‹ La Pisciculture et la Pche en ChineChapitre 6 sur 62 · NORVEGE · texte numérisé non relu

NORVEGE

La Norvège, autrefois si riche en poisson, avait vu la stérilité succéder à l’abondance, dans ces dernières années, par suite de la pêche d’automne faite au moment de la reproduction et de l’emploi de filets à mailles trop petites (2); mais elle a trouvé dans les pratiques de la pisciculture le moyen de remédier à la dépopulation de ses eaux, et, par l’initiative de M. le professeur Rasch (3), le gouvernement de S. M. Charles XV a accordé sa protection la plus éclairée à une œuvre qui devait régénérer la pêche de l’intérieur (4). Depuis 1852, un surintendant des pèches, M. Hetting (5), avec l’aide d’assistants nationaux, MM. Baalde, Abel et Kuraas est chargé de

(1) Plusieurs essais d’introduction du sterlet ont été faits à plusieurs reprises dans diverses contrées, la Suède et la Prusse notamment, mais toujours au moyen de poissons adultes. Nous croyons que l’expérience faite à l’instigation de M. Andrew Murray est la première faite sur des alevins obtenus par fécondation artificielle.

(2) On s’accorde généralement, en Norvège, à considérer l’emploi des filets à mailles trop petites comme beaucoup plus nuisible que la pêche effectuée en automne, parce qu’on considère que les mauvais effets de celle-ci sont essentiellement paralysés par l’éclosion artificielle; et, à l’appui de cette opinion, on cite l’expérience du lac Furuso, en Gudbrandsdal , et de plusieurs autres localités, qui a prouvé qu’en déposant les œufs des poissons capturés dans les appareils, cette pêche, loin de nuire, présentera même des avantages. « Pour chaque poisson pris, dit M. Hetting, on aura une bien plus grande quantité d’alevins, qu’on conservera dans les réservoirs, jusqu’au moment où on peut les verser dans la rivière sans les exposer à la destruction qui menace les œufs aussi bien que les menus poissons. »

(3) II. Rasch, Om Midlerne til a forbeite Norges Laxe-og ferfkvanclsfiskeriet , in-8°, 1857.

(4) On doit remarquer que la disparition de plusieurs abus relatifs à la pêche et la prohibition de plusieurs engins reconnus nuisibles ont coïncidé avec l’établissement de la pisciculture et ont ainsi contribué à améliorer la situation. L’utilité de ces nouvelles dispositions était si bien reconnue de tous les Norvégiens, que, dès la promulgation de la loi du 6 juin 1863, un grand nombre de communes ont demandé elles-mêmes qu’on prît les mesures nécessaires. Nous devons rappeler encore ici que la loi laisse à l’initiative royale d’organiser la pêche de chaque district d’après la nature des localités, pour prévenir la difficulté qu'il v aurait à avoir une seule et même législation pour tout le pays, alors que ses diverses parties présentent des conditions souvent très-différentes. (Hetting, Rapport.)

(5) Hetting, Kortfattet Beiiedning fordem, der ville indrette udklækningsanlæg for de vinterlegende ferskvandsfiske , in-8°, 1863. — Hetting, Rapport au Storthing , en 1865, sur les progrès de la pisciculture en Norvège depuis le 21 juin 1862. — Hetting, The breeding and growth of salmon confined lo freshwater lakes ( The Field, 1865. — The Australasian , 7 July 1865. — Hetting, Salt-water apparatus for salmon and sea trout ( The Field, 1865. — The Australasian , 4 Aug. 1865). — Hetting, Veiledning ial Bygge Laxetrapper, in-8°, 1866.

présider à la multiplication des espèces de poissons les plus utiles, au moyen de l’éclosion artificielle, et de donner aux paysans les instructions nécessaires pour qu ils puissent eux-mêmes organiser avec profil des établissements de pisciculture.

Plus de cent localités sont aujourd’hui pourvues d appareils (1), qui ont déjà donné de bons

(1) Parmi ces appareils, nous pourrons citer

ceux des localités suivantes, qui ont donné les éclosions

suivantes :

Salmo fario.

Salmo alpinus.

Folgsoën en Folgen .

L’appareil a été établi en 1861 par le

propriétaire; il a été changé déplacé

et très-agrandi en 1862.

