CHAUT W
'Toat'Tôtrç sang s'emut ; cl ce sang glorieux Sollicitait l'houneur de couler suus se& yeux. Hélas ! le sort jaloux peut tous ëitc iufirlèle ; Mais il reste une palme et |Jus rare et }jIÙs belle. Si Mars dans les combils trahit voire valeur , Kh bi«fl ! par la vertu suLjuj^uez le malheur ; Et , de tant de revers quand le poids vous opprime , Français, privés de tout, gardei du inoins l'estioM. Si tous ne sont pas nés pour combattre en héros , Tous peuvent par leurs imeurs consacrer leur repos. Supportes vos défauts, eulr'aidez vos misères ; N'allez pas étaler , aux terres étrangères , De ranjfiDsilé les scandaleux éclats :
On ne plaint pas longtemps ceux qu'on n'estime pas. Helasîplus d'un Français, dans ces umpsd'iufurt«°«> Sourd aux plablifs. accents de la mire commune , Se montra des Franfab l'implacable ennemi.
Tel ne fut pas ton cœur , toi , courageux, ami ^ ' De ceux que poursuivait U f or^*** raVttmawe , T„i „.. „i.^.:. n-,|„„^ ^ ^^^ ^^^ IfteXçomï»» .
il BelloQe Qui , pan.W U vertu p ' *'"!^A,\«* *«'*''"* ' Joins la beaufédel'^5;*"^!*'^
Qo on ne me vante hi ^ V \» * *<**
Ton art qiii y dans la Grèce aurait eu des autels , O Marin ! sut dompter des monstres plus cruels ^ Le desespoir affreux , la hideuse indigence.
Que de fois , au plaisir mêlant la bienfaisance , Stérile pour toi seul , ton talent ge'néreux Mit son noble salaire aux mains des malheureux. Ainsi ^ par le concours de briUantes merveilles , Charmant le cœur , l'esprit , les yeux et les oreilles , On te vit , tour-à-tour , vouer à nos malheurs , Ta lyre et ton epee , et ton sang et tes pleurs. Le concert de vertu , de grâce et de génie , Ah ! voilà ta plus belle et plus douce harmonie : ^ Tel, beau , jeune et vainqueur , le dieu de iJilélicoQ Chantait , touchait sa lyre et combattait Python. Mais surtout des bienfaits usez avec noblesse : L'honneur est une fleur que peu de chose blesse. Gardez-vous d'ajouter à tant d'autres fléaux Le malheur bien plus grand de mériter vos maux. Armez d'un juste orgueil votre illustre infortune : La Pitié se retire alors qu'on l'importune. Faites plus : s'il se peut , ne devez rien qu'à vous ; Luttez contre le sort ; que d'un regard jaloux , MêniP au sein du malheur , le luxe vous contemple : Déjà plus d'un banni vous en donne l'exemple.
CHAUT IV. ia5
Combien l'Europe a va d'illustres ouvriers S'exercer avec gloire aux plus humbles métiers l La beauté, que jadis occupait sa parure , Pour d'autres que pour soi dessine une coiffure : L'une brode des fleurs, l'autre tresse un chapeau ; L'une tient la navette , et l'autre le pinceau. < '^ Le marquis sémillant au comptoir est tranquille ; . Plus d'un jeune guerrier tient le rabot d'Emile ; Le modeste atelier , au sortir du saiut Ueu , Bejoit avec respect le ministre de Dieu.
Que dis-je ? ce poème , ou je peins vos misères , Doit te jour à des mains noblement mercenaires ; De son viitemcnt d'or un Caumont l'embellit , t" Et de son luxe heureux mon art s'enorgueillit.
Tairai-je ces mortels qui , las d'un long orage. Et de leur désespoir empruniant leur courage , Bien loin de cette Europe en proie aux £actlons , Loin des deltris sanglants de tant de nations , Dans uu autre univers portant leur industrie , Ont par un long adieu salu^ \g^ ■çaWe'î Ah ! quand ces malheure,,» , ^AbVe.W"*' «■"* '
s» .« , ,.ndr. Pitié , ** ^e* *";^ ^ „.„ Pourvois à leurs besQ: ^\^ ^V* ^^
ia6 tA MTIÉ.
Sauve-les des ëcueils , des flols capricieux ; Et si des bords lointains présentent à leurs yeux Quelqu'licureux coin de terre, où des bois, une source ^ Offrent un doux bospice , arrête là leur course. Là y profitant du ciel , du site et des hasards , Qu'instruit par les besoins , Thomme invente les art&; Que puissent autour d'eux , dans un beau papage , Les coteaux , les yalions, et les eaux et l'ombrage , Par quelque doux rapport , retracer à leurs yeux De leur séjour natal l'aspect délicieux !
