CHAUT U
Conquérez à l'étal ces eofants malhcoretiK ; Que l'école des arts soit ouverte pour eux ; X>oniicz, pour les rejoindre à la grande famille. Au jcuoe homme un métier , une dot à la fille; Ainsi pour Albion naissent des matelots, Des bras pour le travail , pour les camps des iér AÎDSi la bienfaisance accueille la mistre; Le riche est leur parent , la patrie est leur mère. Cependant , en ces lieux au malheur consacrés Be la tendre Piiic les droits sont plus sacrés. Il est , il est des lieux plus étrangers pour elle. Voyez de loin ces champs où ]a guerre cruelle Dans un ordre effrayant rangp ses bataillons , Qui de torrents de sang vont noyer les sUlons : Eh bien ! c'est en ces lieus que je vais U coodu Mars , le terrible Mars connaîtra son empire- Là , la nécessité, dans sa fatale mai" Tenant son joug de fer et ses cbat»*^ à'awai» , Trop souveur au soldat "rdot^ Ve ^^''^aW- Prescrit l'embrasement ei v^ »\eÇ^ ^
Mais la douce Piiié suit ^"^^ï*^*"
Elle adoucit ses coups , ç|. ^Xy ■^^ . O^
Au meurtrier farouche m^^ i. ■^'^ -*\&*^ Conserve sa chaumière ^ ^^ A^ ,<*
56 Lk PITIÉ.
Court disputer au feu les hameaux embrasés.
Des escadrons tonnants , dans les raugs ecrase's , Tantôt elle suspend répouvantable orage ; Quelquefois ^ réclamant pour ses droits qu'on outrage^ Elle crie : ce Arrêtez , impitoyables coeurs^ )) Qui prodiguez le sang ! Maudits soient les vainqueurs - » Qui font des malheureux , immolés à leur gloire, » Le marche-pied sanglant de leur char de victoire ! v Le bronze a-t-il cessé de vomir le trépas ?
Dans les champs du carnage elle porte ses pas , Rend des honneurs touchants aux uiort^ qu'elle console ; De là , plus prompte encore , elle part, elle vole Vers le lit de douleur de ces braves guerrim's , Dont le sang, des vainqueurs a payé les lauriers^ Des larmes du regret , du suc heureux des plantes , Arrose , en gémissant , leurs blessures sangUntes ; Tantôt , d'un œil craintif, suit l'acier rigoui^ux Qui s'ouvre dans la plaie un chemin douloureux } Tantôt 1 cur fonde un temple, et tout prës«in boissombrc Semble un autre Elysée où vient errer leur ombre. Tel , au bord de la Seine , à nos yeux éblouis , S'offre ce m^ument du plus grand des Louis. ^ ^ Tel brille ce Greenwich ^ ^ , où l'œil des vieux pilotes Voit partir, revenir et repartir les flottes ;
CHANT II. ^-j
Aiusi parlent cncor de champs et de vaisseaux Les vaiuqucurs de la terre et les TaiTiqucurs des eaux. Tels encor leurs yieusanscontentleursTieiix services: L'omI TOil avec respect leurs nobles cicatrices ; Leurs maux sont adoucis, leur sang est expié, Et la Victoire en pleurs embrasse k Pitic.
Toutefois dans les camps sa voix iasi\ entendue , Pour des cceurs inhumains est bien souvent perdue. peuples , vantez-nous et vos arts et vos moeurs I Mars jamais n'a coûté tant de saug et de pleurs. Ah ! que l'alîi'cux Hurou , en mugissant de (oie , Prêt a la dévorer , danse autour de sa proie , Se repaisse en fureur de ses membres irembiants. Et boive .ivec plaisir dans des crânes sanglants . Mais quel génie affreux, quel démon du carnage Aux modernes he'ros souffle toute sa rage ?
Bariiarcs combattants , plus barbares vai»>\" ' Tout sentiment Iiuniain a-t-il (^^ ^c vos ^'^ . ^^es . Ces bourreaux beaux-esprits »«<!■****' Au théâtre pleuraient des m* ^**^\ç>^''*; El, dans des nols de sang ^ ^X'^** v'^^^^^V' D'un massacre inutile ils ^ ^oS** ^*^' '■'^'^''^ Le front ceint de cyprès, > V '■ ^ •S' - <ft- Élale aux nations roppp'^^^^Xj^ .^ ^P^
Le succès, le bonheur ne les attendrit pas.
