‹ La Pisciculture et la Pche en ChineChapitre 18 sur 62 · ESPAGNE · texte numérisé non relu

ESPAGNE

L’Espagne, à qui les Phéniciens avaient appris les procédés de pêche les plus parfaits, procédés qui sont encore en usage sur certains points de nos côtes, savait aussi tirer un immense profit des lagunes d’eau saumâtre, albuferas, par une exploitation raisonnée de ces vastes espaces, mais cette pêche est aujourd’hui en décadence (1).

Au début de la pisciculture, ou pour mieux dire dès les premiers temps où la pisciculture reçut un nouvel élan, M. Graells chercha à en vulgariser la pratique par ses publications (2), mais personne n’avait jusqu’ici fait de pisciculture pratique, que nous sachions, quand tout récemment (1867), M. Federico Muntadas nous a fait connaître ses expériences, faites à Arteca en Aragon (3).

Il paraît cependant que, dès 1857 (4), MM. Daniel O’Ryan de Acuna et Juan Antonio Lecaroz avaient eu l’idée d’introduire en Espagne les pratiques de la pisciculture, d’après les données recueillies dans diverses régions, mais tout porte à croire que leur projet, qui s’annonçait comme devant renouveler le pays, n’a pas été mis à exécution.

M. F. Muntadas commença une expérience de pisciculture dans les belles eaux dont il peut disposer, et sut la mener à bonne fin, malgré l’incrédulité de ses voisins et même de ses aides. M. Muntadas, qui donne la préférence à l’appareil Jacobi , y a obtenu le développement de truites provenant des fécondations artificielles opérées par lui avec les truites de la rivière de Piedra, aussi bien que des œufs de saumon, truite saumonée, ombre-chevalier et grande truite des lacs, qu’il avait reçus d’Huningue. De ces recherches, il est résulté pour lui qu’il y a un grand avantage à donner aux alevins une nourriture vivante, telle que les animalcules, si fréquents dans les ruisseaux, et surtout le Congrepillo (5), qui paraît être la crevette d’eau douce et dont la fécondité est vraiment prodigieuse. Les ennemis qui ont porté le plus de préjudice au succès

(1) IJ Albufera des environs de Valence, autrefois très-poissonneuse, ne renferme plus guère que des anguilles et un petit poisson blanc peu estimé, par suite de l’arrivée trop considérable de l’eau de mer, qui chasse les anguilles dans les rizières environnantes. La pêche s’y fait au moyen de bordigues en roseaux qui forment estacade à l’entrée des canaux par lesquels Y Albufera communique avec la mer : autrefois les obstacles étaient levés à certaines époques, pour permettre l’entrée du poisson, que plus tard on reprenait engraissé, à sa sortie, au moyen de nasses ( gallineras ). Aujourd’hui cette pêche, qui occupait de 1,500 à 2,000 hommes, régis par des règlements analogues à ceux de nos pêcheurs de la Méditerranée, est presque nulle. Le fâcheux état de V Albufera de Valence se constate malheureusement aussi dans celles de Santa-Pola, Tortosa, et dans l’Estrangue de Peniscola, qui sont aujourd’hui en pleine décadence par suite du manque de soin , et cette pisciculture, plutôt marine que d’eau douce, est bien déchue de sa grandeur passée , malgré les avantages qu’il y eût eu à conserver ces réservoirs, où de nombreux poissons venaient chercher leur nourriture d’insectes, de crustacés, de mollusques, et y devenaient ensuite une prise assurée pour les pêcheurs, qui les répandaient ensuite dans toute la contrée environnante. (Sabin Certhelot, Études sur la pêche, p. 390. )

(2) Don Mariano de la Paz Graells, Manual practico de piscicultura , 1864.

(3) F. Muntadas, Rapport sur l’incubation artificielle et l’élevaçje des Salmonidés {Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t. VI, p. 182, 1869).

(4) Ramon de la Sagra, Rapport sur l’introduction de la pisciculture en Espagne {Bull, de la Soc. d’acclim., t. IV, p. 438, 1857).

(5) En Castille, il porte le nom de Camaron.

de ces expériences sont les serpents ( Coluber natrix et Esculapii), qui se glissent dans les bassins et y font une énorme consommation d’alevins. Grâce aux soins pris par M. Muntadas, et à la qualité des .eaux dont il dispose, il possède, après deux ans d’expériences, des truites de 22 à 24 centimètres de longueur; les saumons, dont la longueur varie de 13 à 20 centimètres, sont tous très-dodus, ont le dos très-large et la tête très-petite : ils se jettent avec avidité sur les crevettes, qu’on jette chaque jour dans leur bassin et qu’ils préfèrent au sang coagulé, qu’on leur donne également.

Sans doute, la pisciculture n’est point encore parvenue en Espagne au point où nous l’avons vue arrivée dans d’autres contrées, telles que la Norvège et la Grande-Bretagne, mais nous sommes assurés que le succès de M. F. Muntadas lui vaudra des imitateurs, et que le temps n’est pas éloigné où la pisciculture pourra, en Espagne aussi, fournir de nouvelles ressources à l’alimentation publique.

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