Pour rendre , s'il se peut , leur triste exil moins rud« , Que d«s enfants chéris charment leur solitude ; Que leur mère avec eux console leurs revers : Avec ce doux cortège il n'est plus de déserts. Un )our peut être , un jour , sur ce lointain rivage , Quelque banni viendra , suspendant son voyage , Chercher les pasdel'homme ^ et de leurs longs travaux^ Tous deux, en les contant , soulageront les maux. Et , si c'est un Français, Dieu ! quelle douce ivresse ! Que de transports de )oie , et de pleurs d'allégresse^ De récits commencés , suspendus et repris !
Ah ! si de tels mogients on sent partout le prix , Combien ils sont plus chers , si loin de sa patrie I Telle je nourrissais ma douce rêverie ,
CHANT IV. t^^
LorSfpie de deux Français le sort miraculeux M'apprend que le destin réalise mes v<»ux. ( *'
Craignant de son pays la discorde fatale y Un Français ayait fui de sa terre natale ; Il Taimait ; et cent fois vers ces climats chéris , En partant , il tourna ses regards attendris. Mais , pour mieux oublier leur misère profonde , Son CGBur , entr'eux et Lui, mit les gouffres de l'onde* H partit , il courut , d'un regard curieux, Reconnaître la terre y étudier les cieux.
De nombreux végétaux , dans sa course intrépide ^ Avaient déjà grossi son portefeuille avide.
U observait les vents, interrogeait les mers , Leurs rives , leurs reflux et leurs courants divers. Tantôt y de l'océan ramené sur la rive , " Le mercure captif , à sa vue attentive , I>es monts , entre ses mains , mesurait la hauteur, Et des vagues de l'air jugeait la pesantemr ; Tantôt , les monuments , les ruines antiques , Les animaux divers , sauvages, domestiques , Les mœurs des nations , leur commerce , leurs lots , De mille objets nouveaux lui présentaient le choix ; Tantôt , quittant la plage •»» i^çve^^*^^ *^' Vonde , Sa main tenait la montç^ V^^S**^^^ ' ^^^* *^*^* '
£t la nature , et l'homme, et la terre, et les eaux^ Variaient à ses yeux leurs mobiles tableaux.
£nQn il touche aux bords où des peuples sauvages De l'immense Amazone habitent les rivages :
Magnifique séjour où des champs plus féconds , Des fleuves plus pompeux, de plus superbes monts , Dans toute sa grandeur étalent la nature.
Un jour que dans ces lieux il erre à l'aventure y Tout-à-coup à^es jeux , par un heureux hasard , Se présente un chemin tracé des maius de l'art. Il avance , étonné , sous des voûtes d'ombrage ; Par degrés s'adoucit la nature sauvage ,:
Déjà même un logis se présente à ses yeux , Qu'environne l'enclos d'un verger spacieux.
Il s'arrête enchanté. Tout-à-coup, 6 merveille ! Les sons d'im chant français ont frappé son oreille. Trois fois, plein de surprise , il écoute; et trois fois Arrive jusqu'à lui cette touchante voix.
JSon cœur bat déplaisir , ses yeux versent des larmes : Jamais accent humain n'eut pour lui tant de charmes. <K Des Français sont ici , » s'écria-t-i} soudain ; <c Je verrai des Français ! » Il dit, suit son chemin; Il approche, il arrive auprès d'un humble hospice; Il entre , il aperçoit une blanche génisse;
Une femme cWmam*. «■ ■ '*^
!»■" deux s. ,0., fi,ù . "•"■ "' '' ""«'««r ; • Q«l • »■„, „"; ^j ™ ■*'« ««là .'.lance ,
!■« ^^'rd ; ""•'•°''- ""»• "■» ■■""™ ■ >■■ r„Tr/V'"'"' .émoi» '.U„„i».,
iSo LA PITIÉ.
» Conte-moi tOQ départ , ton exil , ton bonhetit ; » Oui , je veux tout sayoir ^ tout entendre : mon cceur » Déjà vjolc au-derant des récits que j'implore. » Ah ! mon plus grand bonbeur est de te voir encore y » Lé plus grand de mes maux de douter de ton sort ! » ' — <c Tu veux savoir le mien; ami , je suis au port. » Vois ces riches coteaux, cette belle campagne, » Ce fruit de nos amours , ma fidèle compagne ^ » Le hasard fortuné qui t'amène en ces lieux ! » Cher ami , puis je assez remercier les dieux ? » Mais, puisquesurmonsortjsurtoutcequi me touche, » Tu veux que l'amitié s'explique par ma bouche , » Je raconterai tout. Quand la mort , la terreur , » Eurent changé la France en théâtre d'horreur , » Ces spectacles sanglants fatiguèrent mon ame. » Avec peine échappé de ce s<^our infâme, » Je partis. Ces beaux lieux , empire du soleil, D Ces monts majestueux , ce ciel pur et vermeil , » Gei^ fleuves à grand bruit précipitant leurs ondes, » Le sol luxuriant de ces plaines fécondes , * » Dès long-temps m'enflammaient du désir curieux » De voir , de parcourir , d'interroger ces lieux, » Un vaisseau m'apporta sur cet heureux rivage; » L'accueil hospitalier d'un simple et bon sauvage
CHANT IV. i3]
a Releva mon espoir; et , tandis qu'à Paris » Des brigands policés d«fvoraient mes dâ>ris y » L'ignorante bonté yint soulager mes peines. » Cependant je voulus , dans ces fertiles plaines ,
[ » Comme aux champs paternels fortune possesseur,
» De la propriété connaître la douceur.