Hougen en Vingelen .

Pas de renseignements.

Non peuplé faute d’œufs.

Ons en Folgen. . .

Non peuplé complètement faute d’œufs.

Pas d’œufs.

Stubsoen en Fonset .

Point d’alevin par suite de la gelée.

Pas de renseignements.

Rosten en Fonset .

Appartient à plusieurs propriétaires.

Non peuplé faute d’œufs.

Sundnœs dans File Inderven. . . .

Destinés à peupler un lac mort, mais

l’eau ne parait pas propice à l’éclosion.

Pas de renseignements.

Svenkerud à Nœs (Haliingdal). . .

Une négligence a empêché de se pro-

curer plus d alevin.

Sogn en Aker .

Pour tenter l’acclimatation du Salmo

alpinus dans le lac de Sogn.

Rolfstad à Nœs (Rommerigë) .

Destinés à peupler un lac mort.

Ror à jNœsodden. . . : .

kl.

Id.

Kloptjern .

Appartient à la ville de Drammen.

S t ils 1 en en Trvgstad . .

Pour peupler de Salmo alpinus , mais

l éclosion n’a pas réussi.

Pas de renseignements.

Drengsrud en Asker .

> Destinés à peupler deux lacs morts.

Alsjoen en Trœn .

Non peuplé.

Kvebelejelven (Finmark) . .

Ces appareils ont été établis par la So-

Falvik-elv (Finmark) .

ciété, pour les progrès de l’agriculture

Alten-elv (Finmark) . .

en Finmark.

Salmo salar.

Salmo trutta.

Valen en Tjeldberg .

Non peuplé faute d’œufs.

Helle en Undal du Nord .

Ladefjord, près de Bergen .

Établi par M. Fasmer, pour peupler un

parc d’eau de mer projeté.

Gjolme en Orkedal.

Ces 3 établiss. n’ont pas été prêts en temps

Vaugseng en Rennebo. > .

utile pour obtenir l’autorisation de prendre

Jorlidin en Rennebo. J

[ les poissons nécessaires pour les peupler.

Si quelques appareils n’indi

iquent pas de rés

ultats plus avantageux,

cela est dû à ce que les œufs ont

résultats, et si, pour quelques-uns, le produit n’a pas toujours été ce qu’on était en droit d’attendre, cela a été dû à des circonstances accidentelles et le plus souvent à ce que les prescriptions nécessaires pour le soin des œufs n’ont pas été suivies convenablement (Hetting).

En outre, les Norvégiens ont cherché à élever le saumon exclusivement en eau douce et ont versé une grande quantité d’alevins dans des lacs, d’où il leur est impossible de gagner la mer. Malgré les assertions des Anglais, qui ont soutenu que ni le Salmo salami le Salmo trutta ne pouvaient vivre plus de deux ansct quelques mois exclusivement en eau douce, on a pu conserver deccs poissons pendant plus de cinq ans dans des lacs ou ils ont grossi et acquis le poids de deux à six kilogrammes. Une première expérience d introduction de Salmo salar et traita, faite dans un étang de Vefferstad, près de Rrantmens, n’a pas donné des résultats bien satisfaisants, puisque les poissons, à l’âge de cinq ans, ne pesaient guère plus d’une livre et demie, ce qui est dû principalement à ce que la nourriture ne se trouvait pas en assez grande abondance. En effet, dans une seconde expérience, faite par M. Hetting dans les lacs morts Siljerandeen Laurdal (district de Lauvick), les saumons, trouvant une nourriture abondante, se sont développés parfaitement et ont atteint la grosseur voulue pour la vente : il faut cependant remarquer que le développement a été, surtout pour le Salmo salar , beaucoup moins rapide qu’il ne l’eût été à la mer. Mais les deux espèces s’y sont multipliées au point de rendre les eaux très-riches en poissons : les plus gros poissons pris en 1865, pesaient six kilogrammes. Les truites et saumons péchés dans les lacs de Siljerandc ont présenté les qualités qu’on leur connaît ordinairement, si ce n’est que le saumon a été un peu plus maigre que celui de la mer, où l’alimentation est meilleure. Il faudra examiner plusieurs générations pour juger définitivement si les poissons élevés exclusivement en eau douce y perdent absolument leurs qualités primitives (Hetting, Rapport). Le professeur Rasch dit que la qualité de ces poissons n’a subi aucune diminution, et que le saumon d’eau douce se distingue par une chair moins rosée et des écailles moins brillantes. Des expériences de peuplement de lacs par des saumons paraissent avoir été faites aussi avec succès dans le lac Wettern en Suède.

