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FRANCE

La pisciculture, à la suite de la vive impulsion que lui avaient donnée les travaux de MM. Coste, Quatrefages, Milnc Edwards, a été l’objet de beaucoup d’expériences en France. Dans un grand nombre de localités, on lui a demandé le moyen d’assurer le repeuplement des eaux, et presque chaque expérimentateur s’est ingénié à imaginer quelque modification aux appareils qu’il employait, sans toutefois, sous peine d’insuccès, se départir des principes, basés sur des constatations scientifiques rigoureuses, qui ont présidé à la construction de ces instruments.

Si la pisciculture n’a pas donné toujours ce qu’on espérait, cela tient à ce que l’on n’a pas toujours tenu un compte assez sévère des conditions dans lesquelles on opérait, et à ce que, au lieu de chercher la multiplication des espèces de poissons indigènes des eaux qu’on voulait repeupler, on s’est presque exclusivement préoccupé d’y introduire les espèces les plus précieuses et surtout des Salmonidés, sans tenir un compte suffisant de la nature des cours d’eau où on opérait.

Dans quelques cas, on n’a pas pris un soin suffisant de s’assurer des mérites et des inconvénients que pouvait présenter l’introduction de nouvelles espèces; on n’a pas toujours, non plus, tenu assez compte de la persévérance qu’exigent des entreprises de cette nature, des soins minutieux qu’il faut pour protéger le poisson, surtout à son premier âge, contre ses nombreux ennemis, de la nourriture vivante nécessaire à ces myriades de petits poissons qu’on créait, etc. Mais ces erreurs personnelles ne peuvent rien contre l’utilité des tentatives qui ont été faites, et nous n’en

(1) M. Millet emploie pour couvoirs, dans ses rigoles et selon les circonstances, de petits paniers à jetons, des châssis en crin, en toile métallique : ces appareils, ou des tamis, faciles à déplacer, ce qui simplifie le nettoyage, peuvent servir plusieurs années et être même déposés dans les courants que l’on veut empoissonner. (M. Millet lâche l’alevin sitôt la vésicule résorbée.) — De Saint-Ouen, Rapport au directeur général des eaux et forêts sur le repeuplement des eaux navigables et flottables , 1853. — Annales forestières , pages 272, 429, 1853. — Bulletin de la Société d’acclimatation , passim. — Comptes rendus , 1853. — Millet, Pisciculture pratique, considérations générales et pratiques sur le repeuplement des eaux de la France et en particulier sur celles du département de la Gironde , 1866.

On peut consulter aussi : N. Joly, Coup d’œil sur les origines de la pisciculture fluviale et l’état actuel de cette industrie en France, 1866. — Quénard, Pisciculture pratique , de la multiplication artificielle et de la production naturelle des poissons au point de vue des eaux circonscrites des étangs et des pièces d’eau (Soc. cfagricull., 2e série, t. X, p. 150, 1854). — De Quatrefages, Fertilité et culture de l’eau, 1862. — Chabot, Recherches sur la pisciculture , 1854. — Baron J. J. Baude, V Empoissonnement des eaux douces ( Revue des Deux-Mondes , 1861). — Olivier, Conférences sur la pisciculture faites à Caen, 1867.

devons pas moins savoir gré aux nombreux expérimentateurs qui se sont résolument engagés dans la voie qui leur avait été ouverte par nos savants et, en particulier, par M. Coste.

Quoi qu’il en soit, si le succès n’a pas toujours répondu aux désirs des expérimentateurs, il a été assez fréquent pour qu’on puisse considérer comme incontestable l’utilité de la pisciculture, faite avec discernement (1).

Aisne. — M. Hautman a commencé vers 1862, près de Charly, à propager les truites dans un petit ruisseau, d’où ces poissons peuvent se rendre dans la Marne, et a su mettre à profit les conditions éminemment favorables d’une fontaine très-pure et à température très-égale.

D’autre part, M. de Tillancourt a fait, dans un vaste domaine de la Doultie, près de Château- Thierry, des essais d’introduction des truites, et a obtenu des résultats plus satisfaisants même de ses poissons livrés à eux-mêmes que de ceux qui recevaient une nourriture artificielle. Ses appareils d’éclosion sont placés dans un ruisseau artificiel couvert, et sont ensuite distribués, suivant leur âge, dans des bassins différents (2).

Basses- Alpes. — La Société d’agriculture des Basses-Alpes, persuadée de l’intérêt qu’il y aurait à repeupler les cours d’eau du département, a, avec le concours désintéressé de M. Charles Fouchier (3), de Mezel, fondé un établissement de pisciculture, dans lequel les incubations se font en plein air, avec le secours d’eaux abondantes, limpides, ne gelant jamais (8° 3 / 1 0es R. en hiver), et qui présentent des conditions aussi rapprochées que possible de ce qui se passe dans la nature. Les produits tic ces éducations ont été portés dans les diverses rivières du département, la Durance, la Bléone, le Verdon, et dans divers étangs ou lacs.

M. Garein, de Saint-André, a, d’autre part, un établissement de pisciculture parfaitement aménagé, où il opère sur les œufs de truite obtenus, soit par fécondation artificielle, soit au moyen de frayères naturelles et artificielles.

Ardèche. — M. A. de Gigord, de Joyeuse (4), profitant d’une source qui servait à l’irrigation de sa propriété, et dont l’eau était excessivement favorable à l’élève du poisson, y a formé, de 1859 à 1861, un petit établissement de pisciculture qui lui donnait dés résultats très-satisfaisants, malgré la destruction de quelques-uns de ses jeunes produits par les grenouilles et les serpents; mais les maraudeurs, profitant de l éloignement de la ferme, ont porté un coup funeste à son entreprise. La température de l’eau était constante à 15 degrés, et, après un parcours de 600 à 700 mètres, elle éprouvait une élévation de 2 à 3 degrés. Cette température élevée déterminait une éclosion rapide , mais les jeunes produits, bien que paraissant vigoureux et très-agiles,

(1) De nombreuses communications ont été faites sur cesujet à la Société d’acclimatation, ou publiées dans divers recueils de sociétés savantes; nous citerons en particulier : René Gaillaud, Aperçu de l’état actuel de la pisciculture fluviatile dans diverses localités de la France {Bull, de la Soc. d’acclim ., 2e série, t. Ier, p. 580, 735, 1864). — J. Cloquet, Notice sur la pisciculture en France en 1867. Idem, t. Y, page 49,

(2) Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t II, p. 46.

(3) Pisciculture {Bull, de la Soc. centr. d’agric. et d’acclim. des Basses-Alpes , p. 165, 1860). — Idem, p. 225, 1861. — Notice historique sur l’établissement d’Huningue , p. 82, 88, 138, 1862.

(4) A. de Gigord, Pisciculture {Bull, de la Soc. d’agric. de l’Ardèche, p. 334, 1861).

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éprouvaient une mortalité assez considérable. Les œufs destinés à l’incubation étaient déposés dans un casier de zinc à parois percées de trous et munies, sur la face opposée au courant, d’un biseau également perforé, qui brisait le courant et prévenait le dérangement excessif des œufs. Le casier était maintenu à la surface de l’eau par un exhaussement de pierre, et pour mettre l’alevin en liberté il suffisait d’enfoncer un peu la caisse : les jeunes truites pouvaient alors s’échapper peu à peu à leur volonté.

D’autres expériences ont été faites aussi avec succès dans l’Ardèche, par M. E. de Plagniol, qui a obtenu, avec des œufs provenant d’Huningue, des poissons de belle taille.

