CHANT PREMIER
PAGS 19, PAGE II.
L'antel de U Pitié fut Mcri dan* Athènei.
:XLT£tr8 , fils d^Hercule ^t de Déjanlre y étant poursuivi par Euristhée , se réfugia à Athènes , où il fit bâtir un temple à la Miséricorde ou à la Pitié. Les Athéniens voulurent que les malheùi'eux et même les criminels trouvassent dans ce temple un asile assuré. Les anciens peignaient la Pitié sous les traits d'une femme , dont le teint était dHme blanpheur éclatante , et le nez un peu aquilin ; elle portait une guirlande d'olivier autour de la tête ; son bras gauche était déployé ; elle tenait un rameau de cèdre à sa main droite ; à ses pieds on Toyaitune corneille , oiseau, ditiiorus Apollon, ^e
■ NOTES DU CHAUT I, " iSg les E^ptiens Itéraient palÛcnUtremsnt , comnu plui «nclfai i U compaMion qn« les aiUreg aninutix.
Las antals àt li Miséricorde furent long'letnps sacrés dans Atliènes ; son culle devait ttre toucbant, et ^•s AtMniens , si long-tettips di*isés , tinrent souTent SB réunir et s'esOlrasser dans le lemple delà Pitié. «La vtie de l'homme, dit Pansania», est si chargée de licis- • sitndes,da n'aTAsetde peines, que la miséricorde est ■la diriniEé qui méritetait d'avoir le plus de crédit. Tous îles panici^ers , tentes ks nations do monde devraient BhÙotnii-doaaerifieasipHTceqaetouslespaniciilieTS, s tontes tes iMtiiMM en ont égaleiaeiit besoin, u I.a Pitié tut l«mfi-lBiap« encore nne vertB, après avoir ccss* iftaa une dl<(iiiité ; mus la coimption des eicenrs fit disparkhre aonndte, et Gnil par étoaffer les généreu- (ea émotions. Les SliAciens (Aèrent jnsqa'à sonteaiT quelaPitién'éait qne de la fùblessepls étûent con- «éqnentBàletD- doctrâne. EseKet, si la douJem' o'ett pinntBn mal, la pitié ija^Ue inspn-e n'est ip'uii sentiment inutile. Ibna U secte des Stoïciens éieil pCTi éten^ne ; le plus gi«nd Doad>re de« hommes a toujours regardé la Aoidcnr coimae <vi nul. Commeirt otK-ils f U a cnlta de U Pitié ?
i4o • NOTES
Pythagore apporta en Grèce et en Italie le dogme ûjè la métempsycose ] il Pavait pris chez les prêtres ëgjp* tiens , qui vraisemblablement rayaient,eux-mémes tiré de l'Inde. Ce dogme ne fut jamais adopté en Italie qae comme une hypothèse ingénieuse. Les poètes m^es , auxquels Pidée de la métempsycose devait fomnir des images agréables , dédiûgnèrent d'en parler ; Lucain l'appelle un mensonge officieux , propre à écarter les images ds la mort. Les philosophes n'y croyaient pas eux-mêmes. On sait que Pythagore fit saciifier cent bœufs au Soleil, pour célébrer la découverte du carré de l'hypoténuse. Le dogme de la métem.psycose était moins faitpoùi* réussir en Europe que dans PIndostan. Sur les bords du Gange , la nature fournit facilement à l'homme tout ce qui lui est nécessaire. L'Indien est sobre, il préfère les plantes à la chair des animaux; il a conservé plus de respect pour les êtres animés : aussi la croyance de la métempsycose s'est-elle conservée dans ces contrées telle qu'elle était dans son origine. Les Indous ont encore des cérémonies en l'honneur des animaux. Les Brames célèbrent une fête des vaches , qu'ils appellent le Pongol. Ils adorent le dieu de la vertu , sous l'emblème et sous la figure d'un boeuf. Us prennent pitié des animaux les plus vUs , parce qu'ils les regardent comme tenant à l'humanité , pai* la transmigration des âmes. Plusieurs voyageur» rapportent qu'il existait encore , dans le dernier siècle , à Surate , des. hôpitaux pour les puces , les punaises , les poux, etc* On parle d'ane secte d'Indous^? dans le
m CHAUT I. i4t
To janme de Colconde , qui a telletocnt horreur du sang, qu'ils s'absiifiinenl de manger des oignons , parce que cette espèce de légume renTerme des filaments qui reisemblent à des conduits sangiùns. Dans la famine qui désola le Bengale, en 1774' ^* T" ^^ péiir prèa de trou millioiia d'habitants , un grand nnœbre d'Indous se laissirent mouiir , plutôt que de manger de la chair des aiûmauK. Au milieu de ces scènes de deuil et d'effroi, mie chose qu'on ne pouTiJt pas loir sans un mélange de pili<; et d'ailmiration, c'était la constance inébranlable des Indous à refuser toute nourriture animale. On les voyait s'eiposer à toutes Ues angoisses de 1« faim, plutôt que de renoncer aui préceptes de lenp religion. Les idées reUgleuses étaient le seul senliment qui eût snmagé dans cet abWe., o(ï tout ce qnt earactéi'ise l'homme iTÛt disparu.