Ces succès ont encouragé à faire de nouvelles tentatives, et aujourd’hui plus de cent lacs morts doivent aux pratiques de la pisciculture de renfermer dans leurs eaux de nombreux Salmonidés (1). Nous citerons entre autres :

1° Huit lacs situés à Roraas ou dans les environs, d’une superficie de 150 maal environ, ont été peuplés de Salmo fario, alpinus et Cor ego nus lavaretus. 2° Trois lacs près de Roraas ont été peuplés de Salmo fario, alpinus et salar. 3° LTn grand lac de Stortjernet près de Sjovold (Roraas), d’une superficie de 40 à 50 maal, a été peuplé de Salmo fario. 4° Quatre lacs près de Sôndrevik ont été peuplés de Salmo fario et T/iymalus vulgaris. 5° Un lac près de Hitterdal a été peuple de Salmo

manqué. Le nombre des localités ainsi pourvues d’appareils de pisciculture dépassait cent en 1865 et s’est encore augmenté depuis, et les succès constatés de l’emploi de ces appareils ont engagé tous les pêcheurs à en organiser de nouveaux. (Hetting , Rapport.)

(1) Des expériences de peuplement, au moyen de Salmonidés, faites dans le lac Wettern (Suède), paraissent avoir donné aussi des résultats très-satisfaisants.

On prétend que dans le Mjosen on n’a obtenu aucun bon résultat; mais, si ce fait est exact, ce qui n’est pas démontré, cela doit tenir à quelques conditions particulières non encore connues, et ce ne serait qu’une exception, car on pêche aujourd’hui , dans le Holtsfjord et dans le Eyri Fjord, des Salmonidés depuis une demi-livre jusqu’à dix livres et demie. On dit aussi qu’on y a déjà pêché des Coreçjonus albula, mais M. Hett ing n’avait pas pu avoir de données certaines à cet égard.

fario. 0" Deux lacs près de Fol; jeu, d’une superficie de 45 maal environ, ont été peuplés de Salmo fario. 7° Trois lacs près de Folgsôen, d’une superficie de 65 maal environ, ont été peuples de Salmo fario (1). Ces alevins provenant des appareils établis à Kuraas, Roraas, Sjovol, Sôndrevik, Langenso , Grue et Folgoen en Folgen. En outre, de ces lacs, autrefois morts, c’est-à-dire dans lesquels il n’existait pas de poisson, on a versé des alevins dans des eaux qui en contenaient déjà (dans quelques cas les alevins se sont échappés directement des appareils); mais les quantités versées dans les grandes eaux n’ont pas été assez considérables pour qu’on ait pu en apprécier les résultats. Ce sont principalement les eaux mortes qu’on s’est occupé de peupler, et dans plusieurs, qui ont été fournies les premières d’alevin, on a déjà pêché, d’abord des alevins, puis des poissons propres à l’alimentation et pesant un demi-kilogramme et plus. Aucun des lacs cités plus haut n’avait été péché (1865), excepté celui de Stortjernet, autrefois riche en Salmo fario , mais presque entièrement dépeuplé par une exploitation déraisonnable. On a remarqué que la pêche de ce lac avait augmenté dans une forte proportion depuis 1 introduction d’alevin, et on a péché en 1865 des individus mis dans le lac en 1861 et marqués à la nageoire adipeuse, qui pesaient un demikilogramme. Sans doute ce poids n’est pas considérable, mais cet inconvénient est bien compensé et au delà par l’abondance de poisson que présentent aujourd’hui ces lacs. (Note de M. Kuraas adressée à M. Hettinrj.)