Ariége. — Notre regretté confrère M. le Dr de Séré avait organisé à Foix un de ses appareils, Aquariséré , dans des conditions assez favorables; mais trop peu de temps s’est encore écoulé depuis son installation , pour que l’on puisse déjà indiquer une solution certaine.

/. lube . — En 18G4, M. l’ingénieur en chef de l’Aube a institué des essais de pisciculture à Nogent-sur-Seine, à Méry-sur-Seine, à Arcis-sur-Aube et à Bar-sur-Aube. Se basant sur ce que les alevins de Salmonidés vivent dans tous les terrains, depuis les roches ignées jusqu’aux terîains tertiaires, à la condition de trouver des eaux dont la température moyenne ne s’écarte pas sensiblement de 11 degrés (1), et sur les résultats obtenus dans ces essais (2), M. Quilliard a monté, à Bar-sur-Aube seulement, une organisation définitive, qui lui a donné un produit de 90 p. 100(3) et dont les produits ont été lâchés dans la Seine, la Saigne et l’Ource, lorsqu’ils ont eu atteint la dimension d’un véron. En 1864-G5, il a été mis en liberté 9,000 de ces alevins, et en 1865-6G, 45,000 individus.

Aveyron. — M. le vicomte de Beaumont, qui possède au Clusel, près de Rodez , des eaux propres à l’élève des Salmonidés, y a tenté avec succès l’élevage de divers poissons, et a obtenu des résultats très-satisfaisants, surtout sur le fêra, une des espèces qui ont occasionné le plus de mécompte aux éducateurs. Pour l’incubation des œufs de jera, M. de Beaumont emploie une frayère en éponge, placée dans une eau courante, de telle sorte que l’eau arrive sur les œufs par capillarité, sans que ceux-ci soient complètement immergés. M. de Beaumont emploie pour ses éclosions un clayonnage mobile, qui peut être élevé pendant l’incubation et abaissé après

(1) Le résultat des essais a été nul à Nogent, de 10 pour 100 à Méry, 50 pour 100 à Arcis, et 70 pour 100 à Bar. La Seine ne nourrit pas de truites à Nogent ni à Méry, mais à Méry la température moyenne est de deux degrés au-dessous de celle de Nogent. A Arcis, bien que l’Aube n’y nourrisse pas de truites (il faut remonter jusqu’à Brienne-la-Vieille pour en trouver quelques-unes), la température est de trois degrés moindre qu’à Nogent, et à Bar, où autrefois la truite était très-abondante, la température moyenne est de cinq degrés moindre qu’à Nogent. Ayant pensé qu’il était inutile de tenter la reproduction des truites dans des rivières où ces Salmonidés n’ont jamais existé, par suite de l’influence que la température des eaux exerce sur ces animaux, M. l’ingénieur en chef de l’Aube a donc concentré tous ses soins sur le développement des truites à Bar-sur-Aube.

(2) Si le terrain jurassique est plus particulièrement habité par les truites, cela tient évidemment à l’abondance exceptionnelle des eaux de source dans ce terrain. ( Note de M. Quilliard.)

(B) On doit compter en outre comme perdus les animaux monstrueux, à deux têtes ou deux corps, accolés ou bossus, dont le nombre s’élève à environ 4 pour 100. On a donc, en réalité, obtenu 90 poissons sur 96, car il est évident qu’en liberté, comme dans le laboratoire, les monstres n’auraient pas vécu.

l’éclosion, et dont les tubes de verre sont assez rapprochés pour ne pas laisser passer le jeune poisson qui repose dessus. Pour nourrir ses Salmonidés, M. de Beaumont fait usage, d’avril à la fin de mai ou de juin, de larves d’une espèce de Simulium, très-abondante dans ses eaux et qui lui permet de donner une nourriture vivante et de prolonger l’elevage dans ses pièces d’eau.

Outre ses éducations de Salmonidés, M. de Beaumont a introduit dans l’Aveyron une espèce qui ne s’y trouvait pas jusqu’ici, le gardon, qui s’y est parfaitement maintenu malgré la cohabitation avec les truites, qui ont dû en manger beaucoup (1).

Bouches-du-Rhône (2). — La Société connaît déjà le laboratoire établi à Port-de-Bouc par notre confrère M. Léon Vidal, et qui lui a servi à des expériences du plus haut intérêt, mais qui malheureusement n’ont pas toutes réussi aussi bien que l’ingéniosité de l’auteur pouvait nous le faire espérer. Ses expériences sur la stabulation de diverses espèces de poissons, et en particulier des muges et des loups (3), l’ont conduit à des résultats parfaitement pratiques. Le froid seul est le côté dangereux de l’opération, mais, en cas de mortalité, on trouve facilement à vendre le poisson gelé.

En vue de faciliter les progrès de la pisciculture, il a été créé à Marseille, par l’initiative d’un certain nombre d’hommes de progrès, un comité d’aquiculture qui cherche à répandre les meilleures espèces de poissons dans les eaux où ces espèces lui paraissent susceptibles de rencontrer les conditions de vitalité convenable : mais c’est surtout sur les questions de pisciculture marine que l’attention de ce comité s’est portée.

D’autre part, divers essais ont été tentés dans le département des Bouches-du-Rhône, entre autres par M. Bouchaud de Bussy, qui a obtenu des résultats assez satisfaisants de l’elevage des truites , saumons et ombres-chevaliers, à Saint-Remy.

Charente-Inférieure. — Divers essais d’introduction du saumon et de la truite, mais non suivis de succès, en raison de la nature calcaire des eaux, ont été faits par IM. le baron de Chapiron , M. Cadon, et M. Larocque-Latour. D’autre part, la multiplication du saumon dans les eaux de la Sèvre Niortaise a été obtenue par M. Sergent, de Marans, qui a déposé dans cette rivière les alevins provenant de ses éducations : on pèche aujourd’hui dans la Sèvre des saumons de 2 à 6 kilogrammes (R. Caillaud).

Côte-d'Or. — La truite se trouve naturellement dans ce département; mais plusieurs personnes ont tenté de multiplier cet excellent poisson; nous citerons entre autre M. Michaut, de Beaune, qui a eu l’heureuse idée de séparer par des vannes ses produits d’âge différent (R. Caillaud).

Creuse. — M. le Dr Cancalon (de Royère) pensa, dès qu’il connut les procédés de pisciculture, à les utiliser sur la truite commune; il déposa le produit de ses éclosions dans un ruisseau sans

(1) M. le vicomte de Beaumont de la Bonninière, Eludes théoriques et pratiques sur ta pisciculture , 1866.

(2) A. Derbès, Des ressources que présente le départ, des Bouches-du-Rhône sous le rapport de la pisciculture (Bull, de la Soc. d’acclim., t. II, p. 22, 1855.)

(3) Léon Vidal , Education et conservation du loup (bar) à l’état de stabulation dans les viviers de la ferme aquicole de Port-de-Bouc (Bull, de la Soc. d’acclim., 2° série, t. III, p. 637, 1866). — Le même, Education et conservation du muge à l’état de stabulation (Ibid., t. IV, p. 190, 1867).

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communication directe avec les eaux inférieures, et où, depuis ce temps, la truite s’est multipliée. D’autre part, il a ensemencé aussi avec un plein succès, en carpes, tanches et quelques Salmonidés, un étang de son voisinage abandonné depuis longtemps. Tous ces poissons se sont bien développés, à l’exception des féras, qui, chez lui comme chez beaucoup d’autres expérimentateurs, ont complètement échoué. Les premiers insuccès ont été attribués par M. Cancalon à ce que les œufs en incubation étaient placés dans les ruisseaux et non dans les sources, et, par conséquent, soumis à des variations de température très-préjudiciables à leur développement.

