‹ La Pisciculture et la Pche en ChineChapitre 20 sur 62 · INDE · texte numérisé non relu

INDE

Dans ces dernières années , des tentatives d introduction de nouvelles espèces de poissons ont été faites à plusieurs reprises dans l’Inde, et nous citerons en particulier celles de M. E. C. G. Thomas, et celles postérieures de M. Francis Day. Une quatrième tentative a dû être faite dans ces derniers temps par M. Mac Ivor. Quant aux espèces indiennes, on est parvenu à en introduire plusieurs dans les Nilgherries, où elles paraissent trouver des conditions favorables à leur multiplication. D’autre part M. H. S. Thomas, collecteur du South Canara, a pris les mesures les plus efficaces pour assurer le repeuplement des eaux de cette province (1).

Les eaux de la province de South Canara sont riches en poisson et présentent des espèces trèsestimées pour l’alimentation de l’homme, mais malheureusement des causes de destruction trèsnombreuses ont exercé une influence telle sur leur population, que le Gouvernement a dû aviser aux meilleurs moyens de prévenir la diminution du poisson et a chargé, par décision du 7 novembre 1868, M. II. S. Thomas, collecteur de la province, d’aviser aux meilleures mesures à prendre, sans avoir recours aux procédés d incubation artificielle. Il résulte des études de M. Thomas que 1 empoisonnement des eaux, tel qu’il est pratiqué chaque année par les habitants des villages, exerce une influence très-pernicieuse : ce mode de pèche se fait au moyen d’une pâte de Croton tiglium , d Anamirta Cocculus, de Capsicum et d’un Posoqucira (nutans ou longispina), qui tue tout le poisson, gros ou petit, accumulé dans les creux qui lui offrent de fraîches retraites, et fait sentir son action sur de vastes étendues (2). Les résidus des pulperies de café exercent aussi sur la population des eaux une action aussi désastreuse que les vouloirs en Europe; mais on a reconnu qu’il serait facile de prévenir cette infection des eaux par les pulperies,

(1) II. S. Thomas, Report on pisciculture in South Canara, 1870.

(2) Cette pâte agit non-seulement sur les poissons, mais aussi sur tous les animaux avec lesquels elle se trouve en contact; elle détermine également des accidents sur l’homme.

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cy

en affectant les résidus à faire des engrais et en prenant soin de ne pas les déverser immédiatement dans les cours d’eau.

Sans doute ces causes de destruction sont grandes, mais la dépopulation des eaux tient surtout à une destruction inconsidérée du fretin par des engins de toutes sortes (leur nom est légion), dont les mailles très-serrées ne laissent, pour ainsi dire, rien échapper; tout est capturé, aussi bien les petites espèces, que les jeunes des espèces qui peuvent acquérir les dimensions les plus considérables. Le nombre des victimes dépasse toute évaluation, et un pêcheur peut avoir recueilli dans un vase une quantité de poissons à peine suffisante pour son repas, et qui arrivés à leur taille auraient pu peupler un lac et nourrir une ville entière. Le fretin abondait dans les rivières, qui, dans le South Canara, sont plus propices à son développement qu’aucune des rivières de l’Europe, mais les Cruives {Gords) sont des engins de destruction terribles.

Une grande quantité de poissons, et surtout de fretin, cherche un refuge dans les canaux des rizières (1) où ils trouvent les conditions les plus favorables à leur développement; les rizières sont en effet des nurseries piscicoles admirables, qui rendraient les meilleurs services, à la condition de supprimer les paniers de bambou, à large ouverture, à large panse et à gorge étroite, que les Indiens établissent de distance en distance et qui engloutissent tous poissons. Ces engins transforment ainsi en un piège terrible ce qui offrait les meilleures conditions d’existence au poisson, et détruisent ainsi annuellement, au bas mot, 750 000 000 de jeunes poissons dont beaucoup auraient pu atteindre le poids de 15 à 20 livres.

Une autre portion de fretin vit dans les flaques d’eau (2) qui servent de refuge au poisson lors des grandes chaleurs, quand les eaux des rivières se trouvent interrompues par la sécheresse; mais ici encore les Cruives et l empoisonnement font leur œuvre de destruction, et en un jour la richesse des rivières est enlevée pour plusieurs années.

A toutes ces causes de destruction il faut ajouter les ennemis naturels du poisson , tels que la loutre et le crocodile, dont on pourra amener la diminution par l’offre de primes, de nombreux amphibies qui sont particulièrement redoutables pour le fretin (3), mais qui plus tard deviennent la proie des gros poissons et surtout des ophicéphales, des parasites (4), des insectes ennemis des œufs et des alevins (5); mais toutes ces causes réunies ne sont peut-être pas aussi funestes pour le poisson que l’homme lui-même (6).