HogaiTih s'est attaché k ^eind'e >«» lort-^^' «P" Itornme fait souffrir au. anim,,,* aomestiques. T^™ n'est si louchant que ses tabU,,,, Ma cWrTct.«r lo
i44 NOTES
attesté par plusieurs témoins oculaires , a été consigné dans plusieurs Mémoires du temps.
M. D.... était en prison; deux jenlPants en bas âge ijlaient Toir tous les jours leur père ; ils n^avaient d'autre conducteur que le chien de la maison , qui leur serrait de Mentor dans leur voyage. D yeillait sm* eux , avait soin de les faire éloigner des voitures , faisait écarter les passants , et les ramenait toujom's par le même chemin , sans qu^ils aient jamais éprouvé le moindre accident.
On pourrait citer beaucoup d'autres traits de la fidélité des chiens . On a pai'lé de faire Thistoire de ces animaux pendant la révolution ; mais Phumanité aurait trop à rougir.
&) PAGE a5 , VERS a3.
Et moi f qui protcmit leurs honoaurs fuaérairw , J'inToque un monumant pour de* cendres si chères | Four toi qui , presque muI , au siècle des ingrats | Dans les temps du malheur ne Tabandonna^pas.....
Delille s'était élevé, dans son poème des Jardins, contre les monuments élevés à des chiens :
Dans jious ces monuments } point de recherches Taiaes. rauTOS'Tous allier , dans ces objets touchants | I< 'art aTec la douleur , le luxe arec les champs? Surtout ne feignes rien i loin ce cercueil factice , Ges urnes «ans douleur , que plaça le caprice , lioin ces Taîns monuments d'un chien ou d^utt oistan '. Cest profaoer le deuil « iasulter au tombeau.
DU GHAIW î. 145
La fidélité du chien méritait la réparaLÎon que lui fait ici Delille. L^histoire de ce fidèle animal s'est quelquefois xnêlée à Thistoire même de rhonune. Homère qui avait chanté les dieux et les exploits d^ Achille , ne dédaigne pas de paiier , dans VOdjrssée , du chien d'Ulysse , qui fut le premier à reconnaître son mûtre. L'Écriture Sainte parle du chien de Tobie.
6) PAGE 27 , v£as 6.
Si , vengeant la nature et les droiti dei humaioe , Un esclave autrefois fit trembler les Romains. •
Spartacus se mit à la tête des esclaves , et soutint une guerre formidable contre la république romaine.
O champs de Saint» Dominguel A seines exécrables !
Kous n'offrirons point ici lé tableau des scènes de désordre et de carnage auxquelles cette colonie a été en proie. Dans un ouvrage destiné à célébrer les douces émotions de la pitié , il ne faut pas trop recueillir de faits propres à inspirer Phorreur : il est des détails trop connus pour qu'on les rappelle ] il en est de trop déchirants pour qu'on s'y appesantisse. Qu'il suffise de savoir qu'au moment où l'on déroulait , aux yeux de la France épouvantée , la liste des cTÎmes de Carrier, un nommé Joseph , député des oivâ à la Convention nationale, s'étonnait de voit et ^^ monatre , et
disait froidement : « Moi ^j '^^^^^^ ç^vt ^^«^ d^'^utre» » à Saint-Domingue ! » K^^^^
i46 NOTES
S) PAGE 3l , VERS 10.
ïidélia le prouve j elle dont Adduon A la pottërité transmit Taimable nom.
Ce morceau est imité du N<>. 449 ^^ Spectateur.
9) PAGE 34 9 VERS i8. .
O toi ! l'inspiratrice et rob)et de mes chants , Qui joins à mes accords des accords si touchants I
Mlle. Vaudchamp , douée d'une voix charmante , et très-bonne musicienne , charma long-temps les chagrins de Delille par ses accents ; elle s'était associée à toutes ses peines , et ses soins assidus furent d'un grand secours au poète , pour la composition et la publication de ses ouvrages. Il l'appelait quelquefois son Antigone, et elle méritait ce titre touchant pai* son attachement envers son illustre ami, autant que par sa conduite envers son père et sa propre famille. Delille , acquittant envers elle la dette de la reconnaissance , lui donna son nom quelques années avant de mourir.
*o) PAGE 34 j VERS a3.
Des filles de Milton qui ne sait la tendresse 1
L'excès du travail auquel Milton s'était livré , dès
son enfance , lui avait fait perdre la vue dans un âge
.peu avancé. Trois filles, fruit de différents hymens,
réparèrent, par lem' tendresse et leur zèle , cette perte
affreuse pour un homme qui faisait son unique bonheu'
DU CHANT I. i47
de l'étude. Ellrs apprirent à lire et k bien prononcer hnii langues qu'elles n'eateodaieiU pas , afin d'ftre en ^Ut de faire à leur père les lectures dont il avait besoin.