Elire. — M. le Dr Isid.Lamy, de Maintenon (1), a eu l’idée d’opérer sur les meilleures espèces des rivières de sa localité, et a pratiqué la fécondation artificielle sur la perche, la carpe, la tanche; il a fait aussi un très-heureux emploi des frayères artificielles pour assurer la reproduction des poissons.

M. le comte d’Éprémesnil a également organisé à Beaumont-le-Roger un établissement de pisciculture dans lequel la truite s’est très-bien développée; il en a été de même chez M. G. Mathieu, près de Bueil , Auney et de Clermont-Tonnerre.

M. L’Iîermitte, de Bezu-Saint-Eloi, près de Gisors, a également très-bien réussi à propager dans ses eaux la truite au moyen d’œufs reçus d Huningue, et a pu distribuer un certain nombre de ses alevins dans la rivière de la Bonde, où ils ont atteint assez rapidement de belles dimensions.

M. Léonard, d Etrepagny, s’est occupé, dès 1855, de distribuer dans les meilleures localités du département les alevins de truites, de saumons, d’ombres, etc., provenant de ses éclosions, et depuis cette introduction on prend, en particulier dans la Levrière, des poissons âgés de cinq et six ans et pesant de 3 à 4 kilogrammes.

Finistère. — M. E. de Crechquerault a fait dans les environs de Morlaix d’intéressantes études sur la reproduction de la truite et du saumon.

Gironde. — Le département a établi , depuis 1865, à Cadillac-sur-Garonne, sous la direction des agents des ponts et chaussées, un atelier de pisciculture destiné au repeuplement de la Garonne et des cours tributaires, au moyen des meilleures espèces, telles que saumons, carpes, truites, tanches, etc. (2). Cet établissement est placé auprès de la station météorologique de Cadillac; mais malheureusement il est exposé à être submergé par les inondations de la Garonne, et par suite à perdre ses jeunes alevins : mais M. Fargue, chargé de sa direction, espère pouvoir obvier à cet inconvénient. Quoi qu'il en soit, les résultats obtenus jusqu’ici sont très-satisfaisants, et on affirme que déjà les pêcheurs ont pris plusieurs saumons portant aux nageoires des marques qui permettaient de constater leur identité.

M. l’abbé Durassié, aumônier à l’Ecole normale de la Sauve, a imaginé pour ses éducations divers appareils ingénieux : 1° un tube à pompe à coulisse (3) pour servir de déversoir à un

(1) Isidore Lamy, De la pisciculture ( Journal cl’ Agriculture pratique de Belgique, t. VI, p. 485, 1853; t. VIII, p. 9, 62, 169, 1856.

(2) La Blanchère, Etablissement de pisciculture de Cadillac ( Bull . de la Soc. d’acclim., 2e série, t. V, p. 840, 1868).

(3) Ce système de déversoir consiste dans une double emboîture : l’une, formée d’une plaque sans trous.

bassin, en variant à volonté le niveau de l’eau et en retenant le poisson; 2° un récipient plat, percé de petits trous pour aérer l’eau au sortir de la source, dans les cas où il n’y a pas de pression suffisante; pour forcer les gouttes à ne pas se réunir à la partie inférieure de cet égouttoir , il existe à chacun d eux un système de lames de métal dentelées en demi-cercle, soudées à angle droit, de façon que chaque trou du récipient corresponde à une dent; 3° un aquarium en bois et ciment, long de 2 mètres, large de 0m30 et haut de0m22 dans lequel il a pu élever, pendant un mois environ, 600 alevins (truites et autres Salmonidés), qui y ont atteint la longueur de 0m05 à 0m06; 4n un système d’ardoises suspendues presque à fleur d’eau dans l’aquarium, et servant à appâturer les poissons et à les pécher facilement au besoin.

Les expériences de M. Durassié ont été faites en vue de donner quelques exemples aux instituteurs, élèves de l’Ecole de la Sauve, et de vérifier s’il y avait avantage à faire de la pisciculture à domicile. Malgré ses succès, M. l’abbé Durassié conclut pour la négative, à moins de circonstances exceptionnelles. En nourrissant avec de la viande de boeuf et de mouton les poissons qu il avait réunis dans un bassin, il put les voir se développer rapidement, et leur qualité alimentaire a été appréciée de fins connaisseurs. Pendant le cours de ces expériences, IM. l’abbé Durassié a pu faire quelques observations intéressantes. 11 trouve que les fonds de sable et de gravier ont des inconvénients dans les aquaria , en servant de réceptacle à toutes les impuretés que 1 eau laisse déposer. Pour le poisson nourri à domicile, un petit espace est préférable à un grand, car il permet d’être plus assuré de l’alimentation de chacun des élèves, surtout en faisant usage des ardoises, sous lesquelles le poisson cherche un abri pour s’élancer de là sur la proie qui lui est offerte : si on prend soin de fournir au poisson sa nourriture, il n’a plus besoin de ces vastes espaces qu’il lui fallait parcourir pour y trouver en quantité suffisante unealimentation naturelle, et il lui suffit de vivre dans une eau bien propre, fraîche, pour y prospérer et s’y développer complètement. Les orages précoces (1) lui ont aussi paru exercer une influence désastreuse sur ses jeunes poissons (2).

Hérault. — Par 1 intervention active de notre confrère, IM. P. Gervais (3), lorsqu’il était professeur à la faculté des sciences de Montpellier, diverses tentatives ont été faites pour introduire le saumon dans la rivière de l’Hérault, mais malheureusement sans aucun résultat; depuis 1866, époque où fut pêché un saumon de 500 grammes environ et long de 0m19, aucun autre poisson de cette espèce n’a pu être trouvé dans 1 Hérault (4).

porte le tube par où l’eau s’écoule ; l’autre porte une toile métallique. Ces deux emboitures, ayant 1 centimètre de distance entre leurs fonçures, rendent très-facile le nettoiement du grillage, qu’il suffit de déboiter, de brosser et de remettre en place.

(1) En juillet et août, les orages ne lui ont paru exercer aucune' influence.

(2) Un fait, observé par M. Durassié, semblerait indiquer l’action, non du fluide , mais de la lumière électrique; en effet, pendant un orage violent, les poissons placés dans une auge découverte périrent en quelques minutes, tandis que d’autres, vivant dans une autre auge placée côte à côte, mais munie d’ardoises, ont presque tous échappé.

(3) P. Gervais, Essais de pisciculture entrepris dans le déparlement de l’Hérault pendant l’année

(4) Gavini, Sur les progrès de la pisciculture dans le département de l’Hérault [Bull, de la Soc. d’acclim., t. VII , p. 30, 1860. — Bull, de la Soc. d’acclim ., 2e série, t. Ier, p. 432, 1864.

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Indre-et-Loire. — Dès 1856, des appareils d’éclosion avaient été installés au Jardin botanique de Tours, où les expériences se sont continuées jusque dans ces derniers temps, sous la direction de M. Barnsby; on a opéré aussi bien sur les espèces à œuls libres que sur celles à œufs soudés, et l’on a obtenu des résultats intéressants. Il est à regretter que les alevins aient été mis en liberté à un âge très-peu avancé, et sans doute on eût obtenu des résultats plus satisfaisants en retardant l’ époque de mise en eau libre. La stabulation a permis d’avoir des truites de 0m40 à 0m50 en quatre ans (1).

Isère. — Depuis un temps immémorial les pêcheurs font, dès les premiers jours du printemps, au lac Paladru la récolte des œufs de Cyprins , pour les transporter dans diverses localités destinées à être empoissonnées. Pour obtenir ces œufs, ils ont le soin, vers le milieu de mars, de déposer dans le lac des branches d’arbres verts et des broussailles qui servent aux poissons à se débarrasser de leurs œufs (2).

