‹ La Place de l'Étoile et l'Arc de Triomphe; la construction de l'Arc de Triomphe et ses ornements; les événements historiques--appendices et tablesChapitre 5 sur 23 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'ÉTOILE DE GHAILLOT. — LE PROMENOIR DE CHAILLOT. — LA PLACE DE L'ÉTOILE.

Cette place magnifique qui est une des plus belles du monde entier, a son sol plus élevé que tous les terrains environnants. Elle n'était autrefois qu'un simple rond-point d'où partait la grand'route de la haute Normandie par Neuilly et divers chemins venant soit de Paris, de Chaillot ou des Ternes venaient y aboutir.

La superbe avenue des Champs-Elysées, plantée en 1670 (1), s'arrêtait à celle époque à la

(1) Cette avenue est formée d'un parc de 700 mètres de long sur 300 à 400 de large, qui date de la nn du xvn» siècle et l'avenue a environ 2 kilomètres de long.

grande rue de Chaillot (1). La place de l'Etoile était donc hors de l'enceinte de Paris et située sur les territoires de Passy et de Neuilly et y était encore au commencement du second empire.

<( En 1729 (2), la place de l'Etoile, nommée autrefois « l'Etoile de Chaillot » formait un octogone inscrit dans un cercle de 50 toises de rayon. Le public parisien et les étrangers avaient déjà adopté la promenade des Champs-Elysées. En 1762, le marquis de Marigny et de Ménars (3), frère de la marquise de Pompadour, surintendant des Beaux-Arts et des bâtiments du roi, prolongea l'avenue des Champs-Elysées jusqu'à la Porte Maillot à travers la butte de l'Etoile qui fut aplanie. En 1774, Louis XVI fit abaisser de 16 pieds la butte de l'Etoile, et élargir l'avenue droite allant du jardin des Tuileries au pont que l'ingénieur des ponts-et-chaussées Perronnet (4) venait de construire à Neuilly ; les terres provenant de l'abaissement de la butte de l'Etoile servirent à surélever la partie des Champs-Elysées où se trouvait la grille de Chaillot et à régulariser la pente ; ces travaux furent dirigés par Perronnet ; en outre, il conti-

(1) La barrière dite de l'Etoile était par conséquent un reçu iernent de la barrière des Champs-Elysées qui limitait autrefois Paris aux rues de Chaillot et de Berry.

(2) HUtoire du XVIe arro.ndissenœnt de Paris, par A. Doniol.

(3) Louis XV avait érigé la terre de Marigny en marquisat pour le frère de Mme de Pompadour et lui avait donné la direction générale des jardins du roi. C'est après avoir donné sa démission en 1773 qu'il prit le titre de marquis de Menars.

(4) Perronnet (Jean-Rodolphe), ingénieur des Pontset-Chaussées. Né et mort à Paris (1708-1794). La ville de Neuilly lui a élevé une statue.

nua l'avenue jusqu'à Courbevoie, ce qui compléta l'entrée triomphale de Paris ; la place de l'Etoile, vers laquelle convergeaient alors quatre avenues, fut agrandie ; on en changea la forme octogonale ; elle devint circulaire avec un diamètre de 120 toises (1), et on l'entoura d'amphithéâtres gazonnés, formant le promenoir de Chaillot qui a été concédé à la ville de Paris par les lois du 19 juillet 1852 et du 22 juin 1854. »

Le libellé du préambule de l'arrêt rendu en 1777 est ainsi conçu :

« Sa Majesté a reconnu qu'en même temps qu'il est de sa justice de pourvoir à l'indemnité de divers propriétaires dont les héritages ont été compris en tout ou partie par la coupure de la montagne et la nouvelle distribution du terrain environnant, en une étoile destinée tant à embellir l'abord de la capitale, en cette partie, qu'à fournir au public immense de cette capitale un supplément à ses promenades. Il est également de sa sagesse de s'assurer invariablement l'avantage de la dite promenade...

« Et pour assurer à jamais l'exécution des vues qui ont déterminé Sa Majesté à faire les dépenses considérables qu'ont exigées l'aplanissement de la montagne, les travaux nécessaires et les plantations dont le terrain à été décoré, veut et entend Sa Majesté que la dite promenade demeure déterminée dans l'état figuré par le plan annexé au présent arrêt ; qu'en conséquence, jusqu'à 120 toises du centre de l'Etoile, ainsi

(1) Arrêt du Conseil du roi du 21 août 1777.

qu'à 120 toises des rampes qui y aboutissent, sur une étendue de 60 toises de côté et d'autre de la dite Etoile, il ne puisse être élevé par quelque personnes, de quelques qualités et conditions que ce soit, aucunes maisons, clôtures ou constructions quelconques, que d'après la permission expresse du Directeur et Ordonnateur général des bâtiments du Roi... »

C'est alors que le promenoir de Chaillot fut divisé en deux parties, l'une extérieure, l'autre dans Paris.

La loi de juillet 1852, mentionne : Sont concédés à la Ville de Paris, à titre de propriété : « La partie du promenoir de Chaillot comprise dans l'intérieur de Paris, plus, à l'extérieur du mur d'octroi, les parties qui seront nécessaires à la ville pour achever et embellir les abords de l'arc de Triomphe de l'Etoile : le surplus dudit promenoir restant la propriété de l'Etat... »

Puis les portions réservées par l'Etat furent concédées à la Ville de Paris, qui fut autorisée à les vendre, en vertu de la loi du 22 juin 1854. Et les terrains qui formaient le promenoir de Chaillot à l'intérieur de Paris, furent vendus par la Ville le 8 février et les 6 et 24 mars 1855.

