POEME
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CHANT TROljflÈME
Pourquoi faut-il touj ours, qu'en mes tristes tableaux^ Ton histoire , ô Pitié, soit celle de nos maux ? J'ai tracé les horreurs de nos guerres civiles : Funestes dans les camps, combien plus dans les villes ! Les camps sont quelquefois Fëcole des grands cœurs , Et souvent les vaincus embrassent les vainqueurs ; Les foudres, les lauriers, Téclat de la victoire, Viennent couvrir le deuil des rayons de la gloire ; Pour saisir une palme , ils volent aux combats ^ Et Tespoir du triomphe ennoblit le trépas :
Mais, auseiadenos murs, quandles discordes naissent^ Les peosers géoéreui, les vernis disparaissent Des licteurs pour soldais, des chapes pour drapeaux^ Id victoire, pour trône, y veut des échafaud^. Tout est vil ou cruel , assassin ou victime ; Et la vertu sans arme y tend la gorge au crime.
mes concitoyens , comment ont pu vos conirs Des camps, dans les cités, surpasser les fureurs?' Là , tout parle de meurtre : ici tout vous rappelle A la douce concorde , à la paix fraternelle } Les mêmes tribunaux jugent vos différends , Le culte au même autel appelle tous les rangs ; Le théâtre vous voit rire et pleurer ensemble ; Dans vos jours solennels même lieu vous rassemble ; Enfin , tout vous uui[. Pouniuoi donc ces.fureuW , Ces spectacles sanglants et ces scènes d'horreur»' Ah I de nos propres maius nous creusant ^^* ab»» ' Nous payons chèrement la dette ijo qs c^ï**^*' Tant que d'un Dieu suprême oti •, „\6S^'*** ' La Pitié dans les cœurs fait Cat^ ^* ca."^**^^ ' <* Mais.qiiandunpeuplejmpieou. ^^6 ^*** Alors elle se tail; et voilà sa -^^ \*j %*•* Des vices tout-à-coup se délj-,^ ^"W* v^ ^ Les coeurs sont des volcans ^^\S*^\C'* c'*
Du sang des deux partis la discorde l'inonde, Et ses calamités sont la leçon du monde.
Ainsi ) le ciel vengeur' toui'-à-tour immola Sylla par Marius , Marius par Sylla , La race des Yorks par celle des Lancastres.
Mais que sont ces malheurs auprès de nosdesastres ? Hélas ! pour oublier ces funestes tableaux > Quelle main du Lethé nous versera les eaux?
Mais non : que leur récit, au défaut du tonnerre, Des châtiments du crime épouvante la terre ; Et que l'exemple affreux de nos divisions D'un salutaire effroi frappe les nations. ^* Dégagée une fois du lien légitime , D'abord de maux en maux, bientôt de crime en crime ^ La France a pris l'essor; et , dans ses attentats > Sa rapide fureur ne se repose pas.
Ainsi, quand d'un berger l'imprudence cruelle Jette au pied d'un sapin l'invisible étincelle. Le feu, nourri du suc dont le bois est enduit , Sous l'écorce onctueuse en secret s'introduit ; Il s'empare du tronc ; et, gagnant le feuillage, Dévore , en pétillant , l'aliment de sa rage ; n court de branche en branche , il s'élance au sommet , S'étend d« tige en tige , embraie la forêt.
CHANT m. 71
Lui , du hauld'un rocher, voit leurs touffes brûlantes , El suit d'un œil [remblânt les flammes triomphantes. Tels furent nos destins : aiosl, dans un moment, Naquit d'ime ëiincrllc un vaste embrasement.
A peine la Discorde, en ses noirs sacrifices, Du sang de l'innocence a goûte les prémices , j^ terrible moisson se poursuit en tout lieu : Les temples des beaus ans , les demeures de ffieu , I^es lieux où nous prions les puissances célestes, Dés proscrits entassés sont les dépôts funestes. Tous les brassontveudusjiouslescceurssont cruels. Image de ces dieui, la terreur des mortels.
Dont nul n'ose aborder l'autel impitoyable , Que dégouttant du sang de quelque misérable, L'idole à qui la France a conGé son sort.
N'accepte que du sang, ne sourit qu'à '^ mort- Femme , enfant , sont vou^s à son cuU* tcrti"^ i L'innocente beauté pare sa poijing Koti''"* ' ■ La hache est sans repos, la c^^i pS ^^^ , -j
Le matin dit les noms des viç^- ** * . ^ ***^!ia»« l'effroi Tcille au milieu de, f ^ "^^^ * <e^V I^ jours sont inquiets, et l^ ^^C,* ^ -"^ Imprudent , jadis fier de ti^^ " Hâte- toi d'enfoui r tes titre^
Tout ce (pli fut heureux demeure sans excuse } L'opulence dénonce , et la naissance accuse.
Pour racheter tes jours , en yain ton or est prêt ; Le fisc inexorable a dicté ton arrêt.
L'avidité peut vendre une paix passagère ; Mais elle veut sa proie , et la yeut tout entière. Ne parlez plus d'amis , de devoirs , de liens : Plus d'amis ^ de parents ^ ni de concitoyens. Le fils épouvanté craint l'abord de son père; Le frère se détourne à l'aspect de son frère ; L'amour même est timide ; et , dans cet abandon^ La nature est sans voix , sous des lois sans pardon. Ainsi y quand sur ses pas y semant les funérailles , Là mort contagieuse erre dans nos muraïUes , Tous les nœuds sont rompus ; l'ami dans son ami , «Le frère dans sa sœur , redoute un ennemi ; Et , sur ses gonds muets , triste , inhospitalière , Refuse de tourner la porte solitaire.
Mais quels maux je compare à des malheurs si grands! On conjure la peste, et non pas les tyrans.
