‹ la place Vendôme et la Roquette; documents historiques sur le commencement et la fin de La communeChapitre 3 sur 10 · NOUS AVONS BEAUCOUP ENTENDU PARLER DE L'ORGANISATION · texte numérisé non relu

NOUS AVONS BEAUCOUP ENTENDU PARLER DE L'ORGANISATION

dd travail; MAIS i.a c'était l'organisation ni; LA PARESSE. »

ET LA UOQIETTE. 17

gaulaient point la surprise que leur causait, pendant la nuit, la présence d'un prêtre au milieu d'eux. Ceux qui s'imaginaient qu'on m'avait arrêté et qu'on me conduisait au poste de 1 etatmajor, où j'avais vu pendant le siège conduire plus d'un espion et d'un Prussien, ne se privaient point du facile plaisir de me lancer une plaisanterie ou une injure; ceux qui pensaient que j'allais accomplir une fonction du saint ministère me saluaient avec respect. Ils étaient loin de ressembler, pour l'équipement et la bonne tenue, aux gardes nationaux du quartier Saint-Roch ou de la Madeleine; cependant, quand je les compare aux gardes nationaux que je devais trouver le lendemain sur la même place, après la criminelle et sanglante fusillade qu'ils venaient de diriger contre des citovens uniquement coupables d'exprimer pacifiquement leur amour de l'ordre et leur dévouement à l'Assemblée nationale, ils étaient relativement disciplinés et civilisés.

Le vestibule du ministère de la justice était occupé par un poste d'insurgés qui ne laissait ciilrer et sortir qu'après un minutieux examen. J'exposai rapidement au chef l'objet de ma mission. II m'écoula avec un mouvement visible de curiosité et de suffisance, et, après avoir l'ait semblant de réfléchir, il me lit signe de passer.

La cour du ministère était occupée par un autre poste qui surveillait l'entrée des bureaux et de l'hôtel du ministre, et l'avenue particulière qui conduit par les jardins à la rue de Luxembourg1. On ne voyait aucune lumière dans les appartements; partout régnait un profond silence; il n'était resté au ministère d'autre employé que le beau-frère du jeune homme auquel j'allais porter les derniers secours de la religion. Il les reçut avec plus de calme et de sérénité qu'on ne peut humainement en attendre d'un jeune homme de vingt-deux ans qui compte sur une longue vie; mais quel affreux surcroît de douleur pour sa famille de se trouver à la fois en face d'un mourant et d'une bande d'insurgés! Un quart d'heure après, je quittais le ministère avec mon garde national, qui me témoignait une déférence de plus en plus respectueuse. La dame qui était venue me chercher à la rue de la Villc-l'Évéque avait été frappée comme moi de son excellente attitude, et m'avait chargé de lui remettre une petite somme d'argent. Je le priai le plus délicatement possible de l'accepter, pour venir en aide à sa famille, que le manque de travail condamnait sans doute à la gène. Il parut tcès-touché de cette généreuse attention, et, autant pour satisfaire ma curiosité que pour lui éviter ce que pouvait peut-être avoir

de pénible l'expression de sa reconnaissance dans un moment où il était officiellement chargé de me surveiller, je me décidai à lui adresser quelques questions.

<< De quel quartier de Paris êtes-vous?

— Je suis de Bercy, monsieur l'abbé. On a battu ce soir le rappel, je suis parti avec ma compagnie ; on nous a dit que nous étions chargés d'une mission patriotique très-importante. Arrivés à la place Vendôme, on nous a ordonné de faire une garde sévère.

— Mais pourquoi cette garde sévère dans un quartier où il n'y a que de très-honnêtes gens, qui aiment, avant tout, l'ordre et la paix?

— Ma foi, monsieur l'abbé, je n'en sais absolument rien. Bercy était parfaitement tranquille; ce quartier-ci ne l'est pas moins. Je n'y comprends rien. On nous a donné ordre de partir; il fallait bien partir.

— Est-ce qu'à Bercy vous n'aviez pas, comme nous, confiance dans M. Thiers? Lui préférezvous Assi, Flourens, Blanqui et Félix Pyat?

— Nos patrons nous en ont toujours dit beaucoup de bien. Les bons ouvriers l'appellent un grand patriote, pas charlatan el faiseur d'embarras comme tanl d'autres. Il nous avait promis la liberté ri de l'ouvrage, cl il aurait certainement tenu parole. Aussi nous avons fait une fameuse

sottise en le laissant partir pour Versailles. Dieu veuille que ce ne soit pas pour longtemps !

— Mais que devient le travail pendant tous ces jours? Croyez-vous que cet état de choses soit bien' favorable aux intérêts de l'ouvrier?

