‹ La Pisciculture et la Pche en ChineChapitre 8 sur 62 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

Depuis 1854, l’Empire russe possède à Nikolks, près Demiansk, gouvernement de Novgorod, un établissement de pisciculture fondé par M. Vladimir Pavlovitch Vrasski, qui avait été amené à s’occuper de pisciculture par la connaissance des résultats obtenus à Huningue (3). Les premiers essais de M. Vrasski ne réussirent pas, car il n’avait pas su trouver le mode de nourriture à donner à ses élèves, c’est-à-dire aux petits alevins de lotte et de gardon qu’il avait obtenus par fécondation artificielle. Les premières incubations furent faites dans dès plats et assiettes, chez lui ; mais dès 1855, il avait organisé sur le ruisseau de Piestofka, qui traverse son domaine, un laboratoire pour pratiquer ses opérations piscicoles. Les jeunes truites obtenues en 1856 furent nourries avec des insectes aquatiques recueillis dans les environs, et prospérèrent chez M. Vrasski. En effet, en 1857 elles avaient atteint déjà 0"'22 de longueur. Mais, comme les produits obtenus par ses premières fécondations artificielles étaient presque nuis, malgré le soin qu’il prenait de suivre scrupuleusement les indications des pisciculteurs les plus renommés, M. Vrasski eut l’idée détenir un compte exact de ses diverses operations de fécondation artificielle, et reconnut qu’il avait une réussite d’autant moins complète que le mélange des œufs et de la laitance avait été plus retardé. Des observations minutieuses qu’il avait prises, il conclut que : 1° Etant reçus dans de l’eau au moment où ils sont expulsés du poisson, les œufs absorbent et ne gardent la faculté d’être fécondés que tant que cette absorption n’est pas finie, c’est-à-dire pendant une demi-heure au plus. Reçus dans des vases secs au sortir du poisson, les œufs conservent

(1) Widegren (Hjalmar), Beràttelse ôfver at garder for fiskeriernas ordnande och fôrbattring under âr 1865 (Handlingar rorande Landtbrukel och dess Binaringar, p. 61, 1867). — Malmgren (Dr And. Joli.) , Tidskrift for Fiskenhàring och aquikultur, 1869.

(2) Bull, de la Soc. d’acclim., t. X, p. 359, 1863.

(3) Paul Vœlkel, l’ Etablissement de Niko/sk pour (' éducation des poissons de luxe (Bull, de la Soc. d’acclim., 2e série , t. VII, p. 508, 1870).