(1) Noos citerons en particulier le Kurli, Barbus conirostris H. B.; le Iiajan, Barbus , Nov. Spec.; le Rijan, Barbus Sarana, H. B.; le Kijan-jabbu, Barbus amphibius , H. B.; le Nedika, Rasbora Buclianant, F. D.; le Pâchilé, Bariiius Canarensis , F. B.; le Danio micronema, F. B.; le Kodjan, Haplocliilus lineatus, II. B.; le Clupate, Polyacanthus capanus, G. Y.; le Marat, Ophiocephalus Marutius , H. B.; le Morte , Ophiocephalus gachua, H. B.; le Murdé, Ctarias Magur , II. B.; le Bâté, Callichrous Checkra, H. B.; le Puriyôl , Mastacemblus armatus, G. V., etc.

(2) Tout le poisson ne fraye pas dans les rizières, et une partie dépose ses œufs sur les bords des creux. Certaines espèces, comme le Masheer, paraissent déposer successivement leurs œufs dans plusieurs localités, pendant les quelques semaines que dure la fraye.

(3) Les grenouilles ( Hylorana malabarica et florescens , Pian a cyanophlyctus , et diverses espèces de Poljpedales ) font une grande consommation de fretin et doivent être éloignées de tout réservoir, ainsi que les divers reptiles aquatiques.

(4) Le Dr Fr. Day a observé sur le Masheer des algues parasites, probablement VAchtya proliféra.

(5) De nombreux insectes, ainsi que des larves et de petits crustacés, attaquent les œufs.

(6) On fait une recherche active des Hillocks pour faire avec leurs œufs des gâteaux très-estimés (sorte de poutargue). On estime beaucoup aussi les œufs du Karl et du Kalmuri.

En raison des objections faites à l’emploi de la pisciculture embryonnaire (1), M. Thomas pensa à obtenir par une protection éclairée la multiplication des espèces indigènes les plus précieuses, sans perdre de vue l’utilité des petites espèces, peu appréciées par l’homme, mais qui constituent le fond de la nourriture des grosses espèces, et commença par prohiber l’empoisonnement annuel des cours d’eau. Bien qu il ait eu à lutter contre le mauvais vouloir des populations, accordant aux délinquants un appui tacite, et même contre l’inertie de certains agents de l’autorité, il a réussi en partie. D’autre part, il a pris les mesures les plus efficaces pour prévenir la destruction du fretin et a cherché, en apportant quelques modifications au système d irrigation des rizières, si éminemment appropriées au développement du poisson, à faire un appareil de protection de ce que les naturels avaient transformé en engin de destruction.

L’opinion où sont les prêtres des temples de Thodikon et de Cicilly que leur dieu Ishwara a fait un voyage de Kailasa à Thodikan sur le dos d’un Masheer, fait qu’ils considèrent ce poisson comme sacré, le nourrissent avec soin et n’en permettent la capture sous aucun prétexte : ils ont, par cette superstition, donné une protection des plus efficaces à cet excellent poisson, qui pullule dans leurs bassins. La facilité avec laquelle les prêtres élèvent le Masheer indique le moyen à employer pour propager cette délicieuse espèce, et les eaux de Thodikan, Bantwâl et Cicilly sont une source qui fournirait chaque année pour les rivières de Puiswang et Netravatty un stock considérable de jeunes alevins, si la garde des rizières était faite strictement.

En vue de conserver et de multiplier les poissons dans les eaux du South Canara, M. Thomas a sollicité du gouvernement l’interdiction des Cruives et autres engins destructeurs, la prohibition de la pêche au temps de la fraye, la réglementation des dimensions des mailles.

Il a tenu compte de l’alimentation des diverses espèces (2) et fait d’intéressantes observations sur les mœurs des poissons (3), mais il s’est principalement occupé du Masheer , Barbus Mosal.

Le Masheer, qui est le meilleur poisson des eaux du Canara, et que M. Thomas affirme pouvoir rivaliser avec les espèces les plus estimées des eaux douces d’Angleterre, à l’exception du

(1) » Sir John Emerson Tennent {The natural history of Ceylon , p. 342) a observé que les œufs de poisson fécondés pendant la saison pluvieuse restent sans se développer, dans la boue, pendant la saison sèche, et que la vitalité, en raison de leur état peu avancé d’organisation, s’y conserve jusqu’à la prochaine saison pluvieuse, où l’influence simultanée de l’humidité et de l’oxygène met en mouvement leurs éléments. » On a observé que les crocodiles et même des poissons jeunes ou adultes ont été trouvés vivants dans la vase desséchée par la chaleur. Ne pourrait-on appliquer ce fait à la pisciculture, au moins pour certaines espèces de poisson? Il est à regretter que les limites qui lui étaient tracées n’aient pas permis à M. Thomas de faire quelques expériences à ce sujet.

