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DE L'ÉCREVISSE

Fi g. 122.

Appareil mâle.

au sang de pénétrer à l'intérieur du cœur, mais qui ne laissent pas ce liquide refluer au dehors au moment de la contraction du cœur. Cet organe est enveloppé d'une membrane dite péricarde. J'ai montré, il y a longtemps déjà\ que ce péricarde, qui peut se contracter grâce à la présence de fibres musculaires striées, joue ici le rôle d'oreillette. Le sang, en eflct, qui est amené des branchies, vient se déverser non pas à l'intérieur du cœur, mais bien dans cette poche péricardique qui, en se contractant, fait pénétrer le liquide sanguin, par les boutonnières, dans le cœur proprement dit ou ventricule. Du cœur, le sang pénètre dans divers vaisseaux, puis ensuite baigne directement les organes internes (circulation lacunaire). Ce sang vient ensuite dans des sinus placés au-dessous des branchies, est repris par des petits vaisseaux qui le conduisent à ces organes respiratoires, et, après s'être chargé d'oxygène, il se dirige vers

la cavité péricardique, comme je l'ai déjà dit.

Mais ce sont surtout les organes reproducteurs qui doivent fixer notre attention. Les sexes sont séparés ; V appareil mâle (fig. j22) se compose d'une paire de testicules formés de longs tubes blancs, enroulés et se continuant avec un canal déférent qui vient aboutir à la base de la cinquième paire de pattes. Deux paires de fausses pattes, modifiées dans leur forme, peuvent être considérées comme des organes annexes de l'appareil reproducteur (fig. 123, ^''2!\),

Fig. 123 et 124. —Les deux

prcmiùres paires de fausses pattes

chez le màlc.

I. Brocchi, Recherches sur les organes génitaux milles des crustacés décapodes j p. 8. Thèse pour le doctorat es sciences. Paris, 1875.

V appareil femelle comprend deux ovaires (fig. 1^5); chacun d'eux se continue par un oviduclc qui vient aboutir à la base de la troisième paire de pattes. Au moment de la reproduction, la liqueur fécondante est versée sur la partie terminale de l'abdomen et sur le plastron sternal de la femelle. On ne conçoit pas bien d'ailleurs comment les œufs sont fécondés dans ces conditions. A cette époque, en effet, ces œufs se trouvent encore dans l'ovaire et aucune parcelle de sperme ne pénètre dans l'oviducte. Les œufs ne sont pondus qu'environ vingt-cinq jours après l'approche du mâle. ApparSi femelle. ^^ ^^^^ remarquer cependant que le sperme est contenu dans des sortes de tubes à enveloppes amorphes et désignés sous le nom de spermatophores. Ces petits tubes blancs restent fixés sur le plastron sternal de la femelle ^ Il faut admettre que la liqueur fécondante conserve ses propriétés jusqu'au moment de la ponte.

Quoiqu'il en soit, après ce rapprochement des sexes qui a lieu vers la fm d'octobre, la femelle cherche un abri. Pour cela, se rapprochant des berges du ruisseau, de la rivière ou de l'étang dans lequel elle se trouve, elle se creuse un trou ayant juste ses dimensions. Voici comment elle procède : elle détache d'abord quelques parcelles de terre à Taide de ses pattes ambulatoires et arrive ainsi à creuser une petite cavité ayant 0™,01 ou 0°',02 de profondeur. Ceci fait, elle introduit les lamelles de sa nageoire caudale dans la cavité et lui imprime un mouvement de rotation ; elle finit ainsi par pénétrer complètement dans la terre en prenant ses pinces comme appui. Elle se trouve alors à l'abri de tout danger, car sa cachette ne présente qu'une ouverture défendue par les robustes pinces du crustacé.

Quant aux mâles, ils continuent à errer après l'accouplement; mais quand vient l'hiver, ils se réfugient dans des trous,

1. Ils ont été pris à diverses reprises pour des vers par des observateurs d'un pays voisin.

DE L'ÉCHKVISSE.

Fijr. 12G. — Écrcvisse femelle au moment de la ponte.

se plaçant en assez grand nombre les uns auprès des autres. Revenons aux femelles. Quand arrive le moment de la ponte, la femelle sort de son trou, et aloi-s commence la sortie des œufs qui viennent se fixer aux fausses j)atles, sous l'abdomen de l'animai, et cela grâce Ix une matière visqueuse sécrétée par des glandes spéciales. Pendant la ponte, TEcrevisse prend une posture assez singulière; elle se dresse la tête en bas (fig. J20) et replie sa queue sous elle; la durée de «^^ cette ponte est de trois %^vy à quatre jours. Au moment de leur évacuation, les œufs sont d'un noir vineux; la mère les agi le souvent pour faire pénétrer

l'eau dans toute la masse; ceux qui n'ont pas été fécondés ne tardent pas à se décomposer et sont détachés par les pattes de l'Ecrevisse. L'évolution est d'ailleurs fort lente, ce n'est guère que vers le 15 mai, c'est-à-dire six mois après la ponte, que se produit l'éclosion.

Pendant tout le temps que la femelle porte ses œufs, quand elle est cjvainée, elle reste dans son trou et ne sort que pour chercher sa nourriture.

Il est rare de voir éclore plus de cent œufs sur les deux cent cinquante envu'on qui ont été pondus. Les Crevettes d'eau douce, lesAnnélides, diverses larves d'insectes aquatiques en dévorent une certaine quantité. M. Carbonnier avait essayé autrefois d'enlever les œufs à la femelle et de les mettre en lieu sûr pour les faire éclore. Ces tentatives étaient restées infructueuses. On pourrait les reprendre, et réussir peut-être, en employant un appareil analogue à celui à l'aide duquel M. Dannevig a réussi en Norvège à faire éclore des œufs de Homard.

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Les œufs qui, comme nous l'avons vu, étaient de couleur noirâtre au moment de la ponte, commencent, vers le mois d'avril, à devenir rougeâtres, semi-transparents, et au moment de l'éclosion, ils sont d'un rouge groseille.

L'Ecrevisse nouvellement née est d'un blanc grisâtre; elle a environ 0'",0i et demi de longueur. Ces petits crustacés sont d'ailleurs très agiles, mais pendant les premiers jours de leur existence s'éloignent peu de leur mère, à laquelle ils ressemblent tout à fait. Il n'y a donc pas ici de métamorphoses, comme chez beaucoup d'autres crustacés.

Mues. — L'Ecrevisse est soumise à une série de mues. D'après M. Koltz, Tanimal subirait cinq à huit mues pendant la première année, cinq pendant la deuxième, deux durant le troisième été et une les années suivantes^

Peu de jours avant la mue, la carapace se détache du dôme et devient alors très fragile. Quand l'enveloppe externe est ainsi détachée, i'Ecrevisse exécute une série de mouvements, de contractions pour arriver à la briser. L'endroit où se produit la première fente se trouve à la partie supérieure du thorax. Une fois débarrassée, I'Ecrevisse reste inactive pendant une demiheure environ, les membres s'étirent, se gonflent beaucoup, l'animal est alors complètement mou. La mue de I'Ecrevisse se produit vers le 15 juin.

On voit donc que ces animaux, enfermés pendant toute l'année dans une sorte d'armure rigide, ne peuvent, pour ainsi dire, grandir qu'une seule fois pendant cette année. Ce fait explique la lenteur de leur croissance.

M. Carbonnier* avait donné les chiffres suivants :

Les Ecrevisses pèsent :

A un mois 0^4 5

A un an 1 50

A deux ans 4 »

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