' 9 Le fameux Robinson revint à ma mémoire ;'
V » Son roman fut mon sort, sa fable est mon histoire :
•" » Que ne peut en effet le travail excité
' » Par l'aiguillon pressant de la nécessité !
» Des instruments des arts f étudiai l'usage ; » Moi-même par degrés j'en fis l'apprentissage; » Je plantai mon jardin , je bâtis ma maison ;
I » Des moissons, des labours, je connus la saison;
» L'air libre du vallon , l'abri de la montagne , o M'offrirent vingt climats dans la même campagne. » Des plantes avec nous avaient passé les mers ; )> Ce ^1 connut les fruits de deux mondes divers , » Le nectar de Bordeaux, la figue de Provence; D Et dans un sol étroit je parcourais la France. » Trop faible illusion! A mes champs patemcte , » Hélas ! aurais-je fait des adi^^^ éterncis?* » Mais enfin dans ces bois \ t)^^^^^^^ ^^ taisent; » De nos troubles passés ^ gnuAte* s' apçais ent.
i3a LA PITIÉ.
» Le trayail en ces lieux est mon premier trésor :
» Les plaisirs du travail manquaient à l'âge d'or.
» J'en hais roisivctë, j'en aime l'innocence.
» Tout seconde mes soins ; des troubles de la France
» Victime , ainsi que nous , ce bon vieux serviteur,
» Laboureur comme moi ^ comniemoiconstructeur^
» N'a connu qu'en ces lieux l'égalité première.
» Nous sommes journaliers ; mon épouse est fermière.
» Le laitage du soir et celui du matin
» Nous paraissent plus doux , présentés par sa main.
» Les vrais plaisirs sont ceux que l'on doit à soi-même^
» Et les fruits les plus doux s ont les fruits que l'on sème.
r> Quelquefois revenus à nos premiers plaisirs,
D Des arts plus élégants amusent nos loisirs.
» Le dieu maçon dans Troie et berger chez Âdmète,
» Ne tenait pas toujours l'équerre et la houlette :
Souvent dans son exil , comme au^éjour des dieux,
a Ses doigts divins touchaient son luth mélodieux.
» Nous ai9kis imité cet exilé céleste :
» Les arts charment souvent notre labeur agreste ^
» La harpe, les crayons reviennent, chaque soir^
» Remplacer le marteau , la bêche et l'arrosoir;
»• £t notre douce vie , en délices féconde ,
9 Aux goûts des temps polis joint tcva, du premier monde.
CHANT IV. i33
» Tdeat mon sort. Un bien mauquait à mes désirs : » Viens , en les partageant , achever mes plaisirs. ■ Qu'une seconde fois le bonheur nous rassemble; » HousTé(;ûme&heureui,ehbienlmo>irons ensemble. Comme il disait ces mots , ce sauvage ingénu Que par des bienfaits seuls son hôte avait connu, Avec un air mËle' de candeur et d'audace, &itre , tenant en main les tributs de sa chasse ; 11 les jette , et repart : n Cher ami, tu le vois , » La bonté simple et franche habile dans ces bois. » Oh ! ce n'est qu'à Paris que sont les vrais sauvages . B Consens doncd'êtreheureui.sur ces heureuxrivages. Il dit : sa femme en pleurs seconde ce discours ; Tous trois dans ces beaux lieuicouleotencor leurs joursî Et des ans et des champs l'agréable ciJture, Pour eux d'un double charme embellit la nature. Et vous ! qu'un faible espoir retient pf^* *)* '^l*'" Oii vivaient nos aïeux , où nous vî»** ^^ ^**'*' ' Je retourne vers vous. Que y„, . itoça"*'^'"; N'affronte pas encore Je cl^ yj^ÎI^*^*^
Vous confier trop tel à ce ^ ««î- ' -.
N...„i. ,..™„.d»,, %\ot< cO-"fÏÏi.
Un démon désaslreui b) ^ v^ O*^ x i^^'
i34 L4 PITIÉ.