(2) En dressant la liste des poissons du South Canara, pour connaître ceux qui mériteraient davantage l’attention du gouvernement, M. Thomas a indiqué, pour chaque espèce, l’époque de la fraye et le mode de nourriture. Il a, dans ce but, examiné et noté le contenu des intestins. Les espèces herbivores se nourrissent de plantes aquatiques, telles que des Podostomacées ( Moriopsis hookeriana et Dalzellia pedonculosa), Vallisneria spiralis, ou des fleurs et fruits des plantes voisines du rivage; d’autres espèces se nourrissent de mollusques qui ont été déterminés, d’autres sont carnivores et font une chasse active à leurs compagnons. On comprend l’importance de ces observations pour le but que se propose M. Thomas.

(3) C’est ainsi qu’il a observé que les Nandus malabaricus et marmoratus construisent des nids dans les roseaux et prennent soin de leurs petits comme l’épinoche , tandis que les Opliicephalus marulius, striatus et diplogramma prennent soin de leurs jeunes jusqu’à ce qu’ils aient environ 2 ou 3 pouces de long, époque ou ils les poursuivent et les dévorent, s’ils ne sont pas dispersés loin de leurs parents.

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saumon , paraît être 1 espèce dont la propagation serait la plus désirable. De même que toutes les carpes indiennes, le Maslieer paraît grand mangeur de poissons, mais la qualité de sa chair compense les ravages qu’il peut opérer. Au moment où les eaux sont hautes, ce poisson abonde dans les parties supérieures des rivières; il est d’autant plus plein d œufs et de laite qu on lobserve plus près des sources; il redescend les cours d’eau avant que 1 incubation de ses œufs soit terminée, et l’alevin‘, ainsi protégé contre la voracité de ses parents, reste aux lieux de sa naissance jusqu’à la mousson prochaine. Le Maslieer paraît avoir plusieurs époques pour frayer, car en octobre ou novembre on trouve qu’il a des œufs de trois dimensions distinctes, dont les plus gros sont pondus avant janvier par parties, probablement en deux fois (1). On na pu encore s’assurer de ce qui advient des petits œufs qui restent après la ponte de janvier, mais on suppose qu’ils se développent pour être mûrs à la mousson prochaine et servent à la ponte de 1 année suivante. Le temps nécessaire à la ponte paraît devoir être plus long que pour le saumon , et celle-ci ne s’effectuer que par petites portions au fur et à mesure que les œufs sont arrivés à maturité (2).

La disposition des eaux aux environs de Thudikan est très-favorable à l’étude du développement du Maslieer , et il sera facile, avec le concours des prêtres de ce temple, de marquer un certain nombre de jeunes poissons, dont on pourra vérifier l’accroissement quand ils seront repêchés plus tard.

Parmi les poissons dont la multiplication lui paraît désirable, M. Thomas signale le Hilsa, Clnpea palasali , qui grossit à la mer, comme le saumon , et qui comme lui remonte à une certaine époque de l’année dans les rivières pour y aller frayer.

ïl pense que le gourami pourrait être utilement introduit à Karkal et dans les bassins des mosquées et temples, destinés à abreuver les pèlerins ou à leurs ablutions, aussi bien que les parties les plus calmes des rivières.

Il insiste surtout sur l’intérêt que présenterait la multiplication du Clianos argenteus , beau poisson, à chair ferme, qui atteint le poids de 20 à 25 livres et une longueur de 36 pouces, et que Buchanan recommandait, il y a soixante-dix ans, comme une excellente espèce (3). On sait qu’Hyder le prisait au point d’avoir fait creuser un bassin exprès pour y élever des Clianos , qui étaient réservés pour sa propre table.

Si ce poisson, qui se tient en eau saumâtre où il vit avec plusieurs espèces spéciales aux estuaires (4), peut supporter l’eau douce, ce sera une précieuse acquisition, et on ne peut rien préjuger à ce sujet, car on connaît dans le pays un étang, entre la mer et la rivière, qui contient depuis plus de huit ans des poissons marins qui y vivent et s’y reproduisent. Le Clianos , qui se nourrit de plantes aquatiques et de petits insectes microscopiques, vit avec un grand nombre de poissons voraces, et en particulier le très-abondant Mesoprion ruhellus ; aussi sa

(1) Ce fait doit être rapproché de celui observé parM. Seth Green sur Y Alcrnsa prœstabilis (Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t. VIII, p. 14, 1871).