On a fait sur les diverses espèces de Salmonidés des essais analogues à ceux que nous venons de rapporter sur le Salmo salar et en particulier sur le Salmo traita, qui paraît l’espèce la plus

(f) D’après le Rapport officiel de M. Hetting, surintendant de la pisciculture en Norvège, les lacs suivants, où auparavant il n’y avait pas de poissons du tout, ou au moins très-peu, ont été peuplés de poissons élevés artificiellement.

1° Svarttjernef, près de Roraas, avec truites el lavaret, en 1862;

2° Gammelvoldtjernet , avec des truites, en 1862 et 1863 ;

3° Torbngtjernet, avec du Salmo alpinus , en 1863 ;

4° Taraldstjernet, avec du Salmo alpinus , en 1863;

5° Trois petits lacs, avec des truites et du Salmo alpinus, en 1863 ;

6° Rensoin, avec des truites, en 1863;

7° Kjeraastjernet , avec des truites, en 1863 ;

8° Pinstjernet, avec des truites, en 1863 ;

9° Svastaartjernet, avec du saumon, en 1861 ;

10° Blantstjernet, avec du Salmo alpinus , en 1862 ;

11" Hagstjernet, avec des truites, en 1863 et 1864 ;

12° Stastjernet, avec des truites, en 1862, 1863 et 1864. En 1862, on marqua 15 petits poissons élevés dans un appareil près du lac, et 1 on prit, en 1864, deux de ces poissons marqués, qui pesaient chacun plus d’un demi-kilogramme ;

13° Sônderviktjernet, avec des truites, en 1862 et 1863 ;

14° et 15° Trois lacs, avec du Salmo alpinus, en 1862 et 1863 ;

16° Un lac, avec des truites, en 1863 et 1864 ;

17° Un lac du Dalsbygden, avec des truites, en 1863 et 1864 ;

18° Un autre lac du Dalsbygden, avec des truites, en 1863 et 1864;

19° Aastjernet, avec des truites, en 1863;

20° Stortjernet, avec des truites, en 1863 ;

21° Midstjernet, avec des truites, en 1863. (Note communiquée par M. H. Baars, secrétaire de l'Exposition de Bergen.)

facile à acclimater dans les eaux douces, oit il grandit et prend en un temps assez court des dimensions suffisantes pour la pêche : c’est certainement un Salmonidé qui deviendra une véritable espèce d’eau douce, mais il est à remarquer que son introduction dans les eaux ou existe déjà le Salmo alpinus devra donner des résultats moins satisfaisants, parce que les alevins de ce dernier, qui se reproduit beaucoup plus tôt que les autres Salmonidés, sont très-friands des oeufs du Salmo traita et même de ses alevins dans les premiers temps qui suivent leur naissance (1). C’est donc à tort que, dans un certain nombre de lacs, on a versé en même temps des jeunes de ces deux espèces (Hetting, Rapport).

Le Thijmalus vulgaris (truite ordinaire), qui abonde en Norvège, ne doit pas non plus être élevé dans les mêmes eaux que le Salmo traita, parce qu’il détruit en grande quantité l’alevin de ce dernier, qui naît plus tard que le sien (en été), la fraye du Thijmalus ayant lieu en mai.

Le Coregonus albala, qui abonde dans certaines parties de la Norvège (le Mjosen et le Taagen), a été l’objet de tentatives de multiplication dans des lacs très-profonds et de très-grande étendue, ainsi que dans quelques fjords intérieurs, mais il ne sera pas possible avant quelques années de connaître d’une manière certaine les résultats obtenus. II paraît cependant qu’on a déjà aperçu dans le Tyrifjord et le Randsfjord des alevins d’une certaine taille. Les essais d’éclosion artificielle qui ont été faits jusqu’à présent par MM. Rasch et Hetting ne paraissent pas encore avoir réussi d’une façon satisfaisante.

Le Coregonus lavaretus a réussi toutes les fois qu’on a tenté l’empoissonnement dans des lacs alimentés par une eau courante provenant d’un torrent et non d’une source ou d’un marais : il est essentiel pour cette espèce que les lacs ne soient ni bourbeux ni marécageux. Il n’y a pas de danger à le mettre avec les truites, car celles-ci n’en souffrent pas, mais au contraire empêchent sa trop grande multiplication (Hetting).