Vers 1770, le curé Garden (de Venosc en Oisans), empoissonna détruites le lac Lovitel, en y déposant quelques poissons, succès facilité par l’impossibilité de la pèche pendant quelques mois de l’année (elle n’est même facile que pendant deux mois). Le conseiller Bonneau a empoissonné de même le petit lac de Porcellet, commune de Lamorte, en y introduisant, il y a une trentaine d’années, sept truites; elles ont prospéré, car elles sont protégées par la position du lac, qui ne permet la pêche qu’au moment du frai. D’autres essais ont été faits, il y a une soixantaine d’années, par Héricart de Thury, dans le lac d iluez en Oisans, sans succès apparent. Dans ces dernières années, on trouve des truites, sans savoir, depuis quarante ans, à qui on doit cette réussite. M. Giroud a introduit avec succès, dans le lac Pierre-Chatel (le Matesme), la truite et le corégone féra; il a eu soin de réunir plusieurs ruisselets, afin de permettre au poisson une sortie pour venir y frayer. M. Lesbros a pu introduire également la truite dans le bassin de la Mure. A côté de ces introductions heureuses, on a constaté quelques insuccès par suite de condition mauvaise des eaux, de manque de ruisseau alimentant, de la nature tle l’eau, etc. (3).

M. E. Chaper a introduit, depuis plusieurs années déjà, diverses espèces de Salmonidés dans un lac d’une centaine d’hectares, près de la Mure, par 370 mètres d’altitude, et aujourd’hui on y prend des poissons dont le poids varie de 500 grammes à 5 et 6 kilogrammes. Le peuplement ayant été obtenu, on ne fait plus d’incubations artificielles; la variété de couleurs et de mouchetures que présentent les poissons fait croire à des hybridations qui se seraient produites dans les eaux de la Mure. Il a obtenu en particulier une variété remarquable par la couleur blanche de sa peau , la nuance vive et l’irrégularité de ses taches, qui diffère beaucoup des truites des ruisseaux voisins.

M. Arm. Dugong, propriétaire au château de la Moisière, près de Bonnefamille, avait présenté à Arcachon un appareil qui permet une aération parfaite de l’eau et, par suite, assure la réussite des incubations. Cet appareil, en bois d’aune, est composé de plusieurs écluses disposées de façon à ne laisser pénétrer dans les boîtes qu’une quantité toujours égale de liquide; celui-ci arrive dans

(1) Barnsby, Opérations de pisciculture faites dans le département d’Indre-et-Loire .

(2) Le Dauphiné , 9 août 1865.

(3) A. Charvet, Pisciculture , de la destruction et de la reproduction du poisson dans les eaux douces de l’arrondissement de Grenoble {Le Sud-Est, 1866, t. XII, p. 754, 806, 846).

les boîtes par des conduits latéraux, qui contrarient le courant général et donnent à l’eau une agitation très-utile pour l’incubation.

Les opérations de M. Dugong ont malheureusement été contrariées, pendant ces dernières années, par une sécheresse excessive qui, en interrompant sur plusieurs points le cours de la rivière ou il opère, a mis obstacle à la dissémination du poisson dans le pays, et maintient personnelle une culture qu’il voulait faire d'utilité publique. Il a cependant pu développer un certain nombre de truites communes et saumonées, et exceptionnellement quelques truites des lacs (un individu de quatre ans mesurait 0m51) , bien que ces poissons fassent à leurs congénères une chasse d’autant plus active que l’espace qui les renferme est plus restreint; il semble qu’ils détestent la société et fassent le vide autour d’eux.

Parmi les personnes qui se sont occupées, avec le plus de succès, de pisciculture dans le département de l’Isère, nous devons une mention spéciale à M. le comte de Galbert (1), qui a organisé à la Puisse, près de Voiron, un établissement aquicole modèle. Cet établissement comprend quatre bassins, dont le plus vaste, placé en dessous des trois autres, reçoit toutes leurs eaux et renferme des poissons de diverses espèces. Les bassins supérieurs ne contiennent que des truites ; l’eau y est si limpide et si froide que les poissons autres que les Salmonidés n’ont jamais pu y prospérer, et encore moins s’y reproduire.

Il préfère opérer sur les œufs récoltés sur les frayères et fécondés naturellement, plutôt que sur ceux qui ont été extraits par pression et fécondés artificiellement.

Jura. — L’administration des eaux et forêts a fait de nombreux travaux de repeuplement des lacs et des cours d’eaux de cette contrée, et a surtout cherché à y propager la truite. Les résultats obtenus ont été des plus satisfaisants. Diverses personnes ont suivi l’exemple donné par l’administration , et nous citerons en particulier M. Olympe-Jacques, à Champignoles.

Landes. — L’administration des ponts et chaussées a établi à Mont-de-Marsan, sur un ruisseau alimenté par une source d’eau vive, des bassins fermés par une toile métallique très-serrée que l’eau doit traverser, et recouverts de couvercles à mailles qui empêchent les ennemis des alevins d’arriver jusqu’à eux. Les alevins mis dans ces bassins, dès que la vésicide a été résorbée, y sont nourris de viande pilée, de sang cuit, de larves d’insectes et de mollusques , jusqu’au moment de leur mise en liberté, c’est-à-dire en octobre.

Loir-et-Cher. — L’établissement de pisciculture créé à la Chartre, par M. le curéLuca, tonctionnait d’une maniéré très-satisfaisante, et a été transformé en un établissement départemental, qui a lâché dans les eaux du Loir des quantités considérables de poissons.

Loire. — L’administration a pris des mesures pour assurer le repeuplement de la Loire et du Rhône. Il a été établi près de Saint-Etienne, au barrage de la Ilochelaillée , un aquariséré , destiné à fournir aux poissons les meilleures conditions de propagation.

Haute-Loire. — M. de Causans, qui avait suivi les premiers travaux de feu M. de l’Eguille, sous-inspecteur des forêts, et qui opérait, jusqu’en 1852, l’empoissonnement du lac de Saint-

(1) Comte de Galbert, Documents de pisciculture applicables à toutes les masses d’eau , etc., 1865. — Le même, Mémoire sur le repeuplement du lac du Bourijet, 1858.

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Front, d’une superficie de 50 hectares, en y introduisant du fretin de truites, a pensé à obtenir l’empoissonnement du lac et des ruisseaux voisins, au moyen de fécondations artificielles, de frayères et de l’utilisation du frai naturel. De 1852 à 1859, il fit des essais de fécondation artificielle qui restèrent infructueux d’abord, mais qui à partir de 1870, à la suite du changement de son fermier, lui ont donné des résultats très-satisfaisants. L’appareil qu’il emploie et qu’il dépose dans une source (température 10 degrés), pour éviter le trouble de l’eau des ruisseaux à l’époque des neiges, est une double boîte percée, dont la plus grande, en bois, sert d’enveloppe et peut être scellée; la seconde, à fond grillé, est suspendue au milieu de la première, et reçoit les œufs fécondés sur une couche de gros sable. L’avantage de cette double boîte est que le dépôt vaseux s’opère presque en entier dans le réceptacle extérieur, et que la petite quantité qui peut se faire sur les œufs n’a pas d’influence funeste sur ceux-ci. Les jeunes truites sont mises en grande eau à l’âge de trois mois (1) et s’y développent rapidement; le produit (argent) du lac est trèsrémunérateur.

En vue de faciliter la propagation du saumon dans la Loire, plusieurs riverains, et en particulier M. Fumet, à Sèvre-le-Châtel , ont livré tous leurs alevins à des ruisseaux tributaires de ce fleuve (René Caillaud).

