‹ La pitié sons la terreurChapitre 14 sur 83 · PRÉFACE. XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIX

c Ainsi que tous les fanatiques célèbres , Saint-Just était un converti. Avant d'ambitionner la gloire de Lycurgue, il avait envié celle dePiron. A ses maximes Spartiates il avait préludé par des vers obscènes. Il passa sans transition du libertinage à l'austérité. Il était de ces esprits qui ne trouvent de repos que dans les convictions absolues, et qui, pour ce molif, très-propres à la propagande religieuse, sont tout à fait inaptes à la politique, parce qu'elle ne vit que de transactions. Aussi avait-il tout naturellement à la bouche des aphorismes de grand inquisiteur : « Citoyens , disait-il un jour (26 février 1794), par quelle illusion vous persuaderait-on que vous êtes inhumains ? Votre tribunal révolutionnaire a fait périr trois cents scélérats depuis un an, — et l'Inquisition d'Espagne n'en a-t-elle pas fait plus ? Et pour quelle cause , grand Dieu ! » Plus une cause était légitime, plus elle avait à ses yeux le droit de verser de sang. Torquemada n'eût pas dit autrement.

« Intelligence forte, si l'on veut, car on doit tenir grand compte à Saint-Just de ses vingt-six ans , mais pleine de lacunes immenses et absolument dépourvue d'étendue ; âme rare et singulière plutôt que grande. Le style est chez lui supérieur aux idées , comme le caractère à l'esprit. Il avait ce ton bref, sententieux, despotique qui produit tant d'effet sur le bétail humain. Mais ce laconisme prétentieux, imité du Dialogue d'Eucrate et de Sylla, ne recouvre trop souvent que des pensées fausses ou folles dans le genre de celle-ci : « La République c'est la vertu , et la monarchie c'est le crime. » Aussi paraît-il n'avoir ressenti vivement qu'une haine, celle de l'ironie et du bon sens : « L'esprit, disait-il, est un sophiste qui conduit les vertus à l'échafaud. » C'est pour ce motif sans doute, que sa vertu eut si grande hâte de prévenir l'esprit de Camille Dcsmoulins.

« Son extérieur répondait à ce caractère : sa roideur, son llegmc glacial, une pâleur sinistre, la gravité de son geste

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