‹ La Pisciculture et la Pche en ChineChapitre 22 sur 62 · AUSTRALIE · texte numérisé non relu

AUSTRALIE

Un des succès les plus remarquables obtenus en pisciculture est certainement l introduction du saumon en Australie, effectuée heureusement dans ces derniers temps, après plusieurs tentatives infructueuses. Nous sommes heureux de pouvoir, grâce à 1 obligeance de MM. Edw. Wilson et James Arundel-Youl, présenter un historique complet de ces essais (3).

En 1841 , un capitaine de navire, M. Fréd. Chalmas, eut l idee de transporter en Tasmanie des alevins de saumon, et s’adressa dans cette intention au Dr Mackenzie, mais il ne put obtenir ces

(1) Après la récolte du riz, ou rehausse de 3 à 5 décimètres les levées ( galengan ) des rizières, puis on les remplit d’eau, ou les peuple d’alevins, et trois à quatre mois plus tard, les poissons sont assez développés pour que leur valeur couvre environ quinze fois les frais de production. On prétend, et cette idée est aussi répandue en Chine, que l’accroissement du poisson est moins rapide si l’eau a une profondeur de plus de 4 à 5 décimètres : l’eau doit rester fraîche et courante. On a cherché à consacrer à cette pisciculture quelques rizèires (sawali), mais on diminue ainsi leur fertilité; aussi ne faut-il pas affecter chaque année les mêmes rizières à la production du poisson. Il est cependant difficile de prouver que la pisciculture stérilise les rizières, quand l’eau a été maintenue bien courante. Pour s’en assurer, JL Van Gorkom a institué des expériences dont il a rendu compte dans une note imprimée en 1867, à Bandaeng, De Vischteelt op Sawali s in de Preanger-Regentschappen , et il en conclut que l’usage de transformer les rizières en viviers, une fois la récolte faite, n’a jamais aucune action fâcheuse sur les champs en jachère, quand on maintient un courant constant d’eau fraîche, ce qui, du reste, est nécessaire pour le succès de la pisciculture : il y aurait donc avantage à ce que le gouvernement n’intervînt point dans les procédés mis en usage par les habitants du district de Préang.

(2) Les Ophiocéphales, dont la chair est très-recherchée des indigènes, se développent très-rapidement dans les réservoirs.

(3) De nombreux articles ont été publiés dans The Australasian, sur les diverses phases de cette acclimatation, de 1858 à l’époque actuelle. — Voir aussi divers articles du Bull, de la Soc. d’acclim. — Morton Àllporl, Brief history of die introduction of Salmon ( Salmo salar ) and other Salmonidæ to the walers of Tasmania ( Proceed . of the Zooi. Soc. of London , p. 14, 1870). — Le même, Additional notes on the introduction of Salmonidæ in Tasmania (Idem, p. 750).

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poissons en temps utile. Le Dr Mackenzie lui avait conseillé de transporter de préférence des œufs fécondés et placés sur des graviers, dans des paniers qu’on tiendrait suspendus dans le réservoir du navire (1).

Plus tard, en 1848, M. J. Lud. Burnett consulta, sur la possibilité d’introduire le saumon en Tasmanie, M. Young, d’Inverness-shire, qui l’engagea à tenter plutôt le transport d’alevins que celui des œufs fécondés. Dans les nombreuses expériences que fit M. Young sur l’incubation des Salmonidés, il en est une qui l’amena bien près du véritable moyen de transport, de celui qui seul a assuré la réussite : en effet, il constata que des œufs qui avaient été surpris par la gelée m’avaient pas pour cela perdu leur vitalité, et que le seul effet avait été un retard de quelques jours pour l’éclosion. Il résulte d’une lettre adressée, en août 1849, à lord Grey par sir W. Denison, alors lieutenant-gouverneur de la Tasmanie, pour l’engager à faire faire une tentative sérieuse d’introduction du saumon dans cette colonie, que plusieurs essais (sans doute par des bâtiments de convicts) avaient été faits infructueusement (2), et qu’il y aurait avantage à fréter, dans ce but, un navire spécial et à marche rapide. Après une correspondance assez longue à ce sujet, lord Grey refusa, alléguant l’importance de la somme qu’exigerait une telle entreprise.

