‹ La pitié: poëmeChapitre 12 sur 23 · LA PITIÉ, CHANT IV · texte numérisé non relu

LA PITIÉ, CHANT IV

An lieu de ce respect, conseiller du devoir, Dont l'heureuse magie entoure le pouvoir ; D'un tàiat oppresseur les lois usurpatrices Gouvernait par ta peur, régnent par les supp Quelques abus font placeà des malheurs plus gri Et des débris d'iu roi naisseul mille tyrans. ( La France, que le monde avec effroi contem| En offre dans ses chefs l'épouvantable exem] I>e notre liberté despostiques amis, Où sont-ils , ces beaux ioursqu'ilsnousavaientp La misëce est pour nous, et pour eux. l'opule Sur la chute du trône élevant leur puissance D'un front jadis rampant, ils affrontent les ci Un moins hideux spectacle affligerait les y^" Si , changés tout-à-coup eu d'informes ruine Les bois baissaient leur tête , et levwent leurs Hélas ! depuis ce jour si fécond en fovfaUs . Où le crime vainqueur vint s'gsse"" *°^" Où le bonnet sanglant reiQ-j^i \9 cO>ï*'*- De queb maux inouis j'eg^ ^^^ ^^ ««^'^ Par ce premier maiheui. ^tjj-* ^^* L'œil en pleurs , Je sei^^ %^ , ^ -^ % « La France, qu'enviaiçj^ ^V ft^ ^ Des raines do momlç ^ \^ V J%y,

îo4 r^A PITIÉ.

De son corps gigantesque e'tale en vain l'orgueir^. Assemblage hideux de victoire et de deuil. ( ' Ses biensde tous les maux renferment la semence;^ Son calme est la fatigue et non l'obéissance. Mais , hélas ! dés malheurs où l'état est plongé ,. Le plus affreux n'est pas l'empire ravagé :

Ses enfants dispersés aux quatre coins du mondé , De toutes ses douleurs , voilà la plus profonde. . Doublement affligée , elle pleure en son cœur L'injustice des uns, des autres le malheur.

Qu'il est dur de quitter, de perdre sa patrie ! Absents , elle est présente à notre ame attendrie : Alors on se souvient de tout ce qu'on aima , Des sites enchanteurs dont l'aspect nous charma , Des jeux de notre enfance et même de ses peines. . Voyez le triste Hébreu y sur des rives lointaines y Lorsqu'emmené captif chez un peuple inhumain , A l'aspect de TËuphrate il pleure le Jourdain. Ses temples, ses festins, les beaux jours de sa gloire , Reviennent tour-S-tour à sa triste mémoire ; Et les maux de l'exil et de l'oppression Croissent au souvenir de sa chère Sion.

Souvent en l'insultant , ses vainqueurs tyranniques> Lui criaient : «Ghantez^nous quelqu'un de ces cantiques

CHAUT IV. »o5

» Que Tons cbantiez aux jours de tos soiennités, d ■ — Ah ! que demandez-TOus à nos cœurs attristas? « Commentchaiiterioiis-tiousauiriveï étrangères? i Répondaienl-iU en pleurs, a berceau de nos pères n Notre chère SLou ! si tu n'es pas toujours » El nos premiers regrets , et nos derniers amours » Quenousrestiotissansyoix;quenoslanguesseche'ei » A nos palais brûlants demeurent attachées ! » Sion, uniqueobjetdeioieetdedonleurs, » Jusqu'au dernier soupir , Sion , chère à nos cœurs » Quoi ! ne verrons-nous plus les lombes palemelles » Tes temples, tes banquets, tes fêtes solennelles ? " Ne pourrons-nous un jour , unis dans le saint uen B Du retour de tes fils remercier ton Dieu? »

Ainsipleuraitl'Helreiijmais du moins parsesCrfet

Il n'e'tait point banni du séjour de ses pères. Ah ! combien du Français le son es^ Ç^'* ""^ Chassé par des Français loin du «1 pat.eït'«\'

11 f„i, .™. d'»,„. cL i ., " *° ^«s>\«''^

De sa pairie ingrate il empo'5^^>^Aj>6- O ciel ! à ee dipan , ,ue de C*^ V « * - Chacun quille ses biens , s *^\^ ,* *^

L'un, cent fois s'eloigna^j^^ C"V »*'\'' Hiîure,snlii;anl,sesble4. Vv'X.'l* ^^^4

io6 LA PITIÉ.