Aux coeurs lâches du moins les tyrans font justice, Leur crainte , en le fuyant, rencontre le supplice. Tous ; à leur inforfiine ajoutant le remord , JSéparés par l'efiroi , sont rejoints par la mort ;
CHANT IIL 73
El , dans un même char , où sa maîu les rassemble , Voisins , amis , parents , vont espirer enseinble , A moins que , de la vie incertain possesseur , L'opprime' tout-à-coup ne se fasse oppresseur. Soa heure vient plus tard ; mais il aura son heure : Le lâche fait mourir , eu attendant qu'il meure. Ses chefsauroDtleur tour; leurpouvoir les proscrit: Sur leurs tables de mort déjà leur nom s'inscrit. C '• Robespierre, Danton, iront aux rives sombres De leur aspect horrible épouvanter les ombres ; EtTinville, aprts lui traînant tous ses forfaits, t^ Va dans des flots de sang se débattre à jamais. Partout , la soif du meurtre et la faim du carnage. Les arts jadis si doux, le sexe, le jeune âge. Tout prend no cœur d'airain ; la farouche beauté Préfère à notre scène un cirque ensanglanté ; Le jeune enfant sourit aus tourmenis des victi""^^*' Les arts aident le meurtre, et célèbrent les crimes. Que dis-je ? la nature , Ô combla ^^ ^^s «a*"^' De tous ses ele'mcnls seconde ^^^ •rt*^**'**
Dans leurs cachots impurs r^: '^ «e^*"*^^'.
Le feu dans les hameaux prç,»w ^^^^ c**' ^ Et la terre complice , en ses ^C^^C^^^a*^* ' Recèle par milliers les caday Vi\ ft* v**
ij4 LA PITIÉ.
A peine elle a peuple ses cavernes profondes, La mort infatigable a volé sur les ondes.
Ministres saints , du fer ne craignez plus les coups ; Le baptême de sang est achevé pour vous.
Par un art tout nouveau , des nacelles perfides • Dérobent sous vos pas leurs planchers homicides; C 7 Et , le jour et la nuit^ Tonde porte aux ëchos Le bruit fréquent de corps qui tombent dans les flots. Ailleurs , la cruauté, iëre d'un double outrage , Joint l'insulte à la mort , Tironie à la rage ; (^ Et submerge^ en riant de leurs civiques nœuds , Les deux sexes unis par un hymen affreux. ^9 O Loii'e , tu les vis , ces hymens qu'on abhorre ; Tu les vis , et tes flots eu frémissent encore. Cependant , le trépas s'accuse de lenteur :
Eh bien ! ange de mort y ange exterminateur^ - \(a , joins les feux aux flots , joins le fer à la foudre; Maison, ville^ habitants, que tout soit mis en poudre ; Qu'enchaînés par milliers ,femmes, enfants, vieillards^ Jonchent le sol natal de leurs membres épars. Là , repose tes yeux sur ce vaste carnage ; Que dis-je? aux premiers coups du foudroyant orage, Quelque coupable encor peut-être est échapp'é : Annonce le pardon; et, par l'espoir trompé,
CHANT m. 7i
Si quelque malheureux en trembLaot se relève , Que la foudre redouble , et que le fer achève.'" Français , tous pleurerez un jour ces attentats : Oui , TOUS les picorerez ; mais vous n'y croires pas. Ah ! dans ces jours aSreut, heureuse. l'indigeçce A qui L'obscurité garantit l'indulgence l Eh îqu'importe au poiivoir,qu'auprès de S4^ troupeaux,. Leberger eofle en pais ses rustiques pipeaux? Qu'importe te mortel , dont la table champêtre Se couronne le soir des & iiits qu'il a fait naître ? Ah ! contre la rigueur d'uu pouvoir abhorre Pas un asile sûr , pas un antre ignoré !
Pareil à cette énorme et bruyante déesse QuiToittout,entendtout,Ya, vient, revient sans c«sse; Delà Proscription le génie odieux , Ayant partout des bras , des oreilles, des yeux» Des cités aux hameaux, parcourt la France^'** " .', Comme au palaisdei grands ftappeàl'ho™'^^^ Le pauvre en vain s'endort siii U (q\ 4e ^"^ ^*** ' Le pauvre a ses tyrans , le pâtj^ ^îS^^'^^Si^**-
Mai5,pourquois'arrêter^ \V>«^^'^vt»-
Assez d'autres ont peint le^ j^\t&*«0^ «*«***'* Moi-même, ilm'ensouvieï^/*~^^^^t*'-^t°^^»«^ Cherchaient pour eux les b vO^ ^6* ^ T'
Par moi , du laboureur étranger à" la gloire , Un simple monument honora la mémoire ; J'encourageais les sons de Thumble chalumeau , Et portais aux cite's les plaintes du hameau. Mais pourrais-je des grands oublier la souffrance! O vous , cœurs reVolte's , que leur e'clat offense, Vainement à leurs maux vous refusez des pleurs : Plus leur bonheur fut grand, plus grands sont leurs malheurs j Et moi , qui des bergers ornai jadis la tombe , Aujourd'hui , des hauteurs d'où la puissance tombe , Je la suis dans le gouffre, et pleure ses débris. Que de grands noms éteints, que d'illustres proscrits ! Lamballe a succombé, Lamballe, dont le zèle A sa reine , en mourant, est demeuré fidèle; ' Et ces cheveux si beaux , ce front si gracieux , Dans quel état, ô ciel , on les montre à ses yeux ! ( " La natnre en frémit ; et l'amitié tremblante , A des traits si chéris recule d'épouvante.
O Mouchys ! expiez votre amour pour vos rois : Que l'épouse et l'époux périssent à-la-fois.
Je ne t'oublîrai point , toi , dont Famé sublime Gardait un cœur si pur sous le règne du crime , O guerrier magnanime , et chevalier loyal, Digne héritier d'un sang ami d'un sang royal ,
CHAUT llï. 77
Respectable Brissac! Ah! dansée temps barbare, Qui n'aime à retrouver une vertu si rare?