On a cherché aussi à empoissonner certaines eaux avec la perche ( Perça Jluviatilis et Lucioperca) et avec le brochet (Esox Lucius), mais, en raison même de la valeur moindre de ces espèces et de leur voracité, la culture a été l’objet de moins de soin. Ces poissons cependant se développent facilement dans les lacs, surtout ceux des régions basses.

Les essais ont porté surtout sur les Salmonidés et en particulier sur 1 e Salmo salar, qui est l’espèce la plus estimée et qui avait presque complètement disparu d’un certain nombre de rivières (Rasch).

Les propriétaires riverains du Drams-elv (2), du Mandals-elv (3), du Laagen-elv (4), du

(1) Malgré l’antipathie naturelle qui semble exister entre le Salmo trutta ou fario et le Salmo alpinus, on a cherché à en obtenir des métis, et nous en avons vu des spécimens très-beaux chez M. Hanson, près de Stavanger.

(2) La pêche du Drams-elv, en 1863, a donné un produit qui dépasse de beaucoup celui des vingt dernières années, et on a remarqué en particulier un beaucoup plus grand nombre de petits saumons, ce que les propriétaires pensent devoir être très-probablement la conséquence de la protection dont on entoure maintenant l’alevin. Entre autres choses, la protection a servi à empêcher l’abus, autrefois pratiqué pendant tout l’été, de pêcher à la canne des centaines de petits poissons de trois à quatre pouces. (Hetting, Rapport.)

(3) Les propriétaires riverains du Mandals-elv ont certifié que le double résultat de l’inspection et de l’éclosion artificielle a été très-satisfaisant, car il est généralement reconnu, disent-ils, que l’alevin est beaucoup plus abondant qu’ autrefois , que le nombre des petits et des grands saumons a presque doublé, que jamais, pendant une génération, la pêche n’a été aussi productive, et que jamais on n’a vu sauter autant de poissons dans la rivière que cette année, 1863. (Hetting, Rapport.)

(4) Beaucoup de personnes affirment que, depuis vingt années, jamais la pêche du Laagen-elv n’a donné

Topdals-elv (1) et du Haa-elv (2), ont formé des associations pour verser chaque année dans chacun des cours d’eau une grande quantité de jeunes saumons et ont pu rendre leurs pêcheries aussi florissantes que parle passé (3). Ce résultat a été obtenu en organisant, sur le bord des rivières, des bassins latéraux alimentés par une dérivation et disposés de façon à offrir les conditions les plus favorables à la fraye. On y dépose les saumons au moment de la ponte, et on recueille avec soin les œufs qui se sont trouvés ainsi fécondés dans les conditions les plus semblables à celles de la nature : ces œufs sont déposés dans des appareils alimentés par des eaux de source dans les contrées basses, et indifféremment par l’eau des fleuves ou des sources dans les régions élevées; ils y accomplissent toute l’évolution embryonnaire; et l’alevin qui en provient est conservé dans les appareils jusqu’à complète résorption de la vésicule germinative. Alors on parque les jeunes poissons dans de petits bras de rivière ou dans des bassins circonscrits, qu’on peut aisément surveiller (ce qui donne le moyen de se garer des attaques de nombreux ennemis), et dans lesquels il est facile de leur donner, sans trop de frais , une nourriture convenable et abondante. Au fur et à mesure de leur croissance , les jeunes poissons passent dans des bassins de plus en plus spacieux jusqu’à l’àge de dix mois à deux ans, époque où on les verse dans les cours d’eau que l’on veut empoissonner. Ce procédé, qui a l’avantage de n’abandonner, exposés à toutes les chances de la vie, les jeunes poissons que lorsqu’ils sont assez forts pour éviter les atteintes du plus grand nombre de leurs ennemis, a donné des résultats merveilleux (Rascb).

M. le professeur Rasch (4) a le premier employé les appareils à incubation de Norvège et leur a donné la disposition suivante. Trois eomparti monts de 8 aunes (9m144), larges de 8 pouces (0m20), profonds de 5 pouces (0'n 125), étaient disposés sur un même plan et recevaient l’eau de

de produit comme celui de cette année, 1863. On a remarqué que depuis l’installation de la surveillance, qui remonte à cinq ans, la pêche a continuellement augmenté, surtout en petits saumons de quatre, cinq et six livres. (TIetting, Rapport.)