(2) M. Iletting a fait observer que, dans le Coregonus albula , la maturité de tous les œufs n’est pas simultanée; aussi faut-il, dans les expériences de fécondation artificielle, ne faire sortir les œufs qu’à plusieurs reprises.

(3) H. S. Thomas, Report on pisciculture in South Canara, 1870.

(4) Le Chanos argenteus , qui ne se trouve aujourd’hui que dans un ou deux étangs de Cundapur, y a acquis un goût de vase désagréable, mais qui tient sans doute au milieu dans lequel il vit.

reproduction est-elle très-limitée; mais il serait facile de mettre dans un nouveau bassin creusé exprès des chanos adultes, de se servir plus tard de leurs alevins pour propager l’espèce, d’autant plus que les adultes supportent difficilement le transport.

Si la destruction des espèces animales s’opère journellement sur une grande échelle aux Indes anglaises, c’est surtout la famille des poissons qui a le plus à souffrir : en effet, elle subit des pertes énormes par suite de la diminution des eaux des rivières ou des étangs, ou par leur dessèchement complet pendant des mois entiers; en outre, de nombreux ennemis s’acharnent après le poisson, depuis l’état d’œuf jusqu’à l’âge adulte; mais de tous ses ennemis le plus terrible est l’homme, qui poursuit son œuvre d’extermination sans prendre souci de 1 avenir, et qui, trop souvent, empoisonne d’immenses espaces pour se procurer un peu de poisson qu’il sale et vend à vil prix sur les marchés (I).

A une époque déjà éloignée de nous, des précautions avaient été prises aux Indes pour assurer protection aux poissons d’eau douce, et Ion sait que, sous Ilyder-Ali , une loi condamnait à avoir une main tranchée tout individu surpris à pêcher sans autorisation. Jusqu’à ces derniers temps, dans le Mysore, chaque pêcheur était soumis à une taxe pour pouvoir se servir de ses filets. Aujourd’hui les poissons , qui ne trouvaient de protection que dans le voisinage sacré des pagodes, n’existent plus que là où l’homme n’a pu les exterminer, et il est grandement à désirer qu’on puisse prévenir leur entière disparition par des mesures efficaces.

La facilité avec laquelle les poissons, mieux que tout autre animal, peuvent s’adapter à de nouvelles conditions d’existence , puisqu’ils savent gagner les profondeurs au moment des grandes chaleurs, remonter vers la surface pour ressentir l’influence du soleil, quand la température s’abaisse, a donné la pensée de tenter leur naturalisation dans des localités qui en étaient dépourvues. Ce n’est pas seulement de nos jours qu’on a pensé ainsi à propager les poissons, car, dans l’Inde, on attribue à Ilyder-Ali 1 introduction du Chanos argenieus, Bloch, dans quelques étangs du Malabar, et il est commun de voir les indigènes porter dans des pièces d’eau du poisson recueilli plus ou moins loin; mais ils ne s inquiètent guère de savoir s ils opèrent dans les conditions les plus favorables, et livrent ainsi au hasard le résultat, heureux ou non, de leurs opérations.

Frappé de l importance qu’il y aurait à peupler de poissons le plateau supérieur des Nilgherries, où les Européens vont chercher les moyens de reconstituer leur santé ruinée par le climat meurtrier des régions basses de l’Inde, M. Francis Day pensa qu’il serait possible d’obtenir ce résultat. 11 espérait pouvoir ainsi procurer aux convalescents, en outre de la distraction de la pêche, si chère aux Anglais, une nourriture excellente, en place du mauvais poisson dont ils doivent se contenter aujourd’hui. La situation des Nilgherries entre le 11e et le 14e de latitude nord, et le 76° et le 77e de longitude, et leur altitude de 8,700 pieds environ, lui donnèrent 1 espoir du succès dans des tentatives d introduction de certaines espèces européennes, d’autant plus que leurs lacs et leurs rivières, où on ne trouve qu’une espèce insignifiante, le Rasbora Nilgherriensis, Ray, offrent en abondance les insectes, mollusques et les plantes qui pour-

(I) Francis Day, F. L. S., F. Z. S. principal medical store-keeper, Madras Army, Pisciculture on llie Nilgherry Hills (Madras Ouarterly Journal of Medical Science). — Observations on some of tiie fresh-water fishes of India ( Proceedings ofthe Zoological Society of London. May 1868). — J. Léon Soubeiran, Pisciculture dans les Ni/glierries (Bull, de la Soc. d’acclim., 2° série, t. VII, p. 352, 1870).

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raient servir utilement à la nourriture des espèces introduites : scs études lui montrèrent comme particulièrement favorables Ooty-lake, Pykara-river, Avalanche-river, Byllical-lake , Seegoorriver, etc.