Avec moins de plaisir, les yeux d'un voyageur, Dans un désert brûlant, rencontrent une fleur ; Avec moins de transports , des flancs d'un roc aride , L'œil charmé voit jaillir une source limpide. Modèle des sujets, et non des courtisans , Les vertus du vieil âge honoraient tes vieux aus. A son roi malheureux qriel sujet plus fidèle ? Helas ! sous le pouvoir d'une hgue cruelle , Tout fléchissait la tête; et même la vertu Baissait sous les poignards un regard abattu ; Bien n'altéra ta foi , n'ébranla ton courage ; Mab enfin , à ton tour , victime de leur rage , Tu passes sans regret , ainsi que sans remord , Du Louvre dans les fers , et des fers à la mo"^- ^ vUle trop coupable! ô maHeure"^ VersaUVes .
Son sang accusateur souille ^fnt t®' C*'*^ On cortège cruel a feiol de v. , ^^ D'inforlunô captifs qu'il Va '^^** , j,oT%^^" Le char est entouré , les. &^^^î<\î® %,C^f^<S*^*'^^^ Surlesnionceauxdemort&« v^^, i^ *,*** <*'^^'^^'-» E,,de.o.,..gjl.,<„ % «*<»*«•«%#*»•"'
maityr du devoir , du zèle et de la gloire !
Tant que du nom français durera la memoixe , J'en jufe par ta mort , tu vivras dans nos cœurs.
Mais 7 combien ton trépas présage de malheurs I Que je plains de Fëtat la fortune orageuse !
A peine délaissé par ta main courageuse , J'entends tomber le trône ; et le sang de nos rois , Helas ! m'offre à pleurer tous les maux à-la- fois : Le deuil de la beauté ^ les pleurs de l'innocence , Les malheurs des vieux ans, les malheurs de l'enfance , La chute du pouvoir. Parmi ces grands débris y Louis frappe d'abord mes regards attendris, douleur ! 6 pitié ! quelle grande victime , D'un rang plus élevé , descendit dans l'abime ! Hélas ! le vœu public dictait ses sages lois , Gouvernait ses conseils , présidait à ses choix ; Les ordres de l'état , convoqués par lui-même , Semblaient associés à son pouvoir supréiQe.
! mon maître ! 6 mon roi! comment a pu ton cœur , Respirant les bienfaits , inspirer 1^^ fureur] O jour , jour exécrable, ou des montres perfides Souillèrent son palais de leurs mains homicides ! J'entends encor ces voix , ces lamentables voix, ('^ Ces voix : « Sauvez la reine et le sang de nos rois ! »
CBANT m. 79
La rdae , à ce sigoal , inquihe , troubla , Son enfant dans les );ras , s'enfuit écheTelée ; Tandis que, de sa porte ensanglantant le seuil,. Sa garde géuereuse expire avec oi^eU ; Et que , la pique en main , la cohorte infernale Plonge le fer trempé dans la couche royale.
Le ciel , le juste ciel , a conserve' ses jours. Ah ! puisse't'il long-temps en protéger le cours ! En&u, lamort s'appaise, et le meurtre s'arrête ; Mak le calme bientôt fait place à la tempête. Le bruit affreux redouble ; et des sujets sans foi Parlent insolemment de conque'rir leur roi.
Ils appellent triomphe un crime détestable.
Ah ! comment le tracer , ce départ lamentable \ De leur palais sanglant , ces otages sacres Descendent à travers leurs gardes massacrés.
Pour suite des brigands î des bourreau* V***^ cotteçp ■ Ils traversent les flots d'un peuple sacrîl^S^ ' Hérissé de mousquets, de lancftj *ic^****' a ito- Des kmheaus teints desang f,^^ * * Vc»** '^*^«»%= i Tout de'goutunts de meiu'ire ^C* - © ,*^ ^ Ils marchent ; au milieu d^ w^XAV^I^®* ^V»''*^' ' Vient à pas lents ce char q. "^ V^ ;J>* V^''v.>''' Le Mug des empereur» ^t V^*^ » ^' ^ *°
8o LA PlflÉ.
Tout ce que le malheur offre de plus augusU ^ Des mères la plus tendre , et des rois le plus juste y Deux enfants malheureux. O fille des Césars ! Quand^ de ses fiers Hongrois cherchant les étendards. Ta mère vient s'offrir à leur troupe enflammée, Son enfant dansées bras lui conquit une armée : £t, pâle, Tœil en pleurs , tendant ses faibles mains. Le tien ne peut fléchir ces monstres inhumains ! Les lins autour de vous hurlent leurs chants atroces; D'autres sur votre char portent leurs mains féroces; Au bout d'un fer sanglant , d'autres lèvent aux cieux De leurs affreux exploits le trophée odieux , Ces fronts défigurés , ces têtes palissantes , Des flots d'un sang fidèle encor toutes fumantes. Que de cris forcenés ! que d'imprécations !
Vous marchez au milieu des malédictions.
Du crime soudoyé l'ignorance barbare Prête sa voix servile au ciime qui l'égaré ; Et y du peuple à son prince imputant le malheur , Des maux qu'eux seuls ont faits, accable sa douleur. Ah ! si par les tourments sa marche est mesurée , Quels siècles en pourraient égaler la durée ? Abrège, Dieu des rois , ces ajSreux attentats ; Avance, char fatal 5 coursiers , hâtez vos pas.