' Sur des captifs tremblants , échappes au trépas , ( 7 Leur triomphe cruel dirige son tonnerre , Et leur perfide paix ensanglante la terre.
Ah! si le sort, un jour, aux malheureux Français Envoyait un moment le pouvoir des bienfaits ! vous , tristes captifs , délaisses par la France , Contez-nous quelle main nourrit votre indigence ; Dites-nous maintenant si ces nobles proscrits Méritaient vos fureurs , méritaient vos mépris ! Dans leurs persécuteurs ils n^ont vu que leurs frères ! Leur misère, en pleurant, a servi vos misères. C^ Bannis par Tinjustioe , et Français par le cœur , Vaincus , ils ont donné des larmes au vainqueur. L'étranger s'en étonne , et vos jours de victoire De notre exil à peine ont égalé la gloire :
Ah ! la gloire n'est pas où n'est pas la bonté.
Eh! comment leur triomphe à l'ennemi dompté Serait-il indulgent , lorsque leurs mains perfides Portent chez leurs amis leurs fureurs homicides ? De la triste Helvétie écoutez les accents.
Peuples , jadis heureux , aujourd'hui gémissants ,
Quel bonheur vous manquait7Dans ses pompes profanes> Le luxe des palais enviait vos cabanes ]
L'oreille ayec filaisir écoutait vos Ifti-rents ; L'ceil , de vos daîrs ruisseaux suiTait les flots errar Le sommeil se plaisait au bruit de vos cascades ; Les ari9 inibistneux liabilaient vos boui^ades ; Le sage les aimait; l'oi^eil même, séduit , Chez vous , pour ses vieux ans projetait un réduit. Les richesses pour vous coulaient moios ine'gales ; Vosbrase'taicnt guerriers, et vos mœurs pastoral L'étranger parmi vous s'arrêtait enchanté ; Et sur vos monts en&n Haller avait chanté.
Haller , chantre divin , frais comme vos campagn Doux comme vos va lions, fier comme vos montage Et qui ne prévit pas (jiie sou hymen , un jour , Du cygne harmonieux ferait naître un vautour, ' ' Cependant, près de vous grondaitl'affreuseguei De moment en moment s'approchait son tonner Que faisiez-vous alors? Vos magistrats m"*** Dormaient au bruit flatteur des paioVesà-cÇais-,
Et d'un agent véual la soupleg^^ oiV^^"**. v «■ Bordait d'un miel ironipeup | «c^''*^^ a
En vain le vieux Sieiger, d»^. '^O^y^^ï^-Ç^''^ Évoijuait vos aïeux du foq^ '^ AC » \.0^ En vain vos ennemis, pa», A^ ^^ ^^N*^ Essayaient vos frayeurs ^^\ A?* ^^'
6a tA PITIÉ.
La paix , le long oubli des eiforts- véftucm , Des folles nouveautés Tampur présomptueux ^ L'égoïsme , fatal au malheureux qui s'aime, Ce monstre , adorateur et bourreau de lui-même y Qui , façonnant au joug les peuples abattus, Sans oser les forfaits / assoupit les vertus : Tout réprimait des cœurs l'élan patriotique.
Mais des traces restaient de l'héroïsme antique : Plus d'un brave guerrier , plus d'un vieux sénateui^, Rappelaient vos beaux jours. Le peuple agriculteur De la flamme sacrée avait sauvé les restes ; L'honneur même enflammait leurs milices agrestes. PouVaient-ils oublier leurs amis , leurs parents , Sous de lâches poignards sans défense expirants? Leur sang criait vengeance , et leurs augustes mânes Erraient inappaisés autour de vos cabanes.
Aussi , l'affreux signal à peine a retenti , Du fond de ses rochers tout i|n peuple est sorti. Soudain , 1;^ que Ton voit le brasier de la veille Répondre^sous la cendre au souffle qui l'éveille, Tout s'eoflammc à-la-fois : femmes, enfants, vieillards, Entourent Içurs foyers deleurs vivants remparts. ( '* De leurs monts paternels les rocs inviolables. Sont mpins majestueux et moins inébranlables.
GHAIST H Oi
Des Français uti instant les foudres se sont tus, Et la fureur chancelle à TaspQÇt des vertus.