Alors TOUS reverrez l'asile paternel ; Mais ce bienfait encor cache ud piège crueL Tel que le basilic , de sa prunelle ardente , Fixe y attire et saisit sa proie obéissante , De mon trisie pays le prestige assassin , Pour déyorer ses fils, les appelle en son sein ; Ou j telle que Garybde, en ses grottes profondes > Engloutit tour-à-tour et rechasse les ondes, La France impitoyable , en ses horribles flancs , Attire tour-à-tour et vomit ses enfants.
£h ! comptezvous pour rien ce que la gloire ordonne ? L'honneur est-il muet? Ah! sans doute on pardonne Au besoin aifame , qui^ parmi les tombeaux.
S'en va , pâle et tremblant , saisir quelques Lamlïeaiui. Mais loin ces vils mortels qui , parlant de courage, Vont , les mains pleines d'or , mendier l'esclavage ; Et veulent recueillir , dons leur lâche bonheur , Les profits de la honte et le prix de l'honnenr ! Ainsi > jele' moi-même aux rives étrangères , Je chantais la Pitié , \t peignais nos knisères. Souris à mes accents , ô prince généreux ! ( ** A qui^e dus ma gloireen des temps plus heureux ; Toi, Tame de mes chants , m(m appui tutelaire, Qtt'adoqqe le Français et que l'Anglais révère^
CHAUT lY. i35
Toi , dont le cœor loyal à nos yeux attendris Fait briller un rayon dit plus grand des Henris ; Qui , sûr de notre amour, as conquis notre estime : Grand prince , tendre ami , chevalier magnanime , Modèle de la grAce , exemple de l'honneur !
Tut'ensovTien^peut'Ctre^auxjonrs démon bonhenr, Jechanlai tes bienfaits; et, quand la tyrannie Nous faisait de son )Dug subir l'ignominie, J'en atteste le ciel , dans ces moments d'e0roi , Je m'oubliais moi-même, et volais près de toi. Oui : d'autres lieux en vain bénissaient la présence. Le doux ressouvenir ne connaît point l'absence. Au milieu de l'exil cl de l'adversité , Toujours tu fus présent à ma fidélité.
Ainsi l'adorateur du grand astre du monde, Quand le ciel s'obscurcit , quand la tempête gronde , Par la pensée encore accompagne son cours , Le suit sous son nuage et l'adore tonjo"'*- Mais que dis-jc?au milieu des ta»ft«^*^ àcVetûçVre , Un rayon de bonheur vient A tttO^"* ^^ ^o*^*'"*" Par les nœuds de l'hyme^ . ^* .. ^«V^ ^*'*'"'' La fJle de ton frère; et trv "^^i ^ ,e^" C'est l'espoir de J'élat.,V »(!»* ci'''*^* ..«4*
i36 LA PITIÉ.
O couple vertueux ! ô fortunes époux !
Si ioDg-temps séparés , que votre sort est doux ! Tels deux jeunes ruisseaux , nés de la même source, Après de longs détours se joignent dans leur course; £t , dans le même lit , sous les mêmes berceaux , Unissent leur murmure et confondent leurs eaux. A leur hymen heureux les oiseaux applaudissent , Autour naissent les fleurs, et les troupeauxbondissent. Et de leurs flots unis le cours délicieux Fertilise la terre et répète les cieux.
C'est ton heureux pays qui vit former leurs chaînes , Toi , qui du Nord charmé viens de saisir les rênes, Jeune et digne héritier de l'empire des Gzars. ( *^ Sur toi le monde entier a fixé ses regards.
Quels prodiges nouveaux vont signaler ta course ! Tel que l'astre du nord , le char brillant de l'ourse , Toujours visible aux yeux dans ton climat glacé, Gomme un phare étemel par les dieux fut placé. Toa.regard vigilant , du fond du pôle arctique , Sans cesse éclairera l'horizon politique.
Ta sagesse saura combien est dangereux Le succès corrupteur des attentats heureux.
Oui, tu protégeras ce prince déplorable!
Que relève à tes yeux une chute honorable ; •
CHANT IV. ï37
Qui , d'un ail paternel pleurant des fils ingrats , L'olive dans la main en vain leur tend les bras. Quel malheur plus touchaDl, (pielle cause plus juste, Réclament le secours de ta puissance auguste ! Souviens-toi de ton nom ; Alexandre autrefois Fit monter un vieillard sur le ttôoe des rois. Sur le front de Loab tu mettras la couronne : Le sceptre le plus beau , c'est celui que l'on donne.
VIR DU QUATRIEME ET DEBNIEII CBART.
jt MvuwtwMnnnnmwvvvvvv t n i niInnnnf i tt'r *■■■■■■■■«■■■■ ■ ■■■■■(ai— — »
DU