‹ La Pisciculture et la Pche en ChineChapitre 19 sur 62 · ALGÉRIE · texte numérisé non relu

ALGÉRIE

Les eaux douces de 1 Algérie, en dehors de quelques espèces qui remontent de la mer, ne fournissent guère à l’alimentation que l’anguille et les barbeaux ( Barbus callensis et Sitifensis), dont la chair est tout au moins médiocre, surtout chez les individus ayant acquis une certaine taille, et qui, par suite, ne sont que rarement appelés à 1 honneur de figurer sur les tables.

On rencontre aussi dans quelques cours d’eau de la Kabylie et de Bougie un Salmonoïde, le Salar macrosticjma (1); mais il est trop peu répandu pour entrer en compte dans la consommation, et les essais de propagation de ce poisson qu’on a déjà faits, s’ils permettent d’espérer, n’ont pas encore été entièrement satisfaisants.

Les Arabes, peu amateurs de poisson, n’ont fait aucun essai d introduction de nouvelles espèces dans leurs eaux et n’élèvent guère que le Cijprinus auratus, comme poisson de luxe et d’agrément. L introduction de cette espèce est, sans doute, le résultat du caprice de quelque sultan Almoravide; toujours est-il qu elle a, depuis longtemps, conquis droit de cité dans le Tell (2).

Dans ces conditions, il y avait donc intérêt à tenter l introduction dans les eaux douces ou saumâtres de notre colonie de quelques nouvelles espèces alimentaires, et, en vue d’encourager de pareilles tentatives, la Société d’acclimatation fonda, en 1857, une prime de 500 francs. Son appel fut entendu, et, dès 1858, M. E. Cosson (3), avec le concours obligeant de M. Millet et l’assistance de M. Svralik, emporta en Algérie quarante carpillons, trente cyprins dorés (1) et

(1) A. Duméril, Note sur des truites d'une espèce nouvelle, Salar macrosligma, récemment envoyée d’Algérie à la Société {Bull, de la Soc. d’acclim., t. V, p. 444, 1858). — Le même, De la nécessité et de la possibilité d’accroître les ressources alimentaires fournies par les poissons fluvialites , et Note sur une truite propre à l’Algérie {Annuaire de la Soc. d’acclim., p. 252, 1863). — Zill, Ann. des sc. nat., 4e série, t. IX, p. 126.)

(2) Letourneux et Playfair, Ichthyologie algérienne {Bull, de la Soc. algér. de climatologie , t. VIII, p. 68, 1871).

(3) E. Cosson , De F acclimatation de la carpe et de la tanche dans les eaux de F Algérie {Bull, de la Soc. d’acclim., t. IX, p. 15, 1862).

CHEZ LES DIVERS PEUPLES

quelques centaines cl’œufs de truite fécondés; malgré les difficultés du voyage et grâce aux soins minutieux pris par MM. Cosson et Kralik, la perte, a 1 arrivée a Constantine, n était cpie de quelques poissons; mais les œufs avaient beaucoup souffert (2). Les eaux du Rummel, sur lequel on avait d’abord eu des vues, étant trop calcaires, on déposa les poissons survivants, 27 carpillons et 12 cyprins, dans l’étang de Djebel-Ouacb, dont la construction remonte aux Romains; mais il fallut bientôt la présence de sentinelles pour éviter les déprédations commises, malgré les défenses les plus expresses, par quelques zouaves de la garnison : cette précaution sauva les poissons qui survivaient, et, dès janvier 1859, on put constater qu ils avaient profité dans leur nouveau séjour, et qu ils s’y étaient multipliés, car on put compter dans 1 étang une centaine d individus de toutes dimensions. Le succès valut à M. Kralik, M. Cosson s étant modestement mis à l’écart, la récompense proposée par la Société d’acclimatation.