En 1852, M. Gottlicb Boccius, le célèbre pisciculteur, fut chargé par le duc de Newcastle, secrétaire d’Etat pour les colonies, de faire un essai d’introduction, en Australie, d’œufs de saumon et de truite, et expédia 50,000 œufs par un navire, le Columbns, où ils furent placés dans un large seau de bois, doublé de plomb et contenant soixante gallons d’eau et du gravier ; mais, par suite de l’irrégularité avec laquelle l’eau se renouvelait, et des chocs auxquels les œufs furent soumis et qui résultaient des mouvements du navire, l’éclosion se fit hâtivement, et tout s’était putréfié avant même qu’on fût arrivé aux tropiques : Fcau prit une meilleure apparence, mais la vie s’était éteinte dans F appareil, et MM. Burnett et Br Milligan, qui examinèrent avec soin l’eau et le gravier à Hobart-town, n’y trouvèrent pas trace d’œufs ni de poissons (3); aussi émirent-ils l’opinion qu’il serait indispensable, dans une tentative ultérieure, d’embarquer de la glace, pour maintenir pendant tout le voyage l’eau à une température assez basse.

A la suite de cet insuccès, M. J. C. Bidwell fit parvenir au gouverneur Denison un mémoire (4), dans lequel il proposa de mettre les œufs directement dans la glace, oû ils ne seraient pas gelés, étant soumis seulement à la température constante du point de fusion de la glace : mais on ne prit pas garde à cette indication.

En 1854, une souscription privée fut ouverte par un certain nombre de colons australiens, dans le but de faire une nouvelle tentative, et M. 3. Youl fut chargé de se mettre en rapport avec M. Boccius, pour arriver aux meilleurs moyens de mener à bonne fin une pareille entreprise. Mais M. Boccius proposa un plan analogue à celui qui avait déjà donné des résultats fâcheux, c’est-à-dire de placer, au milieu d’un large seau de bois, un tamis de gutta-percha , sur chaque trou duquel serait placé un œuf : le tout devait recevoir constamment un courant d’eau, changée quatre fois par jour, mais il ne pensa pas à faire provision de glace, pour maintenir l’eau à une basse température pendant qu’on passerait sous les tropiques. M. Youl était convaincu, au

(1) Proceedings of the Royal Society of Tasmania, t. I", p. 281.

(2) On n’a aucun document précis sur ces tentatives.

(3) Proceedings of the Royal Society of Tasmania, t. II, p. 288.

(4) J. G. Bidwell, Notes on the establishment of Salmon and otlier fish.in the rivers of Tasmania and New Zealand (Proc, of the R. Soc. ofTasm., t. II, p. 326).

contraire, qu’il faudrait faire usage de glace ou de mélanges réfrigérants, pour obtenir un abaissement suffisant de la température dans ces régions. Le devis de M. J. Youl montait de 700 à 1000 liv res (17,500 fr. à 25,000 fr.), tandis que M. Boccius croyait ne pas devoir évaluer les dépenses à plus de 350 à 400 livres (8,500 à 10,000 fr.). Ne pouvant le convaincre, M. J. Youl laissa M. Boccius à lui-même, et continua, de son côté, ses études, en vue de connaître le meilleur procédé à appliquer.

En 1858, par l’initiative ardente de M. Edw. Wilson, qui s’est voué entièrement au progrès de l’acclimatation en Australie, qu’il n’a cessé d’encourager de sa bourse et de ses incitations, M. J. Y oui se chargea de faire une nouvelle tentative, et 650 livres (16,250 fr.) furent réunies, à cet effet, par souscription privée; on put ainsi expédier, le 25 février 1860, de Liverpool, par le S. Curling , environ 30,000 oeufs de saumon, déposés sur des graviers, avec environ quinze tonnes de glace, placées dans une glacière. Quelques-uns de ces œufs périrent après avoir résisté soixante-sept jours, mais la glace n’était pas en suffisante quantité, et la mortalité fut considérable dès que la température de l’eau eut atteint 74° Fabr. (+ 44°), ce qui se présenta par 29° 52 lat. S. et 27° 33 long. O. (1).