Loire-Inférieure. — M. A. Leroy, qui a entrepris le repeuplement de la Loire maritime et du lac de Grand-lieu, a imaginé un appareil très-ingénieux pour l’incubation des œufs fécondés naturellement, qu’il emploie de préférence à ceux obtenus par fécondation artificielle. Par l’emploi de cet appareil, il évite les changements brusques de température si préjudiciables à l’évolution embryonnaire. Dans un espace clos et dont la température peut, être facilement maintenue vers -f- 8° pour les éclosions hivernales et -J- 15° pour celles qui ont lieu en été, que nous avons citées, est disposé, le long d’un mur, et à une hauteur de 1 mètre 80, un plancher horizontal supportant un réservoir dont l’eau s’écoule, par le robinet, dans l’appareil à éclosion. Après avoir traversé celui-ci, 1 eau se rend dans une cuvette, puis dans la cuve inférieure, séparée en deux compartiments, où, après s’être filtrée à travers une couche de charbon et de sable, elle est reprise par une petite pompe et remontée par un tube dans la cuve-réservoir. Ainsi, le volume d’eau qui doit parcourir le circuit est tout entier renfermé dans la pièce où s’opère l’incubation, pièce dont il prend ainsi la température. L’eau est toujours, par le filtrage qu elle subit à chaque tour, débarrassée des corps étrangers, des végétations ou des animalcules dont elle a pu se charger dans le circuit. Tous les deux jours cette eau est renouvelée. L’appareil à incubation proprement dit se compose d’une étagère en fer, supportant une série de vases en grès superposés, au fond desquels une mince couche de sable préalablement bouillie a été déposée pour servir de lit aux œufs. Bien que placés ainsi au fond de chaque vase, les œufs ne peuvent être le siège d’aucun dépôt de corps étrangers ou de végétations, parce que le liquide dans lequel ils sont plongés est continuellement brassé par des courants et des contre-courants ménagés, qui ont pour effet de balayer pour ainsi dire la surface des œufs, et d’enlever les matières étrangères pour les conduire au déversoir.

(1) Congrès scientifique de France, au Puy, XXIIe session, p. 439. — Dr Langlois, Rapport sur la pisciculture (Soc. d’agric. sc. et arts du Puy, 1865, t. XXVI). — M. de Causans, Application des nouvelles méthodes de pisciculture à la fécondation de la truite (Bull, de la Soc. d’acclim ., t. VI, p. 118, 1859).

Le procédé par lequel ce résultat important est obtenu est très-ingénieux, par cela même qu’il est très-simple.

L’eau tombant du robinet dans le premier vase d’une certaine hauteur, y détermine un courant plongeant, qui, suivant les parois, s’élève jusqu’au déversoir, après avoir balayé la surface du fond. Tombant de là dans le second vase, l’eau y détermine de même un courant plongeant, par cascade, mais qui se relève bientôt en venant se heurter avec un contre-courant semblable créé d’une autre manière. Le vase supérieur porte un petit orifice par lequel l’eau tombe dans le second récipient et détermine le contre-courant plongeant dont nous venons de parler. Ramenée ainsi vers la surface, l’eau du fond est entraînée vers le déversoir, tant par une légère inclinaison du vase que par l’influence prédominante du premier courant plongeant. Le même effet se produit dans le troisième vase par le déversoir et le trou de fond, et ainsi de suite. On le voit, les œufs sont parfaitement et, continuellement lavés, au moins à leur partie supérieure; mais, de plus, les corps étrangers ne peuvent s’établir dans leurs interstices ni à leur face intérieure, en raison du courant profond, par soutirage, qui s’établit parles trous de fond, etc.

Manche. — Le repeuplement de la Vire et de la Loube a été obtenu par M. Carly de Swazzema, qui , en employant les meilleures méthodes d’aquiculture naturelle et artificielle, a réussi à y faire réapparaître la truite et le saumon, qui s’étaient perdus sous l’influence des causes dévastatrices ordinaires.

Marne. — M. Relouche, à Saint-Martin-d’Ablois, a commencé vers 1862, dans les propriétés de M. le marquis de Talhouët, des expériences de pisciculture qui lui ont donné des résultats assez satisfaisants, bien que n’ayant pas encore pris toute l imporlance qu’ils doivent acquérir.

Les nombreux étangs (treize) ont été aménagés par lui pour la production du poisson : huit pour le gros, cinq comme alevinières. On pêche tous les trois ans, en septembre, au moment où le poisson est rare et plus cher (10,000 kilogrammes annuellement). On a ainsi l’avantage de ne les laisser jamais improductifs , puisqu’on peut réempoissonner dès octobre. — Les anguilles l’ont débarrassé de la lretaille. Il s’est trouvé très-bien en particulier de propager le carrouge, poisson facile à transporter et très-bon en friture.

Meuse. — M. Cicile Brion, de Verdun, a présenté aux diverses expositions un appareil à incubation qui consiste en une vaste cage circulaire, de toile métallique, qui évolue sur elle-même par l’action du courant, après avoir été immergée aux profondeurs nécessaires. Les œufs subissent leur évolution, et les alevins y restent jusqu’à ce qu’ils aient résorbé leur vésicule ombilicale. Cet appareil, qui donne, d’après l’auteur, les meilleurs résultats, permet d’opérer dans toutes les eaux qui ne peuvent laisser déposer le calcaire sur les œufs, de remplir une condition que M. Cicile Brion considère comme essentielle pour la réussite de l’élevage et de la propagation, c’est-à-dire d’opérer l incubation des œufs dans le milieu même où l’alevin doit être mis en liberté : on y trouve aussi l’avantage de forcer les alevins à vivre au milieu d’une eau courante qui leur donne, quoique enfermée, le moyen de s’habituer à résister à son action.

M. Malartl, de Commcrcy, s’était occupé aussi avec le plus grand soin de propager dans la Meuse les meilleures espèces de poissons, et commençait à obtenir des résultats importants, ainsi qu’en témoignent de nombreux documents officiels, lorsque les dégradations commises par les armées ennemies, pendant la malheureuse guerre de 1870, ont réduit à néant ses expériences.

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Nièvre. — M. Charleuf, en vue de multiplier les truites, devenues fort rares dans tout le Morvan, a fait établir des frayères dans un ruisseau d’eau très-vive, et y obtient ainsi des quantités de truites, qu’il répand dans ses divers cours d’eau (René Caillaud).

D’autre part, M. Vincent obtient de très-fructueuses éducations du fera dans le lac des Settons, en dépit de la destruction que les brochets font de cette espèce (1), et 1 administration des eaux et forêts a pris les meilleures mesures pour assurer le repeuplement des cours d eau du département.

Oise. — M. Caron, de Beauvais, a organisé un établissement destiné à fournir un repeuplement des eaux du département : les bassins, renfermés dans un bâtiment, à l’abri des intempéries, reçoivent l’eau après qu elle a passé par un vaste filtre de 17 mètres carrés de surface et très-facile à nettoyer; l’eau y arrive au moyen d’un déversoir destiné à diviser l’eau pour la mieux aérer. Les bassins d’Alcomage reçoivent de l’eau non filtrée, et, tant que les alevins n’ont pas résorbé leur vésicule, ils reçoivent de l’eau en cascade; puis ils sont recueillis dans un dernier réservoir, où on les nourrit artificiellement jusqu’au moment de les lancer en pleine eau.

Antérieurement, M. le baron de Tocqueville a fait, aux environs de Compiègne, des essais d’acclimatation qui ont parfaitement réussi, car la truite y a été introduite et s’y reproduit aujourd’hui naturellement au moyen de frayères artificielles.