Dans trois rivières, l’éclosion artificielle a été continuée pendant ces dernières années, mais elle n’a pas été pratiquée sur une assez vaste échelle pour produire à elle seule les résultats constatés.

(1) Dans le Topdals-elv (près de Ghristiansand), on a remarqué, depuis qu’on a commencé à y verser de l’alevin, une augmentation considérable du nombre des poissons, et surtout des jeunes saumons. (Hetting, Rapport.)

(2) Depuis l’établissement d’appareils à éclosion artificielle, le Haa-elv est beaucoup plus riche en saumons, surtout en jeunes, bien que la pêche y soit faite sans aucune mesure et qu’il n’y ait aucune protection du poisson. Ces deux rivières fournissent donc la preuve de l’influence heureuse et absolue de l’éclosion artificielle, et sans qu’on puisse y faire intervenir l’action de la protection. (Hetting, Rapport.)

(3) Un fait remarquable, c’est que l’augmentation du poisson en a fait monter le prix. Ce résultat assez étrange provient de ce que les Anglais trouvent leur compte à acheter et à exporter le saumon frais , surtout de la préfecture de Lister et Mandai. Jusqu’à ces dernières années, le produit de la pêche était trop insignifiant pour compenser les frais d’installation nécessaires à ce commerce. En 1864, il a été exporté de Christiansand une valeur de 16,307 species-daler de saumon provenant, pour la plupart, de Topdals-elv et du Torridals-elv. En 1865, l’exportation a été de 37 à 38,000 sp. d. Le prix moyen est de 2 sp. d. les 12 livres, au lieu de 1 sp. d. les 12 livres, qui était le prix ancien. (Hetting, Rapport.)

On peut, en outre, remarquer que la pêche des cours d’eau, qui est louée à des amateurs, a également augmenté de valeur. C’est ainsi qu’un droit de pêche, dans le Laagen-elv, a été acheté, en 1864, par un Anglais, pour 800 sp. d. (4,500 fr.), prix qui n’est pas trop élevé, tandis qu’il y a cinq ans ce même droit ne valait guère que la moitié. (Hetting, Rapport.)

(4) II. Rasch , Om MUterne til al for beile Norijes Laxe-ocj forfkvandsfiskeriet, in-8°, Christiania, 1857.

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telle sorte qu’elle devait parcourir tout l’appareil avant d’en sortir; on réglait le courant de l’eau au moyen de petites vannes, placées au point de communication des réservoirs contigus. Plus tard on fit des appareils dont chaque compartiment recevait directement l’eau de la source, ce qui permit de donner à chacun d’eux une force de courant particulière. Les appareils ont depuis été remplacés par des modèles français, qu’on a appropriés aux circonstances en tâchant de leur conserver leur coût minime. M. Hetting (1), surintendant des pêches de Norvège, emploie l’appareil suivant. Deux tonneaux de même hauteur, pour éviter toute chute d’eau, en bois non résineux et ayant subi une macération assez prolongée pour le débarrasser de tout son tannin, sont placés dans la chambre à incubation, ce qui préserve autant que possible des variations atmosphériques. Chacun de ces tonneaux, d’une hauteur de 3 mètres environ sur 1 mètre 80 de largeur, présente dans sa partie médiane une planchette droite, plongeant de 8 à 10 pouces (0m225) au plus et dépassant le niveau de 1 à 2 pouces (O'OOS environ); elle sert à rompre le courant, et, le rendant presque insensible, permet le dépôt des impuretés que l’eau pourrait entraîner et qu’il serait nuisible de laisser déposer sur les œufs. En même temps, pour prévenir le dépôt des impuretés qui auraient pu rester en suspension, on active le courant dans les auges de bois dépouillé de son tannin , disposées en escalier pour l’aération de l’eau qui les traverse toutes et vient tomber dans une grande cuve d’eau où l’on peut recueillir l’alevin. Cet appareil, mis en usage dans un certain nombre de localités en Norvège, y a donné de bons résultats et est aujourd’hui généralement adopté.