CHANT m. 8i
Non .-la rage, à plaisir, éternise leur route, Et la coupe des maux s'e'panche goutte à goutte. Cependant , on approche, on de'couvre ces lieux Oii l'airain reproduit son aïeul à ses yeux. ' '* Ils les voit ; et leur rue , ô douleur lamentable ! Lui rappelle ce jour , ce jour epouyanlable , Où , dans ce même lieu , l'hymen pâle et tremblant S'enfuit enveloppé de son voile sanglant; Et , changeant ses flambeaux en torche sépulcrale , Vit se couvrir de morts cette enceinte fatale. Ab ! malbeureux époux , et plus malheureux roi , Paisse être, un jour, ce lieu moins tunesteponrtoi Pu Usions- nous n'y pas voir de plus horribles ïelcs . Enfin , parmi les eris , les dards chargés de têtes , Eniraînant les débris du trône ensanglanté , Le char fatal arrive au Louvre épouT*"*^' ,
TjB peuple tient sa proie, et les chef* leW^^^ Ah ! peut-être ses maux désarj-^jo»* ^^ '^^ Non : de son infortune on agj, \a ■ço'* '
Et Louis est captif dans le j,-^ *N^ xO^** , O catastrophe horrible !ô ^H\j ^^ A*-^ * BiendifférentdeceuXjOîi^ ■• ^Viv A^* d**^3 Sonpeuple,poursesjour-J^xO^** A* C* Etdefle«rs,soussespas^^\X)^ ^ ,\
8'2 hk PITIÉ.
Le yieillard consok' bénissait la lumière ; L'enfant lui souriait du seuil de la chaumière ; Tous les yeux le chercliaient avec ayi4ite ; Et , quand fuyait loin d'eux son char précipite , De ce peuple , ennemi d'un maître qui l'adore, L'amour , les vœux , les cris le poursuivaient encore. Que les temps sont changes ! Ovous^ sensibles cœurs ^ Dites s'il est des maux pareils à ses malheurs. Du pouvoir avili misérable fantôme , Monarque sans sujets, souverain sans royaume , Tel qu'un vaisseau battu des flots capricieux , Est tantôt dans l'abîme, et tantôt dans les cieux , Il passe tour-à-tour , jouet d'un long orage , Des honneurs aux affronts, de l'insulte à l'hommage. Dans sa rage hypocrite , un sénat oppresseur Mêle à ses cruautés une fausse douceur.
Tel le tigre , en jouant , da^s sa barbare joie , Mord , lâche, ressaisit, et dévore sa proie.
Plus de paix pour son cœur , de trêve à son tourment. Dans le jardin des rois s'il respire un moment ,( ^^ * Il marche environné de sutveiUants barbares } De l'air commun à tous ses tyrans sont avares ^ La haine curieuse assiège son réveil, Ses pas ^ ses entretiens , et jusqu'à son sommeil ;
CHANT m. 83
El , le dernier des rois , le premier des esclaves , Quand par lui tout est libre, il est charge d'entraves ! Heureux , lorsqu'en secret , libre daus ses douleurs , Aux pleurs de soa épouse il peut mêler ses pleurs.
Eh bieu! vous, qu'ofTecsaitEa puissance suprême, Des honneurs ontrageaots de son vain diadème , Venei ! que tardez-vous de dépouiller son front ? Terminez , il est temps , cet éclatant aRront. ' '? Tout est prêt : ce n'est plus ce peuple mercenaire , Par des cris insolents méritant son salure :
l'B Louvre est investi; la bassesse et l'effroi Aux brigands de Marseille abandonnent mon roi. Je vois couler le sang, j'entends gronder la foudre; LaFrancee3tsansmonarque,et le trôneest en poudre,
toi , qu'ont fait gémir ces illustres malbcurs , Tendre Pitic, retiens , retiens encor les çle'*'^* ' Pour des revers plus grands je rëser^*^ te»'*
U, 10,5 Tom 0,>n..O,., Us ,«,^j^^j 4,S »^JJ„,. ,
HeTas! toujours trompe , m^jo Louis à ses tyrans vient eoj,(.
On l'iusulte , on l'outraEie . ^^1 De son titre Puii Que dis-
ses tyrans vieni eo,^j. -i^Y: -, o^*^ ^'^ ulte , on l'outrage . ^^^ -^^ ^ -ç® ^
Lire ,o,.l ont dfcL^V, , ^P A«*>%.
e point éclore m, ^Vj^' <^\* v^ ..ie?l-arrilpw, VQy, f ^^
O vous , vous , murs cruels , demeures désastreuse^ ! Je tremble à m'eafoncer sous vos voûtes affreuses. Non 9 les revers fameux de tant de potentats , De l'horrible Wbiteball les sanglants attentats , C »9 Ne peuvent s'égaler à cette tour fatale.
Ce n'est plus ce palais , cette prison royale, Où de la majesté quelques tristes lambeaux Déguisaient l'infortune ^ et décoraient ses maux. Son malheur, en ces lieux, tout entier se consomme; Destructeur du monarque , il persécute l'homme. Noirs esprits des enfers ! quel conseil ténébreux Inventa^ dites-moi, ces traitements affreux ? Chaqueheure a son tourment, chaque instant son outrage } La ruse aide la force , et Fart guide la rage. O noms sacrés de père , et d'époux et de ûls , Noms aujourd'hui cruels, noms autrefois chéris, Vous étiez leurs plabirs, vous êtes leur torture. La haine arme contre eux jusques à la nature. Malheureux, hâtez-vous de saisir ces moments ; Précipitez du cœur les doux épanchements ; Redoublez vos transports , redoublez vos tendresses. Quels maux nes'oublîraientdans vos saintes caresses? Mais c'en est fait : ô cœurs nés pour vous adorer , Votre malheur commence , il faut vous séparer.
CHAIHT m. 85
Vos tyrans l'ont voulu; leur sombre inquiétude A l'emprisonnement unit la solitude.
He1as ! au milieu d'eux vos regards consolés Distinguaient quelquefois des serviteurs zélés; Et du moins d'un soupir , triste et muet langage , A leur roi , dans les fers , ils envoyaient l'hommage. Vous ne les verrez plus : sur Louis et sur vous Défà l'entends crier d'inftexibles verroux.