Ooty-lake, situé à une altitude de 7,000 pieds, et présentant un mille et demi de superficie, pourrait facilement acquérir des dimensions plus considérables par l’établissement d’un barrage; il offre une grande profondeur sur certains points.

Pykara-river ne se dessèche jamais, ou tout au moins offre toujours dans son lit des trous pleins d’eau, ce qui assure la conservation du poisson, qui s’y réfugie : un étang voisin , dont !è fond est muni de souches qui empêchent l usage des filets, a reçu un certain nombre d Ophiocephalus gachua , Buch., qui y ont été déposés pour servir à la propagation de cette espèce.

Billycal-lake, situé à une altitude de 5,700 pieds, a reçu, en 1839, une certaine quantité de poissons provenant de Seegoor-river, et qui y ont pullulé et grandi d une manière remarquable : ce serait un excellent lieu de dépôt pour assurer le succès du transport du poisson dans les régions supérieures; mais la quantité de souches qui en garnissent le fond y rendent la pêche au filet presque impossible.

La température moyenne des eaux des Nilgherries varie de 42 degrés Fahr. à 86 degrés Fahr., ce qui donne une différence seulement de 7 degrés avec celle des eaux des contrées basses. Sans doute cette température rendra difficile l’introduction dans les Nilgherries des Salmonidés et en particulier de la truite, mais il est probable qu’en refroidissant l’eau au moyen de la glace, pendant le développement embryonnaire, on pourrait espérer le succès. Dans cette pensée, M. Francis Day se mit, pendant son séjour à Londres en 1864, en rapport avec M. James Youl, et ayant vu les appareils dans lesquels ce dernier avait pu conserver vivants, pendant cent quarante et un jours, des œufs fécondés, dont l’éclosion avait été retardée par l’abaissement de la température, il se décida à tenter le transport d’œufs de truite jusqu’à Madras, par la voie de Suez. L’insuccès d’une expérience précédente, faite par M. Shave (1), ne lui parut pas suffisant pour exclure un nouvel essai, où il mettrait à profit les enseignements des introductions faites en Australie. Les œufs qu’il parvint à se procurer dans le Hampshire, et qu’il féconda artificiellement, furent immédiatement transportés à Soutbampton, empaquetés avec de la mousse et du charbon de bois, dans les boîtes que M. J. Youl lui avait remises à cet effet, et déposés dans une glacière jusqu’au jour de l’embarquement. Le 4 février 1864, au moment du départ du Moiujolia, de la Compagnie péninsulaire et orientale, les boîtes furent placées dans la glacière du navire; le 15, à l’arrivée à Alexandrie, on plaça les boîtes avec de la glace dans des caisses plus grandes, et à l’arrivée à Suez, quatre jours plus tard, par suite de difficultés imprévues qui prolongèrent le transport, on déposa les boîtes dans de la glace d’Amérique, envoyée par le gouvernement indien en vue d’assurer le succès de l’entreprise.

A ce moment, les œufs n’avaient subi qu’une mortalité insignifiante, ce qui fournit la preuve que les cahots du chemin de fer égyptien, qu’on n’avait pu éviter, ne leur avaient pas porté préjudice. Le 12 mars, à leur arrivée à Madras, les œufs furent immédiatement débarqués, et on

(1) En 1863, M. Shave avait emporté de Southampton 500 œufs, ayant environ trente-quatre jours de fécondation et ayant déjà les yeux apparents à l'intérieur, c’est-à-dire se trouvant dans les conditions où se font les expéditions en Europe. Chaque jour, il les montait sur le pont et retirait les œufs morts ; beaucoup périrent avant d’arriver à Alexandrie; quelques-uns seulement parvinrent jusqu’à Suez; aucun ne dépassa Ceylan, par suite, sans doute, du changement trop brusque de température auquel furent exposés les œufs.

prépara, pour le transport ultérieur par des coolies, des boîtes moins grandes et, par conséquent, plus maniables que celles qui avaient été employées pour la traversée de l’Égypte. De Mattapolliam, où le transport par les coolies commença, les oeufs furent portés à Ootocamund dans deux palanquins, sur l’un desquels on plaça une couverture mouillée, tandis que l’autre fut simplement couvert d’une serge, également mouillée, et à leur arrivée furent immédiatement déposés dans la maison d’incubation. On constata que la mortalité avait été beaucoup moindre pour les œufs transportés dans le premier palanquin que dans le second, la couverture ayant sans doute empêché la température de s’élever autant que sous la serge. On plaça les œufs dans des auges en ardoise, disposées en échelle, et, pour prévenir 1 influence d une température trop élevée, on mêla de la glace à l’eau qui les baignait; mais on ne put empêcher qu’au lieu de se maintenir entre -+- 40 degrés F. et -+- 45 degrés F., ce qui donne les conditions les plus favorables à l’incubation, la température ne montât à + 51 degrés F. et même -1- 60 degrés F., l’arrivée des œufs ayant juste coïncidé avec le commencement de la saison la plus chaude : aussi la mortalité fut-elle considérable pendant les sept premiers jours et ne diminua-t-elle que quand on eut réussi à maintenir l’eau à un degré moins élevé.