M. Hetting place quelquefois dans les courants une boîte rectangulaire offrant sur deux de ses faces opposées un grillage de toile métallique qui permet le passage de l’eau, mais qui est assez serré pour prévenir d’une part l’entrée des ennemis du saumon, et d’autre part la sortie des œufs entraînés par le courant, et plus tard celle de l’alevin. Pour rompre la force du courant, cet appareil porte à sa partie antérieure un plancher formant biseau.

Les eaux qu’on emploie pour les incubations artificielles ont une température qui se maintient, en hiver, entre +2 et -f- 4 1/2 P», (-j- 3° à -f- 6° centigr.). Dans les régions basses, on préfère les eaux de source à celles des rivières , qui deviennent troubles pendant la mauvaise saison et présentent des variations brusques et considérables de température. Dans les régions élevées, où l’eau est plus pure et se maintient à une température assez constante de -{- 3° à -j- 5° centigrades, on place, sans aucun inconvénient, les appareils dans les courants. Si on craint que les eaux ne soient trop chargées d’acide carbonique, on chasse ce gaz en faisant rejaillir l’eau sur des obstacles, qui la divisent, avant de la recevoir sur les œufs.

Presque partout, comme nous l’avons déjà dit, on se contente de recueillir les œuls sur les frayères naturelles pour les mettre en incubation; quelquefois on a recours à la fécondation artificielle par la méthode française, qui donne partout des résultats si avantageux. Cependant quelques personnes préfèrent la méthode Vrasski (2), qui consiste à recevoir les œufs à sec dans un vase et à verser aussitôt dessus de l’eau qui vient d’être immédiatement chargée de la liqueur fécondante. Cette méthode, au dire de ses promoteurs, permettrait aux œufs de garder toute leur faculté attractive et faciliterait leur pénétration par les spermatozoïdes. Nous ne pensons

(1) Hetting, Kortfattet Beiledning forndem , der ville indretle udklœkningsanglœg for de vinterlegende fervandsfiske, in-8°, Christiania, 1863.

(2) Holmberg, Ueber Fischkullur in Finnland ( Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou , t. XXXVII, p. 45, 1864).

pas qu’on doive accorder la préférence à ce procédé sur celui de M. Coste, qui consiste à recevoir les oeufs dans l’eau au sortir du corps de la femelle. Nous devons cependant faire remarquer que M. Basch reconnaît à cette méthode 1 avantage de pouvoir faire voyager les oeufs avant leur fécondation et de donner ainsi les moyens de faire des expériences de métissage d’espèces qui ne vivent pas dans les mêmes eaux.

En Norvège on ne partage pas l’opinion des Anglais, qu’il y ait avantage à faire 1 incubation dans le gravier, sous prétexte d’imiter ainsi plus exactement la nature; M. Hetting, d accord en cela avec M. Coste, dit que le développement ne s’y fait pas mieux , que la surveillance des œufs est presque impossible durant 1 incubation, et, d’autre part, qu’il est presque impossible de retirer, sans les blesser, les alevins des anfractuosités où ils ont cherché refuge.

Les viviers, dans lesquels on peut conserver le poisson jusqu’au moment de lui donner la liberté, n’avaient pas dans les premiers temps inspiré confiance aux éleveurs; mais aujourd hui on est revenu de ces préventions, car on a reconnu qu’ils permettaient tout au moins d’entretenir à peu de frais le poisson nécessaire à plusieurs familles, et leur nombre a beaucoup augmenté. Bien (pi on ne connaisse pas encore assez complètement la question pour préjuger dîme manière absolue des qualités bonnes ou mauvaise d’un vivier, on reconnaît qu’il faut avoir des compartiments, trois ou mieux quatre, pour séparer les animaux des divers âges. Le premier, où on met l’alevin, doit avoir, pour 8,000 à 10,000 poissons, 20 mètres environ de longueur sur 10 de largeur et 0,80 de profondeur. 11 pourrait contenir une population plus nombreuse, mais il faut songer à l’accroissement d’espace qui sera nécessité par les années suivantes. Le second vivier, qui reçoit le poisson quand il a environ dix mois, doit avoir 80 à 90 mètres de long sur 20 de large et 1 mètre et demi de profondeur. Les poissons peuvent y rester jusqu’à l’âge de deux ans et demi et peser 150 grammes, s’ils ont trouvé une abondante nourriture. Le troisième vivier doit avoir près de 170 mètres de long sur 40 de large et 2 de profondeur; du reste, il n’y a aucun inconvénient à lui donner des dimensions plus considérables. Une prise d’eau de deux à trois pouces suffit pour des viviers des dimensions que nous venons d indiquer. Le canal qui réunit les divers viviers doit être muni de claies qui arrêtent le poisson, tout en n’empêchant pas le courant.