M. de la Blanchère a établi à Chantilly un appareil d’élevage de Salmonidés qui lui donne de très-bons résultats, grâce aux dispositions ingénieuses prises par lui, et qu’il a fait connaître à la Société d’acclimatation (2).

Orne. — Un établissement spécialement consacré aux truites fonctionne à Laigle, chez M..Mouchel.

Puy-de-Dôme. — Dès 1857, le conseil général votait une subvention pour la pisciculture, et chargeait M. Lecoq d’en diriger les opérations, qui furent faites avec le plus grand soin par M. Rico. Des alevins ont été répandus dans les localités qui ont paru offrir les meilleures conditions, et en effet ils y ont bien profité. Mais l’operation la plus remarquable est celle du lac Ravin, près de la ville de Besse, qui a reçu diverses espèces de poissons qui s’y sont parfaitement développés; et en particulier les saumons, bien que n’ayant pas eu la possibilité de descendre à la mer, y ont acquis des dimensions très-belles.

D’autres lacs ont été aussi empoissonnés sur divers points du département, et f exemple de M. Rico a été suivi par un grand nombre de personnes, de telle sorte qu’aujourd’hui on trouve abondamment des poissons dans des cours d’eau d’où ils avaient disparu (3).

Hautes-Pyrénées. — Dès 1855, M. le docteur Costallat avait pensé à introduire les truites dans le lac d’Oncet (près du Midi); mais il ne paraît pas que ces essais aient été tentés ou tout au moins qu’ils aient réussi; car, il y a quatre ans, deux pêcheurs de Barèges, Philippe et Bastien,

(1) Bull, de la Soc. d’acclim., 2“ série, t. V, p. 837, 1868.

(2) H. de la Blanchère, Nouveau système d’élevage pour les Salmonidés, et de leur nourriture à l’état d’alevins {Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t. VI, p. 515, 1869).]

(3) Bull, de la Soc. d’acclim., t. Vil, p. 578, 1860; 2e série, t. VI, p. 369, 1869; t. X, p. 332, 1863.

teinturier, ont déposé à l’automne vingt-huit truites dans ce lac et autant dans le torrent du Tourmalet, qui en descend; depuis, dit-on, on voit quelques truites sauter dans le lac, mais il n’v a pas encore certitude de reproduction. Il y aurait intérêt à faire cette expérience sur une plus grande échelle et à une époque plus favorable, au mois de juin par exemple.

Il y a quelques années, des essais d introduction de truites au lac Bleu furent faits avec un plein succès par MM. Soubies, Lasserre, Geruzet, etc.; mais les travaux faits dans ce lac pour distribuer à l’agriculture, pendant l’étiage de l’Adour, les eaux réservées en hiver, ont détruit une partie des belles truites qui s’y étaient acclimatées; elles y sont rares aujourd’hui, et rabaissement alternatif du niveau de l’eau sur ses bords détruisant une infinité d insectes et d’animaux qui leur servaient de nourriture, peut faire douter de leur conservation dans l’avenir. M. Costallat avait proposé d’établir des frayères flottantes pour obvier à cet inconvénient du changement de niveau des eaux, mais diverses causes ont empêché de donner suite à cette proposition.

Haut-Rhin. — M. J. Schlumberger, de Guebwiller, en vue de multiplier les truites dans les vallées voisines, a eu recours à la fécondation artificielle; il fait usage d’un appareil composé de cuves de fer-blanc disposées sur trois gradins, et dans lesquelles l’eau tombe du sommet de l’habitation sous forme d une espèce de pluie abondante, procédé qui permet à l’eau de s’aérer autant que possible avant d’arriver sur les oeufs. Pour diminuer la violence de la chute et obtenir une répartition plus égale de l’eau, chaque cuve est recouverte d’une feuille de zinc percee, qui en outre garantit les œufs du contact des corps étrangers et de l’attaque des animaux.

Ses produits, reçus dans des bassins d’élevage alimentés par une belle source d’eau vive, y sont séparés suivant leurs dimensions, et y sont nourris artificiellement avec des débris de tourteaux de suif.

Huningue. — Ce fut sur la proposition de notre confrère, M. Coste, que le gouvernement français, en vue de vulgariser la meilleure méthode de pisciculture, décida, en 1853, 1 installation d’une sorte d’usine chargée de colliger et de distribuer les œufs fécondés de poisson. Cette création d’un vaste appareil d’éclosion, d’où l’on dirigerait ensuite dans nos fleuves et dans nos rivières les œufs de poisson fécondés ou à l’état d'alevins, fit passer dans le domaine de la pratique une des plus belles conquêtes de la physiologie. Cet établissement fut organisé aux environs d’Huningue, sur la commune de Blotzheim , et on commença les opérations sur les truites communes et saumonées, grandes truites des lacs, saumons du Bhin, ombres chevaliers, féras, et plus tard sur l’ombre commun et le saumon du Danube. Les œufs, recueillis avecsoiu en Suisse et en Allemagne, sont, après avoir été fécondés sous les yeux des agents, qui prennent note exacte de toutes les particularités intéressantes, apportés à Iluningue, où ils sont soumis à 1 incubation jusqu’au moment où l’embryonnement étant assez avancé, ils sont susceptibles d’être envoyés, sans trop de danger, dans les diverses localités.

Le succès d’Huningue est aujourd’hui incontestable, et nous n’en voulons d’autre preuve que l’empressement avec lequel, de toutes parts, des demandes qui augmentent chaque année (1) sont

(1) Goumes, Notice historique sur t’ établissement à' Huningue , 1862. — Dr de Séré, Rapport sur l’ établissement d’ Huningue et les services qu’il rend à /’ acclimatation ( Bull . de la Soc. d'acclim., 2e série, t. Y, p. 275, 1868). — Léon Vidal, De la pisciculture par éclosion artificielle (Soc. de statist. de Marseille , t. XXX, 9 mars 1866).

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faites par des Français et des étrangers. Bien plus, dans un certain nombre de contrées, en Angleterre, en Hollande, en Russie, en Belgique, etc., des établissements analogues, quoique moins importants, se sont construits , qui témoignent de l’intérêt que présentent de semblables questions et prouvent que la pisciculture n’est pas seulement une question scientifique, mais est une question d’économie politique; nous dirons plus, elle s’élève à la hauteur d’une question sociale.

Huningue aura eu l’honneur d’inaugurer une période d’initiation; aujourd’hui il faut faire plus : nous sommes arrivés à la période de la propagation, et c’est aux particuliers et aux industriels à y entrer résolument. Si nous en croyons le Land and IVater du 24 juin 1871, l’établissement d’Huningue, qui, par suite des malheurs de notre patrie, est aujourd’hui propriété prussienne, ne périra pas, mais on aurait pris des mesures pour lui donner une plus grande extension sous la direction d’un Prussien, venu fies provinces de l’Est.

Saône-et-Loire. — La Société d’agriculture de Louhans s’est occupée très-activement, pendant plusieurs années, de l’éclosion artificielle de saumons, truites et féras. Elle obtenait, dans un appareil parfaitement agencé, l’éclosion des œufs qu elle recevait d’Huningue, mais il ne paraît pas que des nombreux alevins qu elle lâchait dans la haute Tulle elle ait pu obtenir quelques rares saumons et feras. Elle a donc abandonné l’éclosion artificielle, et elle se borne aujourd’hui à répandre dans les rivières qui entourent Louhans des résidus d’étangs, tels que carpillons, tanches et brochetons. Depuis cette époque, on s’aperçoit sensiblement de l’augmentation du produit des rivières, malgré la destruction que les maraudeurs font du jeune poisson, qu’ils pèchent au moyen de filets, pendant le temps qu’il reste stationnaire (un jour ou deux) en groupes, presque à la même place où il a été déposé, avant de se répandre dans les cours d’eau.

