‹ La pitié sons la terreurChapitre 75 sur 83 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

ROBESPIERRE. SAINT-JUST

ROBESPIERRE

Qu'ainsi , pour nos projets , s'abîment les partis ! — De l'exécution serons-nous avertis?

SAINT-JUST

Bientôt un pauvre diable , arrêté par mégarde , Va tout nous raconter. Du peuple c'est un barde , Un vendeur de chansons , patriote en gaîté , A qui j'ai fait hier rendre la liberté.

ROBESPIERRE

Ah! qu'il m'apprenne enfin le supplice des traîtres 1 Mais dis , ne crains-tu pas qu'à devenir nos maîtres D'autres tendent , au sein de la Convention ?

Je vois de toutes parts l'esprit de faction A l'envi dans l'État soulever des tempêtes , Faire obstacle à nos plans et menacer nos têtes. D'un grand peuple opprimé le bonheur est mon vœu Je sais que c'est le tien , mais la France est en feu ; Nos pervers ennemis, déchirant ses entrailles, Provoquent à l'envi de nouvelles batailles.

SAINT -JUST

C'est le sort ! rien de grand ne s'enfante au repos :

Des aspirations du bouillonnant chaos

Cet immense univers jaillit ; dans les nuages

La République est née au milieu des orages ;

L'homme arrivant au monde , à son avènement ,

Sort des flancs de sa mère avec déchirement.

La douleur est féconde , et des membres difformes

Doivent être arrachés par l'acier des réformes :

C'est à nous de trancher dans le vif... eh ! tranchons!

Au sentier des vertus d'un pas ferme marchons ;

A des destins meilleurs poussons la race humaine ;

Partout mettons le fer où paraît la gangrène ,

Sourds aux lâches conseils d'une indigne pitié :

Le moyen par le but sera justifié.

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