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au contraire assez longtemps la faculté, une fois mis clans l’eau , de recevoir des spermatozoïdes; 2° les spermatozoïdes de la laitance, en tombant dans l’eau, commencent immédiatement à faire, avec beaucoup de vigueur et de rapidité, des mouvements qui ne durent cependant qu’une minute et demie ou deux au plus; ce laps écoulé, on ne voit plus que dans quelques rares spermatozoïdes des mouvements particuliers et convulsifs de l’agonie. Quand, au sortir du mâle, on reçoit la laitance dans un vase sec, elle ne change pas pendant plusieurs heures, et, dans cet intervalle, les spermatozoïdes ne perdent pas la faculté de se mouvoir dès qu’ils se trouvent en contact avec de l’eau. Enfermée dans un tube sec et bien bouché, la laitance conserva sa vertu fécondante pendant six jours. De ces observations, M. Vrasski arriva à adopter le système des vases secs, et versa sur les œufs la laitance aussitôt qu’il venait de l’étendre d’eau. Le succès fut complet : les œufs se fécondèrent tous sans exception. Encouragé par ce beau résultat, M. Vrasski ajouta, en 1857, à sa petite maisonnette, un nouvel établissement plus considérable, et fonda, en 1860, avec M. Benardaki et les frères Riéchetkine, une société au capital de 40,000 roubles (160,000 francs) pour donner plus d’extension à ses opérations de pisciculture artificielle. Ce fut avec cette somme qu’il organisa l’établissement tel qu’il existe aujourd’hui. Dans la Piestofka, il pratiqua plusieurs digues pour parquer le poisson, et, à l’endroit où le ruisseau sort du lac de Piestofska, il organisa un barrage permettant de régler l’écoulement de l’eau du lac. L’établissement actuel se trouve dans un bâtiment de bois sur des fondations de pierre, mesurant 15 sagènes sur 6 (à peu près 30 mètres sur 12). L’une des extrémités de ce bâtiment est affectée à des habitations. L’établissement proprement dit a 12 sagènes de long sur la même largeur de 6. Au milieu de ce dernier espace se trouve un grand bassin à eau courante servant de vivier pour les reproducteurs, c’est-à-dire des mâles et des femelles qui fournissent les laitances et les œufs. Ce vivier est de planches, il a 1 archine et demie de profondeur sur une longueur de 7 sagènes et 4 archines de largeur. Parallèlement au vivier, il y a des deux côtés huit petits bassins de pierre et de brique. Ces bassins ont 10 archincs de long sur 1 archine et demie de large et 6 verchoks de profondeur. L incubation s’y fait sur de petits plats carrés. L’alevin se nourrit dans ces mêmes bassins pendant les premiers mois, jusqu’au moment où il est mis soit aux parcs, soit dans le lac. L’eau, après avoir quitté la Piestofka, entre d’abord dans un grand réservoir d’où trois conduits la mènent au vivier et dans deux filtres de bois. Dans ces derniers, elle passe sur du sable, et, après ce nettoyage , elle arrive dans les bassins de pierre qui contiennent les œufs et 1 alevin. Près de rétablissement se trouvent un grand lac (de Piestof), le ruisseau de la Piestofka, et cinq parcs disposés en gradins l’un au-dessus de l’autre ensuivant la Piestofka. Les parcs sont séparés par des barrages, et pour empêcher le poisson de passer de l’un à l’autre, on place devant chaque barrage un châssis de bois avec une grille de fil de fer. La construction de l’établissement, la création des barrages, le creusement des parcs, le poisson nécessaire pour commencer, etc., ont coûté aux entrepreneurs une somme de 50 à 60,000 roubles ('entré 200,000 et 240,000 fr.).

Une subvention de 50,000 roubles (200,000 fr.) fut accordée à l’établissement de Nikolsk (l) par le gouvernement russe, à la condition qu’elle serait remboursée à la Couronne ou que , dans le cas d’une liquidation, le gouvernement prendrait l’établissement. En 1868, la com-

(1) Cette subvention, destinée à donner plus d’extension à l’établissement de Nikolsk, fut accordée en 1863, quelque temps après la mort deM. Vrasski.

pagnie ne voulut plus exploiter rétablissement, qui, par suite, passaaux mains du gouvernement russe. Actuellement, la direction de rétablissement de Nikolsk est confiée à un employé du ministère des domaines impériaux. Le personnel se compose d’un intendant en chef, d’un intendant en second, d’un surveillant des barrages, d’un charpentier et d’un garde. Le total des appointements monte à 1020 roubles annuellement, les autres dépenses à 800 roubles (3200 fi\).

La localité avait été parfaitement choisie par M. Vrasski, en raison de l’abondance eide la pureté de l’eau courante, les environs de l’établissement et les deux districts de Valdaï et de Démiansk étant en général riches en petits lacs, petites rivières et ruisseaux très-bien disposés pour l’éducation du poisson. De plus, l’établissement se trouvant sur la ligne de partage des bassins du Volga et du Ladoga, il semble destiné à être une station d’acclimatation de premier ordre. Les fondateurs se sont imposé la tâche d’enrichir chacun des deux bassins des trésors de l’autre. Dans' le Volga, ils introduisent les lavarets, et ils cherchent à doter la INeva du sterlet et de l’esturgeon. Cet été même (1870) est consacré par eux à l’acclimatation, dans le lac Seliguère, de plusieurs milliers de lavarets élevés à l’établissement.

