ACTE IV. — SCÈNE IV
Jamais un plaidoyer n'étala tant d'orgueil.
Ses arguments confus grondaient comme l'orage ,
Et, dans son impuissance, il écumait de rage.
Le lion secouait sa crinière ; ses cris
Prodiguaient le sarcasme aux jurés aguerris.
Président impassible au milieu du tumulte ,
Hermann , plein de grandeur , tenait tête à l'insulte ,
Confondant par son flegme un criminel espoir ,
Et forçant la défense au respect du devoir.
Un décret au torrent mit enfin une digue,
Et l'orateur fougueux , épuisé de fatigue ,
De la Convention entendit les échos
Quand Hermann : « Les débats sont et demeurent clos. »
Aux longs emportements succéda le silence.
Tout à coup se levant , Danton , plein d'insolence ,
Dit encore : « Au néant je rentre ; mais mon nom
« Est déjà par l'histoire écrit au Panthéon...
« J'ai refusé de fuir : un citoyen fidèle
« A-t-il donc la patrie au cuir de sa semelle ?
« Je meurs quand la clémence approuve mes desseins;
« Je suis vengé , j'entraîne avec mes assassins
« Cette ère où , sans relâche enflé par la discorde ,
« Tout ruisseau devient fleuve et tout fleuve déborde ;
« Cette ère dont, hélas! j'inaugurai l'erreur,
« Et qui glace d'effroi par son nom, la Terreur.
« Billaut, Couthon, Lebas, Saint-Just et Robespierre.
« Du peuple contre vous s'amasse la colère ;
« Je vous entraîne tous ! » L'arrêt du tribunal
S'est hâté de répondre à l'augure fatal :
Ce qu'entraîne Danton, ce sont tous ses complices,
Perfides dont la mort prévient les artifices.
ROBESPIERRE
Leur exécution va se faire aujourd'hui ?
SAINT-JUST
A l'instant.
ROBESPIERRE
Si du peuple ils imploraient l'appui ?
SAINT-JUST
Je les ai vus partir : le peuple est dans la joie , Et, pour les protéger, la troupe se déploie. Dans Paris règne l'ordre , et force est à la loi.
CORNÉLIE
Je vous quitte , je veux voir passer le convoi.