Non : vous ne pourrez plus , trompant la vigila'i*^^ , Deviner vos soupirs , vos pleurs , votre silence , Vous comprendre du geste, etvous patl^f ^"ï*"** Sans espoir de se voir , captifs aux mêffl** li*"*- » Le fils est en exil à côté de son père , ■ L'epoui prfes de l'épouse, et la sœur p'^* ^^sort'- Luiseul pleure pour tous. Que dis-je? ° '^'*^^ott- ^ Son retour dans leurs bras leur an'*'*''^* Asti''- 1 Pour le perdre à jamais les typ^j^^ \e^'^* ^^^W^'^'" Les échafauds sont prêt) et |ç^, ^tt^^\fi^ ' O qui peut concevoir ces sç.i ^^ y*^» ij^ ' Cemélangedeem,des,j^*'Vï^^xe'v'.&«^''^ Cesrunes,es adieux, plei.^Vc^'^t^.,*^:
Chaque mot commencé ^* ^> " <® , £ ^ ' ^"^ Et, par de long soupir^ ^^Y"\P* ^'Ô' >*'/^< Leurs CŒurs veulent itj, '^CvVV .0 a* a*^
Ali ! moi-même je sens défaillir mon courage.
D'autres du jour fatal retraceront l'image : ( '® D ans ce vaste Paris , le calme du cercueil ; Les citoyens , cachés dans leurs maisons en deuil , Croyant sur eux du ciel voir tomber la vengeance ; Le char affreux , voulant dans un profond silence ; Ce char qui, plus terrible ^ entendu de moins près ^ Du crime ^ en s'él oignant, avance les apprêts; L'éckafaud régicide et la hache fumante ; Cette tête sacrée et de sang dégouttante , Dans les mains du bourreau de son crime effrayé. Ces tableaux font horreur; et je peins la Pitié ! La Pitié pour Louis ! il n'est plus fait pour elle. O vous , qui l'observiez de la voûte éternelle , Anges , applaudissez ; il prend vers vous l'essor. Commencez vos concerts , prenez vos lyres d'or. De'jà son nom s'inscrit aux célestes annales ; Préparez , préparez vos palmes triomphales.
De sa lutte sanglante il sort victorieux , £t l'échafaud n'était qu'un degré vers les cieuz.
Mais, d'où vient tout-à-coup que mon cœur se resserre? Hélas ! il faut des cieux revenir sur la terre , Louis en vain assiste aiix célestes concerts; Les cieux sont imparfaits , son épouse est aux f«rs.
^ÇHANT m. 87
O métange louchawde malheurs et de charmes !
ToD Dom seul a rouvert la source de mes larmes.
O TOUS , qui des hauts rangs déplorez les malheurs ,
Ah! combien de vos yeux doivent couler de pleurs ,
Lorsque des grands revers l'image douloureuse
Joint au pouvoir détruit la beauté' inalheureusel
Qui peut voir sans pitié' se flétrir ses attraits ,
£1 les traits du malheur s'imprimer sur ses traits?
Français, qui l'avez vue, et jeune, et belle, et reine,
Répondez : est-ce h l'auguste souveraine
Qui donnait tant d'e'clal au troue des Bourbons ,
Tant de charme au pouvoir , tant de grâce à ses dons 7
Hclas ! tant qu'elle a pu , dans sa tour solitaire.
D'un auguste captif partager la mis.ère , Tousdeuss'aidaienil'unl'autreàporierleui**''uVcvas,
W*ayautplusd'autresbiens,il3sedonDaient**'*P Une fois arrachée k cet époux fid«^^ ' Elle vivait sans lui , mais il ^y^-A -Ç^'*^^ ^'\■^^'•" Ah ! combien ses malheurs r, -,\. 3-VV* çAs.
Elle .■.,!„. dV,..x,„,;^=>»''V«'-*
Respectait dans ses bras ^ ^t ^3-^^ '^^^
Si , du loia dïleTer ee, <>\. ' ^c ^^ ^^- ,
BlepouTaitctome. ^ ^Mj^V'' -V J^o
Mais lui-même on Tarracbe à sdWain maternelle ; Leur prison se'parëe en devient plus cruelle. Ses pensers désormais vont se partager tous Entre les fers d'un fils et Fombre d'un époux. Ah , cruels ! désarmez vos rigueurs inhumaines : He1as ! elle eut un sceptre , et vous voyez ses chaînes ! Vains discours ; chaque instant voit aggraver son sort. Prisonnière à côté du tribunal de mort , On l'immole long-temps , et le coup qui s'apprête Reste éternellement suspendu sur sa tête.
A cette attente horrible on joint tous les tourments y Tout ce qui flétrit l'ame , et révolte les sens ; Sans cesse elle respire une vapeur immonde ; Le froid glace ces mains qu'idolâtrait le monde; Un vil grabat succède à des lits somptueux ; A sa faim qu'éveillaient des mets voluptueux , On épargne une vile et sale nourriture, Et la pourpre des rois a fait place à la bure. Elle-même , que dis-je? incroyable destin !
S'impose un vil travail, et , l'aiguille à la main , Oubliant et Yersaille et les pompes du Louvre , Répare les lambeaux de l'habit qui la couvre. Ses besoins sont toujours le signal des refus , Et son malheur s'accroît d'un bonheur qui n'est plus.
CHANT in. 89
Quoi ! !cs trônes desrois sont-iisdonc tous en poudre? Et l'aigle des Ge'sars a-t-il perdu la foudre ? Helas ! partout l'ouîili , fimpuissance ou l'eCTroi. Ah ! dans cet abandon , tendre Pitié , dis-moi , N'est-il pas une issue , une route secrite ; Qui conduise mes pas vers sa sombre retraite? Que je puisse , à genoux , adorant ses malheurs , Au prix de tout mon sang sécher un de ses pleurs ? Mais il n'en est plus temps ïl'aâreui conseil s'assemble; Onvient, le verrou crie, onTéntraine, je tremble. C'en est fait : le voici , voici l'instant fatal. Ëh bien ! je vais h suivre au sangbot trilH>n^ Moi-même , à haute vois , je dénonce ses crimes. Vous , qui fîtes tomber les plus grandes victimes , Juges de votre reine, écoutci ses forfaits.