Sans doute , le Français , malheureux , dépouillé ^ Peut rentrer sur un sol de carnage souillé ; ^^ Peut errer sous les murs habités par ses pères , Voir ses bleds moissonnés par des mains étrangères , Et , par ses souvenirs déchiré de plus près , Joindre à tant d'autres maux le tourment des regrets» Ah ! quel exil affreux égale ce supplice !

La justice imparfaite est encor l'injustice.

Oh ! si je vous contais tous les fléaux divers Dont ce vil brigandage a rempli l'univers , Ma voix dans votre cœur porterait l'épouvante. Je vous dirais : « Ces biens , qu'une loi révoltante ff Arracha par la force à leurs vrais possesseurs ^ v Ont inondé la France et de sang et de pleurs , D Ont séduit l'avarice, out acheté les crimes, 1» Sur les deux continents entassé les victimes, » Soudoyé les bourreaux, engraissé les tyrans , » Soulevé les sujets , divisé les parents ^ D Desséché le commerce, étouffé l'industrie, •» Et, par ses propres mains, égorgé la patrie. » Ces tableauxfont horreur... Et vous qui, sans remords? Recevez des bourreaux la dépouille des morts , (^ Avez* vous oublié celte touchante histoire Dont Yii^ile en beaux vers retraça la mémoire ?

Au fils du vieux Priam un monstre , Affamé d'or , Avait , avec la vie^ arrache son trésor ^ Cent traits l'avaient percé. L^^ferêt meurtrière Bientôt de verts rameaux ombragea sa poussière. Par le prince troyen sur la tombe penche'^ Un de ces arbrisseaux à peine est arrache'^ L'arbuste tout sanglant aussitôt l'épouvante : Sa main veut redoubler^ une voix gémissante.

Lui crie : « Epargtie-moi , jeune et noble Troyen ; » Ma patrie est la tienne^ et ce sang est le mien. » Pourquoi d'un attentat souiller des mains si pures ? » Yien s-tu troubler ma cendre et rouvrir mes blessures? v Arrête! .... » A ces accents , à ces cris douloureux Un saint effroi saisit le héros généreux , Il fuit ; et loin de lui sa main épouvantée Rejette avec horreur la tige ensanglantée.

Et vous , de la Pitié repoussant les leçons , • Vous poursuivez en paix vos barbares moissons ; * Et, parmi les cercueils , vos iniques enchères Se disputent des champs teints du sang de vos frères ! Ah! cruels , osez-vous, engraissés de trépas. Moissonner sur la tombe ? Et ne craignez-vous pas Que vos gerbes , vos fleurs , de meurtres dégouttantes , Ne distillent du sang entre vos mains tremblantes?

ii# LA PITIÉ.

Le cri de la nâlure est du moins é(;oaté :

Dans les temps du malheur , la tendre parenté

Des secours mutueh4k>it resserrer les chaînes ^

Mettre en commun ses biens , ses larmes et se^ {>eines.

Mais non : à Tintérêt tout est sacrifié ,

Tout lien est rompu , tout devoir oublié.

Aux besoins de l'exil le fils livre sa mère ,

Le frère s'enrichit dès dépouilles du frère.

O honte l le lion protège son enfant ,

Smn amour le nourrit, sa fureur le défend ^

Le tigre affreux lui-même écoute la nature ^

A sa famille horrible il porte sa pâture :

Et, barbare héiitierde ses enfants bannis^

Le père sans horreur boit le sang de ses fils ! «

Lâches diffamateurs de la nature humaine ,

De votre dureté vous porterez la peine :

Je flétrirai vos noms, hommes vils ; et mes Vets

Iront de votre crime effrayer l'univers :

Ma Muse réunit', en fille de Mémoire,

La coupe du mépris et celle de la gloire ;

L'opprobre vous attend : oui , son juste cûurroul^

Barbares, à gr;ands flots la répandra sur vous ;

Et le rciùords rongeur , la honte vengeresse ,

Au milieu de votre or vous poursuivront sans cesse.

