre Muge (Mugil).
Les Muges sont des poissons à écailles grandes et finement strié^L'S; la bouche est fendue transversalement; les ouïes largement ouvertes. Ce sont des poissons de mer, mais qui, chaque année, remontent dans les cours d'eau douce assez loin même de l'embouchure des lleuves. C'est ainsi ({u'on pcche le 3Iuf!;e dans lîi Mayenne, dans la Sarthe, de la mi-mars à la fin d'octobre. Dans la Charente, ils remontent au delà de Cognac; dans le Uhône, jus(|u'à Avignon.
Dès que se font sentir les premiers froids, ces poissons regagnent la mer où ils déposent leurs œufs.
D'après Duhamel et quelques autres observateurs, les Muges pourraient séjourner dans les eaux douces et même s'y reproduire.
Ces mœurs des Muges sont connues depuis bien longtemps et la pèche de ces poissons a toujours été fort active.
Noël de la Morinière a donné sur ce sujet des détails intéressants :
(( Nous rapportons, dit-il, au Muge céphale et autres espèces du même genre, les médailles d'Ampliipolis de Thrace, qui ont été frappées sous les empereurs romains et qui prouvent, à certains égards, que la pèche de ce poisson y était florissante sous les Grecs; elles représentent une femme ayant au-dessus d'elle un poisson et tenant dans sa main une statue de Cérès. FMusieurs de ces médailles font partie de la belle collection d'Ainslie; d'autres se trouvent dans le Cabinet des Antiques à Paris; elles font toutes allusion, suivant Sertini, à la pêche des Céphales cjui avaient lieu aux bouches du Slrymon et dans le lac d'Amphij)olis, comme elle s'y pratique de nos jours, bien que celte ville célèbre ne soit plus qu'un misérable village appelé Jeni-Kioi par les Turcs, où la pêche et le commerce des Muges salés sont considérables...
3'2 LA PISGICULTUHK DANS LKS EAUX DOUCES.
(( C'est de ce môme poisson et de sa pèche que la ville de Géphalôde, aujourd'hui Géphalo, sur la côte occidentale de Sicile, emprunta et reçut le nom qu'elle a conservé jusqu'à nous. La ville dont nous parlons porte encore trois de ces poissons sur sa bannière municipale ^ »
Les espèces les plus communes sur nos côtes sont les suivantes :
Le Muge Géphale [M. cephalus).
Ce Muge a le corps un peu comprimé sur les côtés; la tête légèrement convexe en dessus ; l'œil est pourvu de deux paupières verticales qui s'écartent vis-à-vis de la pupille et se rejoignent en haut et en bas. Le corps est d'un gris plus ou moins foncé; le ventre est argenté; il a six à sept bandes verticales brunâtres sur les flancs.
Le Céphale est très commun dans la Méditerranée et le golfe de Gascogne; mais plus au nord il devient rare et n'a jamais été rencontré au delà de l'embouchure de la Loire " .
Le Muge à grosses lèvres {M. chelo).
Cette espèce se distingue facilement par la disposition de la lèvre inférieure qui est épaisse et dont le bord est garni de cils très visibles, courts, raides et disposé régulièrement. La tête est large ; le museau court et obtus. Cette espèce est assez commune sur nos côtes de l'Océan et de la Méditerranée.
Le Muge Capiton (M. capito).
Les écailles sont chez cette espèce aussi longues que larges; la tête est rétrécie en avant, le museau court et épais, l'œil est
1. Noël, Histoire générale des pêches anciennes et modernes, t. le"", p. 84-85 j Paris, 1815.