A la suite de cette tentative, due entièrement à l’initiative privée, et qui eut un grand retentissement en Australie, une nouvelle expérience fut décidée, avec le concours des gouvernements coloniaux de Tasmanie, de Victoria et de Southland (2), pour procurer à ces pays les meilleures espèces de poissons de l’Europe, et il fut décidé que les œufs de saumon seraient déposés en Tasmanie, qui, plus méridionale que Victoria, devait offrir un climat plus froid et par cela même plus favorable au succès de l’entreprise : ses eaux, d’ailleurs, paraissaient merveilleusement disposées pour recevoir et nourrir des saumons. La direction générale de cette tentative fut confiée de nouveau aux soins éclairés et au zèle, qui ne s’est jamais démenti, de M. J. Youl. Dans le but de recueillir les meilleures instructions, M. Youl se rendit à Paris pour prendre conseil de M. Coste, et, en son absence, eut plusieurs conférences avec M. Gerbe, son préparateur, qui lui fit étudier les appareils du collège de France, et lui montra le système d’emballage dans la mousse des œufs destinés à l’expédition; mais M. Gerbe ne lui dissimula pas que ce procédé, bon pour de petites distances, ne lui paraissait pas devoir être employé utilement par lui, en raison du temps considérable qu’exige le voyage d’Australie. M. Youl se décida alors à déposer ses œufs sur du gravier où ils seraient arrosés par un courant continu d’eau sans cesse renouvelée, et avec la condition de charger sur le navire une quantité de glace plus grande que celle employée dans les expériences précédentes, de façon à avoir l’assurance que la fusion n’aurait pas tout détruit avant l’arrivée. Mais les armateurs des clippers australiens ne se souciant pas d’embarquer à leur bord une quantité aussi considérable de glace et d’eau, qui, disaient-ils, causeraient une grande humidité, et par suite détérioreraient leur cargaison, M. .1. Youl se vit obligé de fréter le Beautiful Star , petit navire de 120 tonneaux (construit pour la navigation à vapeur, mais qu’on fit partir seulement sous voile) qui devait être exclusivement affecté au transport de ses œufs : seul, il peut dire les tracas que lui causa 1 aménagement de la glacière, de

(1) Tentative d’introduction de diverses espèces de poissons dans les eaux de l’Australie [Bull, de la Soc. d'acclim., 2e série, t. Ier, p. 305, 1804).

(2) Le gouvernement colonial de Tasmanie avait voté 3,000 livres (75,000 fr.), celui de Victoria 500 1 ivres (12,500 fr.), et Southland ainsi qu’une des provinces de la Nouvelle-Zélande, chacun 200 livres (5,000 fr.).

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l’appareil qui devait contenir les œufs et être traversé continuellement par un courant d’eau froide; il lui fallait absolument aviserai! moyen de prévenir l’épanchement de cette eau dans le navire, ce qui eût rendu impossible le iret ultérieur d’un autre bâtiment pour de nouvelles introductions. Malheureusement, diverses circonstances fortuites paralysèrent les efforts de M. Youl : le choix forcé, par exemple, du Beautiful Star , navire à marche lente en raison de son faible tonnage, ce qui fut cause de la trop longue durée de la traversée (1). Mais si le succès fit encore défaut cette fois-ci, on n’en tira pas moins de précieux enseignements de cette malheureuse tentative, car on apprit qu’il fallait laisser les œufs à une température moyenne de 13° Fahr. ( — 4°), et qu’après un séjour de cent quarante-quatre jours dans la glace, la vitalité persistait encore dans les œufs; en effet, une boîte , contenant des œufs dans la mousse, qui avait été placée dans la glacière, en conservait encore quelques-uns vivants lors de l’arrivée; mais le nombre en était trop restreint pour assurer l’introduction du saumon, et tout au plus put-on en élever quelques alevins, qui témoignèrent de la possibilité de l introduction de leur espèce (2).

