PRÉFACE. XXI
« Pour la seconde fois, la France était mise en demeure de se prononcer entre la démocratie libérale et la démocratie absolue.
« Je n'hésite pas à affirmer que tel était le choix qui lui était soumis en ce moment, bien qu'on ne voie d'ordinaire ici qu'une question beaucoup moins générale.
« Au point où en étaient venues les choses, la question de savoir si la continuation de la Terreur était nécessaire au salut public, n'était déjà plus qu'une question secondaire ; et celle de la dictature qui s'y liait si étroitement, disparaissait aussi en présence d'un intérêt d'une tout autre importance. L'avenir était en cause plus encore que le présent. Danton, avec la supériorité de son sens politique, voyait depuis longtemps déjà ce que Desmoulins ne devait comprendre que fort tard, c'est qu'il ne s'agissait pas dans ce débat de la prolongation ou du ralentissement de la dictature, mais de l'établissement ou du rejet du pouvoir absolu, de la dictature perpétuelle.
« Il avait enfin deviné que les doctrines, déjà partout dominantes, de Robespierre et de ses condisciples n'étaient point, comme beaucoup le croyaient alors, et comme des esprits sincères le croient encore aujourd'hui, une interprétation étroite, mais pourtant fidèle , de l'idée révolutionnaire, une orthodoxie jalouse, mais légitime, une espèce de jansénisme de la Révolution ; il s'apercevait qu'elles étaient en contradiction flagrante avec ses principes les plus essentiels , qu'elles étaient la négation éternelle de toute liberté , et que cette dictature qu'on avait alors réclamée et obtenue au nom des périls de la chose publique , on ne la prolon-
s'y asseoir et respirer un moment ; les plus Forts se consumaient dans un travail stérile : voilà la cause de la lassitude de Danton. Lui aussi sent que la hache approche. »
(E. Quinf.t. La Révolution, l. II, p. 2/i9, 250.)