ACTE IV. — SCENE I
CORNÉLIE
L'innocence au jury présente sa défense , Et l'absolution n'appartient qu'à la loi.
LUCILE
Mais la loi sans pitié n'inspire que l'effroi. Fouquier , pour acquitter son tribut de victimes , Haineux , travestissant tous les actes en crimes , D'un arrêt convenu fait un assassinat.
CORNÉLIE
Attaquer le jury , c'est attaquer l'État.
LUCILE
Quel jury !... mais qu'importe ? écoute ma prière , Seconde mon recours au cœur de Robespierre. Prends et lis cette lettre , et juge de mon sort ; Cette lettre... serait-ce un testament de mort?
CORNÉLIE lisant :
Camille Desmoulins à sa Lueile.
o Duodi, germinal, cinq heures du matin.
(( Le sommeil bienfaisant a suspendu mes maux. On est libre quand on dort ; je t'ai vue en songe et je me suis réveillé, et
j'ai fonda en larmes, ou plutôt j'ai sanglotté en criant dans mon tombeau : Lucile ! Lucile ! ô ma chère Lucile ! où es-tu ? »
Je vois à cet endroit la trace d'une larme, Il l'aime !
LUCILE
Continue à lire , cède au charme.
CORNÉLIE
«... Tu n'imagines pas ce que c'est que d'être au secret, sans savoir pour quelle raison , sans avoir été interrogé , sans recevoir un journal ! C'est vivre et être mort tout ensemble ; c'est n'exister que pour sentir qu'on est dans un cercueil ! Et c'est Robespierre qui a signé l'ordre de mon emprisonnement ! »
(A pari.) Il a signé?... Camille est un conspirateur.
«... J'avais rêvé une république que tout le monde eût adorée. Je n'ai pu croire que des hommes fussent si féroces et si injustes. Je ne dissimule point que je meurs victime de mon amitié pour Danton »
C'est un aveu : Danton était l'ami de cœur.
«... Malgré mon supplice , je crois qu'il y a un Dieu. Mon sang effacera mes fautes, les faiblesses de l'humanité; et ce que