Mais Rapinat paraît et ^ contre les victimes , Promet aux meurtriers Timpunitë des crimes. ^ *^ Soudain , ce vil ramas qui , souille de forfaits , S'en vient mêler sa lie au pur sang des Français , Vomit ses bataillons d^Bs les champs qu'ils inondent : Le fer luit , le sang coule , et les tonnerres grondent. L'écho , qui des bergers redisait la chanson , En répète à regret repouvautable son.
Âh ! qui pourrait tracer ces scènes de carnage ? ( *4 Les vieillards ne sont point protèges par leur âge, Le sexe par ses pleurs , les morts par leurs tombeaux, Et la férocité veut des crimes nouveaux. Du sein qu'a déchiré leur fureur meurtrière , L'enfant avant le temps arrive à la lumière ^ Sk mère palpitante expire sous leurs pas^ Du malheureux qui meurt ils hâtent le trépas. Prêtres saints , cachez-yous , fermez le tabernacle : Epargnez à mes yciix l'effroyable spectacle De vos corps déchirés sur vos parvis sanglants ! Delà vierge à genoux leur rage ouvre les flancs^ S'irrite sans obstacle, égorge sans colère, £t , s'il n'est teint de sang , l'or ne saurait lui plaire.
6a , AA pitié.
Tout ce qui du passe gardait le souvenir , Tout ce qui promettait un bonheur à venir , Tout ce qui du présent accroît la jouissance, Les monuments des arts, ceux de la bienfaisance ; Tout subit leur fureur. S'il offre un trait humain , L'airain trouve un bourreau , le marbre un assassin. En vain , pressant les rangs, etdomptant les obstacles. Leurs bandes des vieux temps rappellent les miracles, C'en est fait , et le nombre accable la valeur. Ah ! que les arts du moins consacrent le malheur ! D'un côte' , montrez-moi les noms , les noms sublimes De ceux qui de Tëtat ont pe'ri les victimes : Qu'ils vivent sur l'airain , que la main des pasteurs Les entoure d'ombrage et les jpare de fleurs»! De l'autre , sur un roc stenle , affreux, sauvage , De vos champs deVastés épouvantable image , Du monstre Rapinat gravez le nom cruel, Nom maudit par la terre , abhorré par le ciel. Qu'à son funeste aspect les amantes frémissent ; De loin , en le voyant , que les mères gémissent ; Que le passant troublé le lise avec horreur ; Que l'enfant an berceau l'écoute avec terreur ; Que j'entende la sœur lui demander son frëre , L'orphelin s'écrier : o Qu'as-tu fait de mon père ? »
Quepubsenitourà tout toutes les nations Y porter leur tribut de malédictions ; Et qu'enfin sa mémoire , en veageance fe'conde , Aille irriter la haiae , et soulever le monde .' Mes vœux sont entendus : la touchante Pitié' Qui, les yeux attendris , le front humilié, Pleurait sur le malheur, consolait la faiblesse , Dès qu'elle est outragée , implacable Déesse , Se relève en fureur , et, pour venger ses di'oiis , Terrible , au fond des cœurs fait entendre sa voix ; Va des cieux indignés allumer le tonnerre ; Des flambeaux à la main , parcourt toute la terre ; Appelle la vengeance ; et de ses défuseurs Arme , en couraut , les bras contre ses oppresseurs- Aux cris de ITIelvétie, ainsi l'Europe en arme» Sort de son long sommeil et jette un cri d'alarn»es. Tremblez , vils assassins , lâches dépre^**^'*^ ' g'. Lesmauxpairontlesmaai,iespIeuj,j,ç^EO»''^**'P ^^^ , s terribles cent fois , et c^^^ ÇoVs î'^''* JT,^
Cesguerr
saogteinflesï^^ .
Où s'arment en fureur, pour l. ^XsS»'* Xe*^^' Sujetscontresujets, parents ,, ^Vôv* vC**^^-***'^'^ Là , sous des traits hideux s» ^V?^ ** C^ a***"* Plus forts sont le. liep», et ^ ^»^\t^ <* ^ ^"
6i LA PITIÉ,
Parla main quMl chérit chacun est égdrgé, La nature est souffrante^ et le sang outragé; Son cri meurt étouffé ; plus de fils , plus de père r L'ami dans son ami , le frère dans son frère , Trouvent un assassin ; et ^ dans ce choc affreux , Toujours les plus vengés sont tes plus malheureux. Quand le luxe insolent et l'infâme licence Ont d'un dieu courroucé provoqué la vengeance, Alors ^ laissai\]t dormir la foudre dans ses mains, C'est ce fléau cruel qu'il envoie aux humains. En vain Rome à ses lois soumet la terre et l'onde , La Discorde , au milieu des dépouilles du monde , Lève sa tête affreff^e , et, s'emp'arant des cœurs, Du malheur des vaincus vient punir les vainqueurs : Tant l'abus du pouvoir amène l'esclavage!
