JAVA
Le long des côtes de Java, et surtout dans les provinces orientales de Japara, Betnbang et Saccabaya, les naturels font beaucoup de pisciculture au moyen de viviers artificiels (, tambak ) , qui sont la source de la richesse des indigènes, en leur assurant des gains considérables. Ces tamba/i offrent d’autant plus d’intérêt qu’ils occupent les terrains salés qu’il serait difficile d’employer pour l’agriculture. On s’y livre surtout à la production du Ikan-bandeng (Clupée, du genre
(1) J. Léon Sdubeiran, Rapport sur l’exposition des produits de pêche de la Haye en 1887 (Bull, de la Soc. d’acclim 2e série, t. VI, 1869). — Les renseignements contenus dans cet article sont dus à l’obligeance de M. Van Gorkom, fonctionnaire chargé de la culture des Cinchona à Bandaeng (Java). !
Lutooleira) (1), pendant la saison des pluies, qui dure d’octobre à avril. Les tambak ont l'apparence de rizières et s’en distinguent seulement en ce qu’ils sont séparés par des levées de terre ( galegan ) plus hautes : leurs compartiments, qui peuvent être à volonté mis en communication les uns avec les autres, reçoivent par de petits canaux l’eau de mer, qui peut entrer à marée montante et qu’on arrête à volonté au moyen de talus de sable argileux. On peuple les tambak au moyen de jeunes poissons, de la grosseur d’une épingle, qu’on pêche dans la mer voisine et surtout le long de la côte de l’île Madura; le développement s’en effectue très-vite : en six à sept mois, les poissons atteignent une longueur de 2 décimètres h 2 décimètres et demi sur une largeur de 7 à 8 centimètres.
Les Ikan-bandeng se nourrissent de végétaux ( Salvinia ? Pistia?) qui se développent spontanément dans les réservoirs, et aussi, dit-on, des déjections des oiseaux de mer.
Ce ne sont donc que des réservoirs analogues à ceux dont on fait usage dans plusieurs pays, à Arcacbon, par exemple, et dans lesquels on nourrit les poissons encore jeunes, péchés en temps opportun à la mer. Ces réservoirs, qui, dit-on, donnent un produit quatre fois plus important que les rizières, sont frappés d’un impôt qui rapporte annuellement 22,000 florins environ.
A Java, douze mille vingt-quatre familles, réparties dans sept provinces, sont inscrites au livre de l’impôt comme s’occupant de la culture de \ Ikan-bandeng. Il existe neuf mille sept cent trente-neuf tambak, qui occupent une superficie de quarante-six mille cent trente-neuf bahoe : le bahoe égale 7096,8 mètres carrés.
Dans quelques provinces, telles que celle de Soubaya, on peuple les tambak deux fois par an : avril-juin et octobre- décembre.
On recommande l’établissement des tambak sur les côtes marécageuses, comme une bonne mesure d’hygiène. Déplus, les arbustes {Draguera cylindrica , Avicennia officinaUs, etc.) qu’on plante le long des levées, ainsi que sur les îlots, au milieu des viviers, fournissent un bon combustible aux indigènes.
La pêche proprement dite occupe des milliers d’indigènes : les pêcheurs de profession sont soumis à un impôt qui varie de 1 à 500 florins; ils font usage d instruments très-primitifs. Ils recherchent surtout les Kakap ( Cates nobilis), que les Européens apprécient autant que les indigènes estiment les Ophiocéphales.
La culture des poissons d’eau douce, qui se pratique dans toutes les régions de l’Archipel, se pratique sur plusieurs espèces, et surtout sur le Goorami ( Osphromenus olfax ), Mkan-mas ( Cg prinus jloripinnis ) et le Tombra ( Barbus T ombra).
Le Goorami (2) est un des poissons les plus estimés des Européens et des Chinois;
(1) Le Bandeng, ouvert le long du ventre pour extraire les entrailles, est ensuite salé; on le dessèche et on le fume au moyen d’un feu de canne ( Saccharum officinarum) : il se conserve ainsi pendant longtemps et est un aliment très-recherché.
(2) Le gourami n’est pas originaire de Java ; il y a été introduit à une époque très-reculée, dont la date n’est pas connue. — D’où vient-il? personne ne peut le dire. — Il est maintenant parfaitement acclimaté et se reproduit dans plusieurs parties de la colonie, surtout dans le Preanger et les autres localités plus froides que Poerivorojo, — 80 pieds (31 centim.) au-dessus du niveau de la mer. — Il vit difficilement à une altitude de 2,800 pieds, par exemple à Dieng, et meurt promptement lorsque cette hauteur est dépassée.
Les étangs dans lesquels le gourami est élevé, à Java, n’ont pas plus de 3 pieds de profondeur. On en
CHEZ LES DIVERS PEUPLES
ceux-ci (1), ainsi que l’aristocratie indigène, les nourrissent dans des réservoirs spéciaux. Ce poisson se multiplie difficilement et exige beaucoup de soins : il grandit lentement : a 1 âge de deux à trois ans, il atteint une longueur de 0m,5 et une largeur de 0ra,24. On le nourrit avec des herbes, des tourteaux (de graines huileuses), du riz, des insectes, etc. Il préfère I eau claire avec un fond de sable et de pierres; on dit qu’il se bâtit des nids (2).
