‹ La Pisciculture et la Pche en ChineChapitre 9 sur 62 · DANEMARK · texte numérisé non relu

DANEMARK

Par sa position entre la mer du Nord, leKattegatt, le Scager-rack et la Baltique, et par la configuration de ses côtes, le Danemark est admirablement disposé pour la pêche; aussi cette industrie a-t-elle été toujours une occupation importante et une source de richesse pour ses habitants, comme en témoignent les KjoJi/ienmoddings de l’antiquité, les rapports commerciaux de la Hanse et les lois anciennes qui régissaient la pêche du hareng dans le Sund. Les eaux douces n’étaient pas moins riches que les eaux salées et fournissaient en quantité d’excellents poissons (2), dans le Jutland surtout, dont les eaux abondaient en anguilles et en saumons; mais la pêche a bien diminué par suite de la destruction incessante qui a été faite du poisson.

On ne compte plus aujourd’hui qu’un petit nombre de pêcheries ( Gaorde ), et parmi celles-ci la plus importante et la plus étendue est celle de Trisenvold , près de Randers, qui donne un revenu annuel de 30,000 francs environ par la capture des saumons qui, pendant les mois d’hiver, remontent le Gaden-Aa, le plus grand fleuve du Danemark.

Parmi les autres fleuves que remontent les saumons, on peut citer ceux du Jutland occidental et ceux qui se déversent dans le Linifjord , qui forme un vaste réservoir protégé de toutes

(1) À. Kowalewski, Owsjannikow et Wagner, Die Entwickelungsgescliiclite da Store ( Bull . de C Acad, des sciences de Saint-Pétersbourg, t. VII, p. 171, 1869).

(2) Parmi les meilleures espèces que nourrit le Danemark, nous pouvons citer les Salmo salar, L., Salmo trutta, Salmo fario , L., Osmerus eperianus , L., Thymallus vulgaris, Cuv., Coregonus lavaretus, L., Coregonus oxyrhynclius , L. et Coregonus albula , L.

CHEZ LES DIVERS PEUPLES

parts et dans lecjuel le poisson trouve les meilleures conditions. Mais, partout dans ces eaux , on a observé une diminution notable de la population, et, pour n en citer qu un exemple, le Karüp-Aa, qui débouche dans le Linifjord, fournissait, sur une étendue de deux lieues danoises (1), il y a quinze à vingt ans, 6,500 livres danoises de truites (3,250 kilog.) par an , tandis que dans ces dernières cinq et six années, le produit n’était plus que de 1,200 livres environ (600 kilog.), et la pêche va s’amoindrissant d’année en année. Les causes de ce dépeuplement, dont nous pourrions multiplier les exemples, ne sont pas difficiles à trouver : la nature des cours d’eau permet facilement de reconnaître les lieux de refuge des poissons, et comme aucune loi n’implique prohibition de la pêche, soit pour le temps, soit pour les engins, le paysan jutlandais, dans le désir d’augmenter sa richesse, exploite de plus en plus les terres et les eaux. Or, comme en Danemark les cours d’eau sont petits, peu profonds et ont en général un cours tranquille, le paysan a bientôt découvert toutes les retraites et tous les endroits favoris du poisson : il dévaste tout, surtout au moment du frai, et sacrifiant l’avenir, il n’épargne rien. Tout fait espérer que cet état de choses va changer, et que le gouvernement danois prendra des mesures pour protéger le poisson.

Ce n’est que par le secours de la pisciculture, dit M. A. Feddersen (2), qu’un remède pourra être apporté à un tel état de choses ; mais il lui faudra l’aide du gouvernement, qui ne lui manquera pas dès que les circonstances politiques permettront de disposer de quelques fonds autrement que pour la défense du pays. La pisciculture, en Danemark, est encore dans sa période d’enfantement, bien que « depuis l’époque (1842) où la France a fait connaître les heureux résul- » tats quelle peut fournir» , on y ait senti le besoin d’entrer dans la voie ouverte par notre pays.

C’est en 1852 seulement qu’on a commencé à s’occuper de pisciculture en Danemark par l initiative du gouvernement, qui fit publier des instructions pour en propager les pratiques; des essais sérieux furent faits, mais connue on fit usage d’appareils à incubation mal installés, les résultats ne répondirent pas à ce qu’on attendait, et cela mit en défiance contre la pisciculture. LTn premier essai fait à Viborg, en 1855, ne réussit pas. En 1858, M. Hansen construisit à Lanciers un appareil sur le modèle de ceux usités en Norvège (3), et, depuis cette époque, il produit annuellement de 80 à 100,000 truites ( Salmo trutta) ; malgré cela, comme aucun bruit ne se fit autour de ces expériences, dont la connaissance ne sortit pas de la localité, personne ne prenait garde aux résultats obtenus, et ce n’est qu’en 1865, après la formation d’une Société de pêche et de pisciculture à Viborg (4), que l’on s’est occupé sérieusement de pisciculture en Danemark.

Aujourd’hui, des établissements ont été créés à Kolding, Copenhague, Frisenburg, Odense, etc., mais ils sont encore trop récents pour avoir pu donner des résultats sérieux (5).

(1) 10,000 mètres = 1,32758 lieue danoise.

(2) Nous devons la communication de documents très-intéressants, relatifs au Danemark, à l’obligeance de M. Arthur Feddersen, professeur à l’École cathédrale de Viborg (Jutland).

(3) M. Hansen construisit son appareil à son retour d’un voyage en Norvège et accepta le modèle du professeur Rasch, sans y apporter aucune modification.

