‹ la place Vendôme et la Roquette; documents historiques sur le commencement et la fin de La communeChapitre 5 sur 10 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

De mon premier récit, relatif au drame sanglant de la place Vendôme et rédigé à la fin de mars, je ne passerai point sans transition à mon second récit, rédigé à la lin de mai, où je raconte l'invasion de l'église de la Madeleine, ma détention à la préfecture de police et à Mazas, et les suprêmes forfaits de la Commune que j'ai vus se consommer à la Roquette.

Quelles étaient les appréciations des rares hommes politiques restés à Paris sur les clraimcs événements qui se déroulaient à leurs yeux, sur les complices et les auxiliaires que recherchaient les hommes de la Commune, sur la pari de responsabilité qui revient à l'élément national et international dan9 ses folies el ses

crimes?

Il faut rendre celle justice aux insurgés victo-

5!i LA PLACE VENDOME

rieux du 18 mars, que l'art de dissimuler était la moindre de leurs qualités, peut-être même le moindre de leurs soucis. S'ils visaient à copier Carnot, Danton et Robespierre, ils n'avaient point la prétention de se montrer les émules de Richelieu, Mazarin et Talleyrand. Avec un peu de sang-froid, de curiosité et de discernement, il était facile de pénétrer dans leur cuisine et de s'édifier sur les ingrédients et la préparation du menu qu'ils nous servaient chaque jour. Ils avaient une dose trop faible de sens moral pour se préoccuper des questions d'honorabilité et de convenance ; la souveraineté du but leur faisait complètement oublier la délicatesse des moyens et la pudeur des formes. Aussi, les hommes politiques qui n'avaient point fui devant les héros de l'Internationale ne perdaient point leur temps. S'ils ne pouvaient guère agir, ils pouvaient du moins beaucoup observer, se communiquer le résultat de leurs impressions sur les vrais amis de la Commune, se rendre un compte exact du fonctionnement de la machine révolutionnaire, dont une foule de ressorts importants et de moteurs mystérieux n'étaient point dévoilés par les gazettes et devaient ainsi échapper à l'attention du vulgaire.

J'ai déjà protesté contre la faiblesse, l'aveuglement ou la connivence des maires et députés

républicains de Paris qui, au lendemain des massacres de la place Vendôme, faisaient de la conciliation avec les agents du Comité central, désorganisaient et dispersaient les bataillons de la garde nationale restés fidèles à la cause de l'ordre, livraient Paris à une association d'a\enturiers et de malfaiteurs dont on connaissait les démêlés des uns avec la justice de leur pays, l'origine étrangère des autres, la haine sauvage de tous contre les institutions sociales.

Loin d'avouer plus tard leur faiblesse ou leur erreur, la plupart des partisans du la république radicale poursuivirent à Paris et dans les grandes villes de France leur campagne contre l'Assemblée nationale avec une persistance et une hypocrisie qu'on ne saurait assez flétrir. Pour conserver la république, ils enhardissaient et fortifiaient la Commune, sacrifiant ainsi à leur idole gouvernementale la paix, la prospérité, l'honneur, l'existence de leur pays.

La Commune ne dissimulait point ses tendresses pour de tels auxiliaires; niais elle en caressait d'autrement sérieux et compromettant-.

Jusqu'aujourd'hui les partis les plus extrêmes [l'avaient jamais songé à divorcer avec le patriotisme. Il étaii réservé aux hommes de la Commune de fouler aux pieds ce vieux préjugé

des nations. Pendant le siège de Paris par ies Prussiens, ils réclamaient avec une bruyante ardeur la guerre à outrance, les sorties en masse, les batailles torrentielles. Lorsque la conspiration les rend maîtres de Paris, leur violence et leur férocité contre les Prussiens se changent en dévouement obséquieux, en prévenances du caractère le plus amical. Ces protestations immorales s'étalent dans les colonnes du Journal officiel de la Commune' avec un cynisme qui fait monter la rougeur au front. Le délégué chargé des relations extérieures traite les Prussiens, qui venaient d'humilier et de mutiler la France, de bombarder et d'écraser Paris, comme s'ils venaient de se sacrifier héroïquement pour notre salut1.

1 Cette imperturbable sympatbic de la Commune pour les Prussiens ne semble-t-elle pas prouver que ceux-ci ne travaillaient nullement à s'en rendre indignes? A tort ou à raison, les hommes réfléchis qui -voyaient les choses de près ne conservaient aucun doute sur une sérieuse réciprocité de la part des Prussiens.