L’éducation porte actuellement sur les lavarets et les truites, dont on obtient sur place les œufs, de poissons éclos et élevés à l’établissement. Ces poissons reproducteurs restent toute 1 année dans les parcs, où ils sont nourris avec de petits gardons et des ables. Au commencement d octobre, on fait écouler l’eau des parcs et l’on prend les plus beaux spécimens de lavarets et de truites pour les mettre au bassin de l’intérieur de l’établissement. Ce bassin est divisé en plusieurs compartiments par des châssis de bois tendus de grilles de fi! de fer. Dans un compartiment, on met les lavarets mâles; dans un autre, les lavarets femelles; dans le troisième, les truites mâles; dans le quatrième, les truites femelles. Vers le 20 octobre, les femelles commencent à frayer, et l’on procède à la fécondation artificielle.

La fécondation des œufs a lieu de la manière suivante. On choisit dans le bassin une femelle mûre, c’est-à-dire dont les œufs s’écoulent à la moindre pression. Deux hommes la prennent, l’un par la tête, l’autre par la queue, les mains enveloppées d’une serviette pour que le poisson ne glisse pas, et ils la tiennent penchée, la queue en bas. L’homme qui fixe la tête tient le poisson de la main gauche et promène la main droite de la tête sur le ventre vers la queue en appuyant légèrement; cette pression fait venir les œufs en un jet continu. L’ouvrier qui tient la queue de sa main droite, se sert de la gauche pour recevoir les œufs dans une caisse de zinc à sec. Quand tous les œufs ont été expulsés, la femelle vidée est déposée dans une division du bassin et la caisse aux œufs est mise sur une table. Après, ils choisissent dans le bassin un mâle et en obtiennent absolument de la même manière sa laitance, qui tombe goutte à goutte dans un vase de fer blanc. Quand le mâle a été remis dans le bassin, ils délayent la laitance avec un peu d’eau, en agitant avec une plume, et la déversent dans la caisse avec les œufs qu’on tourne également avec une plume très-doucement, rie manière à favoriser le mélange. Cela fait, les œufs restent dans la pièce encore pendant dix minutes, et la fécondation s’opère par la pénétration des spermatozoïdes dans l’intérieur des œufs. Celle-ci faite, on soumet les œufs à un courant d’eau pour enlever les restes des laitances. L’eau tombant sur les œufs traverse toute la caisse et s’échappe à l’autre bout par une ouverture munie d’une toile métallique, pour que l’eau ne puisse pas entraîner les œufs. L’opération du lavage prend environ une demi-heure. Les œufs sont ensuite déposés suide petits plats carrés à bords droits et peu élevés, et on les met en incubation dans les bassins de pierre dont nous avons parlé plus haut. Dans ces bassins, on règle le niveau de l’eau de manière

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quelle ne couvre les œufs que d’un demi-verchok (0m,022). Le temps qui s’écoule jusqu’à l’éclosion est plus ou moins long, suivant la température de l’eau. Dans l’établissement de Nikolsk , on maintient l’eau entre un demi-degré et l degré IL, et les petits poissons commencent à sortir des œufs au mois de février; mais l’éclosion ne se fait abondamment qu’au mois de mars. Pendant tout le temps que dure l’incubation, il faut veiller à ce que les œufs soient toujours dans un état de propreté parfaite, et il faut avoir soin d’écarter ceux qui sont gâtés, ce qu’on reconnaît à leur couleur.

Les alevins de lavaret portent une vésicule embryonnaire très-petite, qui ne les empêche pas de nager dès leur sortie de l’œuf; celle des truites, beaucoup plus volumineuse, maintient le poisson en place, jusqu’à ce qu elle ait été résorbée.

La première nourriture consiste en insectes vivants et en larves, qu’on pêche en grandes quantités dans les marais, au moyen de petites trubles en mousseline. Au mois de mai, on ajoute à cette nourriture de l’alevin de gardon à peine éclos. Comme les œufs du gardon s’attachent aux objets qu’ils rencontrent dans l’eau, on les recueille en plaçant dans le lac, à l’époque du frai, c’est-à-dire au commencement de mai , des rameaux de sapin qu’on fixe au fond. Le gardon y dépose ses œufs, qui sont transportés ensuite, avec les branches auxquelles ils sont attachés, dans un des bassins de l’établissement ; quinze jours après, on a de petits gardons, qu’on pêche également autour des rameaux avec des trubles de mousseline. Au mois de juin, les jeunes truites et lavarets sont tirés des réservoirs et placés, une partie dans les parcs, le reste dans le lac, où déjà ils pourvoient eux-mêmes à leur nourriture.