— Ah ! monsieur l'abbé, le travail est la chose dont on se soucie le moins en ce moment; et cependant, plus nous tarderons à le reprendre, plus nous serons malheureux. Il y a parmi nous tant de fainéants et de têtes folles1!... »

1 Los hommes réfléchis qui pendant, deux mois ont étudié sur les lieux l'attitude des chefs et des partisans de la Commune pourraient signaler mille faits démontrant jusqu'à la dernière évidence que leur programme révolutionnaire se réduisait au fond à cette formule bien simple : « Prendre la place des grands et des riches, se gorger d'or et de plaisirs. beaucoup dépenser sans rien produire. » C'est une observation qui a été faite par quelques étrangers de distinction restés à Paris. Eux, du moins, pouvaient observer en toute libellé, car pendant que les chefs de la Commune traquaient les Parisiens honnêtes comme des bêtes fauves, ils témoignaient aux étrangers une obséquiosité, qui allait jusqu'à la platitude; ils traitaient en particulier les Prussiens comme des confrères, je pourrais dire comme des compères. Voici, à L'appui de mon affirmation, l'édifiant récit d'une des fêtes de la Commune publié par l'un de ces étrangers dans le Journal des Débats :

« Imaginez-vous les vastes appartements des Tuileries ouverts et illuminés comme au beau temps de l'empire. Les orchestre.- étaient à leur place habituelle et exécutaient les morceaux en vogue. Dans la salle île théâtre, en guise de souper ou de concert, il y avait un club en permanence où l'on enseignait au peuple « l'usage de ses droits. » Les orateurs si- succédaient ad libitum; ce qu'il y avait de plus remarquable, ce n'fctait pas les discours sur le modèle bien

Mon brave gardien m'expliquait à sa manière que les mauvais ouvriers qui voulaient, en 1848

connu et prêchant la destruction de la propriété, de la famille, du capital, de L'inégalité des salaires, enfin de toute supériorité quelconque qui pùl élever quelqu'un ou quelque chose au-dessus du niveau te plus bas. Ce n'était pas non plus les devises républicaines qui décoraient les murs, telles que : « Peuple, c'est ici ta demeure, n'y laisse pas rentrer les tyrans », et autres pareilles, sans compter les bonnets phrygiens, triangles, faisceaux et emblèmes divers de la démagogie. — Le véritable spectacle était dans les galeries et dans la salle «les Maréchaux, [maginez-vous tout, ce que la ville peut contenir de déclassés, d'incapables, de gens tarés, de fruits secs de tous les métiers, journalistes interlope-, agents d'affaires de bas étage, débiteurs insolvables, banqueroutiers. militaires cassés OU déserteurs, vendeurs d'orviétan, le tout entremêlé de danseurs de barrière, de trafiquants de métiers inavouables, de négociants en contre-marques au rabais; ajoutez-y un certain nombre de concierges, de cochers et de gardes nationaux fraîchement galonnés. Voilà pour les hommes. Quant aux femmes, je n'ai pas besoin de vous dire ce qu'elles étaient. Tout ce monde avait un air stupéfait qui n'empêchait pas le contentement intérieur de se manifester sur les visages épanouis. Et il fallait entendre leur conversation. - Gomment allez-vous, mon cher général? — Merci, cher docteur, et VOUS? — Voilà le président, peut-on lui demander Ar< nouvelles de la présidente.'' El comme ils se rengorgeaient en parlant ainsi ! comme ils faisaient résonner leur clinquant : Quels regards de complaisance ils jetaient sur

leurs galons neufs el sur leurs dorures en prenant des poses

gracieuses devant les fauteuils de ces dames: Dans cette soirée, j'ai cru lire comme dans un livre ouvert le secret de vos constantes révolutions. Il m'a semblé que devant la porte de toutes vos institutions, société, gouvernement, académie, assemblées, il y avait des irréconciliables ressemblant beaucoup à ces pauvres communards ; ils demandent tous les matins la destruction de l'édifice où ils voudraient tout simplement entrer. »

conquérir le droit au travail, voulaient, depuis le siège de Paris, garder le droit à ne rien faire, lorsque je me trouvai revenu à mon point de départ. Prenant aussitôt son air le plus officiel et le plus protecteur : « Citoyens, dit-il à la patrouille qui gardait l'entrée de la place Vendôme, laissez passer ce citoyen ! »

J'avais promis à la famille du pauvre malade d'aller le revoir dans deux ou trois jours. Quelque compliquée que fût la situation de Paris, quelque tendue que fût en particulier celle de la place Vendôme, traitée et occupée comme une place prise d'assaut, au mépris de tous les droits, de toutes les convenances, par les gardes nationales des faubourgs en révolte contre la loi, j'étais loin de me douter que le lendemain j'allais de nouveau accourir sur cette même place, au milieu de toutes les horreurs de la guerre civile, pour donner les consolations de la religion à d'honorables habitants de Paris frappés presque à bout portant, sans aucune provocation, sans aucun motif, par les balles de la démagogie cosmopolite.

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