‹ La pitié sons la terreurChapitre 15 sur 83 · XX PREFACE · texte numérisé non relu

XX PREFACE

et de sa voix, ses habitudes taciturnes, la lenteur et la fixité de son regard, l'inaltérable sérénité de son front, communiquaient à sa physionomie et à toute sa personne je ne sais quoi d'énigmatique et de fatal. Il semblait un mystère vivant. Son extrême jeunesse, si visiblement tarie et desséchée dans sa source , n'était qu'une fascination de plus ; et lorsqu'aux occasions solennelles il apparaissait soudainement à la tribune, il se faisait aussitôt un silence plein d'anxiété, et les pâles trembleurs de la Plaine, sentant la mort planer sur leurs têtes, se courbaient comme s'ils eussent entrevu l'ange de l'extermination.

« Voilà, avec Billaud-Varennes, sombre sectaire qui aimait la Terreur pour elle-même , Couthon , instrument sûr et fidèle, volonté de fer dans un corps frappé d'inertie, et Gollot-d'Herbois, le féroce ordonnateur des mitraillades de Lyon, les deux hommes qui disposaient presque sans partage du pouvoir, lorsque Danton et ses amis entreprirent de faire rentrer la Révolution dans les voies de la légalité et de la clémence (1).

(1 ) « Camille Desmoulins laissant entrevoir une France sans guilloline en permanence, sans suspects, sans prisons, sans tribunaux révolutionnaires, sans noyades ni mitraillades, troublait brusquement le règne de l'épouvante. Ce ne fut qu'une lueur, mais une lueur dans un cachot.

« Rendre l'espérance, voilà le crime de lèse-Terreur. Camille avait commis ce crime que tous devaient commettre à leur tour ; il y avait été encouragé par sa Lucile. Un homme seul n'aurait peut-être pas suffi à provoquer l'insurrection de la clémence ; il fallait qu'il y fût aidé par la pitié imprévoyante d'une jeune femme. Lucile a sa part de gloire comme elle a eu sa part d'échafaud.

a Danton aussi était fatigué; il ne voyait pas de résultats. Quelle fatigue mortelle , en effet , de n'apercevoir aucun dénouement dans cette voie impossible ! L'esprit ne pouvait se reposer sur aucune conquête assurée. Ces hommes avaient le sentiment qu'ils n'établissaient rien de durable ; ils ne trouvaient aucun sol pour

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