L’établissement doit fournir actuellement, par an, 100,000 truites et 50,000 lavarets; mais il serait facile d’y faire éclore et d’élever 600,000 petits poissons par an. En outre, l’établissement peut fournir un million par an d’œufs fécondés et laissant voir à travers 1 enveloppe les yeux de l’embryon.

Dans la première année, les jeunes truites et lavarets atteignent de 2 verchoks et demi à 3 verchoks et demi (0m,088, à 0m, 154) de longueur. Dans les années suivantes, ils grandissent de 1 à 1 verchok et demi par an. Les truites mâles élevées dans l’établissement donnent parfois delà laitance des la seconde année. Les lavarets arrivent à leur maturité complète dans le lac de Pétof, qui dépend de l’établissement, dans la cinquième ou sixième année. Les plus grands lavarets qui aient été élevés à Nikolsk mesuraient 8 verchoks et demi (0m,274); les plus grandes truites 10 verchoks (0m,44).

En passant aux mains du gouvernement, l’établissement de pisciculture de Nikolsk fut consacré plus spécialement à des essais d’acclimatation, et il eut pour destination de répandre dans les eaux de la Russie toutes les espèces de poisson qui, par leur genre de vie, promettent d’y réussir, en offrant, par leurs qualités alimentaires, de nouvelles ressources. En 1870, un premier pas fut fait dans cette direction, par le dépôt dans le lac Seliguère de plusieurs milliers de lavarets élevés dans l’établissement.

Cette tentative d’introduction de ce précieux poisson dans le Volga semble devoir réussir, d’autant que le Volga est peuplé d’esturgeons, très- voisins du lavaret. Une circonstance vient augmenter ces espérances, c’est que les jeunes lavarets destinés à peupler le Volga avaient été élevés dans une localité intermédiaire aux deux bassins du Ladoga et du Volga, et qu’ils provenaient d’œufs obtenus dans l’établissement même. L’acclimatation dans cette localité avait été complète.

La transition pour ces lavarets a donc été beaucoup plus ménagée que pour ceux pris dans la Néva et même pour ceux provenant d’œufs de lavarets de la Néva ou du Ladoga. On a également ( intention de faire des expériences de reproduction artificielle du sterlet , et on a reçu dans ce but, en 1869, de Rybinsk, 100 sterlets destinés à des expériences de fécondation artificielle. En automne 1869, l’établissement a reçu de Saint-Pétersbourg une petite quantité d’œufs fécondés de saumon.

On espère aussi pouvoir doter le bassin du Ladoga des esturgeons et de leurs congénères, les Nielmas. Ces derniers poissons abondent dans le lac de Koubensk, qui , par son climat, la nature de ses eaux et celle de son fond , ressemble très-exactement au lac Iémen.

Afin de développer en Russie la pisciculture, on a commencé, à Nikolsk, la vente de lavarets et truites depuis l’âge de six semaines jusqu’à celui d’un an , ainsi que des œufs fécondés de ces deux espèces. L’établissement fournira les œufs laissant voir, à travers l’enveloppe , les yeux de l’embryon, car dans cet état, les œufs, couverts de mousse humide et d’une toile, peuvent être envoyés à de grandes distances. Ils n’exigent d’autre soin que d’être, à destination, lavés et débarrassés des œufs gâtés.

Le plus grand obstacle pour la vente des œufs fécondés venait de ce que le transport par les messageries était excessivement lent, tandis que l’envoi par la poste était impossible, les règlements prescrivant pour toutes choses humides une fermeture hermétique, fâcheuse pour la vie de lembryon.

