CHAPITRE TI
Oblitération post-opératoire des cavités mastoïdiennes après l'antrotomie.
Le docteur Ssamoylenko (de Saint-Pétersbourg) a démontré expérimentalement, il y a quelques mois, que les sinus frontaux opérés se comblent après le curettage. Il a basé ses travaux sur un certain nombre de chiens et de chats qu'il a examinés à différentes époques après l'opération. L'oblitération s’est produite de telle manière que, chez la plupart de ces animaux, elle était terminée vers le cinquième ou sixième mois, tandis que chez d'autres, elle était déjà accomplie dans l’espace du premier mois. Le tissu de nouvelle formation était d’une dureté différente suivant le temps écoulé depuis l'opération. Tandis que le premier mois après l'intervention, le lissu nouvellement formé se coupait assez facilement au couteau et que, dans le deuxième ou troisième mois du processus d'oblitération, il présentait déjà la dureté du cartilage, il offrait, dès le cinquième ou sixième mois, une assez grande résistance au couteau et l'on éprouvait l'impression de couper du lissu osseux spongieux. Au moment de l'opération, toute la muqueuse recouvrant la cavité sinusienne avait été soigneusement curettée; le périoste s’est alors accru et a durei au point de combler entièrement la cavité.
L'examen microscopique du tissu comblant les sinus, pratiqué six mois et demi après, montre deux parties inégales, la plus grande étant périphérique et la plus petite centrale, La première partie se compose de trabécules osseuses visibles même à l'œil
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nu et présentant de larges intervalles remplis de tissu conjonctif réticulaire et de vaisseaux sanguins avec des globules rouges à leur intérieur. Les trabécules osseuses sont en grand nombre, leur direction est variable. Quant à la petite partie centrale, elle représente le périoste développé dans le sinus frontal et dont Les fibres ont ici une disposition bien plus lâche que dans les préparations des animaux qui ont vécu un temps plus court après l'opération. Ce périoste possède de nombreux vaisseaux sanguins, ses fibres offrent une structure réticulaire nette et se colorent d'une façon plus intense avec l’éosine.
Le docteur Ssamoylenko termine en concluant que le sinus frontal privé de sa muqueuse s’oblitère aux dépens d'os de nouvelle formation. C’est le périoste qui joue le rôle essentiel dans l'oblitération.
Le Professeur Moure reprit la question au Congrès international de médecine de Londres au mois d'août 1913; ses recherches cliniques confirment entièrement les recherches expérimentales précédentes. La cure radicale des sinus frontaux ou maxillaires peut donc, non seulement guérir les malades porteurs d’antrite chronique, mais encore les mettre à l'abri des récidives auxquelles ils restent toujours exposés lorsque ces cavités existent encore.
Partant de ces données, le Professeur Moure a pensé qu'il serait intéressant d'opérer quelques animaux d'’antrotomie et d'examiner la mastoïde curettée plusieurs semaines après l'intervention.
Les expériences furent pratiquées sur des lapins. Ces animaux présentent une énorme cellule sous-tympanique qui emplit presque complètement loute la mastoïde; c’est cette cellule que nous avons curettée et dépouillée complètement de sa muqueuse sous la narcose chloroformique.
Première expérience.
Le champ opératoire est débarrassé des poils et passé à la teinture d'iode. Nous incisons les téguments à la partie postéro-
inférieure du pavillon; à l’aide de la rugine, le périoste est décollé. L'os étant mis à nu, l'on perfore l’'apophyse mastoïde d'un coup de gouge et l’on enlève le petit copeau. L'on a soim de faire l’orifice aussi petit que possible. L'on curette ensuite avec beaucoup de soin toute la surface interne de l’apophyse en se servant de curettes de différents calibres et plus ou moins coudées. Après avoir enlevé complètement la muqueuse, l'on passe un peu de teinture d'iode sur les téguments et l'on suture de suite complètement sans drain. La plaie opératoire est recouverte d'un pansement aseptique, recouvert lui-même d'un bandeau en cuir.
Seize jours après, le lapin est tué.
La mastoïde droite, que nous avons laissée comme contrôle, est normale.
La mastoïde gauche est sciée par son milieu. Du côté de la pointe, l’on trouve un début de comblement assez dur, mais se laissant cependant enlever assez facilement au couteau. Ce tissu de néo-formation paraît être du tissu fibreux cicatriciel.
Deuxième expérience.
Notre second lapin est opéré dans les mêmes conditions que le premier. Avant de suturer, nous plaçons cependant un drain allant dans la cellule sous-tympanique que nous venons de curetter. Quinze jours après l'intervention, nous supprimons complètement le drain; quelques jours après, l'orifice a complètement disparu; un mois après, l'opéré est tout à fait bien. Notre second lapin n'est lué que quarante-cinq jours après l’intervention.
La mastoïde droite, laissée comme contrôle, est normale.
La mastoïde gauche, sciée par le milieu, nous présente un aspect tout à fait différent. L'apophyse est, en effet, complètement comblée de tissus de néo-formation; il ne reste plus aucune trace de l’ancienne cellule sous-tympanique; la perforaon pratiquée dans l'os a complètement disparu. Nous essayons, mais en vain, de prendre une partie du tissu compact; il résiste