Sart/ie. — L’administration des ponts et chaussées s’est beaucoup occupée de favoriser le repeuplement des cours d’eau par l’introduction des meilleures espèces, et la multiplication de celles qui y existaient déjà. Parmi les personnes qui se sont aussi occupées de ces importantes questions, il faut citer encore M. Anjubault, du Mans, qui a réussi à multiplier la truite dans les eaux de sa localité.

Seine. — Le laboratoire du Collège de France, dans lequel M. Coste a fait ses belles expériences, qui ont fait tle la pisciculture une véritable science, est trop connu pour que nous en retracions ici l’histoire, et tout pisciculteur sait aussi bien que nous ce que nous devons aux recherches et aux enseignements de M. Coste.

On a cherché à profiter des sources artificielles établies dans les bois de Boulogne et de Vincennes pour y élever un certain nombre d’espèces de poissons obtenues par éclosion artificielle, mais, en raison de 1 élévation trop considérable de la température par suite du manque de profondeur et d’abris, les résultats obtenus ont été peu satisfaisants, au moins pour certaines espèces. Il ne faut cependant pas pour cela méconnaître le mérite des expériences qui ont été continuées dans ces deux localités par MM. Pissot et Lepaute.

D intéressantes expériences sur la multiplication, dans les eaux de la Seine, de nombreuses espèces de poissons, ont été faites, dès 1852, dans la gare de Choisy-lc-Roi, par M. Millet, qui a obtenu les résultats les plus satisfaisants.

M. Loger Desgenettes a obtenu des truites de développement très-remarquable dans un vivier qu’il possédait à Saint-Maur, et qui était alimenté par les eaux de la Marne : ses études ont eu

pour résultat tic démontrer que la truite n’est pas aussi exclusive qu’on le supposait, et qu elle peut prospérer dans des eaux moins pures que celles qu elle habite ordinairement. Des truites nombreuses sont mises chaque année en liberté par lui dans la Marne, et, depuis quil a commence cette introduction, les pêcheurs y prennent quelquefois des truites, ce qui n’avait pas lieu autrefois (1).

M. P. Carbonnier, qui a cherché à vulgariser l’aquiculture en fabriquant les meilleurs instruments qu elle réclame, a créé à Cbampigny un petit établissement dans lequel il a pu elever avec succès les espèces les plus variées, auxquelles il a joint, dans ces derniers temps, la belle espèce du Macropode, rapportée par M. E. Simon (2).

Seine-et-Marne. — Dès 1863 et 1864, madame Roy, de Coulommiers, avait essayé, avec des œufs provenant d’Huningue, de faire éclore et d’élever des saumons, truites , férus et autres Salmonés destinés à l’empoissonnement des rivières de la localité, telles que le grand et le petit Morin, affluents de la Marne. La pèche de truites dans le Grand-Morin, où on n’en avait jamais vu jusqu’alors, provenait indubitablement des éducations de madame Roy. L’ingénieur des ponts et chaussées conçut l’idée de continuer ces expériences, et reçut, à cet effet, une subvention du gouvernement. L’établissement fut placé dans un canal à alimentation constante et offrant une petite chute d environ 0ra30; on a disposé les divers appareils dans une maisonnette établie dans un jardin de madame Roy. Les alevins provenant des éducations sont placés dans une cuve alimentée par un courant constant, et sont nourris, dans le premier âge, avec des jaunes d’œufs émiettés, puis avec de la viande crue, hachée menu d’abord, puis donnée par morceaux. Cette nourriture, à laquelle on ajoute du frai de grenouilles et de petits poissons, est donnée régulièrement et plus abondamment l’été que l’hiver. Plus tard, les poissons sont placés dans une rivière factice du jardin où ils reçoivent encore quelque nourriture, mais où ils trouvent quelque proie (3). Quant à la propagation en pleine liberté, qui est la plus importante partie de l’entreprise, les alevins, peu de temps après la résorption de la vésicule, sont jetés dans le Grand- Morin et autres cours d’eau, soit par l’administration, soit par divers particuliers auxquels ils sont remis (4). On a pêché dans les eaux libres, depuis 1864, quelques truites(5), mais il est bien difficile d’en connaître le nombre exact; tout donne à penser quil a été assez important. Les bons résultats auxquels on est arrivé dans les expériences d éducation en captivité ou en demicaptivité, donnent d ailleurs les meilleures espérances sur le succès ultérieur. Comme le fait observer l’auteur du rapport, faire produire ne suffirait pas, il faut conserver, et là l influence administrative pourrait exercer dans ce sens une intervention utile, en protégeant le poisson et

(1) Bull, de la Soc. d’acclim., t. IX, p. 514, 1045, 1049, 1862; t. X, p.258, 1863.

(2) Carbonnier, Sur l’ accouplement d’une espèce de poisson de Chine (Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t. VI, p. 408, 1869). — Le même, Note sur un poisson de Chine (Ibid., t. VII, p. 26, 1870).

(3) Tous les soins nécessaires à l’incubation et à la nourriture des animaux élevés en captivité sont donnés par madame Roy, qui a continué avec le plus grand zèle ses utiles opérations, et dont le concours dévoué est vivement apprécié de M. l’ingénieur.

(4) On a mis, de 1864 à 1867, dans le Grand-Morin, environ 10,000 Salmonidés; dans le Petit-Morin, 8,000; six autres mille ont été distribués dans divers cours d’eau.

(5) Dans l’Aubatin, affluent du Petit-Morin, qui paraît le plus propice à l’éducation des poissons, on a pris des truites du poids de 2 kil. 900.

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en prévenant le maraudage, si désastreux pour le succès des expériences de pisciculture dans tous les pays.

Des essais intéressants ont également été laits dans les environs de Nemours par M. Petit- Hu guenin, qui a cherché à multiplier les truites dans le Loing et les ruisseaux qui s’y rendent.

Seine-el-Oise. — Les expériences de pisciculture ont été nombreuses dans ce département; mais presque partout, excepté chez M. le marquis de Selve, elles ont été faites sur une échelle restreinte, comme chez M. le duc de Pcrsigny, à Chamarande près d’Etampes, M. Wallut, à Saint-Germain, le marquis de la Rocbejacquelein, au Pecq, M. Penel, à Versailles, M. dePourtalès, à Baudeville près de Dourdan, M. Maret, au Breuil près de Meulan, etc.

Des essais intéressants ont été faits à Saint-Cucufa et à Villeneuve-l’Etang près de Saint-Cloud, par les soins de M. Coste, mais les résultats, en raison des circonstances locales, n’ont pas donné ce qu’on espérait. Il en a été de même des expériences faites dans le bois du Vésinet avec le concours de M. le docteur Gillet de Grandmont.

M. Tandou a utilisé aux environs de Corbeil de vastes réservoirs , alimentés par une belle source, pour élever avec succès diverses espèces de truites et des ombres-chevaliers :■ ses produits ont atteint rapidement des dimensions remarquables, bien qu’ayant été élevés en captivité (1).