En 1854, la place de l'Etoile n'était encore bordée que de constructions légères et pauvres qui abritaient des marchands de vin. La transformation qui existe encore aujourd'hui est due à un décret du 13 août 1854 qui en a fixé l'ordonnance et les alignements avec constructions symétriques, grilles en fer et en fonte, suivant un type obligatoire, séparées des constructions

par des jardins d'agrément. Ces grilles, comme on peut le voir, reposent sur un socle bas en pierres de taille et les bâtiments ne s élèvent qua 16 mètres en arrière. Les magnifiques hôtels qui bordent la place furent construits en 1868 et 1869 ; leurs entrées donnent sur la rue circulaire qui environne la place et qui se nomme rue de Tilsit et rue de Presbourg.

Au sujet de ce décret du 13 août 1854, et des différentes avenues qui aujourd'hui rayonnent autour de la place de l'Etoile, il est très intéressant de lire le passage suivant des mémoires du baron Haussmann.

« Un traité de 180 millions fut passé, le 18 mars 1858, entre l'Etat, représenté par M. Rouher et M. Magne, et la Ville de Paris. Les travaux de voirie devaient être exécutés en dix ans. L'Etat contribuait pour 60 millions dans la dépense totale nette. »

Dans le cinquième paragraphe de ce traité, qui seul nous intéresse, le baron Haussmann dit :

« La place de l'Etoile était hors de l'enceinte de Paris, au moment de la conclusion du traité, et j'avais dû faire classer l'avenue de l'Impératrice, ouverte directement de cette place à la porte Dauphine du Bois de Boulogne, sous le titre de route départementale, avec la largeur exceptionnelle voulue par le décret de 1854, et les dispositions spéciales dont la ville de Paris, propriétaire du bois, couvrit les frais.

« Le plan primitif de l'Empereur ne prévoyait,

en plus de celle voie et du boulevard Beaujon (1) (aujourd'hui Haussmann) de l'autre côté de la place de l'Etoile, que l'ouverture d'une avenue nouvelle dans le prolongement de Taxe transversal de l'Arc de Triomphe. Traversant les terrains occupés par l'ancien hippodrome et les pelouses de l'Etoile, elle aboutissait par le boulevard de Longchamp au Trocadéro, c'est-à-dire, à l'emplacement du Palais, jadis projeté, du roi de Rome.

<( Cette voie, appelée par nous avenue du Roi de Rome (aujourd'hui Kléber)... fut continuée... et vint aboutir... après l'annexion, près de la porte d'Asnières.

« La réunion de ces deux avenues sous l'Arc de Triomphe formait une ligne droite croisant d equerre l'avenue des Champs-Elysées, continuée par l'avenue de Neuilly (de la Grande- Armée).

« En dehors de ces indications, j'avais à tenir comple de l'existence de l'avenue de Saint- Cloud, autrefois Charles X, que nous appelâmes avenue d'Eylau, mais qui n'a pas conservé ce nom ; le gouvernement actuel... lui fit porter celui de Victor-Hugo, qui l'habitait à sa mort.

<( Il n'était pas facile avec de telles sujétions, de trouver un arrangement symétrique de la place.

« Je commençais par ouvrir l'avenue de l'Impératrice, à moitié distance de l'avenue de la

(1) Célèbre financier, né à Bordeaux (1718-1786) ; a donné son nom à un quartier de Paris et à un hôpital fondé par lui.

Grande-Armée et de l'avenue d'Eylau, de manière à ménager deux terrains à bâtir égaux, à sa droite et à sa gauche ; je fis un lot unique à peu près double du reste du quart de cercle compris entre les avenues de la Grande- Armée et du Roi de Rome.

<( Je coupais de la même façon, mais dans un ordre inverse, le quart de cercle allant de cette dernière avenue à celle des Champs-Elysées, par les amorces des avenues d'Iéna et Joséphine (aujourd'hui Marceau)...

« Je reproduisis cette disposition dans le quart de cercle allant de l'avenue des Champs- Elysées à l'avenue de Wa grain...

« Enfin je décrivis, au-delà de mes douze lots à bâtir, une rue circulaire nommée rue de Tilait d'un côté de la place, et rue de Presbourg de l'autre, destinée à donner des issues aux hôtels d'architecture symétrique, précédés sur leurs faces de parterres, enceints de grilles uniformes, dont je fis déclarer l'établissement obligatoire. Je dégageais ainsi la place des encombrements que la circulation des voitures pourrait y produire à certains jours.

<( Cette belle ordonnance que je suis très fier d'avoir su trouver, et que je considère comme une des œuvres les mieux réussies de mon administration, apparaît, dans son ensemble, comme sur un plan, du haut de l'Arc de Triomphe, où montent beaucoup plus d étrangers que de Parisiens... » (1).

(1) Voir aux Appendices la loi du 22 juin 1851 et le décret du 13 août 1854.

En résumé douze avenues rayonnent autour de la place de l'Etoile. En partant à droite de l'avenue des Champs-Elysées, on rencontre l'avenue Friedland, l'avenue Hoche, Fa\tenue de Wagram, l'avenue Mac-Mahon, l'avenue Carnot, l'avenue de la Grande-Armée, l'avenue du Bois de Boulogne, l'avenue Victor-Hugo, l'avenue Kléber, l'avenue d'Iéna et l'avenue Marceau.

En 1900, la place de l'Etoile a été munie de candélabres électriques. Elle appartient au VIIIe, au XVIe et au XVIIe arrondissements de Paris.

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