Allez donc , délaissez vos amis , vos parents : Hoi , je cours , je m'attache à leurs destios en Ali .' des champs paternels qnand le sort les exi Muse , à ces malheureux nous deyoos ua asile Viens donc à la Pitié prêicr encor la tojh ; Attendris les siqels , intéresse les rois.

Que de les accueilir chacun brigue h gloire ; Raconte de leurs oiaux l'attendriâsauie biAtoire Dis combien du malheur les litres sont sacrés ; Qu'ils trouvent sons leurs pas tous les caurs pré] Eh! c'est à tous d'aboril , à tous que je m'ad. Français, jadis en proie i la même détresse.

Quand des dogflies rivaux te choc religieux Vous haanit par milliers du sol de nos aieux. France , des partis déplorable théâtre!

Que maudit soit |e jour oîi ta haine marâtre , En foule, de ton sein, rqela tes enfants'.

De ton aHVeux succès nos voisius irio'^P^'" Reçureut nos guerriers , nos ^^ . , T\oWe vM Et cette plaie horrihie est à >j . ' gjjéA'^ ' Que le parti vaincu, de son >. ■ ^ s*''^

Du vainqueur en cent lieu> ^^'^^ \c*

Tant de l'âme ulcénfe élu, LjL vengeance toujours

Quoi donc ! trop peu de maux affligent-ils nos jours ? La vie est si pénible , et ses plaisirs si courts ! Tout tremble^ tout gémit dans ce lieu lamentable ; Hélas ! et sur les bords du goufire inévitable Suspendus un instant , les mortels furieux Se poussent dans Tabîme , ou s'égorgent entr'eux. Insensés ! laissez là vos lattes désa'strueuscs ^ Des ligues tour-à-tour victimes malheureuses ; L'un à l'autre aujourd'hui pardonnez vos malheurs , Et que vos souvenirs soient noyés dans vos pleurs.

Mais c'est vous, rois du monde, oui, c'est vous qu'intéresse Le sort de ces proscrits. Cette brave noblesse y Ces prêtres^ ces prélats dispersés en tout lieu, Souffrent^ vous le savez , pour leur roi , pour leur Dieu. Vous leur devez un port au milieu de l'orage ; Et pour eux et pour vous honorez leur courage ; . Celui dont le respect vous adresse sa voix y Aux jours de son bonheur, accueilli par les rois, Oublié dans ses maux, vous demeura fidèle ; Mais tous , n'en doutez point , n'ont pas le même zèle. Non , non : le temps n'est plus où la soumission ^ D'un amour idolâtre heureuse illusion , Environnait le trône : une raison hardie , De ce vieil univers nouvelle maladie ,

CBANT IV. ii3

Calcule SCS devoirs , et discule vos droits ;i Sous la pourpre avilie interroge les rois ; Difsenchaate l'esprit , et paralyse l'ame ; Du feu cbevalrresque éteint k noble flamme ; De l'état social désordonné les rai^s ; Des grands et des petits, des amis , des parents , Des rois et des sujets , brise l'antique chaîne. Gardez- TOUS donc d'offrir la scandaleuse scène De ces cœurs généreux punis d'aimer leurs rois ; (* L'avenir , du présent se venge quelquefois.

Ud faux amour de paix enfante les orages , Et la' faute d'un jour pèse sur tous les âges. ( ' Redoutez du moment le conseil mensonger :

Un excÈs de prudence est souvent un danger. Des affronts faits aux sien s , qu'il combatet qu'il aime, Le Français, croyez-moi , s'indignerait lui-même. Pour n'être point trahis, ne soy« point ingrats- Et toi , tendre Pitié , parcours toua les étals ; ' Va , parle ; et , s'il en est que la terreur arrête , Dis-leur r » H'espére* pas Conjurer \^ Wi»?^" ' ^ » Du monstre à votre tour >(, sc»*^"^^** '^''^ B Et leurs maux dédaignés j. \>et°*'^ ^'^^ ''

Laissez donc de l'e&oi U tj*^°^ <jï.^'^*^** ' Par votre courageuse ei b ^\\6 ^ „A»9^

n4 U MTIÉ.

Obtenez it& bons cœufs un généreux retour^ Et semez les bi^faits, pour recueillir Tamour.

