‹ La pitié sous la terreurChapitre 51 sur 54 · US · texte numérisé non relu

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nos tétcs de so baiser dans le panier ! » (iamille , ayant repris courapre , monta sur l'échafaud avec fermeté , puis jetant les youx sur le couteau encore fumant du sang des victimes : « VoilA donc, dit-il, la récompense destinée au premier apôtre de la liberté ! Les monstres (|ui m'assassinent ne me survivront pas longtemps. » An moment où la bâche faisait tomber sa tête , il tenait encore dans l'une de ses mains les cheveux de sa chère Lucile. En tttontant à son tour , Danton avait la tête haute , le regard assuré , il semblait commander au peuple ; cependant il s'attendrit un moment ; « Ma bien-aimée ! ma pauvre femme ! s'écria-t-il , je ne te verrai plus ! » Puis , s'interrompant brusquement : « Allons , Danton , point de faiblesse ! » Se tournant vers le bourreau : « Tu montreras ma tête au peuple , elle en vaut la peine. » Sa dernière volonté fut exécutée. »

Page 424 , vers 6 :

La Modération l'enlnive ; aux Indulgents Nous devons nos dangers.

Modéré, Indulgenl , qualiEcations de parti, appliquées à tous ceux qui condainnaient les boiicheries de la Terreur, aux rojalistes comme aux Dantouisles et à tous les républicains honnêtes. Rn ces temps d'exaltation, les hommes modérés et qui penchaient vers l'indulgence, étaient d'atroces Indulgents, des scélérats de Modérés.

Page àîh, vers 12 :

Dans la Convention les députés dociles, etc.

Comment, demundait-ou à Lavicomlerie , membre du Comité de sûreté générale de septembre 1793 au 31 juillet 1794, comment se l94sait-il que les députés s'envoyassent successivement à la guillotine : « Ma foi , répondit-il , Robespierre avait un tel empire sur

« ses collègues, que moi, en mon particulier, j'hésitais pour ine « rendre aux assemblées générales qui réunissaient le Comité de « salut public à 'celui de sûreté générale , dans la crainte de me i« trouver avec lui. Un jour nous fûmes convoqués pour entendre a un rapport, sans savoir sur quelle matière. Nous voilà réunis. « Saiut-Just tire de sa poche des papiers : quelle est notre sur- « prise d'entendre le rapport contre Danton et autres. Le rapport « était si séduisant I Saint-Just le débita avec tant d'âme!.. Après « la lecture, on demanda si quelqu'un voulait parler: — Non! « non!.. On mit l'arrestation aux voix, et elle fut décrétée unani- « mement. n Biographie moderne , 2" édit., 1816, t. IT, p. 25/1.

Page 425, vers 9-14 :

Ne te souvient-il plus déjà de ces discours

Où tu voulus hâter la justice en son cours?

Avec les accusés tu te trouvais en guerre ,

Et demandais contre eux des éclats de tonnerre ,

Et tu fis décréter ces hardis tribunaux

Qui nous préservent tous des périls sociaux.

Il est trop vrai que l'énergique Danton fit décréter les tribunaux révolutionnaires; mais il s'en repentit amèrement, surtout quand il vil disparaître successivement toutes les garanties de la justice. On n'a pas d'idée de l'état des esprits sous la Terreur et du mépris des administrateurs pour la vie humaine. On s'est occupé dans ces derniers temps de recherches sur les tribunaux exceptionnels de 1793 et 1794. Il importe de connaître leur organisation et leurs procédés. Nous lisions récemment le 30' volume de VAnnuaire de la Société PIntotecImique , et nous y avons remarqué un intéressant article sur le sujet qui nous occupe. M. Ernest Bertrand rendant compte des travaux de M. Berriat-Saint-Prix sur La justice révolutionnaire, s'exprime ainsi :

« Les premiers tribunaux révolutionnaires siégeaient avec des jurés, procédaient aussi avec quelque régularité. IWais lorsqu'on voulut terroriser les populations , et qu'il s'agit moins de juger que de frapper des victimes , on supprima les formes et ks preuves.

