MALADIES DES E C KE V ISSE S
Les Ecrevisses de notre pays ont, pendant ces dernières années, péri en nombre immense, par suite d'une maladie qui malheureusement n*est pas encore bien connue, au moins quant à ses causes. Les Etats voisins ont d'ailleurs été éprouvés de la môme façon, et cette épidémie a fait périr une grande partie des Ecrevisses qui vivaient en Allemagne. Il semble établi que c'est en 1878 que cette maladie fit son apparition en Alsace. Ce furent d'abord les crustacés de l'Ill qui se montrèrent atteints, et le mal s'étendit rapidement dans le duché de Baden, puis dans le Wurtemberg, la Bavière, la Prusse et l'Autriche.
Sur le territoire français, l'épidémie progressa de même ; en 1881, tout le bassin de la Seine était envahi, et, depuis, le mal s'est étendu jusqu'à nos frontières méridionales.
J'ai résumé et discuté ailleurs les diverses causes auxquelles on a attribué cette épidémie*; il serait oiseux d'y revenir ici. Je rappellerai seulement que M. le docteur Harz avait cru trouver la cause du mal dans la présence d'un distome parasite enkysté dans les muscles des Ecrevisses^; d'autres observateurs accusèrent des annélides {Branchiohdelles), que l'on trouve souvent fixées sur les branchies du crustacé. M. Leuckart enfin a pensé que la mortalité était due au développement d'un cryptogame parasite de la famille des Saprolegniées.
Toutes les causes invoquées jusqu'à présent ne me semblent pas expliquer les faits observés. En ce qui concerne, par exemple, les Saprolegniées, il ne faut pas oublier que presque tous les corps organiques que la vie a cessé d'animer et qui se trouvent dans l'eau se couvrent rapidement de ces végétaux. Ici l'elTet pourrait avoir été pris pour la cause. D'ailleurs on a vu
1. Brocchi, Zoologie agricole, p. 71 et suivantes. "2. Harz, Die sogennante Krebspest, etc. Wien, 1880.
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souvent les Ecrcvisses périr d'une manière presque subite et par f^randes masses à la fois. Or les parasites animaux ou végétaux ne sauraient produire de semblables phénomènes.
Quant aux autres causes invoquées, rinfluence des eaux empoisonnées, l'introduction de grandes quantités d'anguilles, etc., elles peuvent avoir une petite influence, mais ne sauraient expliquer l'extension et l'intensité de Tépidémie.
A riieure actuelle, il est donc bien dinicile encore de se prononcer. Cependant, il importe d'attirer l'attention sur le fait suivant : La maladie s'étend toujours en allant d'aval en amont; elle est arrêtée par les barrages^ mais continue sa route si ces obstacles disparaissent.
Ce fait a été remarqué tant en France qu'à l'étranger; ainsi M. Linrotli rapporte que le fleuve Klar-elsen, (jui communique avec le grand lac Wenern, était autrefois très riche en belles Écrevisses. Au-dessous du lac se trouve une chute d'eau et le fleuve se jette dans la mer quelques milles plus loin. On pouvait pécher dans celte partie diverses espèces de poissons et particulièrement des anguilles qui venaient de la mer, arrivaient jusqu'à la chute, mais là se trouvaient arrêtées par cet obstacle. Depuis un canal a été construit, les poissons ont pu remonter et les Ecrevisses ont disparu du lac et de la partie supérieure du fleuve. En France, des observations analogues ont été faites et m'ont été transmises par 1\I. Foéx dans l'Yonne, par M. Tanviray dans le Loir-et-Cher, etc. Ces phénomènes et d'autres du même ordre porteraient à établir une relation entre Pépidémie et la présence de certains poissons qui seraient le véhicule du mal, mais encore une fois rien de précis ne nous est connu.
Dansées dernières années on a fait quelques tentatives pour remplacer dans nos eaux l'Ecrevisse ordinaire par un autre crustacé provenant de Russie [Leptodactylus); on a également essayé d'introduire dans les eaux d'Europe un crustacé d'origine américaine (G. Gambarus), mais, jusqu'à présent, les résultats obtenus ne sont pas encourageants. A la vérité, on voit, en
298 LA PISCICULTIMU'] DANS J.KS KAi:X DOLCKS.
Suisse, par exemple, les grosses Ecrevisses (Lcptodactylus) russes souvent mises en vente, mais elles ont été prises dans leur pays d'origine.
En dehors de l'Ecrevisse, les autres animaux aquatiques qui habitent notre pays n'ont, au point de vue de l'alimentation, qu'une importance secondaire. Dans quelques régions cependant, les Grenouilles sont l'objet d'un commerce de quelque importance, mais elles ne sont pas cultivées.