I ACTE II. — SCÈNE II
e peuple, Il sa mort, devait le prendre en haine,
arquoi donc si lon^çtomps l'avait-il applaudi?
m décadi changer à l'autre décadi ,
st preste !.. Un jour de fête , acclamer Louis-Seize ,
plus tard, aflblé, chanter la Marseillaise
and au lieu du supplice on menait ce martyr I
TAPEDUR.
veux , l'estropié , te faire raccourcir traitant le tyran de martyr ? je présume 'un sale amour des rois te couvre encor d'écume , que tu vends ta langue et tes yeux , qu'avec art surveilles les gens ; je te crois un mouchard.
AIGLEBOIS,
16 mon frère avec moi le prit sur cette note , Is'en repentirait ; mais toi , vil sans-culotte , lis tout fleuve troublé lançant tes hameçons, 1 voyant qu'un commerce en tes folles chansons ; ■i qui , depuis quatre ans, proclames par les rues éloge passager de ceux qu'on porte aux nues , lie blâme indirect, la diffamation î ceux qu'aveuglément brise l'opinion; >i qui grossis ta voix pour annoncer des crimes ,
446 LA PTTIÉ SODS LA TERREUR.
Qui flattes les bourreaux par le nom des victimes , Qui débites sans choix des pamphlets personnels , Diatribes contre ou pour !es Conventionnels ; Toi, cupide chanteur, dont la basse industrie Mesure sur tes gains les maux de la patrie , Je te méprise.
Zest!
TAPEDUEV.
AIGLEBOIS.
.Te te méprise.
TAPEDUR.
Ingrat,
Je voulais t' avertir... Fierrot , qu'es-tu?
AIGLEBOIS.
TaPEDUR.
Soldat.
C'est pour ça qu'à ta gauche un bras manque à sa place? Pour son absence , ami , permets que je t'embrasse. Moi j'aime le soldat I Sur Jemmape et Fleurus
ACTB II. — SCiNl lî. ^47
vendu (les chansons dont les profits sont bus. loire des combats au peuple est la plus chère, mon lïiiseur excelle en ses refrains de guerre, ais pardon ! citoyen ; j'excuse ton humeur, crois qu'un bras perdu met du noir dans le cœur.
AIGLËROIS.
|i bras? qu'est-ce qu'un bras, et même que la vie liand il faut repousser de la France envahie |insolent Prussien ou le perfide Anglais?
jour que , Verdun pris , on connut leurs succès , bntrai l'un des premiers aux rangs de la milice , ; d'un sang dévoué je fis le sacrifice.
TAPEDllR.
ne sais pas pourquoi je n'en fis pas autant ; ais sans moi l'on vainquit , c'est le point important.
AIGLEBOIS.
ni , le patriotisme enchaîna la victoire ;
ui, pour prix des combats, une immortelle gloire
puronna nos exploits , et le sol outragé
es impudents Germains en un jour fut purgé.
j Hondtschoote , le soir , tombé sous la mitraille ,
Je fus , le lendemain de la grande bataille , Tiré du rang des morts ; et ce bras fut coupé , Sans que de ma.poitrine un cri soit échappé. A la suite des camps longtemps à l'ambulance , Et dans les hôpitaux longtemps , enfin la France Me reçut, de ses fils moi le moins glorieux ; Mais l'un des plus aimants, l'un des plus soucieux Du sort de ses desseins — et de sa renommée , Toujours objet d'envie et jamais entamée , — De son honneur , — du sort de notre Liberté Qu'on égare , qui porte au front la cruauté , Et dont le cœur, chargé d'une effroyable chaîne , Laisse voir une esclave et non pas une reine.
TAPEDUR.
A tes ressentiments injustes mets un frein : Que peux-tu reprocher au peuple souverain ?