D’après un arrêté du ministère de 1 intérieur, les envois d’œufs fécondés à 1 établissement de Nikolsk se feront en vases couverts de manière à laisser pénétrer l’air. Ces vases seront reçus à la station de Valdaïka, du chemin de fer de Nikolaïefsk. Le transport sur toute cette ligne s’effectue dans les wagons de poste jusqu’à la station la plus rapprochée du domicile de l’acquéreur. Le débit purement industriel des poissons élevés à rétablissement de Nikolsk n’a pas encore commencé, mais on l’annonce comme prochain.

Vers 1865, des expériences de fécondation artificielle furent faites, par l’ordre du prince Demido ff , par M. Pierre Malischeff, dans les eaux de Nijné-Taguilsk, en Sibérie (1). Ces essais, qui furent faits sur la lotte des étangs, Lotta lacunosa, furent interrompus par la rigueur de la saison.

En 1866, M. le professeur Raer a essayé, mais sans succès, aux environs de Sarepta, la reproduction artificielle des Sturioniens.

Plus récemment, M. le sénateur Van Zeymern a fondé, à une petite distance de Saint-Pétersbourg, un établissement de pisciculture qui paraît donner déjà de très-bons résultats : ses premiers essais ne furent pas heureux, sans doute parce qu’il avait tenté d’introduire directement dans ses eaux des sterlets ayant acquis déjà d’assez fortes dimensions, ce qui est une mauvaise condition pour la réussite.

C’est également par le transport des sterlets qu’une tentative d introduction de ces poissons, dans les environs de Saint-Pétersbourg, a été faite dans ces dernières années par les ordres du ministre des domaines, M. le général Zelenoï. Le succès obtenu, l’année dernière, par le

(1) Pierre Malischeff, Note sur un essai de fécondation artificielle des poissons fait aux mines et usine de Nijné-Taguilsk , Russie {Bull, delà Soc. d’acclim., t. III, p. 583, 1857).

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Dr Knoch (1), qui a pu se procurer et transporter des œufs fécondés de sterlet, permet d'augurer plus favorablement des tentatives ultérieures.

M. le professeur Owsjannikow, après avoir fait,àKazan, en 1868, un voyage qui ne lui donna aucun résultat en raison de la saison avancée (fin mai), retourna en août 1869 pour visiter le Volga et y faire des études sur le développement des Sturioniens. Après de longues recherches, il reconnut que l’ Acipenser rutlienus ne fraye pas dans les environs de Kazan, et descendit jusqu’à Fiteschi, petite ville située sur le bord du fleuve. Il y trouva les œufs et la laite presque mûrs, mais le petit nombre de poissons qu’il put se procurer l’engagea à descendre encore jusqu’à Simbirsk, où il apprit du principal pêcheur de la localité de Nobokoff que le moment était proche où l’on prendrait des Acipenser stellatus, ruthenus, etc. , ayant les œufs et la laite en état de maturité, et qu’il mettrait à sa disposition autant de poissons qu’il pourrait désirer. Le 3 mai, M. Owsjannikow trouva deux Acipenser rutlienus en état ; il les plaça dans une cuve et les transporta en ville, à trois quarts de lieue du Volga. Malgré la perte d’œufs qui s’était faite pendant le trajet, M. Owsjannikow put pratiquer la fécondation artificielle et remplir plusieurs cuvettes d’œufs fécondés; il opéra de la manière suivante : il reçut la laite dans une cuvette sans eau et les œufs dans une autre, il mélangea un peu d’eau à la laite et en arrosa les œufs; après deux à trois minutes de contact, il lava les œufs à deux ou trois reprises, avec de l’eau fraîche, en agitant doucement la cuvette pour séparer les œufs les uns des autres et les répartir plus également sur le fond, auquel ils finissent par adhérer. A ce moment il remplit complètement la cuvette. Le succès de la fécondation est plus assuré quand la fécondation artificielle est pratiquée immédiatement sur le bord du fleuve, et quand on transporte les œufs dans des cuvettes pleines d’eau.

M. Owsjannikow put s’assurer que le travail embryonnaire était commencé une heure après la fécondation, et y observer, comme cela a lieu pour les grenouilles, la segmentation totale de l’œuf.