Pour obtenir ce résultat, on dut recouvrir, sur une longueur de plus de cent yards, d’abord avec des branchages, le canal qui amenait l’eau, puis, pour éviter que l’eau ne fût salie par les feuilles, établir un drain à l’abri des rayons solaires : on obtint ainsi un abaissement de cinq à six degrés. 11 fallut aussi imaginer un système pour filtrer l’eau, qui, malgré son apparente pureté, laissait déposer sur les œufs un sable très-fin, rouge, et des matières organiques, qui provenaient sans doute de la décomposition des feuilles des Cincliona sous lesquelles coulait le ruisseau. On ne réussit pas complètement, et la mortalité, qui continua, quoique à un degré moindre, fut en rapport avec la quantité du dépôt qui couvrait les œufs. Le 23 mars, une tache noire lut manifeste sur un certain nombre d’œufs, mais ce ne fut guère que le 29 que les yeux commencèrent à être apparents; dans quelques œufs on distinguait très-bien la forme arquée de l’embryon. Le 1er avril, la mortalité augmenta, et ne put être conjurée, de telle sorte qu’il ne restait plus un seul œuf le 10 avril; on attribua cette destruction à 1 influence de violents orages qui éclatèrent à cette époque, et à l invasion d’une myriade de petites sangsues filiformes, qui traversèrent les filtres et attaquèrent les œufs : en même temps, il se développait dans l’eau une production blanchâtre byssoïde, qui exerça aussi une action désastreuse.

L’expérience avait donc échoué, mais elle a donné de précieux enseignements pour un nouvel essai, qui ne paraît pas désirable à M. Fr. Day, les Salmonidés étant surtout des espèces qui vivent dans les eaux froides de la fonte des neiges et susceptibles de geler, conditions qui ne se rencontrent pas dans les Tvilgherries. 11 résulte de ces observations qu’il faut préférer la glace naturelle à celle produite par des agents chimiques, qui, n’étant pas toujours pure, peut déterminer la mort des œufs : il est nécessaire de prévenir sa fusion trop rapide, en l’entourant de corps mauvais conducteurs de la chaleur. La maison d incubation doit être protégée des rayons solaires par l’ombrage d’arbres élevés et épais; le ruisseau qui fournit l’eau doit également être protégé contre toutes les causes qui pourraient chauffer son eau, et des mesures doivent être prises pour que l’eau arrive sur les œufs aussi fraîche que possible.

U serait essentiel de faire le transport des œufs à une époque moins avancée de l’année, car si l’on pouvait quitter l’Europe dans les derniers jours d’octobre ou le commencement de novembre, sitôt les premiers œufs de truite obtenus, on arriverait à Ootocamund avant le

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commencement de la saison chaude et à une époque où l’on n’a pas à craindre l’invasion de la vermine tl’eau.

Du reste, M. Fr. Ray est d’avis qu’il serait plus avantageux de tenter l’expérience sur des espèces du midi de l’Europe, telles que les salvelines, auxquelles les eaux des Nilgherries lui paraissent convenir; mais il pense, la faune de ces montagnes étant entièrement tropicale, qu’il y a plus d’intérêt à tenter l’introduction dans les parties élevées des Nilgherries des espèces des contrées basses, et, par suite de cette conviction, il a organisé de nouvelles expériences en ce sens.

Il a d’abord cherché à reconnaître, soit seul, soit avec l’assistanee de M. Batcoek, sous-directeur du Jardin d’Ootocamund , la possibilité du transport de poissons vivants des parties basses jusque dans les eaux du plateau supérieur; ses expériences sur la respiration des poissons d’eau douce de l’Inde lui ont démontré la possibilité de ce transport, et de réussir par suite la naturalisation du Murœna maculata, Buch. (1), de Y Ophiocephalus marulius , Bucb. (2), de Y Ophiocephalus striatus , Bloch (3), du Nemacheilus semi-armatus, Day (4), du Labeo Dussumieri, C. Val. (5), du Puntius gracilis , Jerd. (6), du Puntius filamentosus , C. Val. (7), du Paradanio aurolineatus , Day (8), et du Rasbora Nilgherriensis , Day (9), Labeobarbus Tor, Buch. (10).