Que d'autres , des guerriers éternisent la gloire , Attellent la terreur au char de la victoire : Bien plus heureux, cehii qui chante l'amitié , La yertu généreuse, et surtout la Pitié !

Virgile ! ô mon maître , 6 délices du monde!

Je reviens donc à toi. Dans ta muse féconde , D'autres admireront le langage des dieux , Ta force, ta douceur, ton vers mélodieux ^ Mais ce qui te rend cher aux âmes bienfaisantes , Ah ! c'est de la Pitié tes peintures louchantes. Eh ! re^rdez Didon ; lorsqu'aux bords libyens^ Un orage a poussé le héros des Troycns :

pour la mieux préparer à plaindre sa misère, Sous des traits empruntés , l'Amour , son jei^ne f rèfe , Le plus beau des enfants , le plus puissant des dieux , A cette reine encor n'a pas lancé ses feux ^ Elle n'a pas encor , dans sa veille amoureuse , Écouté du héros l'histoire douloureuse ; Mais déjà le malheur «st sacré dans sa cour , £t la «Pitié chez elle a devancé l'amour.

« Venez , nobles bannis , leur dit-elle avec foie ; » Garthage hospitalière est l'asile de Troie.

CHAST IV. 1 1«

^ Le destin vous poursuit , c'est assez ponr iioa ceeur : ^ Malheureuse , j'appns à plaindre le malheur, »

Pour ces mêmes bannis ^ jouets d'un sort funeste , Qui ne connaît l'accueil du généreux Aceste ? Bon roi, tendre parent , il n'a pas oublié Que les chaînes du sang avec eux l'ont lié.

A peine il les a tus du haut de la colline , Vers eux à pas pressés le vieillard s'achemine; Ses trésors , son palais y ses ports leur sont ouverts ; Il gémit sur leurs maux, console leurs revers ^ Encourage leurs jeux , solennise leurs fêtes. Sont-ils prêts à braver de nouvelles tempêtes? Du nectar de Sicile il emplit leurs vaisseaux, £t ses regards long-temps les suivent sur les eaux. Récits charmants, pourquoi n'êtes-vous quedes fables ? Mais Virgile exprimait des plaisirs véritables : Ah ! sans doute il sentait ce qu'il chantait si bien ^ Et daiis le CGcur d' Aceste il nous peignait le sien. Et même entre ennemis , que son vers plein de charme Peint bien cette Pitié dont la voix les désarme! Qui ne sait d'Ilion les terribles combats , Quand Achille aux Troyens envoyait le trépas , Les poussait|dans leurs camps^ou contre leurs muraîllea Écrasait ki^-s d^ris échappés auXrbataiUe§ ?

î i6 LA PITIÉ.

On combiittit dix ans } mais contre ia Pitié Que peut des nations la longue inimitié ?

Avec peine échappe' des coups de Polypbéme , Le grec Achéménide , en sa misère extrême , Arrache' par la faim du fond de son rocher , Voit le chef des Troyens , et tremble d'approcher. 'Quelques tristes lambeaux qu'attachent des épines , Composent ses habits ; des glands et des racines Alimentent ses jours ; sur ses pieds chancelants , Maigre et pâle fantôme , il se traîne à pas lents ', Tout-à-coup il s'écrie : « Abrégez mon supplice , » Troyens ! tous voyez- un compagnon d'Ulysse. )> Percez-moi de vos traits^plongez-moidans les flots: TU Vous me devez la mort. » Le Troyen, à ces mots S'émeut , verse des pleurs y le recueille avec joie; £t la mer voit un Grec sur les vaisseaux de Troie : Tant la Pitié touchante a de droits sur nos cœurs ! Vous donc , de mon pays généreux bienfaiteurs , Acceptez mon encens. Qu'à travers cette scène De partis turbulents , de discorde et de haine , Avec un son plus tendre et des accents plus doux ^ Nos vœux reconnaissants arrivent jusqu'à vous.

Pontife des Liégeois ^.accepte mon hommage 5 (^ Le plus près du volcan , tu défias l'orage :

Tes éuts sont bornés , et tes dons inGais.