'•) PAGE 35, YEBS a.
Les torts poliliques de Millon ont été très-bien caractériaéa dans l'article qiic loi ont consacré les auteurs de la Biograpliie universelle , et il Dons suffira d'en pr^
n Milton fut jeté dans toutes les passions des indépen- » dants , et en partageant leur fanatisme , il s'égara jus- »qu'à justifier leurs crimes. TJn livre attribué à Charle» » l"'-. , et pnblié sous le titre de Portrait du Roi' » avait redoublé l'indigaalioa publique contre le Par- » lemeot et le tribunal régicide ; Milton j répondit par ■ une diatribe iminrieuse. Ces attaques contre nn roi n qoi n'était plus , ces poursuites an-deli du jugement , » ces insnltes ao-delà de Péehafaud , avaient quelque » chose d'abjmt et de féroce, que l'éblouis sèment dn » faul lète cacbait a l'ame enthousiaste de Milton. On " a souvent parlé du scandale l-la-fois odieux et bi- » sarre de son débat contre Sanmaise , l"'» "■>' p«bU* , »poOT défendre la mémoire de Ch»''*** ' °° ^"* ^^^ » aigne d'une cause si beHe ^ ^ïjyie «^ «'"'*= '"''"'' >MBe. La réponse * Viùxx^ .V"***' ^'^x " «T»ge érudition. C'est le -, e'* ^AbWWS'ï'' . ' ,^
,m.rU . et milan, le. «^H»^ -^^ç^^^, , ^ *«-^'^
i48 NOTES
» de Judith pour justifier le crime de Crourwell et d« » Bradshaw. Milton élait presque aveugle lorsqu^il com-f » mença cet ouvrage ; et il se glorifiait de perdre la » vue en achevant celte couvre odieuse quUl croyait
V patriotique . Aigri par les haines quUl avait méritées ,
V il fit paraiti'e , en i654 ? une nouvelle Défense du
V peuple anglais ' Oétaitle titre quUl donnait à Tape- »logie de quelques hommes , tyrans de l'Angleterre , 7t et désavoués par elle ; enfin , il mit au jour sa propre » défense ( Defensio autoris ) , et Ton doit avouer yt que , s'il s'était emporté , dans ses attaques , à des » violences odieuses , il se défend avec calme et di- )>gnité. En réponse à ses adversaires , qui lui avaient y> appliqué le vers de Virgile :
Monstrum homndum , îtijoeme , in^ens , cui lumen ûdemptum.
•ù il donne une espèce de description de sa vie , et même )) de sa personne. On voit, par ce récit, que les basses» )> ses^ de l'intérêt ne se mêlèrent jamais aux passions -» politiques de Milton, Fanatique de bonne^foi , il avait » sacrifié sa médiocre fortune en dons patriotiques, yt pour la cause du pailement. Au républicanisme théo* 3» logique de son siècle , il joignait d'autres illusions pui- D sées dans ses études cbéries , «t daos^ l'admiration de wla belle antiquité. La scolastique violente des Puri> )x tains , la dictature du Long- Parlement ,lui semblaient )> une imitation de l'éloquence et de la liberté romaine^ V Son imagination rêvait l'afTran/chissement de la GrècQ » par les arpaes de la république d^Angletcri'ç. Il 9t
DU CHANT 1. i49
dBïic surtout celte espérance dans une letlre qu'il »adresse à PhiUras , savant Athénien, qui vojageait n aloia en Curope , fuyant ta bonté de son paja et la tj- " rannie des Turcs. Mlllon , qui , touioura préoccupé »de Tantiquité littéraire, se regardait lui-même, en ac- » ceptant les bienfaits du parlement , comme un Grec
11 aurait voulu inspirer aui Anglûs la pensée d'aller se- ■ courir la véritable Athènes , et de ramener dans aea umuralallbcrté, la gloire elles arta. Mais MUUtD de- » Tait avoir peu de crédit sur les conseils de Cromvel \ » et cet habile usurpateur trouvait , sans doute , plus " facile et plus sur de s'emparer de la Jamaïque. Après ul'expulsion du Long-PBricnunl,MdtDn, comme beau- "coup d'autres indépendants, conserva, près de » Cromwell , l'emploi qu'il avait accupé sous la répn- »bl)que; et, ce fougeux républicain se trouva le secré* » taire d'un tjran. a Biographie imiveraelle , tom. xxik t page 64.
") TAGE 36, TEM l8>
Ce trait, rapporté par M .- î^'*'" "T!^
joué au .hé«r. Fejdcu * . ,^" ,t ^".1 ^ »* ^*'"
iSo NOTES DU CHANT I.
indigente. Le peintre Danloox, entendant les Ters de Delille , fut frappé du tableau qu^ils offraient à son imagination ; 'et s'étant aussitôt mis à y travailler , U Pexéenfra avec le plus grand succès.