En vue de donner plus de précision à ses observations, M. Owsjannikow s’était adjoint les

(1) En 1870, un essai d’introduction du sterlet dans les eaux de la Grande-Bretagne a été fait par le conseil de M. Andrew Murray (a). Grâce à la bienveillance de Son Exc. M. le général Zelenoï , ministre des domaines de l’empire russe, toutes les difficultés qui pouvaient se présenter pour la récolte des œufs ont été aplanies, et M. le Dr Knoch fut chargé d’aller, en saison propice, se procurer des œufs fécondés de sterlet dans le Volga. Bien qu’il ait rencontré de grandes difficultés (6) à obtenir simultanément des individus mâles et femelles en état de lui fournir les œufs et la laitance nécessaires pour ses fécondations artificielles, il réussit cependant, et put envoyer en Angleterre un certain nombre d’œufs fécondés et de jeunes alevins de sterlet. Ce savant observe que les œufs du sterlet ne sont pas libres comme ceux des Salmonidés, mais s’agglutinent aux corps qui les environnent. Pendant le voyage de Saint-Pétersbourg en Angleterre, les œufs, fixés aux parois d’un vase de terre, suspendu au milieu d’un récipient de cuivre, de façon à éviter tout choc, furent changés d’eau d’une manière régulière, et les alevins (c) furent placés dans un vase, muni d’un siphon, qui permettait d’établir un écoulement régulier de l’eau, tout en prévenant que les jeunes poissons fussent entraînés par le courant; ils arrivèrent en bon état en Edimbourg, pour, de là , être transportés sans accidents dans le Leith. A l’arrivée au terme du voyage, presque tous les œufs étaient éclos, mais les jeunes alevins avaient parfaitement supporté le transport, ce qui donne de sérieuses chances de succès pour une expérience ultérieure, dans laquelle il vaudra mieux transporter seulement des alevins, puisque ceux-ci sont peu impressionnés par les fatigues du voyage et réclament beaucoup moins de soins.

(а) Andrew Murray, On the introduction of the Sterlet into Britain (The Field , 3 sept, et 3 déc. 1870).

(б) Un des plus grands obstacles à la réussite de la mission du Dr Knoch, a été la fréquence des jours fériés (trois sur six), pendant lesquels les pêcheurs russes ne se livrent à aucun travail.

(c) L’évolution embryonnaire des œufs de sterlet se fait très-rapidement.

professeurs H. Wagner et A. Kowalewski (1). A la température ordinaire de 1 appartement , l’éclosion des alevins se fait le septième jour. Au moment de la fraye, qui se fait sur un fond pierreux, la température du fleuve est tle 10 degrés R. (12°). M. Owsjannikow transporta à Saint-Pétersbourg, par Moscou, dans une cuvette pleine d’eau, environ une centaine d’œufs; mais il pense qu’il vaut mieux opérer sur les alevins, qui supportent mieux le trajet et pour lesquels la perte est très-minime, 5 à 6 pour 100 tout au plus.

M. Owsjannikow et ses collaborateurs ont essayé de pratiquer 1 hybridation des diverses especes de Sturioniens et ont pleinement réussi , mais ils en tirent cette conclusion que les divers esturgeons ne sont que des variétés et non des espèces.

Au commencement de 1871 , M. Owsjannikow est retourné au Volga, qu’il a descendu jusqu à Samara, où il se procura un certain nombre d’œufs fécondés et d’alevins qu’il transporta à Saint- Pétersbourg, où ils arrivèrent avec une mortalité très-faible, après un voyage de cinq jours. Une partie de ces petits poissons fut déposée dans les divers cours d’eau des environs de Saint- Pétersbourg, d’autres furent conservés dans des aquaria, où il en périt un grand nombre. Dans un seul aquarium, le réservoir d’une fontaine, les petits poissons ont survécu et ils ont grandi; lorsqu’on les y a déposés, ils avaient 0m007 de long. A deux mois et demi , ils ont mesuré 0m05; ils s’y nourrissent de larves d’insectes. Pour leur faciliter la recherche de leur nourriture quils prennent au fond , il faut avoir soin de ne pas laisser trop de plantes dans leur aquarium.

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