La Haie, ADsp3ch,Neuwied,soDtpmp)esdcliaiinis. ^ut, murs de Constance! et toi, daigne m'entendre, Waldeck, h omme éclaire', princeaimabLe,amilendre! Jeue le vis jamais.' Par l'estiine dicté, Mon Ters par tes faveurs n'est point décrédité. ( Tu ne commandes point à de vastes provinces ; Mais mou cœur t'a choisi dans la foule des princes. Lorsque vingt nations dévoraient nos débris , Dans un encan barbare achetés à bas prix, Leurs remparts se fermaient à la France exilée ; L'humanité te vit , et sourit consolée.

D'autres ont des jardins, des palais somptueux ; Le monde entier vient voir leurs parcs voluptueux ; Mais des pas d'uuFrançabl'on n'y voit pas l'empreiirte: Oacraindraitquesesmauxn'ensouiLassenll'enceinie-

Ah ! ces jari^s pompeux et ces vastes palais Valent-ils un des pleurs taris par tes bieufails ? Tombez devant ce luxe, altife^ç^ co^oO«**" ' Croidez , fiers chapiteaux , g -Uc^s^* *''** ^ ' E, que Je ,.I i.|„. d'.. i„ %»» ^s»" ^,„..

Soit sec comme ses yeux ^ ^\ v^.,cC<^ cissii^*^'

Ml. ,.„.,„,.. b»., ;^ Vt' v'^î^

Qui de nos oppresseurs j^ ^\v ^ '^

ii8 L4 PITIÉ.

Toi , surtout y brave Anglais y libre ami de tes rob , ^ ** Qui , mettant ton bonheur sous la garde des lois y Des partis dans ton sein vois e^ipirer la rage. Ainsi que sur tés bords vient se briser l'orage. Ce ne sont plus ici ces asiles cruels y Où des brigands cachés à Tpmbre des autels , Où l'assassin souillé du sang de sa victime > Demandaient aux lieux saints Timpunité du crime. Gonfre le vil brigand et l'infâme assassin , Albion au malheur ouvre aujourd'hui son sdn.

Là , viennent respirer de leur longue souffrance y Ces dignes magistrats y oracles de la France, Là , des guerriers fameux embrassent leurs rivaux ; Là, ces ministres saints, échappés aux bourreaux , Prot^és par la loi , gardent leur culte antique : Sion dans son exil chante le saint cantique ; Et l'une et l'autre église abjurent leurs combats ; Et la fille à sa niett ouvre, en pleurant , les bras. Pour corriger encor la fortune ennemie , Du vénérable Oxford l'antique académie Multiplia pour vous ce volume divin (" Que l'homme infortuné ne lit jamais en vain ; Qui , du double évangile ancien dépositaire , Nous transmit de la foi (e culte héréditaire ;

montre un avetair ; fait , des palais du ciel , Dans vos humbles réduits descendre l'Étemel : Coûsole Totre exil , chamie votre souffrance , Nourrit la foi, ramour, la cële3te espérance, Présent plus précieux , et plus clier miUe fois , Que les trésors du rhonde et les bienfaits des rois. Plus de rivalité , de haine , ni d'envie :

Au banquet fraternel Albion nous convie ; Son sein s'ouvre pour tous , et ne distingue plus Les fils qu'elle adopta, de ceux qu'elle a conçus. Telle une terre heureuse à tous les plants du inonde Se montre hospitalière , et sa sève féconde l^ourrtt des mêmes sucs l'arbre qu'elle enfanta , Et le germe étranger que l'orage y porta.

Poursuis, fière Albion, fais bénir ta puissance : Tous les hotfneitrs unis forment ta gloire immense; Le mondé tributaire entretient ton trésor ; Le Nord'notirHt tes mâts , l'onde mûrit ton or ; La France avec ses vins te verse l'allégresse ; Tes lois sont la raison, tes mœurs sont la sagesse , Tes femmes la beauté , leurs discours la candeur , Leur maintien la décence, et leur tci^^^* pudeur ; Tu joins les fruits des arts au^^^^s ^^ ^* îoilunc Le tonnerre de Mars au trid^i^*^ rt 'Ç^eÇ^^^^'

Tantôt , foulant aux pieds l'athée audacieux ^ C'est Minerve s'armant pour la cause des dieux ; Tantôt , fille des mers, belle , fraîche et féconde ^ C'est Venus s'cleyant de l'empire de l'onde.