Sa facile bontë prodigua les bienfa^'* ' Son cœur, de son époui JiîrtineaJ^'i^^^^^^ ' Ce c^ur, f.it pour aimer, ig^^^^ la '«^«^S'. • « J ai tout vu , j'ai su t«ut ^ ., ^ lOW-^^ ^ Ce mot , inconcevable ay> ^\ ^ aP^^ ■■asAi Ce mot dont la noblesse p. ^WC* aV^^*v;v«^*" Ilfuldesongrandcœmj^^. -C"^ - " Elle £t des heureux, m^ ' Tigres , oserez-vous ^j^ ^Av y --
Ak ! leurs holrribfes fronts Tont prononce ^aT^nce. Mais je n'attendrai point Teffiroyable sentence : Non, je n'attendrai point <pi'une exécrable loi Envoie à l'échafaud l'épouse de moo roi« Non , je ne verrai point le tombereau du crime. Ces licteurs 9 ce vil peuple, outrageant leur victime , Tant de rois , d'empereurs , dans elle humilies , Ses beaux bras , o douleur ! indignement liés , Le ciseau dépouillant cette tête charmante , La hache, ah ! tout mon'sang se glace d^épouvante I Non , je vais aux déserts enfermer mes douleurs ; Là , îe voue à son ombre un long tribut de pleurs ; Là , de mon dâespoir douce consolatrice , Ma lyre chantera ma noble bienfaitrice ; Et les monts , les vallons , les rochers et les bois , En lugubres échos répondront à ma voix.
Et toi qui , parmi nous , prolongeant, ta misère , . Ne vivab ici-bas que pour pleurer un frère , ^ '* D'un frère vertueux, o digne et tendre so^r ! Reçois de la pitié son tribut de douleur.
Ah ! si dans ses revers la beauté gémissante , Porte au fond de nos cœurs sa plainte attendrissante y Combien de la vertu les droits sont plus puissants ! Sa bonté la rend chère aux cœurs compatissants }
Pour son propre intérêt l'iiomnie insensible l'aime : Et pleurersuTsesmauXjC'est pleurer sur soi-mâme. Aussi, des attentats de CQ siècle effréné, Ton trépas , ombre illustre, est le moins pardonné. O Dieu! et quel prétexte à ce forfait iufâiite? Ton nom était saos tache aussi bien que ton ame ; Toncceur,dans ce baut rang, Corm antd'h umb les désirs. Eut les malbeurs du trône , et n'eut pas ses plaisirs. Seule, aux pieds de ton Dieu, gémissant sur uDfrère, Sur un malheureux ûls, un plus malheureux père.
Tu suppliais pour eux le uaîtce des bumaios ;
Ce ciel où tu levais tes touocentcs mains ,
Ëlaitmoinspur que toi. Dieu t queb monstre» barbare»
Purent donc attenter k des vertus si rares ?
Ah ! le ciel t'enviait à ce séjour d'effroi.
Va donc , va reUouver et ton frère et ton roi -, i
Porte-lui ccltefleur , gage de l'iDRO'*^'* ' ^ \
lEmhlème de tes mœurs , COmjQe de W ï»'****'* ' \
Mélc sur ce beau front, oi j- < e,\a cM>**=*' '
Les roses dumartyre aus^ y ^'^^ \>'Ç^^'*'\*-i>=*'^*' ■ \
Iju«r<le.i™.l.«iOBM ^^ ^^ ^^ ^-f^ Dtspenpleseldesroij ^^"' '^\^
ga LA PITIÉ.
Non moins dignes de pleurs, quand le sorties offense^ La débile vieillesse et la fragile enfance :
Un enfant, un vieillard ! Qui peut les voir souffrir? L'un ne fait que de naître j et l'autre va mourir. Je pleure avec Priam , quand sa boucbe tremblante Du meurtrier d'Hector presse la main sanglante; Lorsqu'autour des tombeaux de ses cinquante fils , D'Hécube en cheveux blancs les lamentables cris Redemandent Paris , Polyxène, Gassandre, Je partage son deuil , et pleure sur leur cendre : Tant cet âge si faible est puissant sur nos cœurs ! Mais pourquoi des vieux temps rappeler les douleurs ? Ah ! dans ce siècle impie et si fécond en crimes , Manqaoii9-nou8 de malheiu's ? manquons-nons de victimes ?
filles de mes rois , dans quels lieux plçurez-vous ? Quel temple entend les vœnx que vous fonncz pour nous ? (>) Le ciel vous épargna la douleur d'être mères ; Mais que de vos vieux ans les larmes sont amères ! Votre exil, vos rois morts , le trône renversé ^ De votre sang royal le reste dispersé , U vous restait un Dieu , son culte , et vos prières. Mais quoi ! vos yeux ont vu par des mains meurtrières Les temples du Seigneur de carnage souillés , Leur pontife proscrit , leurs autels dépouilles.
DeTOsionrs fortunés la ménjoire importune, Hélas ! s'en vient encore aigrir votre infortune. . De deux règnes brillants vous vîtes ]a grandeur ; Et le trône et l'autel ont perdu leur splendeur ; £t,pour comble de maux, le sort qui vous outrage, Réservait ces malheurs au déclin de votre âge. Quel cœur d'airain pourrait vous refuser despleurs 7
Mais l'enfance surtout a des droits sur nos cceurs. Autls d'Ochosias que j'ai donné de larmes !