Les journaux qui connaissaient la moralité et les agissements de Cluseret ont remarqué que l'ex-général de la Commune était expulsé de France avant le 4 septembre, et qu'il y rentra à l'intervention du consul de Prusse à Genève. « Les troubles qui éclatèrent à Lyon et à Marseille pendant lesiége de Paris, dit la Cloche, et qui furent provoqués par ce personnage, sont une preuve trop manifeste de la connivence îles Prussiens avec Cluseret et autres sectaires, dont le dernier mot a été l'odieuse Commune. »

Le Consiilulionncl signale, entre autres, un curieux docu-

Les généraux de la Commune qui étaient auparavant incarcérés par le gouvernement de la défense nationale comme espions et agents prussiens, ne changent rien à leurs agissements patriotiques. Le délégué à la guerre, comme l'a rappelé le général Trochu à la tribune, « rend une série d'arrêtés très-sévères qui ont pour but

ment qui a été remis au ministre de la guerre, (l'est une lettre émanée (le l'autorité militaire prussienne et adressée au délégué île la Commune à la guerre. Dans cette lettre on offre à la Commune des quantités considérables de farine et de chassepots avec sabres-baïonnettes à des prix détermines; L'échantillon de la farine proposée est joint à la lettre. Le Constitutionnel ajoute : « Ainsi serait irréfutablement démontrée la connivence des autorités prussiennes avec les bandits qui ont incendié Paris; mais MM. les Prussiens sont toujours et avant tout hommes d'affaires. Complices, ils l'étaient ; mais leur complicité devait être payée à beaux deniers comptant:-.

D'après le Jour/tu! des Débuts, les Prussiens ont rendu un véritable service à l'humanité; ils ont sali l'idée de la guerre. Depuis le commencement du monde, laguerre, cette tuerie. Collective, ce meurtre en grand, était associée à des idées nobles, à des idées lyriques; elle était toujours chantée par les poètes. Les Prussiens, dit cette feuille, en ont t'ait une affaire; il> ont l'ait une expédition commerciale, la Toison d'or et d'argent du dix-neuvième siècle. 11 sera difficile de trouver

un poète pour mctl n vers ou eu épopée une entreprise

générale de déménagement. «

Il sera plus difficile encore île contenir l'indignation des honnêtes gens contre les héros el lés politiques prussiens, s'il reste démontré dans l'histoire qu'alin de rendre cette entreprise .générale plus lucrative, ils n'ont pas craint de favoriser les chevaliers de l'incendie el de l'assassinat.

d'assurer à l'ennemi la libre jouissance que lui conféraient les négociations en cours. » Les politiques et les chimistes de la Commune nous prouvent, en outre, qu'ils ont travaillé à bonne école; car ils empruntent à M. de Bismarck et à M. de Moltke deux procédés dont le seul nom inspire aujourd'hui l'horreur : le système des otages et l'usage du pétrole.

Pour assurer le payement intégral des exorbitantes réquisitions dont ils frappaient les provinces envahies, pour se venger du peu d'enthousiasme que montraient sur leur passage les populations meurtries et humiliées, les Prussiens retenaient comme otages les habitants les plus notables et les envoyaient dans les prisons d'Allemagne. Les citoyens Ferré et Raoul Rigault ont trouvé ce système trop ingénieux et trop commode pour ne pas en faire une large application : ils ont pris comme otages, enfermé à Mazas et à la Roquette les prêtres et laïques qui avaient, aux yeux de ces serviles imitateurs, le tort impardonnable d'être plus dévoués aux intérêts sociaux et français qu'à ceux du désordre et de la démagogie.

Il y a quatorze mois, on découvrait chez les principaux affiliés de l'Internationale un dictionnaire spécial où les mots courants de leur langue usuelle étaient nitro-glycérine, picrate de potasse,

recette au sulfure de carbone, au chlorate et au pru*siaie de potasse. A la suite des recettes on lisait ces mots, qui en spécifiaient l'emploi : « À jeter par les fenêtres. A jeter dans les égouts. » Si l'on n'y rencontre pas encore la plus formidable des recettes, c'est que les citoyens de la Commune n'avaient pas encore appris, à l'école des ingénieurs prussiens, l'art de réduire facilement en cendres les maisons et les monuments à l'aide du pétrole.

En poursuivant le récit des horribles méfaits de la Commune1, je cherche pour mon cœur de

'Quelques journaux ont fait le relové exact des différents métiers qu'exerçaient les membres de la Commune avant de « tenir les rênes du pouvoir. »

On peut affirmer d'une manière générale que les neuf dixièmes appartenaient à la triste et funeste catégorie des «i déclassés. »

La < lommune comptait soixante-dix-neuf membres, répartis ainsi :

12 journalistes, \ instituteurs primaires, 4 avocats, 3 méde rins, 2 pharmaciens, •"» peintres, 2 architectes, 2 ingénieurs, 6 employés de emuinerre el d'administration, ! sculpteur, 2 petits commerçants, 1 ouvrier bijoutier, 1 ouvrier ciseleur, 1 ouvrier typographe, 2 ouvriers relieurs, 2 ouvriers teinturiers, 6 ouvriers cordonniers, \ ouvrier chapelier, 5 ouvriers mécaniciens, 1 ouvrier chaudronnier, 1 ouvrier vannier, 1 ouvrier menuisier, 1 caissier, l parfumeur et :i propriétaires. C'étaient les citoyens Théodore Régère de Mfontmore (sic). possédant quelques terres dans le Midi: Pottier, propriétaire d'un grand établissement de bains dans If quartier de la Banque, h le commandant Brunel.

Viennent après cela neuf membres donl les professions si mu ignorées, probablement pour la simple raison que ces nono-

Français une consolation dans cette pensée que les assassins et les incendiaires de Paris ne reniaient pas seulement leur Dieu, mais encore leur pays; qu'ils ne représentaient pas seulement le parti du crime, mais encore le parti de l'étranger.

râbles » n'en avaient point, ou bien parce qu'ils en avaient trop.

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