Mais les espèces les plus importantes sont : 1° Y Ophiocephalus gachua , Buch., excellent poisson qui se convient dans les eaux les plus chaudes comme dans les plus froides, dans les eaux exposées au soleil comme dans celles qui sont ombragées; il est très-facile à transporter dans un vase rempli de boue humide, par un temps chaud comme par un temps froid (11), surtout en prenant de jeunes individus. Le meilleur temps pour ces transports est mars, avril et mai; la plus grande difficulté pour la propagation de cette espèce est de pouvoir la pêcher en temps opportun, quand les eaux sont troubles (12). On en a déposé une centaine d individus dans le lac d’Ootocamund (13), et dix-huit dans Pikara-river.

(1) Plusieurs individus ont été placés dans le lac d’Ootocamund; d’autres y ont été introduits accidentellement par des marchands qui apportaient de ces poissons vivants pour la nourriture des Européens.

(2) Plusieurs individus provenant de Coonor ont été déposés dans le lac d’Ootocamund.

(3) Ce poisson est difficile à transporter lorsqu’il a de grandes dimensions, mais on a pu cependant en apporter quelques-uns dans le lac d’Ootocamund.

(4) Il en existe plusieurs exemplaires dans le bassin du gouvernement à Ootocamund.

(5) À été introduit dans le lac d’Ootocamund.

(6) Quelques individus dans le lac d’Ootocamund.

(7) Cette espèce, qui se trouve aujourd’hui représentée à Ootocamund-lake, est facile à transporter.

(8) Introduit à Byllical-lake, où il se reproduit bien, ce poisson a été aussi introduit dans le lac d’Ootocamund.

(9) Se reproduit bien à Byllical-lake, où on l’a introduit.

(10) Paraît devoir réussir à Ootocamund.

(11) M. Fr. Day a pu faire une ascension de 5,000 pieds avec un de ces poissons qu’il avait simplement enveloppé dans un mouchoir mouillé, et qui n’a pas paru avoir souffert de ce voyage.

(12) Les Ophiocépliales doivent réussir dans les eaux de l’Australie, qui ont été trouvées trop chaudes pour des Salmonidés, ainsi qu’à Pile Maurice , où il serait facile d’en transporter. Il est probable qu’ils réussiraient en Europe et dans le midi de la France. M. Fr. Day ne pense pas qu’il doive y avoir de difficulté à introduire l’excellente espèce de l’Inde, Ophiocephalus striatus, à Marseille par la voie de Suez, car leur organisation, qui leur permet de respirer l’air, fait qu’ils n’exigent qu’une très-petite quantité d’eau pour le voyage, et il serait facile de s’en procurer à Calcutta, où on les trouve fréquemment et où ils sont nommés Murrul.

(13) En 1866, on avait déposé 246 Ophiocephalus gachua dans le lac d’Ootocamund.

2° Le Puntius Carnaticus , Jerd., espèce qui atteint de plus grandes dimensions que les autres Puntius, et dont plusieurs individus, vingt-huit, recueillis en 1864 à Seegoor (à une altitude de 2,900 pieds), ont été transportés à Byllical-Iake (altitude 5,700 pieds); on en a déposé une trentaine d individus à Ootocamunddake. Le transport de cette espèce est très-facile pendant la saison froide, mais présente les plus grandes difficultés pendant les mois de chaleur.

Ayant pu retourner, une année après, à Ootocamund, M. Francis Day en profita pour faire pêcher les poissons placés dans les bassins du Jardin du gouvernement, et constata que les Rasbora Nihjherriensis , Day, et les Paradanio aurolineatus avaient acquis du développement et étaient en très-bon état, comme en témoignait l’éclat plus vif de leurs écailles. La dernière espèce surtout avait beaucoup augmenté en nombre; car, outre une quantité d’alevins qui avaient passé à travers les mailles du filet, on recueillit un plus grand nombre de poissons qu’on n’y en avait mis : les plus gros individus étaient gonflés d’oeufs et de laitance.