Les Tasmaniens et Australiens ne perdirent donc pas courage (3) et formèrent une association qui confia de nouveau à M. .1. Youl (4) le soin d’une quatrième tentative, pour le succès de laquelle il prit des soins encore plus minutieux, s’il est possible. Il commença tout d’abord, avec M. Ramsbottoni (5), par instituer, avec le concours de savants pisciculteurs, MM. Franck Buckland, Johnson, Tennant, etc. , des expériences dans les glacières qui furent mises trèsgénéreusement à sa disposition par la IVenham LaJie ice Company ; les œufs y furent déposés dans des boîtes, où ils reposaient sur de la mousse et un peu de charbon, et y séjournèrent un temps qui varia de quarante-cinq à cent quarante-quatre jours, et chaque fois qu’on en fit l examen, on constata qu’ils avaient conservé leur vitalité. Du reste, pour en avoir une preuve plus certaine, on eut soin d’en mettre chaque fois quelques-uns en incubation chez MM. Buckland et Johnson (6), et l’on put constater que l'éclosion se fit aussi régulièrement que si les œufs n’avaient pas été soumis à une température aussi basse et aussi prolongée. Ces expériences confirmaient l’espérance de pouvoir, au moyen de la glace, retarder l’éclosion des œufs assez long-

(1) Une série de mauvais temps sur la côte anglaise, et surtout dans le golfe de Gascogne, causèrent la perte de 7 à 8,000 œufs, malgré toute la vigilance de M. W. Ramsbottom, qui était chargé d’accompagner les œufs.

(2) On avait organisé, à l’avance et avec le plus grand soin, des réservoirs à Redland, distant de vingt-six milles de New-Norfolk, sur les bords de la rivière Plenty, tributaire du Derwent. Ces réservoirs furent installés sur le plan de ceux de l’établissement de Stormontfield (P. L. Simmonds, Journal of apptied sciences, 1870).

(3) A la suite de l’insuccès du Beautiful Star , M. Richard Nettle, surintendant des pêches du Canada, proposa, en 1862, au gouvernement australien d’expédier des œufs de saumon du Canada par la voie de New-York, de l’isthme de Panama et du Pacifique, ce qui ne demanderait que quarante-cinq jours; il pensait qu’on pourrait ainsi éviter aux œufs un trop long séjour sous les tropiques, et que, d’autre part, il serait facile de se procurer sur la route l’eau pure et la glace nécessaires. Nous n’avons pas eu connaissance qu’on ait donné suite à cette proposition.

(J) M. J. Youl, dont la persévérante énergie a triomphé de l’inertie qu’il rencontrait de toutes parts dans son œuvre philanthropique, n’a jamais voulu recevoir aucune rémunération pour ses labeurs, joignant ainsi la générosité au zèle le plus ardent.

(5) Nous avons appris récemment le décès de ce zélé pisciculteur {Bulletin, 2e série, t. V, p. 862, 1868).

(6) Une partie de ces œufs lut envoyée à lluningue pour y être mise en incubation.

temps pour qu’ils arrivassent sains et saufs en Tasmanie, et donnaient la preuve que ce procédé était préférable à tout autre, puisque le développement embryonnaire, simplement retardé par l’influence d’une basse température, se faisait aussi bien que dans les conditions ordinaires (1 . Cette fois, au lieu de confier la précieuse cargaison à un navire mauvais voilier, comme le Beautiful Star, on fit choix du Norfolk , grand et beau clipper, fin voilier, qui fut mis gratuitement à la disposition de M. L Youl par ses armateurs, MM. Money, Wigram and C°. On eut même la complaisance de retarder le départ du Norfolk , pour permettre d’achever le parfait amenagement des œufs qu’au dernier moment plusieurs personnes avaient généreusement adressés à M. Youl, à la nouvelle des difficultés qu il éprouvait à parachever son chargement. On obtint ainsi plus de 100,000 oeufs de saumon ( Salmo salar ) et de 3,000 œufs de truite ( Salmo fcirio ), répartis dans 181 boîtes (2) qui furent déposées avec soin dans la glacière. Enfin, le 24 janvier 18(34, le Norfolk leva l’ancre, emportant M. Ilamsbottom et un aide qui devait lui donner assistance le cas échéant, et le 15 avril il arrivait à Hobson-hay. Là, on transborda les œufs sur le Victoria, navire colonial désigné, à la demande de IM. Edvv. Wilson, pour aller à Hobarttown. Ce fut à Hobson-bay qu’on ouvrit pour la première fois la glacière, en présence de plusieurs personnes notables, qui rompirent alors le sceau placé par M. Youl au moment du départ des docks de Londres, et l’on constata, par l’ouverture d’une des boîtes, que la majeure partie des œufs était dans un état satisfaisant; on plaça chacune des boîtes dans une caisse de bois plus large, ou elles furent empaquetées avec le reste de la glace (treize tonnes environ). Onze boîtes, qui renfermaient de 4 à 0,000 œufs de saumon et environ 500 œufs de truite, furent distraites de 1 ensemble pour être déposées à Melbourne et y être immédiatement soumises à l’incubation, sans courir le risque d’un voyage plus long , et dans l’espoir de sauver au moins une partie des œufs expédiés d’Angleterre (3). Le 18 avril, le Victoria partit pour Hobart-town, où il arriva le 20 dans l’après-midi. Grâce au concours le plus actif qui fut prêté par la population tout entière, le débarquement fut rapidement effectue, et les boites se trouvèrent promptement déposées dans l’établissement de Plenty-river, quatre-vingt-dix jours après le départ du Norfolk. On opéra le déballage avec le plus grand soin , et on remarqua que toutes les boîtes n étaient pas dans un état également satisfaisant de conservation : les unes avaient une grande partie de leurs œufs en putréfaction, et dans celles-là la mousse était noire et affaissée; les autres, au contraire, ne présentaient que peu de perte, et leur mousse était restée verte et élastique (4). Somme toute, on retira 30,000 à 35,000 œufs de saumon en bon état, et environ 300 œufs de truite (5), qu’on plaça sur du gravier dans des appareils distincts et séparés par des cloisons de zinc perfore.