L’exemple donné par MM. Cosson et Kralik ne fut pas long à être suivi : car M. de Lannoy, ingénieur en chef des ponts et chaussées à Constantine (3), fit venir de Marseille des tanches, qu’il déposa aussi dans le Djebel-Ouacb. En octobre 18G0, par suite de travaux d’agrandissement de ce bassin , on fut obligé de faire une pêche à fond, qui donna 307 carpes de 18 à 45 centimètres, 4 tanches de 34 centimètres, ainsi que beaucoup de petites carpes et tanches et 84 grands cyprins dorés; il y avait, en outre, environ 8,000 carpes et 6,000 tanches d’alevinage qui furent lâchées dans le Rummel, où la pêche commença immédiatement, malgré les réclamations de M. de Lannoy.

Depuis, en 1861, des essais d’introduction de la carpe ont été faits dans le Chélif, à la hauteur de Bogbar, dans l’Oued-Deurdeur et l’Oued-Boutan, qui sont deux affluents du Chélif; on y déposa une centaine de carpillons, avec un certain succès, puisque, malgré plusieurs circonstances défavorables (présence de loutres, de couleuvres d’eau, fuites d’eau des bassins d’alevinage), on put pécher, en janvier 1863, environ 4000 carpes, dont 500 grosses (4).

Plus tard encore, en 1867, M. le général Liébert a fait jeter flans le Chélif 1065 carpes, pêchées dans les bassins du cercle militaire de Milianah, et, pour favoriser leur développement, il a sollicité auprès du gouverneur général l’interdiction de la pêche dans les rivières empoissonnées, du 1er mars au 1er septembre de chaque année (51.

D’un autre côté, MM. Pichon et Tourniol, propriétaires à Milianah, ont fait connaître le résultat de leurs expériences de propagation de diverses espèces de poissons en Algérie (6). Après avoir, à plusieurs reprises, tenté infructueusement de faire usage d’œufs qu’ils recevaient d’Huningue, mais que la longueur et les difficultés du voyage ne laissaient pas arriver dans un état satisfaisant, MM. Pichon et Tourniol eurent la satisfaction de pouvoir pêcher quelques

(î) Les cyprins dorés étaient destinés, en cas de perte des carpes, à fournir des renseignements sur les chances de nouveaux essais.

(2) Les œufs de truite qui avaient résisté au voyage ont péri presque tous, lors de l’éclosion , par suite de la trop grande quantité de calcaire contenue dans les eaux du Rimmel.

(3) Aux noms que nous venons de citer, il est juste d’ajouter celui de M. Bardel, conducteur des ponts et chaussées, qui a surveillé le Djebel-Ouach avec la plus grande sollicitude.

(4) Général Liébert, Note sur les essais de pisciculture tentés à Milianah {Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t. I-, p. 338, 1864).

(5) Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t. IV, p. 218, 1867).

(6) Pichôn et Tourniol, Essais de pisciculture tentés à Milianah [Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t. Ier, p. 435, 1864).

saumons et truites saumonées, longues de 14 centimètres; quelques colons ont pu en pêcher aussi plusieurs individus dans la rivière de Milianah. Les essais de MM. Pichon et Tourniol ont porté non-seulement sur les Salmonidés, mais aussi sur les carpes, tanches et écrevisses : ils faisaient usage des appareils de M. Coste, légèrement modifies, de façon à assurer le renouvellement total de l’eau qui baigne les œufs.

D’autres essais ont été aussi faits dans la province d’Alger, notamment par MM. Rivière et Franclieu, et paraissent avoir donné des résultats satisfaisants, mais nous n’avons pu obtenir de renseignements au sujet de ces expériences.

Il serait sans doute possible de naturaliser la truite ordinaire et le Salar macrostigma dans diverses régions montagneuses de l’Algérie, mais il paraît surtout intéressant de peupler les cours d’eau inférieurs, qui ont l’inconvénient de s’échauffer à certaines époques de l’année, au moyen de la carpe et surtout dé la tanche, si peu difficile pour ses conditions d’existence et qui n’y rencontrerait aucune espèce vorace, susceptible de la faire disparaître.

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