M. Fr. Day a également tenté l’introduction dans les Nilgherries du gourami , Ospliromenus olfax , Connu., cet excellent poisson d’eau douce qu’on suppose originaire de la Chine. Importé à Batavia, d’où l’énergique persévérance des Français l’a apporté à Maurice, le gourami a été tiré de Maurice, au siècle dernier, pour arriver au Bengale, et dans ces dernières années à Madras. Ayant obtenu de IM. le colonel Denison, alors gouverneur de Madras, l’autorisation de prendre quelques-uns de ces poissons dans un étang de People-park , ou I on en avait déposé quarante quelque temps auparavant, et ayant constaté qu’ils avaient tous péri en raison de l’état saumâtre de l’eau et de l’impureté du fond, M. Fr. Day put se procurer cinquante gouramis de Maurice, d’où ils lui arrivèrent en quinze jours dans des baquets dont on changeait l’eau une fois par jour. (11 n’en périt que trois ou quatre pendant la traversée.) Dix de ces poissons, pesant environ une demi-livre, furent expédiés à Ootocamund à la fin d’avril 1865, mais six seulement arrivèrent vivants à destination, les quatre autres, qui étaiènt réunis dans un même vase, ayant été meurtris par les secousses pendant le transport par les coolies sur des chemins rapides et mouvementés. M. Fr. Day conseille, pour des transports ultérieurs, de nourrir les poissons avec quelques mollusques aquatiques et une petite quantité de riz, en ayant soin d’éviter que le surplus de la nourriture ne corrompe l’eau; il pense aussi qu’il serait bon de faire le transport en deux fois, en laissant reposer le poisson pendant une semaine dans un vivier, ce qui diminuerait les dangers du voyage. Pour lui, le gourami, si parfaitement approprié par son organisation aux contrées chaudes, doit très-bien réussir à Ootocamund, et, sur son conseil, le gouvernement de Madras a pris des mesures pour en augmenter le nombre dans cette localité. 11 paraît aussi qu’il y aurait avantage à en déposer quelques individus aux environs de Madras, à Bangalore, par exemple, où se trouvent des étangs merveilleusement adaptés à ces expériences; mais, pour assurer le succès, il faudra prohiber d’une manière absolue la pêche pendant plusieurs années, jusqu’à ce que les gouramis se soient reproduits en nombre suffisant pour assurer la conservation de l espèce.

Pour assurer le succès des introductions de poissons dans les Nilgherries, M. Fr. Day conseille de choisir de préférence ceux des localités qui sont à de grandes altitudes, Seegoor par exemple, de préférence à Coonoor, qui est situé plus bas.

Le moment de la capture n’est pas indifférent; ainsi , dans les contrées liasses il faut choisir le matin ou le soir; dans les montagnes on préfère le milieu du jour. Il faut placer les animaux capturés dans des vases de terre enveloppés de feuilles ou d’herbes pour qu’ils s’échauffent plus

CHEZ LES DIVERS PEUPLES

difficilement, et avoir soin de recouvrir la surface de l’eau, qui les remplit aux deux tiers, d’herbe flottante, qui empêche les poissons de sauter hors de l’eau. Jusqu’au moment du voyage, il est bon de tenir submergés , à l’ombre, dans le courant, les vases dont l’ouverture a été fermée avec un filet.

L’organisation, à quelque station intermédiaire, de viviers dans lesquels on pourra laisser le poisson se reposer un temps plus ou moins long, lui paraît devoir exercer une influence des plus heureuses sur le succès.

Relativement aux expériences déjà commencées, mais dont il est impossible de connaître encore le résultat précis, la pêche étant absolument prohibée par le gouvernement dans toutes les localités où des introductions ont été faites, M. Fr. Day est d’avis qu’il serait utile d’augmenter le nombre des Labeobarbus Tor , Puntius carnaticus , Ophiocephalus marulius et O. striatus dans Ooty-lake et Pykara-river.

Les poissons transportés vivants, car pour certaines espèces, telles que les Puntius , Ophiocephalm et BagruSj il est impossible de faire voyager les œufs , en général, ne se reproduisant pas ou se reproduisant mal la première année, on ne doit pas compter qu’ils frayent avant la seconde année. Aussi est-il nécessaire de défendre la pèche pendant un temps assez long après leur dépôt (au moins trois ans) pour assurer leur reproduction; il faudra continuer à interdire la pêche au moment de la fraye, qui a lieu pour la plupart des espèces du 15 juin au 15 septembre dans les Nilgherries, non-seulement dans les lacs et étangs, mais aussi dans les petits ruisseaux qui s’y déversent et dans lesquels les poissons vont souvent déposer leurs œufs. Enfin il faudra seulement autoriser la pêche à la ligne, pour éviter la destruction des espèces introduites.

Il n’est pas encore possible en ce moment de pouvoir indiquer, d’une manière précise, les résultats obtenus par M. Fr. Day, car, suivant sa demande, la pêche a été interdite d’une manière absolue partout où ont eu lieu ses introductions. Mais tout donne bon espoir, car à Ooty-lake on voit souvent nager de gros poissons, et les résidents en augurent très-favorablement pour le succès des expériences; mais ce ne sera que quand il aura été permis dépêcher à la ligne, ce qui aura vraisemblablement lieu cette année, qu’on pourra connaître quelles espèces ont donné les meilleurs résultats.

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