Pour éviter une transition trop brusque de température, on mit, dans le courant qui devait

(1) M. Millet, qui a fait également des expériences sur l’influence de l’abaissement de la température sur le développement embryonnaire des Salmonidés, a reconnu le ralentissement considérable des mouvements du cœur et a observé que la congélation même ne détruisait pas tous les œufs (Bull, de ta Soc. d’acclim., t. II , p. 153 , 1855).

(2) On mit dans quelques-unes de ces boites un lit de charbon au-dessous de la mousse sur laquelle reposaient les œufs, mais dans d’autres on négligea cette précaution : on eut soin de percer quelques trous sur les parois de toutes les boites.

(3) On obtint environ 300 alevins, qui se sont bien développés.

(4) La mortalité fut beaucoup moindre dans les boîtes où les œufs n’avaient été que faiblement comprimés.

(5) De ce nombre on doit défalquer une certaine quantité d’œufs mal fécondés.

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couler sur les œufs, des blocs de glace qui, par leur fusion, maintinrent pendant deux ou trois jours la température de l’eau assez basse, environ 42° Fabr.; d’autre part, on prit soin de placer une partie des œufs dans un appareil isolé, qui fut alimenté, pendant un temps plus long, avec de l’eau provenant de la fusion de la glace. Dans l’un comme dans l’autre cas le succès fut égal, car on obtint bientôt de jeunes alevins : l’éclosion commença quatre-vingt-seize jours après la ponte et quatre-vingt-onze jours après le départ de Londres (1 ); elle se fit d’abord avec une certaine lenteur (2), puis fut plus rapide, si bien que, le 25 mai, on avait 200 poissons, et quelque temps après, le 15 juin, 3,000; enfin on évalua de 6 à 7,000 le nombre des alevins obtenus. L’expédition du Norfolk avait donc enfin donné un succès, et compensé les peines infinies prises, pendant dix ans, pour doter l’Australie du poisson qu elle désirait si ardemment. Nous trouvons dans l’introduction du saumon une preuve nouvelle de la ténacité dont la race anglo-saxonne est capable, mais nous devons surtout rapporter à M. James Youl l’honneur de cette entreprise, car il s’y est donné corps et àme, on peut le dire, et sans lui probablement on en serait encore aux tentatives.

Lorsque ces alevins eurent résorbé leur vésicule, on les plaça dans des réservoirs spéciaux, où ils furent nourris avec du foie bouilli et haché très-menu.

En octobre 18G5, on laissa passer des réservoirs de Plenty-river dans l’eau libre les alevins qui avaient pris la livrée de Smolt , et qui se disposaient à entreprendre, pour la première fois, leur dangereux voyage à la mer.

