CHAPITRE IV
Procédé du Professeur Moure. À
La plupart des praticiens sont aujourd’hui d'accord sur la technique opératoire que l’on doit adopter pour l’antrotomie ; mais ils diffèrent tous sur le mode de fermeture que l’on doit pratiquer après l'opération. La grande généralité des chirurgiens laisse persister systématiquement l'ouverture cutanéopériostique qui répond non seulement à l’antre, mais encore à toute la moitié antérieure de l’apophyse mastoïde; ils ne cherchent pas, en effet, la réunion immédiate de la plaie, mais ils la redoutent.
Voulant non seulement guérir une infection mastoïdienne, mais désirant pratiquer une opération aussi esthétique que possible dans une région très exposée à la vue, le Professeur Moure, se basant sur le fait que la cavité mastoïdienne se comble de lissu cicatriciel fibreux et osseux par ses propres moyens, comme nous venons de le démontrer dans le chapitre précédent, ferme systématiquement, depuis vingt ans, la plaie rétroauriculaire après l'antrotomie, en ayant le soin de placer auparavant un petit drain dans l’antre. Ce procédé de fermeture, comme le démontrent 670 interventions semblables, pratiquées par notre maitre, que j'ai pu compulser et lire dans les volumes où sont condensées ou détaillées les observations, a donné des résultats esthétiques de cicatrisation absolument merveilleux.
Le curettage mastoïdien terminé, l’on place dans l’antre
Fermeture immédiale après l’antrotomie.
(Procédé du Professeur Moure).
EN A0 Ce
l'extrémité d'un petit drain ayant cinq ou six millimètres de diamètre, l’autre extrémité sortant à l'extérieur de la plaie; la partie cruentée est passée à la leinlure d’iode diluée et l’on fait ensuite la fermeture immédiate. L'on se servira de crins de Florence ou de fils de soie; les premiers seront cependant préférés, car pour enlever les points de suture, ils sont plus commodes que les fils de soie dont les extrémités disparaissent souvent dans le petit caillot sanguin extérieur. La plaie rétroauriculaire est fermée au moyen de sept ou huit points de suture qui prennent la peau et Le tissu sous-cutané; le drain fait issu entre deux points des plus inférieurs. L'on a soin de bien affronter les deux lèvres de la plaie et de serrer assez fortement les points de suture.
La fermeture achevée, l'on peut toucher la ligne de suture à la teinture d'iode ou à l'huile gomenolée, puis on fait un premier pansement demi-humide. La région rétroauriculaire et tout le pavillon sont recouverts de pommade stérile à l’oxyde de zinc, l’on place ensuite quelques compresses humides sur la plaie et faisant un coussin sur lequel viendra s'appuyer le pavillon de l'oreille; l’on a soin de ne pas écraser l'extrémité du drain, mais de le placer entre deux compresses. Sur ce premier pansement, on place d'autres compresses sèches, ainsi que sur le pavillon et le tout est recouvert d’ouate.
En général, sauf dans certaines formes graves à type grippal ou ostéomyélitique, dès le lendemain de l'intervention, tous les phénomènes généraux disparaissent : fièvre, douleur, suppuration d'oreille et phénomènes d’excitation labyrinthique, s'il en existait. Le premier pansement n’est fait que quarante-huit heures après l'opération. Il peut y avoir un peu de pus ou de sérosité, mais le plus souvent il n’y a presque rien, si ce n'est un peu de sang; le drain n'est pas touché mais désobturé du sang qui l’encombre, il est laissé en place; on se contente de changer le pansement extérieur et d'en faire un autre demihumide.
Au deuxième pansement, par contre, on enlève le drain de sa
cavité et par son orifice on passe de pelits tampons de coton, Colleri-Leduc 4
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secs ou imbibés d'alcool à 90°, auxquels on a donné une forme allongée, dans l'ouverture mastoïdienne; l’on peut ainsi faire un nettoyage de l'os curetté. Le drain, nettoyé et passé à l'alcool,
est ensuite replacé, poussé dans la direction de la grande cellule
mastoïdienne, en ayant soin de ne pas faire pénétrer la pince à l'intérieur de la plaie, car le chirurgien, ne voyant pas l'extrémité de son instrument, pourrait léser un organe important de la région, alors que le simple contact du coton ne présente aucun caractère de gravité; l’on place un pansement extérieur, semblable au premier.
Les autres pansements sont faits tous les deux jours; de temps à autre, l’on touchera la cavité mastoïdienne avec du chlorure de zinc à 1/10°, de la teinture d'iode, du Néol ou de l'huile gomenolée. [l y a là une question de technique difficile à établir d'une façon précise; il faut avoir soigné un grand nombre d'apophyses mastoïdes pour savoir modifier le traitement suivant les circonstances, car toutes les plaies opératoires ne se comportent pas de la même manière; c’est le chirurgien qui, souvent, devra savoir adopter un traitement spécial pour un cas particulier.
La question la plus importante est de savoir quand il faut supprimer le drain. On doit procéder progressivement en laissant la cavité se combler du fond vers la superficie. On diminue la longueur du drain et l'on a soin de ne pas laisser un point malade dans le fond avant que la plaie extérieure ne se ferme ; agir différemment serait aller au devant de mécomptes considérables. Le drain ne doit donc être complètement supprimé que lorsque la plaie a très bon aspect, s'est comblée dans le fond et qu'il n'y a plus aucun écoulement. Quelques jours après, l'orifice est complètement cicatrisé et le malade est guéri. En enlevant le drain, écouvillonner la cavité restante avec un tampon imprégné de chlorure de zinc au 1/10.
La guérison totale des sujets opérés d'antrotomie s'obtient généralement en trente jours. Il est’des malades qui sont complètement cicatrisés en dix-huit et vingt jours; d'autres, au contraire, peuvent mettre jusqu’à cinq et six semaines, mais ce
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Malade opéré par le procédé du Professeur Moure
el photographié 19 jours après l’anlrolomie.
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