XVIII PREFACE
l'empêcher d'éclater. — Mais, disent nos historiens-poètes, il était si bon pour mademoiselle Duplay et pour le chien Brount! Ce n'est pas assez.
« Il semblait difficile de pousser plus loin que Robespierre l'esprit de système, l'inflexibilité, le fanatisme ; son ami Saint-Just résolut ce problème. Il avait commencé par être son disciple et son admirateur passionné : « Vous que je ne connais, comme Dieu, que par des merveilles », lui écrivaitil, en 1790. Il s'était élevé sous son patronage, avait grandi à ses côtés ; maintenant on pouvait presque affirmer que cet étrange séide le dominait. Il avait pourtant l'esprit encore plus étroit que le sien, mais cela même le servait : un système une fois admis comme règle suprême, ce n'est pas l'interprétation la plus sage qui l'emporte, c'est la plus logique et la plus absolue.
« Dans toutes les questions où il n'était pas soutenu par l'autorité de son maître Rousseau, Robespierre portait beaucoup de déliance et de timidité. Il était alors en proie à de très-grandes perplexités , son esprit étant par nature incapable de supporter le poids du doute. Saint-Just à l'utopie de Rousseau avait joint celle de Mably, qui n'en est au fond qu'une amplification habilement déguisée sous des emprunts faits aux législateurs de l'antiquité (1). Grâce à cet amalgame , il trouvait toujours réponse à tout. Il avait, d'ailleurs,l'inexpérience d'un jeune homme qui n'a regardé le monde que dans les livres ; et s'il ne croyait pas aux impossibilités , c'est qu'il ne les voyait pas. Il formulait ses déductions avec l'impassibilité d'un algébriste, et, le résultat trouvé , il marchait tout droit à l'application , frappant, détruisant tout ce qui pouvait entraver le succès, sans colère, sans passion, sans remords, tranquille et satisfait comme le moissonneur qui a fait sa tâche.
(1) Rousseau ne s'y est pas trompé, et s'en est plaint avec une très-vive amertume.