En juillet 1866, on a mis en liberté tout ce qui restait de Parr, provenant du Norfolk, au moment où , par leur agitation , ils manifestaient leur disposition à devenir Smolts.

En 1866, sur la requête pressante de M. Edw. Wilson, M. J. Youl consentit à prendre encore la direction d’une nouvelle expédition , ordonnée par le gouvernement colonial de Tasmanie et destinée à compléter le succès du Norfolk et à assurer à la Tasmanie la possession du précieux poisson qui avait déjà coûté tant de peine et d’argent. Il fut expédié, le 20 janvier 1866, par le clipper Lïncolnshire , 110,000 œufs, aménagés identiquement connue ceux du Norfolk, et protégés par trente-cinq tonneaux de glace (3) : quelques accidents retardèrent le départ du navire, qui n’arriva devant Melbourne que le 30 avril. Les œufs transbordés, avec ce qui restait de glace, sur le Victoria, qui fut de nouveau mis à la disposition de la Tasmanie par le gouvernement de Victoria, et chargé de les apporter à Hobart-town, et qui fut aussi retardé par diverses causes dans son voyage, étaient en général dans un état d incubation plus avancé que ceux apportés par le Norfolk; on y voyait distinctement les yeux des jeunes poissons, surtout pour les Sea trout, dont le corps jaunâtre est beaucoup plus transparent que celui du Saltno salar. On a obtenu environ 45 p. 100 d’éclosions. Avant l’arrivée de ces œufs, diverses améliorations avaient été apportées aux bassins du Plenty-river : on avait, en particulier, changé tout le gravier des appareils à incubation. Le 8 mai eut lieu l’éclosion du premier saumon, le 12 celle de la première truite ( Saltno traita ); on obtint en tout près de 5,000 saumons et de 500 truites. En août, les alevins furent lâchés dans le bassin aux saumons, à l’exception de quelques truites qui furent placées dans un

(1) Une boîte qui renfermait des oeufs plus âgés de quarante-cinq jours (136 par conséquent), donna peu d’éclosions et par suite peu d’alevins (quatre ou cinq).

(2) La première truite naquit le 4 mai et le premier saumon le 5 mai 1864.

(3) Quarante boites d’œufs de saumon, vingt de truite saumonée, et une de truite brune, ce qui donnait 87,000 œufs de saumons, 15,000 de truite saumonée et 500 de truite brune.

bassin spécial, en vue de vérifier si elles se reproduiraient, bien qu’étant confinées et ne pouvant pas obéir à leur instinct migrateur naturel. Les poissons se sont bien développés dans l’étang où ils avaient été déposés, et, en janvier 1867, on en a pris un qui pesait près de huit livres et mesurait dix-sept pouces et demi de longueur.

Pendant le courant de l’année 1866, on. n’a pas eu connaissance que quelque Salmonidé ait été vu dans le Derwent; mais il faut observer que le lit de cette rivière est très-large et qu elle reçoit de nombreux tributaires, et, d’autre part, que le nombre des poissons mis en liberté est petit, une centaine environ; ils auront donc pu facilement échapper. Mais, d’après un rapport officiel de Sir P». Officer (1), de la fin de 1867, les produits du Norfolk ont été vus plusieurs fois dans le fleuve Derwent, à leur second retour de la mer : Sir R. Officer a pu lui-même les voir à diverses reprises, mais on n’en a encore capturé aucun.

11 résulte aussi d’une lettre adressée, en septembre 1869, par le gouverneur de la Tasmanie à M. Drouyn de Lhuys , qu’en 1869 on n’a pu encore capturer de saumons, en raison des difficultés que présente la rivière à la pêche soit au filet, soit à la ligne, mais que les observations contenues dans les derniers rapports de 1867 et 1869 prouvent bien certainement la présence du saumon en Tasmanie. En effet, en 1869 comme en 1867, la commission, de même que quelques personnes dignes de foi, a constaté, en février, mars et avril, la présence dans le Derwent de poissons volumineux ne pouvant être confondus, en raison de leurs dimensions, avec les mulets native, qui ne pèsent presque jamais plus d une livre, ni avec des truites, par suite de léclat argenté de leur corps. Si en 1868 on n’a aperçu aucun de ces saumons, cela tient à ce que les eaux étaient très-hautes , et à ce que les saumons ne se rapprochent assez de la surface, pour être vus, que dans les basses eaux (2).