(4) La Société de pisciculture de Viborg a pour but de protéger la pisciculture, d’acclimater les espèces étrangères de poissons qui pourraient être utilement introduites, et d’obtenir la protection du poisson dans les eaux douces du Danemark.

(5) Non-seulement plusieurs communes ont organisé des appareils à incubation, mais elles ont établi des règlements pour assurer, sur leur territoire , la protection de l’alevin et du poisson.

La Société de Viborg, qui, comme nous l’avons dit, date de 1865 et n’a pas cessé de fonctionner depuis cette époque, a déjà pu constater, en 1868, que ses e [forts pour introduire la truite dans le lac de Viborg , un des plus grands du Jutland, n’avaient pas été infructueux : car on a pris, en novembre 1868, deux ans et demi après y avoir déposé de l’alevin, dans l’affluent du lac qui n’en contenait pas auparavant, des truites longues de 18 pouces (5 à 6 décimètres), du poids de une livre trois quarts, et contenant de la laitance et des œufs. Les poissons du même âge conservés dans des bassins avaient, à la même époque, 12 pouces de long.

Personne encore n’a pu prendre de saumon prêt à pondre dans les eaux du Jutland, quoiqu’il soit vraisemblable qu’il fraye dans le Guden-Aa et dans les grands lacs de Silkeborn ; aussi est-on obligé pour les expériences de pisciculture faites à Viborg et Odense de se procurer des œufs fécondés de Norvège et de Munich; ce sont ces derniers qui ont le moins souffert du transport. Les appareils installés à Viborg (et tous ceux employés en Danemark s’en rapprochent beaucoup) n’offrent pas de tonneaux épurateurs analogues à ceux dont M. Hetting recommande l’emploi pour la Norvège ; on se contente de faire passer l’eau de source à travers un vase de zinc rempli de grosses éponges, qu’on nettoie de temps en temps (1); sa température pendant toute l’année est de 6 à 7° R. (9°), et elle coule directement dans les bassins qui ne gèlent pas; c’est ainsi que dans l’hiver 1867-68 leur température ne s’est abaissée qu’à 5° R. (6°), alors que l’air ambiant était à 15° R. (18°). L’appareil à incubation est formé de neuf caisses ayant six pouces seulement de largeur pour avoir un courant aussi égal que possible, ce qui facilite singulièrement l’éclosion. Le fond des caisses est garni de briques rouges sur lesquelles on place quelques graviers après l’éclosion, pour donner aux alevins les retraites qu’ils préfèrent.

Les caisses disposées en gradins, qui font une différence de niveau d’un pouce et demi environ, peuvent contenir environ 150,000 œufs répartis sur un espace de 4,844 pouces carrés. Du reste, la méthode générale est celle qu’on suit partout, et la seule règle qu’on observe, c’est de faire le travail aussi simple et aussi bon marché que possible, pour que les paysans puissent plus facilement limiter.

L’établissement possède en outre quatre bassins (2) d’une étendue de 50 aunes carrées, d’une profondeur d’une aune et demie ; le fond en est couvert de sable et de gravier, mais les parois sont faites en maçonnerie et en ciment. Le niveau de l’eau varie dans chaque bassin. On nourrit d’abord les alevins avec du foie séché et divisé, auquel on substitue peu à peu de la viande et des restes de boucherie. On leur donne aussi, en été, des vers, des escargots ( Hélix nemoralis et hortensia), qu’ils dévorent avec plaisir, les œufs morts des incubations, et enfin la chair salée et hachée des Unio et Anodonta (3). Dans le but de faire disparaître la nourriture qui tombe au fond des bassins, M. Feddersen est dans l’intention d’y placer quelques écrevisses (4).

(1) Quand on faisait usage de l’eau du fleuve, on la Disait passer, avant d’arriver dans l’appareil, à travers des tonneaux où elle traversait pour s’épurer des couches de sable, do charbon et de gravier, comme le montrait le modèle exposé à Boulogne-sur-Mer en 1866.

(2) Ces bassins doivent toujours être peuplés avec les élèves des éducations faites dans l’établissement, pour pouvoir toujours suivre le développement des poissons.

(3) On conserve ces moules de la façon suivante : on jette les coquilles dans l’eau bouillante, qui tue les animaux et ouvre les valves; on les place après refroidissement dans l’eau très-salée : au moment de l’usage, on les lave à l’eau froide, on les coupe par morceaux avant de les jeter aux poissons, qui les acceptent volontiers.

(4) Nous ne croyons pas qu'il y ait avantage à mettre dans un même bassin des truites et des écrevisses.

N’ayant pas été satisfait clu transport des œufs dans la mousse humide (1), M. Feddersen (2) a construit une caisse dont toutes les parois sont percées pour faciliter 1 introduction de 1 air ; 1 intérieur est rempli de cadres de bois, auxquels est suspendue de la toile mince qui doit servir de couche pour les œufs.

Chacun de ces cadres peut contenir cinq cents œufs de truite, et, comme il y a seize cadres, la caisse peut contenir 8,000 œufs. Les deux cadres extrêmes, le plus haut et le plus bas, sont séparés de l’extérieur par plusieurs couches de papier non collé humide, ou même par une flanelle humide. M. Feddersen a obtenu de bons résultats de ce procédé, au moins pour de courts transports, et lui trouve cet avantage qu’on peut toujours contrôler le nombre des œufs quand les cadres sont pleins.

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