L’ // an -mas ( Cyprinus Jloripinnis) , moins délicat et d’un prix moins élevé que le Goorami, est cependant très- recherché des indigènes; on se livre surtout a sa culture dans la vaste province de Preanger Regentschappen , â une altitude qui peut être de 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer. On prépare des réservoirs sitoe ou bendocnyan (3) en arrêtant le cours de l’eau des ruisseaux ou des petites rivières au moyen de talus laits avec le sable que l’eau elle-même entraîne dans son cours (4). Dans les régions moins élevées, où il existe des rizières, pendant le
enlève généralement la boue, quoique quelques personnes prétendent que ce poisson engraisse plus vite dans une eau un peu bourbeuse.
Il fraye en mars. Quelquefois il dépose ses œufs sur des plantes aquatiques telles que les Pislia stratiotes, dont l’ombrage lui plaît infiniment, suivant M. Boseman. — Le plus souvent il se construit un nid au moyen d’un tissu à mailles peu serrées, fabriqué avec les fibres d’un cocotier ( Àrenga sacchar/fera), et que l’on tient attaché à un bâton à 15 centimètres environ au-dessous de la surface de l’eau. A l’époque de la fraye, lorsque les poissons sautent hors de l’eau , c’est un signe certain que deux ou trois jours après le nid contiendra des œufs. — On change alors le nid et l’on met les œufs dans un grand vase de terre rempli à moitié d’eau de puits très-claire. — L’éclosion ne tardera pas à avoir lieu. — Beaucoup d’éleveurs préfèrent au vase de terre un bassin de 5 à 6 pieds de diamètre, profond de 1 pied et demi, dans lequel l’éclosion est plus prompte et où la mortalité parmi les alevins est moins considérable.
La nourriture des alevins consiste en cledak (son) qu’on leur distribue tous les deux ou trois jours, jusqu’à ce qu’ils aient atteint la longueur du petit doigt et qu’on puisse les transporter dans les étangs.
Lorsqu’ils sont adultes, on leur donne chaque jour pour aliments des tempee boengsel ou espèces de gâteaux faits avec des Kaljang tjina et Kaljang lanah ( Phaseolus liinealus, L. et Yar., Viguia sinensis, sazi, et A rachis hypogea. Avachis prostrata), dont on a extrait l’huile par la pression. Ces gâteaux sont conservés une quinzaine de jours avant d’être livrés aux poissons. Le gourami ne fraye pas avant sa troisième année. Il atteint rapidement de très-grandes dimensions. Lorsqu’il n’a pas dépassé la longueur du petit doigt, il est facile de le transporter d’un endroit à un autre. On se sert pour cela d’un pot de terre, on, ce qui est préférable, d’un vase fabriqué avec de l’écorce de bananier dont on a enlevé les feuilles. 11 est important que ce vase contienne très-peu d’eau, afin d’empêcher le poisson de sauter, ce qui le fatigue et souvent cause sa mort. Lorsque les sujets sont plus gros, il est nécessaire de les séparer, en ayant soin de ne laisser que juste assez d’eau pour couvrir leur corps. Ils doivent rester couchés sur le côté, sans pouvoir nager. Deux fois par jour il faut rafraîchir l’eau avec quelques gouttes de jus de citron. Si la distance à parcourir est d’au moins quatre ou cinq jours, il faut changer l’eau journellement. Dans le cas où le voyage devrait durer un ou deux mois, il faut que les poissons aient au moins 1 ou 2 pouces de longueur. Les chances de mortalité seront trèsréduites, quels que soient les mouvements auxquels ils seront exposés, si l’on a soin de rafraîchir souvent l’eau avec du jus de citron. Il n’y a à Java qu’une seule espèce connue de gourami.
(1) M. Van Gorkom veut probablement parler des Chinois établis à Java, car il résulte des observations de notre confrère, M. Dabry, que le gourami, contrairement à ce qu’avait annoncé Commerson, ne se trouve pas en Chine.
(2) La Société d’acclimatation a reçu plusieurs fois de ces nids, qui lui avaient été adressés parM. Ma nés , de la Réunion.
(3) Les bendoengan diffèrent des sitoe par leur étendue moins considérable.
(4) On a soin de planter des végétaux le long des sitoe et bendoengan , et l’on établit au milieu de ces viviers artificiels des amas de pierres pour fournir une retraite aux poissons.
temps que I on ne cultive pas le riz, on consacre quelques rizières (1) à 1 éducation du poisson et surtout de \ I/an-mas ; les naturels qui s’occupent de cette industrie ont près de leurs maisons, dans les Lampong (villages indigènes), des réservoirs, sortes de pépinières, où ils font l’alevinage. Ils vendent leurs petits poissons pour garnir les sitoe et les colportent assez loin, dans toutes les directions; ils les conservent pendant plusieurs jours sans prendre d’autre soin que de rafraîchir, chaque jour, l’eau des vases qui contiennent leurs alevins. Pour le transport, ils font usage de paniers imperméables plats et faits de bambou et revêtus à 1 intérieur de feuilles de -pi sang [Musa paradisiaca) . Bien qu’on cultive plusieurs espèces de poissons dans les mêmes rivières, on a soin de ne pas réunir dans un même vivier ou rizière des espèces qui se font la guerre. C’est ainsi qu’on évite d’y introduire avec les Cyprins les Gaboe ( Ophiocephalus striatus et marginatus) , qui sont très-voraces (2).