Les commissaires de Tasmanie ont la certitude morale du succès, car ils ont vu, à plusieurs reprises, des poissons, tout à fait différents des hôtes habituels du Derwent, faisant une chasse active au fretin et qui leur ont paru être des saumons, mais ils n’ont pu en prendre aucun et donner ainsi une preuve palpable et indiscutable. En tous cas, si les saumons sont revenus en eau douce, ils paraissent avoir préféré le large courant du Derwent, et ne pas s’être aventurés dans la rivière de Plenty pour y déposer leurs œufs, car il eût été facile de les y distinguer, et l'on n’eût pas manqué d’en capturer quelqu’un. Considérant que le Derwent ne nourrit que peu de poissons qui puissent nuire au saumon, et peu d’oiseaux pêcheurs, les commissaires des pêches croient pouvoir affirmer que le temps n’est pas loin où la pêche du saumon pourra se faire régulièrement en Tasmanie.

Depuis on a pris en Tasmanie divers spécimens de Salmonoides. Le 21 octobre, on a pêché dans le Derwent un poisson long de dix pouces, qui, bien que pris à la mer, venait de quitter les eaux douces et offrait encore les couleurs d’un Parr. Quelques instants après, on prit un second individu un peu plus petit. Les deux poissons, reconnus par les pêcheurs pour être d espèce différente de ce qu’ils connaissaient dans le pays, furent portés le lendemain à l’hôtel du gouverneur et reconnus là pour des Smolts. Nous devons cependant faire observer que le Dr Giinther, qui a pu examiner un de ces poissons envoyé en Angleterre, ne lui a pas trouvé les caractères d’un Salmo salar, mais les rapporte au Salmo trutta. Quoi qu’il en soit, le succès

(1) Reports of the Salmon commissioners of Tasmania, p. 4, 1867.

(2) Bull, de la Soc. d'acclim ., 2e série, t. VI, p. 699.

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de I entreprise tentée par la colonie de Tasmanie n’en serait pas moins réel, puisqu’on a réussi à faire vivre clans des eaux où il n’existait pas encore un Salmonidé provenant des œufs transportés au prix de tant de labeurs à nos antipodes. Mais il est plus complet encore qu’on ne le pensait primitivement, car une semaine après la capture des deux poissons que nous venons de signaler, on prenait dans les mêmes eaux un troisième poisson qui offre tous les caractères d’un Salmo scilar, ainsi que l’a constaté le Dr Günther lui-même (I).

Les truites brunes ( Salmo fario ) conservées dans un étang spécial de l’établissement de Plenty s’y sont aussi multipliées d’une manière très-satisfaisante. Une première paire de ces poissons a donné des œufs et de la laite le 3 juillet 1866; la même année, cinq femelles ont donné près de 5,000 œufs, qu elles ont déposés dans le ruisseau qui alimente l’étang. On a observé le même phénomène chez des truites en liberté dans le Plenty-river, et du même âge que celles de l’étang, bien qu’ayant un volume plus considérable (2). Les œufs commencèrent à éclore le 30 septembre, mais un grand nombre d’entre eux n’avaient pas été fécondés. Depuis, la commission a pu en obtenir des œufs, pour les distribuer heureusement dans plusieurs localités de la colonie (2,000 jeunes poissons en 1867), et, malgré les difficultés du transport, à Victoria et à la Nouvelle-Zélande. Depuis deux ans on ne fait plus de fécondations artificielles, mais on laisse les poissons établir eux-mêmes leurs frayères, sur lesquelles on recueille ensuite les œufs : on trouve à cette méthode l’avantage de fournir une proportion plus grande d’œufs fécondés (on a obtenu 750 éclosions de 800 œufs). Il y a aujourd’hui à Plenty quatre générations de truites, et il est impossible de prévoir la limite de leur multiplication; quelques-uns de ces poissons atteignent des dimensions respectables : une truite de trois ans et demi pesait 9 livres 1/4 et mesurait 26 pouces 1/4 de longueur (3).