Pour lui de Josabelh je ressens les alarmes ; J'assunble autour de lui les ministres sacres. Tantôt mes yeux eu pleurs , sur le Nil égarés , Du berceau d'un enfant redoutent le naufrage; Et je renÈls grâce au floi qui le rend au rivag* = Tant cet âge est louchant! mais quel sort w Du dernier fils des rois égale le destit»^ ,
Je reviens donc à vous , fatoUla îi>^® Par quelle inc«tnceval)ie et tri^j Ae»*'***^ '■»«* Helas ! faut-il toujours que (^ ^*'^*ftï«'^'
Puisent dans vos malheur^ »^^\0* \e I-ouis snrl'échafaud a lerjw , ^e*^ -c'» ^o^ \ Son épouse n'est plus, et ^Vv. J^\ ** ^**'*.
D'effroyables malheurs ^ ^O*^^ A e^^ *** Seul, au fond de M tout ^V \<<!' ^V^^
Un (ils respire eacore ; il n'a pour sa défense Que ses traits enchanteurs et que son innocence : Contre tant de faiblesse a-t-on tant de courroux ! Cruels , il n'a rien fait , n'a rien pu contre vous ! Veille sur lui y grand Dieu , protecteur de sa cause , Dieu puissant ! c'est sur lui que notre espoir repose. Accueille ses soupirs , de toi seul entendus ^ Qu'ils montait vers ce ciel , helas ! qu'il ne voit plus. Tu connais ses dangers , et tu vois sa faiblesse. ^ Ses parents ne sont plus , son peuple le délaisse : Que peuvent pour ses jours ses timides amis?
Les assassins du père environnent le fils ; Sa ruine est jurée. A peine leur furie Lui laisse arriver l'air , aliment de la vie. '> Son courage naissant et ses jeunes vertus Par le vent du malheur languissent abattus.
Leurs horribles conseils et leur doctrine iniàme ^ En attendant son corps , empoisonnent son ame. C «4 Déjà même , déjà de sa triste prison La longue solitude a troublé sa raison.
Quoi ! n'était-il donc plus d'espoir pour sa jeunesse? De l'amour maternel l'ingénieuse adresse , Le zèle , le devoir y pour défendre ses jours , Etaient-ils sans courage? étaient-ils* sans secours?
.Abner sauva Joas ; sodi l'œil même d'UtysM , Ud faux AsiyaDai: fut conduit au supplice.
Mais quoi , pour remplacer cet cnfaDt plein d'à tirs Quel visage enchanteur eât imite ses traits ? L'œil le moins soupçonneux eftt perce' le mystère Et la beaitté dn fils aurait trahi la mère.
Aujourd'hui plus d'amis, de sujets, de vengeur Chaque jour dans son sein verse un poison rong Quelles mains ont hâié son atteinte funeste ? Le monde apprit sa fin, la tombe sait le reste. Ah ! malheureux, enfant , ah I prince infortuné ! Sous quelque chaume obscurpouriiuain'es'tapa! Pleurez, Français,pleureEtantdemaux et de char 11 eût tari vos pleurs, ayant versé de* '"""^V Victime d'un long trouble, il eût aim^ ^ ï'^* Mais je respire enfin , te rfegne d^s torta»» Sans doute est achevé. De ce sanç- cÇ*« ^' ^ Moins k craindre pour ei^ , *»«»** **!^ EUe a, sans rien prétearf^^ * ^^ *.^ &^**^ Les grâces de son frère, ^ '*>\X.<'* ^»,*"^^, fiâiissons SCS malheurs , ^ a*" v!^"^ Peut-^tre ils feront gpj^ ^V >*'^C^*
Maisqiiedep1e<ireejJS \^ V ^ -vE
n^à brille Huiourd'eh^ ^\*^-.^'!i
gô LA PITIÉ
Où ses parents sonf-ils ? qu'est devenu son frère? Ëssuira-t-elle encor les larmes de sa mère ?
Son père est- il vivant? Conserve-t-il sa sœur? Douter de leur destin est sa seule douceur; Aucun de ces doux noms n'arrive à son oreille , Rien n'appaise sa crainte, hélas ! et tout FeVeille. Mais (piel jour pur se glisse à travers ses barreaux? Le ciel veut-il s'absoudre , en terminant ses maux? Oui , l'heure est arrivée ^ un Dieu finit ses peines ; Et de ses belles mains je vois tomber ses chaînes. Fuis ! 6 fille des rois ! fuis ces scènes d'horreur , Vole aux champs maternels. Hélas ! notre terreur Ne peut t'oiTrir encor, sur ton morne passage, Qu'une pitié captive et qu'un muet hommage.
Mais à peine échappée à ce séjour d'effroi y Les cœurs en liberté vont s'envoler vers loi. Tous plaindront du malheur l'image attendrissante^ Os traits décolorés, cette langueur touchante, Et, dans ces yeux long-temps noyés dans les douleurs, Chercheront, en pleurant, la trace de tes pleurs. Et vous qui , terminant sa triste incertitude , Devez de tous les coups lui porter le plus rude. Ah ! ménagez son ame , et de tout son malheur N'allez pas tout d'un coup accabler sa douleur* ( "^
CHANT m. 97
^'elleimplorele ciel, qu'elle inToque, en ses peines,
Pourdci maniplui qu'liiunains, des forcïi plni qu'humaioesj
Qu'an la mène auiauteU, qu'on lui montre à-la-fois
Sou père à l'echafaud, et son Dieu sur la crois.
Ce Dieu servît d'exemple au courage du père ;
Tous deux dans ses malheurs ont soutenu la mère :
Qu'elle soit digne d'eux en acceptant ses mam.
Cependant de son deuil éga^zlcs tableaux;
Que les fleurs , les gasons , de ces tristes demeures
Lui fassent oubUer les languissantes heures.
Déjà les noirs chagrins semblent s'évanouir.
Ses traits se ranimer-, son front s'épanouir.