M. le marquis de Selve a créé, en 1864, dans sa propriété de Villiers, près de la Ferté-Alais, un vaste établissement de pisciculture (12 kilom. de canaux artificiels) primitivement destiné à l’élevage des écrevisses, mais dans lequel il s’est occupé depuis de la multiplication des Salmonidés. Déjà on pêche dans les bassins de M. de Selve des produits de taille marchande (2 kilogrammes et au-dessus), provenant, les uns d’envois faits par M. Carbonnier, les autres des fécondations artificielles opérées à Villiers même. Les envois de truites au marché ne se sont pas encore faits d’une manière régulière, le nombre des grosses truites étant encore assez limité; mais il n’en est pas de même pour les écrevisses, dont la vente a produit, en 1867, une somme de dix mille francs. M. de Selve pense que l interdiction de vendre la truite pendant les mois d’hiver (à moins qu elle n’ait été pêchée dans des eaux fermées) augmentera considérablement ses bénéfices. A cet effet, il a fait apposer par le juge de paix de Villiers des scellés sur les claies qui se trouvent à l’entrée et à la sortie de ses canaux, et il lui suffit désormais d’un certificat d’origine pour obtenir la libre circulation de son poisson.

Les études de M. le marquis de Selve , qui a fait d’énormes dépenses pour organiser son exploitation, permettent de penser que le propriétaire, que la nature des lieux dispenserait d’une semblable mise de fonds (150,000 francs), trouverait dans l’élève île la truite et de l’écrevisse un ample dédommagement aux frais de nourriture et d’entretien. Notons que M. de Selve a mis en culture les terre-pleins qui séparent ses canaux, et trouve dans cette disposition une source de revenu très-notable (2).

Seine-Inférieure. — M. Nicole, de Fécamp, a fondé à Gonfreville-l’Orcher un établissement occupant plus de 4 hectares de superficie, recevant par moments plus de 50 mètres cubes d’eau, à plusieurs bassins larges de 14m60, et profonds de 0m50 à 1 mètre. Les berges sont plantées de

(1) Bull, de la Soc. dacclim., t. IX, p. 1018, 1863.

(2) Ch. Wallut, Rapport sur l’ établissement de pisciculture de M. le marquis de Selve {Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t. IV, p. 113, 1867).

peupliers et d’artichauts (produit important). Ces bassins sont destinés à l’élevage des truites, saumons d’eau douce (150,000), crabes et écrevisses (100,000). 11 fait usage de caisses munies de deux grillages à chaque extrémité; le grillage extérieur en fer sert à arrêter les herbes, branchages, etc., et les impuretés que l’eau pourrait charrier; le grillage intérieur en mousseline, qui est appliqué contre l’extérieur et qui prend une teinte brune dans l’eau, sert à maintenir l’alevin prisonnier et l’empêche de se blesser contre les rugosités de la toile métallique : au fond de la caisse est une couche de galet de mer de 0m08 à 0m,10.

Tarn-et-Garonne. — La Société d’horticulture et d’acclimatation de Montauban a institué, il y a déjà une douzaine d’années, avec l’habile concours du regretté M. E. Wallon, une série très-intéressante d’expériences de pisciculture, en vue d obtenir le repeuplement des divers cours d’eau qui traversent cette région. Les expériences, d’abord limitées au saumon et à la truite, ont acquis chaque année des proportions toujours croissantes, grâce au concours de l’établissement d’Huningue, qui a fourni à la Société des quantités considérables d’œufs fécondés de saumon, de truite saumonée, de truite grande des lacs. Les produits de ces éducations ont été versés chaque année dans la Garonne, le Tarn, l’Aveyron, le Viaur, la Baise, etc., ou dans les eaux vives et limpides des contrées montagneuses. Grâce à ces opérations, les eaux du Tarn-et-Garonne, qui avaient entièrement perdu leur ancienne richesse, commencent à offrir de nouveau aux pêcheurs de nouvelles sources de bien-être (1) : dès 1862 on a pu pêcher dans la Garonne de jeunes saumons.

Vendée. — De nombreuses expériences ont été faites par M. des Nouhes de la Cacaudière, qui s’est principalement occupé de repeupler la Sèvre-Nan taise; par MM. Chevallereau et du Fougeroux, qui ont réussi à introduire le saumon dans le Lay; madame de Puyberneau , etc. Nous ne devons pas oublier de signaler ici l’influence heureuse de M. René Caillaud, qui a conduit par ses conseils beaucoup de Vendéens à s’occuper des questions relatives à la pisciculture.

Haute-Vienne. — M. Faustin Gonneau a établi, à une petite distance de Limoges, un établissement de pisciculture très-bien organisé, bien que sur une petite échelle, et qui commence à donner des résultats satisfaisants. Plusieurs autres personnes, parmi lesquelles nous citerons M. Bellac, des Termes, et M. Périer, au Mazeau, se sont également occupées de propager les pratiques de la pisciculture.

Vosges. — Le dépeuplement des cours d’eau, dont on remarque les tristes conséquences dans tant de nos provinces, a été attribué dans les Vosges à l’avidité avec laquelle la pèche s’opère, et d’autre part à 1 établissement de canaux de dérivation pour l’arrosage des prairies, qui permettent aux jeunes poissons d’entrer dans les canaux , où ils trouvent des eaux peu profondes et courantes, mais où ils périssent faute de pouvoir revenir aux rivières (2). Aussi a-t-on cherché

(1) Wallon, Expériences de pisciculture dans le jardin de la Société de Montauban ( Annuaire de la Société d'horde, et d’acclim. de Tarn-et-Garonne , 1860. — Voir aussi Annuaire 1866, 1867 et 1868; et Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série, t. Ier, p. 300. 1864).

(2) J. Ch. Chappelier, Quelques considérations sur le dépeuplement progressif de ?ios rivières, et moyens d'empêcher le poisson de périr en masse dans les rigoles d'irrigation , et sur le repeuplement des petits cours d’eau [Ann. de la Soc. d’émul. des Vosges, t. XII).

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divers moyens d’obvier à cet amoindrissement de la richesse publique par des mesures conservatrices, ou par l’application de la pisciculture. Parmi les personnes qui ont demandé à ce dernier moyen (etablissement de cantonnement des crocs de pêche, échelles à poissons) la rénovation de la richesse des eaux , nous devons citer M. le docteur Chevreuse, qui a opéré à Charmes et a obtenu des résultats non encore complets, mais qui promettent pour l’avenir (1). La pisciculture, du reste, devait trouver des adeptes dans le pays où M. Piemy avait fait ses précieuses observations sur la reproduction des truites.

Le saumon qui se trouvait autrefois dans la Moselle jusqu’au poids de 4 à 500 grammes, et auquel on donnait le nom de René (en l’honneur du bon roi René, qui était de Lorraine), pour exprimer sa bonté, a disparu depuis l’établissement des pêcheries sur le Rhin, et il serait bien désirable qu’on pût obtenir des mollifications au régime actuel , de façon à rendre à la Moselle cette précieuse espèce, détruite par les grands filets de la Hollande et de la Prusse, qui laissent passer le jeune saumon descendant à la mer, mais retiennent presque tout ce qui remonte.

Yonne. — Dès 1856, M. Grand, d’Esnon, a essayé de propager dans les eaux pures et trèsabondantes de son château les meilleures espèces de Salmonidés au moyen d’œufs qu’il recevait d’Huningue, et, bien qu’il ait eu d’abord à lutter (pendant cinq ans) contre les ravages des brochets, il a persisté dans son entreprise et a pu obtenir des résultats avantageux et produire des poissons d’une taille marchande. Quelques-uns de ses élèves se sont échappés dans le canal de Bourgogne, ou on en a pêché à plusieurs reprises.

L’élevage des truites doit d’ailleurs remonter à une époque éloignée dans le département de l’Yonne; car on connaît dans les pièces d’eau de Tanlay, sans qu’on sache qui les y a introduites, des truites qui y reproduisent d’elles-mêmes; ces poissons n’existent dans aucun autre cours d’eau du pays (2).

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