La commission de Tasmanie a aussi tenté l’acclimatation du Sea troui, Salmo trutta, espèce un peu inférieure au Salmo salar, dont le Lincolnshire avait apporté quelques milliers d’œufs. On obtint environ 1,000 alevins, qui ont séjourné dans un bassin, de juin 1866 à octobre 1867, époque où la majeure partie d’entre eux, s’étant transformés en Smolts, furent lâchés, avec environ 6,000 Salmo salar, dans le Plenty-river. On a gardé en captivité, dans un étang spécial (4), quelques-uns de ces Salmo trutta, dans l’espoir qu’ils pourraient s’y reproduire sans aller â la mer : on se basait sur les Dits observés en Norvège, en Suède et aux Hébrides, où des saumons se sont propagés dans de grands lacs sans communication avec la mer; mais il y avait à craindre qu’en raison des petites dimensions de l’étang il y eût insuccès. Les faits sont venus prouver que ces craintes n’étaient pas fondées; car après avoir reconnu, en avril 1869, que plusieurs de ces poissons se remplissaient d’œufs et de laitance, on a vu, le 25 juin suivant, une première paire, bientôt suivie de plusieurs autres, préparant leur frayère dans un petit ruisseau qui s’ouvre dans l’étang. La ponte fut terminée fin juillet. On sépara les parents de leurs œufs, et l’éclosion com-

(1) Morton Allport, loco cilato.

(2) Celles de l’étang pesaient près d’une livre.

(3) Report of the Salmon Commissioners of Tasmania, p. 699, 1869.

(4) Ces poissons, au moment de prendre la livrée de smolts, devinrent très-inquiets, et quelques-uns, en cherchant à s’échapper pour gagner les eaux libres, ont sauté sur le bord et péri. En octobre 1868, ceux qui étaient restés dans l’étang, sans changer de costume, devinrent également inquiets, et quelques-uns périrent. Les poissons survivants pesaient en mai 1869 d’une demi-livre à une livre ; ils avaient des écailles brillantes, et dès juin ils ont frayé.

menca en septembre, et on obtint de nombreux alevins, dont 500 furent lâchés, en décembre 1869, dans la rivière Huron; le reste fut mis dans un bassin spécial, pour vérifier s’ils auront conservé leur instinct migrateur : à 1 âge de huit mois ces poissons paraissaient dans le meilleur état cle santé, et leurs corps présentaient la teinte orange la plus brillante (1). La commission de Tasmanie ne doute pas que les Salmo trutta mis en liberté en 1867 continuent à prospérer et doivent se reproduire cette année, mais elle n’en est pas moins heureuse de trouver, dans cette reproduction en eau captive, le moyen de faciliter la diffusion de cette espèce et de pouvoir en fournir, dans un avenir prochain, à de nouvelles localités (2).

Le succès remarquable obtenu en Tasmanie est certainement dû, pour une grande part, à la persévérance des habitants, qui n’ont pas hésité à dépenser beaucoup de temps et d’argent (3) pour arriver à ce résultat, et nous devons citer, en première ligne de ceux qui s’y sont consacrés, M. J. Youl, que rien n’a pu rebuter dans son œuvre généreuse et d’utilité publique. Mais nous sommes heureux de reconnaître ici l’influence manifeste de la France, et nous n’en voulons pas de meilleure preuve que le passage suivant d’une lettre que nous adressait notre dévoué confrère M. J. Youl : a II est, sans contredit, merveilleux d’avoir pu transporter, avec succès, des » œufs vivants de poisson aux antipodes ; mais, selon toutes probabilités, je n’eusse jamais réussi, » si je n’eusse visité Paris , ou , grâce à l’obligeance de M. Gerbe, qui a bien voulu suppléer » M. Coste en son absence, j’ai pu connaître toutes les particularités qui pouvaient me diriger. » L’Australie, en cette circonstance, a contracté une dette immense envers la France (4). »

Si l’introduction du saumon est le grand succès de la pisciculture en Australie, nous devons remarquer que ce n’est pas le seul , car on a réussi à y importer et à y propager d’autres espèces plus modestes, mais qui cependant offrent aussi de 1 intérêt ; la tanche, la perche, la carpe, etc., vivent aujourd’hui dans un grand nombre de lagunes et de criques ; le gourami a été aussi introduit dans ces dernières années (5).

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