Ainsi l'elat douteux du crépuscule sombre
Semble insensiblement se dégager de l'ombre,
Ef mêle , en colorant la vapeur qui s'enfuit ,
Les prémices du jour au reste de la n"»*- Cependant , au milieu de taot de tati>*'^* '
Lorsque, parmi les maux Jg tl'^^® ^ga^r^*'
La timide Pitié n'osait lever l --
Des rayons de vertus onth».:^^NO^ ■vrt»^''^°^^\>=^=*' On a TU des enfants s'ia^w ^H éT V^^^^^^" ,i Des frères disputer Je irç-r*-^\ ^ (jW* «■»* ^^*^ Quedi..ie? QuandSept^^OVt <* ^***Sg^^ ^ Du massacre partout d,»^ ^^'* V \C Jt' -*■
On a vu les bourreaux , fatigues de carnage , Aux cris de la Pitié' laisser flécliir leur rage , Rendre à sa fille en pleurs un përe malheureux , Et, tout couverts de sang , s'attendrir avec cnx.('7 £h ! dans ces jours d'effroi, de ce sexe timide Qui n'a point admiré le courage intrépide ?
Viens , ô viens terminer cet horrible tableau , Toi , qui donnas au monde un spcctable nouvesu , toi , du genre humain la moitié la plus chère ! Une seule dément ton noble caractère; (•* Le reste est héroïque , et passe sans effort Des plaisirs aux douleurs , des douleurs à la mort. Pas un lâche soupir, pas une indigne larme ; Leur courage leur prête encore un nouveau charme. Superbe et triomphante à ses derniers moments , Chacune se choisit ses pliis beaux vêtements; Gomme aux pompes d'hymen , au supplice s'apprête Et de son jour de mort se fait un jour de fête. Notre sexe est jaloux de ces traits généreux; Près d'elles du trépas Yas^yect est moins affreux. La beauté, sur la mort exerçant son empire^ L'adbiicit d'un regard , l'embellit d'un sourire : On dirait que )e ciel met dans ses faibles mains La gloire de k France et l'honneur des humains.
CHAHT m. 99
Telles, dans la nuit sombre, éclatants météores,
Du pôle n^uleux les brillantes aurores ,
Consolent du soleil , et remplacent le jour.
Quel prodige de foi , de constance et d'amour!
Tarente , que te veut cet assassin farouche ?
A trahir tonamieilTeutforeer taboucke; (*o
£n vain s'offre à tes yeux le sanglant e'chafaud ;
Ta reine dans les fers te parle encor plus haut.
Chaque âge , chaque peuple ont eu leur héroïne ;
Thèbe eut une Antigooe , et Rome une Éponine ;
Mais chaquejoumous rend ces modèles fameux.
Rome , ne vante plus tes triomphes pompeux :
Ce sexe effaee tout, et ton char sanguinaire
A vu moins de héros que son cbar funéraire.
Il a ses Thraséas , ses Gâtons , ses Brutus.
Ah ! que la Grèce antique , école des vertus ,
Ait des filles de Sparte admiré le courage -,
Mais vous, charme d'nn peuple éléganiet^olag^i
Qui , dès vos premiers ans , entçnA»»" loaiout*
Le son de la louange et le 1^-1 g^iooïiis t
Sans le faste imposR&lit6\>j> , .ov*?**'
Où donc aviez-vofis pris ^ V^V* V*^"^*^ «
O vierges de Verdun, je^X^.jjtcC j^,«*^^ï
Quinesaiiïotresor[,«, T^W. ^ ,6<^ ^O* -
Helas ! lorsque l'hymen préparait sa couronne , Gom me rherbe des cbamps, le trépas vous moissonne;' Même heure , même lieu vous virent immoler.
Ab ! des yeux maternels quels pleurs durent couler ! Mais vos noms, sans vengeur, ne seront pas sans gloire; Non : si ces vers touchants vivent dans la mémoire y Ils diroul vos vertus. C'est peu : je veux un jour Qu'un marbre solennel atteste notre amour.
Je n'en parerai poiot ce funeste Elysée , Qui de torrents de sang vit la terre arrosée. Loin les jardins de Flore et l'impur Tivoli , C 3" ^ Par ses bals scandaleux trop long-temps avili y Où d'infâmes beautés , dans leur profane danse , Aux mânes de son maître insultaient en cadence ! Mais , s'il est quelque lieu , quelques vallons déserts , Épargnés des tyrans , ignorés des pervers ^ Là y je veux qu'on célèbre une fête touchante. Aimable comme vous y comme vous innocente.
De là j'écarterai les images de deuil; lia y ce sexe charmant , dont vous êtes l'orgueil y Dans la jeune saison , reviendra , chaque année, Consoler par ses chants votre ombre infortunée., a Salut ^ objets touchants ! diront-elles en chœur., . » Salut, de notre s^x^e irréparable honniEïur!
CHANT m. 101
» Le temps y qiii rajeunit et yieillit la nature ,
B Ramène les zéphyrs^ les fleurs et la verdure;
» Mais les ans dans leur cours ne ramèneront pas
» Une yertu si rare uni« à tant d'appas.
» Espoir de vos parents ^ ornement de votre âge,
> Vous eûtes la beauté, vous eûtes le courage;
» Vous vîtes sans effroi le sanglant tribunal ;
» Vos fronts n'ont point pâli sous le couteau fatal :
» Adieu y toucbants objets , adieu. Pubsent vos ombres
» Revenir quelquefois dans ces asiles sombres!
» Pour vous le rossignol prendra les plus doux sons;
» Zéphyr suivra vos pas , écho dira vos noms.
» Adieu : quand le printemps reprendra ses guirlandes,
» Nous reviendrons encorvous porter nos offrandes;
» Aujourd'hui recevez ces dbns consolateurs ,
» Ces hymnes, nos regrets, nos larmes et nos fleurs. »
BIN DU TROISIEME GBAIfT.