NOTES. ttii

V En poliliquc, disuil llobespicrrc , un doit ju|{cr uvcc \e» soupçons d'un |)a(rioti»mc écluiré. • Le nom et l'appareil des tribunaux Turent conservés , mais en réalité le plus souvent il n'y eut plus ni débuis, ni délibérations. L'unique préoccupation était d'aller vile. D'ubord on retrancha les défenseurs et les témoins ù décharge , puis les lémoir.s à charge, puis les moliTs individuels des jugements. On procédait par fournées, se contentant pour le jugement d'énoncer la prévention et la ]>eine appliquée ; enfin on en vint à inscrire les noms des condamnés dans les blancs laissés pour cet usage dans des jugements rédigés et imprimés à l'avance. Le 15 Trimaire, à Lyon , iàS accusés furent ainsi jugés en 300 minutes ; c'était pour chacun d'eux 72 secondes. Le 13 nivôse , & Nantes , il en fut condamné 289 en une seule journée.

« En agissant ainsi , les commissions se conformaient aux vues Hu gouvernement ; ce sont les termes formels de plusieurs de leurs lettres. On peut d'ailleurs s'en convaincre en lisant les instructions qui leur étaient données. Voici celles que la Commission populaire d'Orange reçut du Comité de salut public :

i' Les membres de la Commission établie à Orange sont nommés « pour juger les ennemis de la révolution. Les ennemis de la « révolution sont tous ceux qui , par quelques moyens que ce soii « et de quelques dehors qu'ils se soient couverts , ont cherché à Q contrarier la marche de la révolution et à empêcher l'afferc missement de la république. La peine due à ce crime est la « mort. La preuve requise pour la condamnation sont tous les « renseignements, de quelque nature qu'ils soient, qui peuvent « convaincre un homme raisonnable et un ami de la liberté. La « règle des jugements est la conscience des jurés éclairée par u l'amour de la justice et de la patrie. ■

« Voici maintenant le commentaire de cette Instruction. Fauvetty, le président de la Commission , s'était plaint à Payan de Roman-Fonrosi, l'un des juges, qui était /"ooHfl/isre enragé et un peu loin (lu piint révolutionnaire où il le faudrait, et de Meilleret, son quatrième collègue , qui exigeait des preuves, comme les tril)unaux ordinaires. Payan écrivit à Roman-Fonrosa :

« Les commissions chargées de puuir les conspirateurs n'ont absolument aucun rapport avec les tribunaux de l'ancien régime

« et tnèuie avec ceux du nouveau. Il ne doit y exister aucune B forme ; la conscience du juge est là et les remplace., , Ces commis- « sions sont des commissions révolutionnaires... qui doivent aller V au fait... Elles doivent être aussi des tribunaux politiques; « elles doivent se rappeler que tous les hommes qui n'ont pas été 0 pour la révolution ont été par cela même contre elle... On répète 0 sans cesse aux juges : Prenez garde, sauvez l'innocent; et moi je « leur dis , au nom de la patrie : Tremblez de sauver un cou- « pable.

il Mais la conscience des juges qui devait remplacer les formes et les preuves n'était pas toujours libre; elle était comprimée par

le vote à haute voix et par les représentants en mission Les

juges étaient en réalité placés entre l'obligation de condamner, et le danger d'être eux-mêmes poursuivis révolutionnairement. •

L'ouvrage de M. Berriat-Saint-Prix abonde en renseignements d'un intérêt inouï, de cet intérêt qu'excite le sang humain versé par le fanatisme et l'iniquité. Et pourtant cet ouvrage est écrit avec une sorte de calme qui n'appartient qu'aux légistes de profession. Voici comment M. Berriat-Saint-Prix définit lui-même le but qu'il s'est proposé dans son ouvrage sur la justice révolutionnaire, et précise les résultats auxquels il est arrivé :

« Les actes de la justice révolutionnaire ont donné lieu à des appréciations essentiellement contradictoires, suivant la couleur politique des historiens. Mes recherches auront pour résultat, je l'espère, d'éclairer cette controverse où chacun, gardant ses convictions, a taxé ses adversaires de mauvaise foi. Ayant le premier, qu'on me permette de le dire, étudié dans leur ensemble et leurs détails les tribunaux révolutionnaires, je puis termin t ce discord où la vérité, imparfaitement connue des royalistes, a été travestie par les républicains.

« En proie à une émotion que leurs douleurs font comprendre, les royalistes ont fréquemment exagéré ; doublant, triplant le nombre déjà trop grand , hélas 1 des victimes ; n'admettant pour les condamnations ni justification ni excuse.

« A leur tour, relevant ces erreurs, les républicains ont, à l'inverse , transformé les événements; en cherchant pour tous des explications ; en opposant aux condamnations du vivant de Robes-

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