Mais pourquoi recourir aux fastes du vieil âge ?
La Vendée ! A ce nom la nature frémit ^ L'humanité recule , et la Pitié gémit.
La funeste Vendée , en sa fatale guerre , De Français égorgés couvrait au loin la terre ; Et le sujet des rois, l'esclave des tyrans, De leur sang répandu confondaient les torrents. Enfin , entre les camps la trêve se déclare.
Soudain, tous ont franchi le lieu qui les sépare,
Voleul d'un camp à l'autre. A peine on s'est mile, U yengeaDce s'est tue , et le saug a parlé. ( '^ A ces traits ) adis cbers , à ces voix qu'ils connaissent , U tendresse s'éveille , et les remords renaissait. I>es mainsserrentles mains, lescteurs pressent les cœurs. De leur vieille amitié les souvenirs vaimjueurs I^urmontrentleurs parents ou leurs compgnonsd'armes, Ceux de qui les bienfaits essuyèrent leurs larmes , Ceox qui de leur hymen préparèrent les nœuds , Ceux qui de leur enfance ont partagé les jeux ; Dans leurs embrassements leurs transports se confondent; tjeara larmes, leurs soupirs, leurs sanglots se répondent; lies banquets sont dressés , le vin coule à grands flots , Les cl)a.nts de l'amidé consolent les écbos ; Tout redevient Français , ami , parent et père ; L'humanité respire et la nature espère.
Mais du départ fatal le signal est doqne'} Chacun d'eux aussilôt baisse un front consterne- Aux cris joyeux succède un lugubtç sWcn^* ' ^^^^ , Tous, pressentant leurs maux et le» à.6^*
S-éloignentlentementjet^lesl^^^a*^ .^e«ï^^^^^^
D'un triste et long regard se S^ij^^ * .t* ^^^& Mais le remords redouble au t^.^^ ^ ■ A^ V^^wï* Uiirsorameil est troublé de t-^\\> X©* J^
D'un hôte, d'un ami, l'un croit forcer le flanc ; L'autre égorger son frère , et rouler dans son sang. Enfin le joâr renaît , et l'airain des batailles Fait entendre ce son , signal des funérailles. Accours , douce Pitié, préviens ces jeux sanglants; Cours, les cheveux épars , vole de rangs en rangs ; Dis à ces malheureux : « Cruels , qu'allez- vous faire ? )> Vos bras dénaturés déchirent votre mère.
V Laissez là ces mousquets , ces piques et ces dards ; a La nature a maudit vos affreux étendards.
)» Hélas ! hier encore , assb aux mêmes tables , » Votre bouche abjurait ces lauriers détestables. » Avez-vous oublié vos doux serments d'amour ? » Le ciel à vos combats prête à regret le jour. D Et moi, si du malheur vous sentez les atteintes, y> Cruels , je fermerai mon oreille à vos plaintes \ D Je resterai muette, et vos justes malheurs » A mes yeux vainement demanderont des pleurs. » Et vous qui , les premiers, provoquant la vengeance , » Avez des cœurs français rompu l'intelligence , -» C'est à vous de donner le signal de la paix : » Vos barbares exploits sont autant de forfaits. » Assez , pour féconder les palmes de la guerre , » De cadavres sanglants ont engraissé la terre.
■ Âh ! rereneï à tous ; voyez la France en d » Fleurer de vos lauriers le parricide ai^ueîl o Le chemin qui conduit ces enfants aux coi i Est teint de notre sang, et pavéde nos têti a Près d'elle sont assis , sur son char inbuni 9 S'uD côté le triompliet et de l'autre la faii
• Abjurez , il est temps , Von palmes funcraii ' Aimez-TOuseuFran(ais,eâbrasscz-Tausei
• El qu'aux chaols de la mort succèdent eu i> Les cris de l'all^tesse et les hymnes d'am
TIN DO GBANT DEBXIEUE.
LA PIÏIE,