Nous ne voulons pas finir cette esquisse de la culture des eaux en Norvège sans fixer l’attention des naturalistes; il nous semble qu’on n’y a pas fait une suffisante attention. Quelques personnes nient qu’il soit possible, malgré les faits observés et que nous avons déjà rapportés p. 39, d’élever avec avantage les saumons en eau captive; cependant des résultats certains ont été obtenus non-seulement en Norvège, mais encore en Amérique, et en France dans le lac Pavin: mais, pour ainsi dire, personne n’a fait attention au fait signalé par M. Hetting , relativement aux saumons élevés dans le Wenuern : c’est que le saumon, chaque année, de mai jusque vers l’automne, émigre du Wennern vers le Klara-elv, tout comme le saumon de mer, à la même époque, quitte les eaux salées pour se rendre dans les lacs. Comme les dispositions à prendre, dit M. Hetting, pour protéger et multiplier le poisson, doivent être indiquées par les habitudes et la nature de ces animaux, il est évident que le fait que nous venons d’annoncer devra être pris en très-sérieuse considération , si I on veut donner un nouvel essor à la perche du Wennern (1).

(1) Hetting, Observations sur la pêche du saumon dans Trysel et Klara-elv ( Bulletin de la Société impériale d'acclimatation, 2e série, t. III, p. 137, 18G6; Idem, t. VI, p. 699, 1869).

CHEZ LES DIVERS PEUPLES

Gomme complément de ces tentatives d’empoissonnement de leurs eaux par les Salmonidés, les Norvégiens ont été amenés à y introduire d’autres espèces destinées à leur servir de nourriture; mais ils ont bientôt appris, à leurs dépens, que le choix de ces espèces n’était pas indifférent; car il peut arriver que telle espèce qui fournit pendant son jeune âge une nourriture parfaite aux Salmonidés, devient plus tard très-dangereuse pour leur alevin. C’est ainsi que le Gorlrim (Phoxinus lœvis, Agass.), le Kroc/clen ( Osmerus eperlanus ), le Blaaspol ( Cyprinus aspius ) et le Brasen [Abramis Brama), passent pour devenir très-nuisibles en raison de leur voracité (Hetting). D’après les observations fai/es, le Mort ( Cyprinus rutilas ) serait la meilleure de toutes les espèces propres à nourrir les espèces utiles et précieuses; car son alevin n’est pas assez vif pour pouvoir atteindre ceux des Salmo, et d’autre part il pullule tellement que ni saumons ni brochets ne peuvent le détruire. Pour se le procurer, rien de plus facile que de recueillir ses œufs sur les plantes submergées des ruisseaux, ou de pêcher les Morten en quantité suffisante pour faire des fécondations artificielles (Hetting).

De tous les faits susén onces, il est facile de tirer la conclusion que la pisciculture a donné en Norvège tout ce qu’on était en droit d’en attendre, et nous citerons en terminant une dernière preuve incontestable de son utilité. Dans le lac Furusp, autrefois riche en poisson et qui avait été dévasté par suite de l’emploi d’engins destructeurs, on établit, en 18G1, un appareil à éclosion; depuis cette époque, l’éclosion s’est faite sur une grande échelle. Après quatre ans, les produits de la pêche ont doublé, les frais de construction des appareils ont été couverts par les bénéfices réalisés. Comme le mode de pêche n’a pas été changé, il y a donc là une preuve manifeste des grands avantages de la multiplication artificielle (Hetting, Rapport ).

Notons, en terminant, que les appareils de pisciculture norvégiens sont ceux d’Huningue, c’est-à-dire de M. Coste, modifiés un peu pour être adaptés aux conditions particulières du pays (1). Le nombre de ces appareils, qui ont été organisés d’abord par M. le professeur Rasch et ensuite par M. Hetting, va en augmentant tous les ans.

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