Jouis, fière Albion ; mais, dans ta noble ardeur , Mets un frein à ta force , un terme à ta grandeur. Cartnage , attaquant Rome , expia cet outrage } Rome hâta sa chute , en renversant Carthage.

Les Indes , les deux mers , tout a subi ta loi : Il ne te reste plus qu'à triompher de toi.

Parmi les bienfaiteurs de ma triste patrie , Pourrais-je t'oublier , terre que j'ai chérie , malheureuse Suisse ? Ëh ! comment oublier Tes cascades , tes rocs , ton sol hospitalier ? Non , non : je l'ai promis à l'aimable Glairesse;.^ '* Beau lieu , qui nourrissais ma poétique ivresse ! J'ai juré sur tes monts , et je tiens mon serment^ De payer mon hommage à ton site charmant.

Amoureux des torrents, des bois , des précipices, Dans quel ravissement je goûtais leurs délices l De leurs âpres hauteurs lentement descendu , Que j'aimais ce beau lac à mes pieds étendu , Ces bosquets de Saii;i(-Pierre , île délicieuse, ^ Qu'embellit de Rousseau la prose harmonieuse! ^ '^

bords infortunés l en vain nos oppresseurs Nous ont de votre asile envié les douceurs ; Et , menaçant de loin vos frêles républiques , Ont lancé contre nous leurs arrêts lyranniques : ( '^ Chacun de vos rocbers cachait un malheureux.

Mais hélas !pourlaFranceilsn'avaientqueleurs vœux; Des femmes, des enfants , des vieillards et des prêtres , Quepouvaienl-ilsdeplusqneprierpour leurs maîtres 7

Choisis , Muse , choisis (es plus aoblcs accents : Les he'ros de Coudé te demandent des chants ; Laisse de la Pitié te luth mélancolique ; Du leur exil armé , leur malheur héroïque.

Ce ne sont plus ici ces belliqueux essaims Dont les croisés en foule inondaient les liens saints. Si leur nombre est moins grand, leur cause est aussi r De leur Dieu, de leurs rois ils vengent la q."*"^ ' Sparte , ne parle plus de les trois cents guerriers : Un seul de leurs combats éea\f, jes lai^"^'*^*' . Là , la France eiiloe en atç^ igt»* ^^ ^^f,^^^"' Là,pourmieuxs'éle?er,t- ^ »6*^* VjsS**^^'

Tous dans un grade obsc^^^* 6°^* V cf^^ts.'»-'''''**''^' Toutsoldatvau.unel»^ "" ^* 6^>**V ^V'"*"*^' Les d'Hector, les d'Ay*.* v ^ oV* ^.Vî?" Le poids du harresa^ ^^^^ yV' A*' v ^

Leur zèle a pour la tente oublie' leurs yaisseaux ; Ils servent sur la terre , ils régaaient sur les eaux^ Là , vit le feu sacre , Tàmour de la patrie , Et de Tantique honneur la noble idolâtrie.

La Franc e est dans leurs camps. Ainsi , delà les mers , Loin de ce.Gapitcde où $e forgeaient leurs fers y Utique rassemblait y sous les leis d'un seul homme ^ La fleur de la patrie et le pur sang de Rome. Angooléme, Berri, soutiennent leur grand nom. Qu'on ne me yante plus ce triple Géryon y Pont trois âmes mouvaient la masse épouvantaîble. J'aime à voir , surpassant les récits de la fable y Un même espoir mouvoir trois héros à-la-fois t Goadé, Bourbon , Ënghien , se foat d'aiitres Recrois ; Et y prodigues^ d'un sang chéri de la victoire^ Trots générations vont ensemble à la gloire. ^ ^ Tel l'arbre aux pommes d'or , de la même liquetu* , Forme le fruit naissant , le fruit mur et la flenr. Eh! qnelBtraDsport8noav«acES,qiielsmoin«off|ileiiis de charmes Quaad parut voireroi , votre compagnond'armes ; ( '7^ Quand , fort de votre amour, paré de son malheur^ D'im regard y d'un sourire, il payait la valeur ; Distribuait ces mots ou la bonté respire, Que le cœur seul entend , que le cœur seul inspire !

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