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LES BASES DE LA CHRYSOTHERAPIE

La chimiothérapie antituberculeuse, comme toutes les autres chimiothérapies, a pour but de trouver une substance qui agisse sur le bacille de Koch dans les lésions tuberculeuses, tout en laissant intacte la vitalité de tissus sains et en n’exerçant aucun effet nocif sur l’organisme.

On doit donc se demander si les sels d’or répondent à ce double désidératum, et se poser deux questions :

1° Les sels d’or sont-ils dangereux ?

2° Les sels d’or sont-ils actifs ?

1° Les sels sont-ils dangereux ?

Tous les auteurs sont unanimes à reconnaître les accidents que peut provoquer la chrysothérapie. Nous n’avons pas l'intention de les exposer dans leurs détails. Cependant, il est utile de les rappeler, afin de pouvoir les éviter. Ils portent sur les différents appareils de l’organisme.

Nous ne parlerons pas des quelques incidents immédiats qui suivent l’introduction des sels d’or surtout consécutifs aux injections intraveineuses et qui

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consistent en malaise général, vertiges, nausées, allant parfois jusqu’au vomissement et réactions thermiques de types divers.

Les accidents cutanés ne sont pas rares et généralement annoncés par du prurit. Ils se manifestent par des érythèmes divers, très polymorphes, pouvant aller jusqu’à l’érythrodermie; le lichen a été signalé.

Du côté des muqueuses, la stomatite aurique est bien connue des phtisiologues, mais n’est pas très fréquente.

Les troubles digestifs sont d’intensité variable. Ils peuvent consister en nausées et même vomissements pouvant entraîner une anorexie insurmontable et une importante perte de poids, accompagnée dans certains cas de douleurs épigastriques. La diarrhée avec ou sans coliques est un accident relativement fréquent. Chiray a signalé des coliques vésiculaires. Dans de très nombreux cas, ces troubles dyspeptiques doivent être attribués à une insuffisance hépatique plus ou moins marquée.

Les accidents hépatiques sont en effet assez habituels. Ils surviennent surtout chez des tuberculeux dont le foie est souvent altéré et le régime mal réglé. Cliniquement ce sont avant tout des ictères relativement rares, généralement du type catarrhal.

Les fonctions rénales ne sont pas à l'abri des intoxications auriques ; dans la grande majorité des eas, l’albuminurie est le seul symptôme observé, le pronostic est bénin. On a cependant signalé de véritables néphrites exceptionnellement mortelles.

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Les manifestations nerveuses ont été étudiées par Th. Alajouanine, Mauric et Fauvert et consistent en névralgies assez fréquentes et d’aspects divers et en polynévrites.

Les perturbations sanguines méritent d’être soulignées. Les troubles hémorragiques en particulier peuvent être très graves (anémies hémorragiques aplastiques, purpuras) ; l’agranulocytose fait partie des syndromes observés.

Nous ne ferons que citer les troubles oculaires que peuvent déterminer les sels d’or et qui sont généralement bénins.

2° Les sels d'or sont-ils actifs ?

Nous demanderons la réponse à cette question à l’expérimentation et à la clinique.

Müllgaard avait cru pouvoir conclure de ses premiers travaux que la Sanocrysine était capable, non seulement d’entraver « in vitro » les cultures des bacilles de Koch, mais encore d’exercer une action préventive ou curative sur la tuberculose expérimentale des animaux de laboratoire. De même les premières recherches de Madsen et de Môrch semblaient devoir démontrer les effets du médicament sur la tuberculose du cobaye.

Malheureusement, les recherches ultérieures ne confirmèrent pas ces premiers résultats. Les travaux de Calmette, Bocquet et Nègre, et ceux de Madsen luimême prouvèrent dans la suite que l’action du thio-

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sulfate double d’or et de sodium contre le bacille « in vitro » était en pratique à peu près nulle. En même temps les expériences pratiquées sur les animaux de laboratoire par Calmette, Bocquet et Nègre, Rist, Jacob et Rolland, Lange, Feldt donnèrent des résultats négatifs.

Aussi on peut conclure avec Rist qu’il semble impossible à l’heure actuelle de parler d’une base expérimentale de la Chrysothérapie : l’or n’a aucune action ni sur le bacille « in vitro » ni sur la tuberculose expérimentale.

Sans doute, à côté de cette conception d’une action en quelque sorte directe, plusieurs auteurs avec P. Courmont, Gardère et Pichat pensent qu’il faut envisager la possibilité d’une action indirecte que les sels d'or seraient capables d'exercer par exaltation des anticorps et notamment du pouvoir bactéricide du sérum et des urines. Mais cette dernière hypothèse est discutable et discutée par les partisans de la Chrysothérapie.

On a tenté de faire intervenir une théorie catalytique : les substances auriques favoriseraient et compléteraient les processus d’autolyse en activant les phénomènes de désintégration dont sont chargées principalement les cellules de l'appareil réticuloendothélial. En d’autres termes « l’or déclencherait dans les tissus des réactions qui permettraient à l’organisme de lutter contre les phénomènes patholo-

giques ».

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Si, de l’avis unanime, la Chrysothérapie n’a pour elle aucun fondement expérimental, ses bases théra-

peutiques sont-elles plus solides?

L'effet clinique des sels d’or dans la tuberculose pulmonaire est très diversement apprécié par les auteurs. Il semble que l’on puisse actuellement diviser en deux groupes les opinions de ceux qui se sont particulièrement attachés à cet épineux problème.

Les uns pensent que la Chrysothérapie ne représente qu’un accident, un cas particulier, un épisode de l’histoire générale de la chimiothérapie antituberculeuse et n’agit que dans les formes dont la guérison spontanée est le plus souvent observée et un grand nombre de phtisiologues éminents ont renoncé à utiliser les sels d’or.

Les autres, frappés par des faits d'amélioration à la suite de l’application des sels d’or dans certains cäs, peu nombreux, souvent imprévisibles mais indiscutables, continuent à les utiliser avec prudence et discernement et adoptent l’heureuse formule de R. Bur-

nand « l’aurothérapie à objectif limité ».

Plusieurs importantes statistiques ont été publiées au cours de ces dernières années, qui démontrent la

médiocrité des résultats obtenus.

S'appuyant sur 679 observations régulièrement au sanatorium de Bligny, U. Guinard estime que « les résultats favorables immédiats n’ont été influencés ni en bien ni en mal, suivant que l’on a ou non appliqué

la Chrysothérapie ».

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